
Marie (Aïssa Maïga) vit à Tunis. Elle est journaliste. Elle est aussi pasteure et dirige une communauté de fidèles qui se réunit régulièrement autour d’elle. Dans sa grande maison, elle héberge deux compatriotes, Jolie, une étudiante, et Naney, qui tire le diable par la queue. Les trois femmes ont recueilli une petite fille qui a survécu au naufrage d’une embarcation de migrants clandestins.
Après Sous les figues sorti en 2022, la réalisatrice franco-tunisienne Erige Sehiri tourne son deuxième film d’une facture toute différente. Sous les figues se déroulait à la campagne. Promis le ciel se déroule à la ville. Il documente la vie d’Africains subsahéliens, en situation souvent irrégulière, en butte à un racisme systémique, qui tentent de vivre tant bien que mal au Maghreb. C’est l’occasion de battre en brèche une idée reçue : les émigrés africains n’affluent pas massivement en Europe, comme les tenants du Grand Remplacement le clament, mais s’exilent dans leur immense majorité dans un autre pays africain.
La personnalité de Marie est particulièrement intéressante. C’est un personnage ambigu : est-elle un Bon Samaritain qui offre un havre à ceux qui n’en ont pas ? ou un gourou qui endoctrine ses fidèles en les délestant de leurs économies ? Parmi les personnages qui l’entourent, c’est Naney qui est la plus saillante. Cette Ivoirienne peroxydée est écartelée entre son désir de gagner l’Europe et celui de retourner en Côte d’Ivoire où l’attend sa fille.
Promis le ciel a fait le tour des festivals : Cannes, Angoulême, Marrakech, Carthage… Il doit cette exposition à son sujet original et au talent de sa réalisatrice qui est venue présenter avec beaucoup d’intelligence son film au Balzac où j’ai eu la chance de le voir en avant-première. Pour autant, j’ai été un peu déçu par son scénario qui ne tire pas le meilleur parti de son point de départ. Il ne suffit pas de croquer des personnages pour réussir un film ; il faut encore les faire vivre et raconter une histoire.