The Criminals ★★☆☆

Un obus de la Seconde Guerre mondiale est découvert sur un chantier dans le centre de Londres. Le quartier est évacué. Les démineurs sont appelés. Pendant ce temps, des braqueurs s’introduisent dans le sous-sol d’un immeuble d’habitation, forent le mur de la cave et pénètrent dans la chambre forte de la banque mitoyenne.

David Mackenzie est un réalisateur écossais qui a déjà réalisé plusieurs films réussis : Perfect Sense (2012) une dystopie prémonitoire sur une pandémie planétaire, Les Poings contre les murs (2013) sur un adolescent emprisonné dans un centre de redressement, Comancheria (2016) un polar doublé d’un western filmé aux confins du Texas. Il avait eu la main moins heureuse avec Outlaw King (2022), un film d’aventure historique.

David MacKenzie aime filmer les beaux gosses : Chris Pine dans Outlaw King et dans Comancheria, Aaron Taylor-Johnson, pressenti pour devenir le prochain James Bond, dans Outlaw King également et dans The Criminals, dont le titre original, Fuze, a plus de sens que son insipide traduction. L’affiche testostéronée du film – qui montre Big Ben qu’on ne verra pas une fois dans le film et qui est plongée dans la pénombre alors que tout le film se déroule en plein midi – en témoigne.

J’ai bien failli passer à côté de ce film dont je ne croyais pas qu’il méritait le détour. Je me disais que je finirais bien par le voir un jour dans un avion, avec des sous-titres vietnamiens ou paraguayens. J’imaginais par avance ce qu’il réserverait : un braquage comme on en a déjà vu treize à la douzaine.

J’étais bien scrogneugneu et avais sous-estimé ce film, bien mieux troussé que je l’imaginais. C’est du bon travail, bien écrit, bien filmé, bien joué. Il m’a tenu en haleine jusqu’au bout – même si le dernier tiers a le tort de sortir du périmètre où l’action se déroulait jusqu’alors. Certes, il faut être prêt à accepter des rebondissements qui ne sont pas tous crédibles. Mais si l’on accepte de débrancher quelques neurones, ceux qui nous restent prendront un plaisir total à ce divertissement réussi.

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Michael ★☆☆☆

Après Bob Marley, après Elton John, après Elvis Presley, après Bob Dylan, après Freddy Mercury, après Amy Winehouse, après Ray Charles, il était inévitable que Michael Jackson ait droit à son biopic.

Celui-ci respecte scrupuleusement les règles du genre. Il ne s’autorise pas un seul pas de côté. Il raconte l’ascension d’un jeune gamin issu d’une famille modeste d’une ville industrielle de l’Indiana qui, grâce à son talent immense, à force de travail et en dépit d’un père toxique qui veut l’empêcher de voler de ses propres ailes, réussit à devenir une star planétaire.

Aucun sujet polémique n’est traité ni même effleuré. Le film s’arrête en 1988 alors que Michael Jackson est au sommet de sa gloire. Ni ses agressions sexuelles sur mineurs dont il sera ensuite accusé, ni ses addictions médicamenteuses qui causeront sa mort ne sont abordées. Pour autant, le film évoque sa première rhinoplastie en 1979 à vingt-et-un ans (Michael était complexé par son nez) et son vitiligo qu’il soignera en blanchissant sa peau.

Michael est un long clip vidéo. Il réjouira les fans de Michael Jackson et tous ceux qui, comme moi, ont grandi dans les années 80 (je me souviens de ma fascination, l’été de mes treize ans, chez mon correspondant anglais devant le clip Thriller diffusé sur MTV) ou qui ont assisté au concert du Parc des Princes en juin 1988. Ils y retrouveront les musiques diablement dansantes de Billie Jean, Beat It, Bad… Ils passeront deux heures sans regarder leur montre. Quant aux autres…

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Sorda ★★★☆

Angela est sourde (sorda en espagnol). Elle est en couple avec Hector qui, lui, est entendant. Angela attend un enfant. Elle appréhende sa naissance : sera-t-il sourd ou entendant ? saura-t-elle l’élever malgré son handicap ?

