
Voilà plusieurs années que Lu (Chang Chen, acteur fétiche de Wong Kar Wai) vit à New York. il est livreur de plats à domicile, soumis à des cadences d’enfer pour satisfaire son patron et ses clients. Sa femme et sa fille s’apprêtent enfin à le rejoindre après plusieurs années de séparation.
C’est hélas précisément le moment où les coups du sort s’abattent sur Lu. Son vélo lui est volé. Les clés de l’appartement dans lequel il s’apprête à emménager lui sont reprises car la caution et le loyer qu’il vient de régler ont été détournés.
Les Lumières de New York – dont le titre original, Lucky Lu, est autrement plus subtil – a pour héros un travailleur chinois immigré à New York, loin de sa famille, soumis à des conditions de vie harassantes qu’un moindre grain de sable suffit à faire dérailler. Il rappelle d’autres figures cinématographiques fameuses : les héros du Voleur de Bicyclette et de L’Histoire de Souleymane. La concurrence est rude face à des chefs d’œuvre aussi marquants et aussi admirés. Elle condamne par avance ce petit film, œuvre d’un réalisateur canadien d’origine chinoise dont c’est le premier long métrage.
On se souvient de la clé de la réussite de L’Histoire de Souleymane : une course contre la montre haletante filmée caméra à l’épaule, au plus près de Souleymane, pendant la journée qui précède son audition à l’Ofpra où il espère décrocher un titre de réfugié.
On pourrait croire, à voir sa première partie, que Les Lumières de New York va suivre la même recette et raconter comment Lu s’organise pour accueillir sa femme et sa fille, dont l’arrivée est imminente, en récupérant son vélo et/ou son appartement. Mais le scénario prend une autre voie. Au risque de trop en révéler, on peut dire que la famille de Lu arrive au mitan du film.
Autre différence de taille avec L’Histoire de Souleymane : la caméra est immobile et filme Lu en plan large alors que celle du film de Boris Lojkine collait à son héros et nous faisait partager son anxiété grandissante. Le rythme du film s’en ressent. Sa fin peut désorienter. Elle m’a laissé sur ma faim (!) ; mais à la réflexion je la trouve très belle.