
Au début des années 70, la guerre du Vietnam en arrière-plan, JB Mooney (Josh O’Connor) mène une vie sans histoires avec sa femme (Alana Haim révélée par Licorice Pizza), ses deux enfants et ses parents. Confronté à des difficultés financières, cet artiste raté décide de recruter deux voyous pour voler quatre toiles du musée d’art moderne de sa petite ville. Mais rien ne se passe comme prévu…
Icône du cinéma indépendant, Kelly Reichardt tourne depuis trente ans des films minimalistes. La plupart se déroulent dans l’Ouest américain et tout particulièrement dans l’Oregon. La nature, majestueuse et sauvage, y constitue un personnage à part entière. Des femmes, et au premier chef Michelle Williams qui est devenue grâce à elle une star, en tiennent le rôle principal – à l’exception d’Old Joy et de First Cow.
Aussi c’est à un changement radical que Kelly Reichardt nous invite avec son neuvième film. Il se passe dans les années 70, sur la Côte Est, entre le Massachusetts et l’Ohio. Il a pour héros un personnage masculin, interprété par l’acteur « le crush anglais de la planète » (dixit Marie Sauvion qui animait l’avant-première organisée avec la réalisatrice à laquelle j’ai eu la chance d’assister au Balzac grâce au festival Télérama). Il se déroule quasi exclusivement dans un paysage urbain qui rappelle les films marronnasses de Pakula ou de Pollack.
Comme le dit fort bien son affiche, avec un sens de la formule auquel il n’y a pas grand chose à ajouter, « Kelly Reichardt revisite le film de braquage ». Elle le fait avec une ironie mezza voce, qui a fait glousser mon insupportable voisine pendant toute la projection.
Son héros est-il un pathétique loser comme on en croisait dans les films des frères Coen ? ou simplement un type malchanceux ? C’est cette ambiguïté qui donne tout son piment à ce film qui est à la fois très lent et très vif. Très lent : l’action y avance à petits pas, sans se presser, aussi atone dans le premier tiers et la description de la vie ennuyeuse de JB, que dans les deux suivants où le braquage se déroule avant la cavale. Très vif : les plans sont brefs et ils ne contiennent rien d’inutile à la caractérisation des personnages et au déroulé de l’intrigue.
The Mastermind est reparti bredouille de Cannes. Il aurait pourtant amplement mérité le prix de la mise en scène pour sa réalisatrice et/ou celui de la meilleure interprétation masculine pour sa tête d’affiche, deux prix attribués à L’Agent secret.