Eleonora Duse ★★☆☆

L’immense diva Eleonora Duse (Valeria Bruni Tedeschi) a soixante ans quand la Première Guerre mondiale se termine. Son prestige s’étiole alors que sa santé décline, que le public se détourne du théâtre pour lui préférer le cinéma, que le fascisme lentement progresse. Elle décide pourtant de remonter sur scène et, aiguillonnée par la prestigieuse Sarah Bernhardt (Noémie Lvovsky), choisit de jouer la pièce d’un inconnu.

Pietro Marcello – qui est venu présenter ce film que j’ai eu la chance de voir en avant-première avec les lycéens du prix Palatine – avait signé Martin Eden que je n’avais pas aimé, sans savoir s’il fallait que j’en blâme son réalisateur ou bien le livre de Jack London pourtant unanimement apprécié, et L’Envol, l’adaptation d’un célèbre roman russe des années Vingt. On retrouve dans Eleonora Duse le même travail sur l’image désaturée que dans ses films précédents, qui ajoute de la mélancolie à une histoire qui en porte déjà beaucoup.

Il fait preuve d’une grande maîtrise derrière la caméra et nous livre un beau mélodrame. Il nous fait connaître de ce côté-ci des Alpes où elle est quasiment inconnue, une figure italienne de la Belle Epoque. Eleonora Duse était la Sarah Bernhardt italienne. Elle monta sur les planches dès l’âge de quatre ans pour jouer Cosette dans une version des Misérables. Son répertoire était immense et allait des grands drames classiques français au théâtre contemporain d’Ibsen ou de d’Annunzio auquel la lia une passion sulfureuse.

Eleonora Duse a trouvé en Valeria Bruni Tedeschi l’interprète idéale. L’actrice est souvent excessive et ses excès lui nuisent, la rendant parfois détestable. Mais le personnage même de la diva italienne était dans l’excès. Et Valeria Bruni Tedeschi s’y glisse à la perfection. Refusant la vieillesse et l’oubli, la diva veut à tout prix rester au sommet de sa gloire. Elle fait les mauvais choix, artistique en soutenant un dramaturge médiocre, politique en acceptant le parrainage de Mussolini. On la voit, comme dans une tragédie crépusculaire de Visconti, s’enfoncer lentement dans un inexorable déclin.

Eleanora Duse est un film exigeant. Je crains que les lycéens du jury du prix Palatine aient trouvé ses deux heures bien longues. Mais c’est un film sombre, grave et beau.

La bande-annonce

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