Sorda est un film qui sort de l’ordinaire. Sorda est un film extraordinaire. Il nourrit l’ambition rare de nous faire pénétrer et comprendre un autre univers : celui de la surdité ou, pour être politiquement correct, de la déficience auditive. Pour ce faire, un soin tout particulier a été apporté au son – avec une étonnante surprise dans la dernière partie du film que j’aurais tort de spoiler. Le film est par ailleurs accompagné de sous-titres pour sourds et malentendants (STSME), une technique d’affichage qui se met ici au service non seulement des malentendants mais aussi des entendants en leur permettant de comprendre les paroles signées et non vocalisées.

Sans doute la situation des personnes malentendantes avait-elle déjà été traitée à l’écran. Je pense au récent documentaire français Elle entend pas la moto, au film japonais La Beauté du geste sur une boxeuse sourde, à Sound of Metal sur un batteur qui perd l’ouïe et, il y a une quarantaine d’années, à un film qui avait remporté un succès étonnant et dont les plus âgés se souviendront sans doute, Les Enfants du silence avec William Hurt. Pour autant Sorda n’en est pas moins original et novateur.

Il pose, à travers son personnage principal, des questions que notre société, composée quasi-exclusivement d’entendants et organisée pour eux, ne se pose guère : comment vivre au quotidien avec ce handicap ? comment élever un bébé sans, par exemple, entendre ses pleurs ? Angela ne sait pas si Ona, son enfant, sera sourde au pas. Le suspense dure un moment car le diagnostic intra utero est impossible et celui qui est posé à la naissance n’est pas catégorique. Je le divulgâche : Ona est entendante. C’est un soulagement unanime bien sûr ; mais un soulagement teinté d’amertume pour Angela. Car l’audition parfaite de son bébé risque de l’éloigner d’elle.

La naissance d’un enfant entendant dans un couple mixte rebat les cartes. Hector et Angela formaient à deux un couple fusionnel. Hector signe à la perfection et communique fluidement avec sa femme. En société il prend soin de ne pas répondre à sa place et, quand il parle avec d’autres, de signer pour qu’elle comprenne mieux. Mais, quand l’enfant paraît, le couple fusionnel doit s’inventer de nouvelles règles. Il y a d’abord, dans les premières semaines, cette hypothèque sur la surdité éventuelle d’Ona que Angela ressent comme une injure : serait-il si terrible que son enfant lui ressemble ? est-ce un tel soulagement pour son père et pour ses grands-parents qu’elle soit entendante ? Il y a ensuite avec Ona qui appartient au monde des entendants et commence à babiller, un fossé qui se creuse : avec son père, avec ses grands-parents, à la crèche, Ona parlera une langue que Angela, qui voudrait lui apprendre la langue des signes pour dialoguer avec elle, comprend mal.

Une vie commune avec son conjoint, avec leur fille, est-elle possible ? ou le seul avenir de Angela est-il dans la compagnie de malentendants comme elle ? C’est la question, peut-être trop binaire, que pose le film. Heureusement, la réponse qu’il y apporte est autrement subtile.

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Caravane ★★☆☆

Ester élève seule son fils David, déficient mental. Elle passe des vacances avec lui et des amis en Italie dans une luxueuse villa. Mais la situation dégénère et Ester prend avec David la clé des champs. Leur chemin croise celui de Zuza, une auto-stoppeuse aux cheveux roses.

Caravane est un film tchèque tourné en Italie par une réalisatrice qui a, comme le personnage du film, élevé un fils handicapé. C’est un film qui raconte une situation poignante : celle d’un parent, d’autant plus sollicité qu’il élève seul son enfant lourdement handicapé. Cette situation hypothèque sa vie, ne lui laisse pas un seul instant de répit, lui interdit toute vie sociale ou amoureuse.

