Dix ans après Nous, Princesses de Clèves, le documentariste Régis Sauder (Retour à Forbach, J’ai aimé vivre là…) retrouve les bacheliers qu’il avait filmés. Que sont-ils devenus ? Comment sont-ils sortis de l’adolescence ? Comment sont-ils entrés dans l’âge adulte ? Leurs rêves se sont-ils réalisés ou se sont-ils fracassés contre le mur de la réalité ?
Sur le papier, le projet de Régis Sauder était séduisant. Nous, princesse de Clèves, filmé en réaction aux propos à l’emporte-pièce du candidat Sarkozy – qui s’était interrogé sur l’opportunité d’interroger des candidats à un concours administratif sur le roman de Mme de Lafayette – nous introduisait à des personnages si attachants que nous brûlions d’envie de connaître leurs destins. Et ces devenirs entremêlés pouvaient potentiellement nous renseigner sur la capacité – ou l’incapacité – de la jeunesse à se faire une place dans notre société, mais aussi de la capacité – ou de l’incapacité – de notre société à leur en faire une.
Las ! le résultat s’avère décevant.
Nous, princesse de Clèves rassemblait plusieurs lycéens dans un même lieu, unis par un même objectif – le baccalauréat à décrocher à la fin de l’année – et se lisait comme une ode républicaine à l’école gratuite et laïque, symbolisée par le noble personnage de cette enseignante de français dont tous les élèves du documentaire suivaient les cours alors que En nous n’a plus cette belle unité. Les dix élèves d’Emmanuelle ont pris leur envol dans dix directions différentes. Plus rien ne les unit. D’ailleurs on partage leur léger malaise aux retrouvailles obligées auxquelles le réalisateur les a contraints : ils échangent certes quelques souvenirs nostalgiques mais n’ont au fond plus grand chose à se dire.
Que sont devenus Anaïs, Virginie, Armelle, Cadiatou, Laura et Morgane (les deux jumelles), Albert, Abou, Aurore et Sarah ? La plupart ont cherché à quitter ces quartiers nord de Marseille où ils ont grandi ; mais tous n’y sont pas parvenus (Albert y est moniteur d’auto-école, Anaïs coud à domicile) ; et la plupart y reviennent volontiers, pour y revoir leurs parents ou pour y faire une pause entre deux jobs (comme Sarah qui a travaillé en Irlande, au Portugal, à Malte). Plusieurs ont eu des enfants qu’elles élèvent seules après des ruptures plus ou moins violentes (Virginie raconte son passé de femme battue). Une seule est mariée, Morgane qui a épousé une femme, qu’elle fréquentait déjà dix ans plus tôt sans avoir fait son coming-out.
Les jeunes trentenaires d’En nous sont-ils représentatifs de la France d’aujourd’hui ? Pas sûr. Pas sûr d’ailleurs que dresser la topographie de l’entrée dans l’âge adulte de la jeunesse française des années 2010 fut l’objectif de Régis Sauder. L’échantillon de base n’était guère représentatif : un lycée en zone d’éducation prioritaire des quartiers nord, tristement fameux, de la cité phocéenne. Ses lycéens n’étaient pas les plus défavorisés de leurs quartiers. Au contraire ils en formaient l’élite la plus aisée et la plus éduquée.
Ce qui m’a frappé – si on m’autorise l’espace d’un instant à faire ma Tatie Danielle – est combien ces jeunes sont autocentrés. Sans doute l’exercice les incitait-il à l’introversion ; mais je trouve qu’ils se regardent beaucoup le nombril, accusent une société qu’ils dénigrent de ne pas reconnaître les droits qu’ils revendiquent et oublient un peu vite qu’ils en font partie et que son bon fonctionnement dépend aussi de leur engagement au service des autres.
Le jeune Moïse a été recueilli, tout bébé, sur une plage mahoraise par une jeune infirmière (Céline Salette) venue secourir des immigrés clandestins débarqués d’un kwassa-kwassa, ces pirogues venues des Comores. Il a grandi dans l’amour de cette mère aimante jusqu’à son décès brutal qui le jette à la rue. Une bande de jeunes du bidonville de Gaza le prend sous sa coupe. Elle est dirigée par Bruce, un adolescent analphabète, drogué et violent.
Après avoir assassiné et décapité un jeune enfant de douze ans, le 1er septembre 1905, dans un petit village du Cantal, Bruno Reidal se livre à la police. L’adolescent âgé de dix-sept ans à peine subit un expertise médicale par un collège de médecins pour apprécier son irresponsabilité. Il rédige à leur intention un témoignage écrit de sa vie depuis la prime enfance. C’est en suivant à la lettre ce témoignage que le réalisateur Vincent Le Port reconstitue la vie du jeune assassin.
Philippe (Bouli Lanners) est un Belge mutique, qui a trouvé à s’employer dans une ferme isolée sur l’île de Lewis à l’extrême nord de l’Ecosse. Victime d’un AVC, hospitalisé en urgence sur le continent, il quitte l’hôpital d’Inverness amnésique. Millie (Michelle Fairley) prend soin de lui à son retour dans sa maison.
Monique Pinçon-Charlot et son mari Michel Pinçon sont deux anciens directeurs de recherche au CNRS qui ont consacré leurs vies et leurs livres, rédigés à quatre mains, à l’étude de la haute bourgeoisie et des élites. Depuis leurs départs à la retraite, leurs écrits se sont faits de plus en plus militants. Le Président des riches, une enquête sur « l’oligarchie » dans la France de Nicolas Sarkozy les a fait connaître en 2010 du grand public.
Nous nous souvenons tous du feu qui ravagea, le lundi 15 avril 2019, la charpente de Notre-Dame de Paris, provoqua l’écroulement de sa flèche et menaça ses deux tours.
Jakob Störr (Gijs Naber) est un loup de mer qui commande des cargos et des vraquiers en Méditerranée dans les années trente. À une escale à Malte, où il retrouve un vieux camarade impliqué dans des combines louches, il décide de se marier. Son choix tombe sur Lizzy (Léa Seydoux), une jeune Parisienne émancipée dont les amitiés et la vie passée sont nimbées de mystère. Le travail de Jakob l’oblige à de longues absences et nourrit sa jalousie maladive que Lizzy ne fait rien pour apaiser, en flirtant ouvertement avec son ami Dedin (Louis Garrel). Jakob décide de quitter Paris avec sa femme pour Hambourg où on lui propose un nouveau poste.
Thierry Michel a bientôt soixante-dix ans. Ce documentariste belge, natif de Charleroi, a filmé le Congo sous toutes ses coutures. L’Empire du silence est le treizième documentaire qu’il consacre à ce pays-continent, grand comme l’Europe, qui compte parmi les plus pauvres du monde malgré ses immenses richesses géologiques.
Casquette (Philippe Rebbot) et Brindille (Antoine Bertrand) sont SDF. Une vieille amitié les unit depuis sept longues années. Chaque semaine, ils achètent ensemble un billet de loto et rêvent à la destination exotique que leur permettrait le gros lot. Exceptionnellement, c’est un jeune punk à chien (Côme Levin) qui leur avance le prix du billet le soir où leurs numéros fétiches sortent enfin.
Zohra (Sabrina Ouazani) a quitté la Tunisie pour suivre Omar (Ramzy Bedia) en France. Le couple s’est installé en banlieue parisienne et a bientôt une ravissante fillette. Si Omar est un père parfait avec son enfant, il se révèle vite un mari alcoolique, veule et violent qui lève volontiers la main sur Zohra, les soirs de match.