Le Mage du Kremlin ★★★☆

Un essayiste américain de passage à Moscou (Jeffrey Wright) est invité dans la luxueuse datcha de Vadim Baranov (Paul Dano) sur lequel il vient de rédiger un article. L’ancien conseiller de Vladimir Poutine lui raconte  la Russie des années 90, la succession de Boris Eltsine et les fondements du nouvel ordre poutinien : la « démocratie souveraine » et la « verticale du pouvoir ».

Le livre de Giuliano da Empoli avait obtenu un tel succès à sa sortie en 2022 que son adaptation à l’écran était inévitable. C’est Olivier Assayas qui s’en est chargé dans une superproduction hollywoodienne dans la veine de ses précédents Carlos et Cuban Network. Le casting est rutilant,  avec un Jude Law décidément bluffant (il était déjà méconnaissable en Henri VIII dans Le Jeu de la reine) et un budget conséquent, malgré les difficultés qu’a eues semble-t-il la production à le boucler. Revers de la médaille : le film est en anglais alors qu’il aurait été beaucoup plus convaincant en russe.

Je n’avais pas adoré le livre. Je lui reprochais – ce que je reproche d’ailleurs au film – une introduction laborieuse : je ne vois pas ce qu’apporte le fait que l’histoire soit racontée du point de vue d’un journaliste américain. Je lui reprochais également les inutiles disgressions sur la vie privée de Baranov et sur le couple qu’il forme avec Ksenia. Je fais d’ailleurs le même reproche au film et au personnage interprété par Alicia Vikander qui s’intègre mal au reste du récit à mon avis.

Pour autant, j’ai été enthousiasmé par le film d’Assayas, par son énergie, par son intelligence. Il restitue parfaitement, je crois, l’ambiance des années 90 de la Russie d’Eltsine, le vent de liberté qui y souffla, le scandaleux enrichissement de quelques oligarques ingénieux et opportunistes et, parallèlement, l’aspiration du plus grand nombre à un retour à l’ordre qu’a parfaitement compris Poutine. C’est cette seconde partie qui constitue la meilleure du film. Dès que Poutine apparaît, le film change de dimension. Jude Law incarne un animal politique redoutable, qui veut laver son pays de l’humiliation subie en 1989 et lui redonner sa puissance, quitte à se faire l’ingénieur du chaos.

Le film dure plus de deux heures trente. C’est une durée bien longue qui risque d’en effrayer plus d’un. Elle ne m’a pas du tout pesé. Et, sans la voix melliflue de Paul Dano qui m’a bien vite porté sur les nerfs, j’en aurais demandé encore.

La bande-annonce

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