C’est précisément la situation dans laquelle s’est retrouvée Ester. On ignore tout d’elle, de son passé. A-t-elle un emploi ? David a-t-il un père ? On ne le saura pas. L’histoire reste collée au présent répétitif d’Ester dont le principal défi est d’éviter que David se mette dans une situation dangereuse ou embarrassante.

Le duo aurait pu être étouffant. Le scénario de Caravane a la bonne idée d’adjoindre à Ester et David un troisième personnage : une punkette aux cheveux roses. Zuza n’a pas d’œillères. Elle prend la vie comme elle vient. Elle s’attache à Ester et à David pendant quelques jours. On se demande si une relation sexuelle se nouera avec David qui, au grand dam de sa mère, développe les pulsions sexuelles de tout adolescent de son âge. Le scénario a la bonne idée d’éviter cette direction trop téléphonée.

Caravane a un seul défaut. Il sort un an après Mon inséparable où Laure Calamy, avec la gouaille et l’énergie qu’on lui connaît, jouait le même rôle de mère d’un enfant handicapé.

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Dao ★☆☆☆

Gloria (Katy Correa) est au mitan de sa vie. Son père est mort deux ans plus tôt et, avec ses frères et sœurs, elle retourne dans son village natal, en Guinée Bissau, lui rendre l’hommage que la tradition exige. Parallèlement, toute sa famille se réunit en banlieue parisienne, près de Mantes, pour le mariage de Nour (D’Johé Kouadio), sa fille.

Sélectionné à Berlin, Dao est encensé par la critique. Le Monde lui consacrait mercredi dernier une pleine page. Libération, L’Obs, L’Humanité sont au diapason. Les Cahiers du cinéma est le plus extatique : « On ressort des trois heures cinq de Dao dans un état second, un peu sonné, tant les scènes de réunion, de danse ou de rituels du nouveau film d’Alain Gomis filent et défilent à la manière d’un vaste souffle emportant tout sur son passage. »

Je crains hélas de ne pas partager un tel enthousiasme. Je n’ai pas aimé Dao dont les trois heures douze m’ont semblé horriblement longues. J’en ai trouvé la construction paresseuse, qui nous montre alternativement, dans un balancement vite monotone, le lent déroulement des deux cérémonies. Que nous dit ce balancement ? qu’on peut être Africain en France sans renier ses racines ? La belle histoire ! Ce message, ô combien légitime, n’a-t-il pas déjà été mille fois raconté, chez Rachid Bouchareb (Little Senegal), chez Nakache & Toledano (Samba) ou chez Thomas Gilou (Black micmac) ? fallait-il trois heures pour nous le répéter ?

Inutilement lesté d’une musique de jazz certes superbe sans aucun rapport avec ce qui est filmé, Dao baigne dans la bien-pensance. Dao est féministe en mettant en avant le rôle des femmes et en ayant la lucidité de dénoncer les discriminations dont elles sont encore victimes en Guinée-Bissau. Il est anti-colonialiste lors d’une excursion touristique au fort de Cacheu qui porte encore les stigmates de la traite négrière. Ile se paie même le luxe de battre en brèche l’homophobie latente de quelques participants du mariage. On peut certes se féliciter que de si nobles idéaux traversent ce film. Mais on a aussi le droit de les trouver à la longue bien gluants.

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Die My Love ☆☆☆☆

Grace (Jennifer Lawrence) et Jackson (Robert Pattinson) s’aiment d’un amour fou. Ils décident de quitter New York pour s’installer dans un coin perdu du Montana dans la ferme que l’oncle de Jackson leur a laissée. Grace tombe bientôt enceinte et accouche d’un ravissant bambin. Mais Grace s’enfonce dans un baby blues dont rien ne semble pouvoir la sauver.

Disons-le tout de go : le visionnage de Die My Love a été pour moi une épreuve pénible, au point que j’ai failli, fait rarissime, quitter la salle en cours de route. Pourquoi une telle irritation ? Parce que Die My Love raconte la lente et inexorable plongée d’une femme dans l’abîme noir de la dépression.

