Spectateurs ! est un film étrange à mi-chemin de l’autobiographie, du documentaire, de la fiction et de la leçon du cinéma. Arnaud Desplechin y raconte sa cinéphilie.
Il se met en scène à travers son double fictionnel, Paul Dedalus, qu’on retrouve dans plusieurs de ses films depuis Comment je me suis disputé… ma vie sexuelle (1996). À l’époque, Mathieu Amalric – qui fait un caméo à la fin de Spectateurs ! – interprétait ce rôle, celui d’un jeune universitaire amoureux de plusieurs femmes (parmi lesquelles Marianne Denicourt qui, à l’époque, avant leur retentissante séparation, était la compagne de Desplechin à la ville). Dans Trois souvenirs de ma jeunesse (2015), c’est Quentin Dolmaire qui interprète le rôle de Paul adolescent. Dans Spectateurs ! le même Paul est interprété par quatre acteurs à plusieurs âges de sa vie : Louis Birman à six ans, accompagnant sa grand-mère pour la première fois au cinéma et y découvrant, fasciné, Fantômas, Milo Machado-Graner, la révélation d’Anatomie d’une chute, à quatorze se glissant en trichant sur son âge dans une salle pour y voir un Bergman interdit aux moins de seize, Sam Chemoul à vingt-deux sur les bancs de Censier et Sali Cissé enfin à trente ans, remettant en question tout ce qu’il croyait savoir sur le cinéma.
Desplechin tourne un film de cinéphile pour les cinéphiles. Il sait pouvoir compter sur un public acquis à sa cause, partageant avec lui sa passion. Il pousse d’ailleurs la démagogie jusqu’à accorder au pluriel son titre – et à lui ajouter un point d’exclamation dont on se demande bien le sens – alors que Spectateur aurait parfaitement convenu à ce film égocentrique.
Certes, les spectateurs cinéphiles que nous sommes prendront un plaisir régressif et auto-satisfait à identifier les passages des films qui ont construit notre regard (Lumière, Keaton, Hitchcock, Cimino…). On en prendra autant à écouter quelques leçons de cinéma, comme si on assistait à un cours à la Fémis ou à Paris-III, en décortiquant les écrits critiques de Cavell, Bazin ou Sadoul.
Mais, la formule lasse. Ou plutôt elle ne mène pas loin. Le film dure 1h28. Il aurait pu durer le double ou la moitié. Je dois humblement confesser la part de subjectivité qui leste mon jugement : le cinéma de Desplechin, qui passe dit-on pour l’un des plus grands réalisateurs de notre époque, m’a toujours semblé surfait, ampoulé, auto-centré et creux. Le voilà rhabillé pour l’hiver alors que, bien entendu, on a le droit de porter sur lui un jugement autrement moins sévère.
Georges (Laurent Lafitte), un metteur en scène parisien, a promis à Sam, un ami juif mourant, homme de théâtre comme lui, de mener à bien le projet que ce dernier a entrepris au Liban : y monter Antigone avec des acteurs de toutes les communautés.
Grace n’a pas eu la vie facile. Sa mère est décédée à sa naissance. Elle est affligée d’un bec-de-lièvre qui en fait la risée de ses camarades d’école. Son père, un artiste des rues de nationalité française, est devenu paraplégique et a sombré dans la boisson. À sa mort, Grace est séparée de son frère jumeau, auquel la liait une relation symbiotique. Gilbert est placé à l’autre bout de l’Australie dans une famille d’horribles bigots. Devenue adulte, Grace se marie à Ken, un vendeur de micro-ondes ; mais le mariage tourne court. La seule joie qui aura été accordée à Grace sera l’amitié de Pinky, une octogénaire excentrique.
Deux jeunes filles ont disparu en Belgique en 1995. La police, déchirée par des rivalités intestines, ne parvient pas à les retrouver. L’affaire hante Paul Chartier (Anthony Bajon), un jeune gendarme obsessionnel. Son supérieur (Laurent Lucas) le charge de surveiller Marcel Dedieu (Sergi Lopez), un criminel récidiviste en liberté conditionnelle. Très vite, Chartier est convaincu que Dedieu séquestre les jeunes filles.
Rubens Paiva, sa femme et ses cinq enfants coulent des jours heureux à Rio de Janeiro. Mais le Brésil est gouverné depuis 1964 par une dictature militaire et l’ancien député, revenu à la vie civile, est étroitement surveillé par la police, qui le suspecte de soutenir l’opposition en exil. Un matin, des hommes l’interpellent à son domicile. Commence pour son épouse, qui passe elle aussi douze jours dans les geôles de la police militaire, une longue attente traumatisante.
Ana (Isabelle Carré) et Yves (François Damiens) sont les parents divorcés de Cécile, étudiante en cinéma, qui leur demande de témoigner dans le film de fin d’année qu’elle doit réaliser pour son école de cinéma. Ana est antiquaire dans le Roussillon ; Yves, écrivain frustré, est banquier à Paris. Face caméra ils racontent leur rencontre et le coup de foudre qu’ils ont ressenti l’un pour l’autre. Ces souvenirs émouvants les rapprochent…
Travailleuse acharnée, perfectionniste obsessionnelle, Romy Mathis (Nicole Kidman) a su faire de l’entreprise qu’elle dirige un leader dans sa branche. Tout semble aller à merveille dans la vie de cette quinquagénaire entourée d’un mari aimant (Antonio Banderas) et de deux adolescentes épanouies. Mais Romy Mathis cache au plus profond d’elle une névrose qu’elle n’a jamais exprimée. La rencontre de Samuel (Harris Dickinson), un stagiaire recruté par son entreprise, lui donnera enfin l’occasion de s’en libérer.
À Hakodate, au nord du Japon, Takuya est un jeune garçon timide, affligé d’un bégaiement pénalisant. Pour s’intégrer, il pratique les sports populaires parmi les garçons de son âge : le base-ball l’été et le hockey sur glace l’hiver venu. C’est à la patinoire qu’il fait la connaissance de Sakura, une jeune patineuse talentueuse. Le coach de Sakura est un ancien champion international qui s’est installé sur l’île d’Hokkaïdo par amour pour son conjoint. Il a l’idée d’apparier Takuya et Sakura pour les faire participer aux épreuves de couple du prochain championnat national.
Un homme (Zhubin Li) quitte Datong, dans le nord de la Chine, au début des années 2000, pour le sud à la recherche d’une meilleure position. Il cesse de donner des nouvelles à sa compagne (Zhao Tao) qui part à sa recherche sur les rives du Yang Tse Kiang où va s’ériger l’immense barrage des Trois-Gorges qui engloutira de nombreux villages. Les années passent….
Soo-ha est une jeune métisse franco-coréenne, élevée seule par sa mère à Sokcho, un petit port sur la côte orientale de la Corée du sud. Après avoir bouclé des études de lettres, elle épaule le patron, veuf depuis peu, d’une modeste pension de famille. C’est là que débarque Yann Kerrand (Roschdy Zem), un dessinateur français en panne d’inspiration. À la demande du patron, Soo-ha va lui servir de guide.