
Goliarda Sapienza (1924-1996) est devenue célèbre grâce à la publication posthume de son roman autobiographique L’Art de la joie. Fuori n’est pas son biopic mais raconte un épisode bien précis de sa vie : sa brève incarcération en 1980 à la prison de la Rebibbia, les amitiés qu’elle y a nouées et L’Università di Rebibbia, le livre qu’elle a écrit à partir de cette expérience.
L’aura de Goliarda Sapienza, dont on vient de célébrer le centenaire de la naissance, ne cesse de grandir. Son roman L’Art de la joie figure désormais en bonne place parmi les meilleurs livres du (vingtième ? vingt-et-unième ?) siècle. Je l’ai lu sous la pression de cet engouement généralisé. J’ai même vu la pièce de théâtre de cinq heures trente qu’Ambre Kahan en a tirée. Mais je dois avouer, le rouge au front, que je n’ai pas été embarqué autant que j’espérais l’être.
« Fuori » en italien signifie « dehors » – et non pas, comme je l’avais cru d’abord « fureur » ou « furieuse », comme tous ces Français qui n’ont jamais appris l’italien et s’imaginent le comprendre. L’histoire que le film raconte est moins celle de l’enfermement de Sapienza (Valeria Golino) à la Rebibbia, dont on voit à peine quelques images en flash back, que sa libération et celle de ses compagnes de cellule. S’est nouée entre elles, et notamment avec Roberta (Matilda De Angelis), une jeune héroïnomane, une amitié particulière, frondeuse, libertaire.
Le film de Mario Martone a été projeté en sélection officielle à Cannes comme l’avait déjà été son précédent film Nostalgia il y a trois ans. Valeria Golino qui fut et qui reste à soixante ans l’une des plus belles femmes du monde – on se souvient qu’elle tenait le rôle féminin dans Rain Man à Hollywood – y affiche sans ciller sa nudité face caméra. Pour autant, je pense qu’Alba Rohrwacher dont la folie et le visage en lame de couteau se serait mieux coulés dans le personnage décalé de Giolarda.
Je n’ai jamais accroché à Fuori. Je lui reproche sa durée : il approche les deux heures et aurait pu, selon moi, être amputé sans peine d’une bonne trentaine de minutes. Je me suis perdu dans des flash back et des flash forward qui rendent la chronologie illisible. Je n’ai pas été touché par cette femme, par ses amours compliquées, par sa passion pour la liberté.