Le sujet est pénible, asphyxiant. Die My Love est-il pour autant un mauvais film ? Cela se discute.

Je considère en effet que le cinéma n’a pas vocation à faire du bien. Je déteste la mode actuelle du feel-good-movie qui se nourrit de la prémisse, à mon sens fallacieuse, que la vie est dure et que le spectateur cherche avant tout à se détendre. « Mais non, Jojo, la vie n’est pas si dure ! Tu pourrais être né au Sud-Soudan ou en Somalie dans un shtetl polonais en 1895 ou en pleine épidémie de peste noire au XIVe siècle ! ». Et à quoi bon aller au cinéma pour se détendre ? Pour se détendre, il y a le yoga, l’alcool, la fumette… Le cinéma, ça peut servir à bien d’autres choses : s’évader, s’émouvoir, pleurer, rire, s’instruire, s’indigner, questionner ses préjugés….

Je m’égare….
Posons donc que le cinéma n’ait pas pour unique fonction de délasser. Faut-il être à ce point masochiste pour y aller et s’y faire du mal ? C’est une question à laquelle je dois bien concéder qu’il est difficile de répondre par l’affirmative.

La question en cache une autre, plus cinématographique. Le visionnage de Die My Love m’a-t-il été pénible parce que son sujet est désagréable ou parce que Die My Love est un mauvais film ? On peut faire un bon film sur un sujet déplaisant. Lynne Ramsay, la réalisatrice, en a déjà fait l’expérience en adaptant le livre extraordinaire de Lionel Shriver, We Need to Talk About Kevin. Je commençais ma critique de ce roman en écrivant : « Voici peut-être l’un des meilleurs livres que j’aie jamais lus ; pourtant j’ai détesté chacune de ses pages. »

Les plus grands réalisateurs ont filmé la dépression : Ingmar Bergman avec Persona, Roman Polanski avec Répulsion, Sam Mendes avec Revolutionary Road, Lars von Trier avec Melancholia… Des films plus récents s’y sont frottés : Un heureux événement adapté d’un (mauvais) roman d’Eliette Abecassis, Tully avec Charlize Theron ou, il y a quelques mois à peine, le catalan Salve Maria. En sélection officielle à Cannes l’an dernier, dont il est revenu sans la moindre récompense, Die My Love apporte-t-il quelque chose à cette longue généalogie ? Hélas non. Son scénario n’a rien de bien original. Son duo d’acteurs tellement bankables est son seul atout. Robert Pattinson a l’élégance de s’effacer devant sa partenaire. Jennifer Lawrence donne de sa personne et fait le pari (dé)culotté de la nudité intégrale. Un tel engagement hélas sent un peu trop la performance. Elle espérait un Oscar ; elle n’a même pas été nominée.

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L’Enfant bélier ★★☆☆

Sara (Zbeida Belhadjamor découverte dans le magnifique Une histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid) et Adam forment un jeune couple aimant qui se font passer pour des réfugiés syriens et espèrent gagner l’exil avec leur bébé Clara. Ils confient leur sort à des passeurs qui les embarquent à bord d’une camionnette qui traverse la Belgique. Leur chemin croisera celui d’une patrouille de policiers.

L’Enfant bélier est inspiré de faits réels qui s’étaient déroulés en Belgique en 2018. Une fillette kurde avait été tuée par un policier sur une autoroute belge après une course poursuite.

Il y avait plusieurs façons de raconter cette histoire. La réalisatrice belge Marta Bergman choisit le polar, en temps quasi-réel, filmé dans une nuit d’encre. On suit en parallèle la bande de réfugiés qui s’entassent à l’arrière d’une camionnette et la patrouille de policiers belges. On sait par avance que les deux se rencontreront inexorablement et on sait aussi, sans en connaître les détails, l’issue fatale de cette rencontre, sauf à être allé voir le film sans en avoir rien lu. Le suspense en est diminué d’autant.

La mort de Clara intervient aux deux tiers du film. Quelle place donner à l’après ? Le scénario choisit une cote mal taillée. Il aurait pu évoquer le procès – qui s’est soldé en Belgique par la condamnation du policier pour homicide involontaire à une peine de sursis réduite en appel de douze à dix mois et à la condamnation à la prison ferme pour trafics d’êtres humains du chauffeur et du passeur. Il n’en fait rien. Il s’arrête avant et suit deux fils. D’un côté celui de Sara et d’Adam, terrassés par le chagrin et la culpabilité, que l’Etat belge, inquiet du retentissement médiatique de l’affaire, essaie d’amadouer. De l’autre celui de Redouane (Salim Kechiouche vu dans les deux chapitres de Mektoub My Love), l’auteur du tir meurtrier, rongé par la culpabilité.

L’Enfant bélier n’est pas un film très novateur. On a déjà vu, notamment chez les Dardenne, des réfugiés confrontés à des dilemmes moraux. On pense aussi à Welcome de Philippe Lioret ou à Ils sont vivants de Jérémie Elkaïm qui filmaient des réfugiés à Calais en attente d’un hypothétique passage vers l’Angleterre. Il n’en reste pas moins un film juste et fort, condamné hélas, faute d’avoir été produit par une chaîne de télévision, faute d’avoir été sélectionné dans un grand festival qui lui aurait donné plus de notoriété, faute d’avoir trouvé sa place en salles, à une quasi-invisibilité. L’équipe du film en est d’autant plus méritante d’avoir hier soir « fait le job » devant un public clairsemé à l’Espace Saint-Michel.

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Hayat ★☆☆☆

Hicran a disparu. Refusant le mariage arrangé conclu pour elle par sa famille, elle est partie à Istanbul. Son fiancé, Riza, qui la connaît à peine, part à sa recherche.

Hayat est un film turc d’un réalisateur aguerri, auteur déjà de plusieurs films tous inédits en France. C’est un long film de deux heures quarante dont le scénario recèle plusieurs rebondissements. Pour ne pas trop en dire, je n’en ai évoqué que le commencement dans la courte présentation que je viens d’en faire.

Hayat est rempli d’ellipses qui en brouillent la compréhension. Rien ne permet de savoir sur quelle période s’étend l’histoire : plusieurs années ou quelques mois à peine ? Plusieurs fois, pendant le film, je me suis demandé : s’agit-il d’un rêve ? est-ce un flashback ? Selon sa subjectivité, on appréciera ou pas cette valse-hésitation continuelle qui nous fait douter à la fois de la réalité de l’histoire et de son sens. Ainsi de la fin à tiroirs qui nous donne presque l’impression, comme dans des livres dont on est le héros de nous laisser le choix : a/ une fin malheureuse qui se termine sur le visage de l’héroïne en larmes ou b/ une fin heureuse d’un couple épanoui et d’un ventre rebondi annonciateur d’une naissance proche ?

Le problème de Hayat est de traiter, sous une forme très alambiquée, d’un sujet très simple : la chape de plomb que fait peser sur les femmes un patriarcat obtus qui les prive du choix de leur vie et leur impose un mariage dont elles ne veulent pas. Bien sûr, un tel sujet est grave et important. Il a toute sa place au cinéma. Mais Mustang l’avait traité avec plus de force et plus de grâce.

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Sukkwan Island ★☆☆☆

Un jeune adulte souhaite retourner sur l’île déserte où il a passé un hiver avec son père. Une pilote d’hydravion l’y accompagne.
Quelques années plus tôt, encore adolescent, le jeune Roy (Woody Norman) accepte d’aller passer une année avec son père, Tom (Swann Arlaud), dans le chalet que celui-ci vient d’acheter à mille lieues de toute terre habitée.

Qui l’a lu se souvient du choc qu’il a ressenti à la lecture de Sukkwan Island. C’était en 2010 un livre publié par un éditeur quasi-inconnu, Gallmeister, et qui en assit la notoriété. Il obtint le prix Médicis étranger et se vendit à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

Il est surprenant qu’il ait fallu plus de quinze ans pour le porter à l’écran. Cette adaptation est signée d’un réalisateur français, Vladimir de Fontenay remarqué en 2018 pour son premier film Mobile Homes. Il est allé tourner au nord de la Norvège ce film avec une équipe cosmopolite (un Français, un Britannique et l’actrice finlandaise d’Amours à la finlandaise et des Feuilles mortes).

Le résultat est déconcertant. La raison en est peut-être le souvenir plus ou moins précis que chaque lecteur avait gardé du livre et le fameux choc de la page 113. Ce choc – dont on ne dira rien à ceux qui ne l’ont pas lu – est remis en cause dès la première scène du film qui questionne notre mémoire du livre autant que la liberté prise par son adaptation. Tout s’éclaire à la fin qui replace le livre dans la biographie de son auteur et du drame qu’il a vécu en 1980. Mais ce cheminement, bigrement malin, est beaucoup trop alambiqué pour le lecteur du livre qui se souvient simplement d’une robinsonnade qui tourne mal, d’un tête-à-tête entre un gamin de treize ans et un père inapte qui, au fur et à mesure, révèle sa dangerosité.

Le film aurait dû, à l’instar du livre, assumer la radicalité de ce duo. Dès qu’il quitte l’île déserte, sa sauvage beauté, ses hivers glacés, ses deux seuls habitants, il perd en intensité.

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Vivaldi et moi ★★★☆

L’Ospedale della Pietà est un hospice vénitien prestigieux qui, pendant plusieurs siècles, accueillit et éduqua des orphelines. Il se finançait grâce aux dons des grandes familles et aux recettes des concerts de son académie de musique. Au début du XVIIIe siècle, il recrute un prêtre phtisique, Antonio Vivaldi (Michele Riondino). Le maître compte parmi ses élèves une orpheline particulièrement douée, Cecilia (Tecla Insolia).

Vivaldi et moi (dont le titre original, Primavera, est autrement plus subtil puisqu’il fait à la fois référence à l’une des œuvres maîtresses de Vivaldi et au coming-of-age de Cecilia) nous vient d’Italie. Il est l’œuvre de Damiano Michieletto, un réalisateur qui a travaillé pour les plus prestigieux opéras du monde. Avec huit nominations, il est le grand favori des prochains David, l’équivalent italien des César, devant La grazia de Sorrentino et Le Dernier pour la route.

Vivaldi et moi n’est pas un biopic sur Vivaldi. Son personnage principal est Cecilia. L’histoire qu’il raconte est celle de son émancipation grâce à la musique et à la rencontre du maestro. Ainsi présenté, on imagine par avance le film qu’on va voir : l’évocation d’abord de l’enfance solitaire de Cecilia, l’arrivée de Vivaldi, l’alchimie immédiate qui se crée entre le maître et sa violoniste, la relation platonique qui peut-être laissera place à des élans plus charnels, etc. 

Mais le scénario a le don de nous surprendre. Il le fait grâce à deux rebondissements qui possèdent la double qualité d’être absolument inattendus et totalement cohérents. L’un met en scène Stefano Accorsi dans un rôle secondaire de parfait salaud. L’autre clôt le film.

Vivaldi et moi vaut par sa reconstitution de la République des Doges. Il rappelle, si d’aucunes s’en souviennent, Rouge Venise que j’avais vu il y a des lustres à Toulon avec ma défunte sœur. Il rappelle aussi le plus récent Gloria! qui se passe lui aussi dans un hospice vénitien une centaine d’années plus tard. Il rappelle enfin le roman de Léonor de Recondo Le Grand Feu dont je me suis même demandé s’il n’en était pas l’adaptation.
Il vaut aussi par sa musique baroque splendide qui a le bon goût d’éviter ce qu’on redoutait par-dessus tout : le recours ad nauseam aux passages trop connus des Quatre Saisons.

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