
Gloria (Katy Correa) est au mitan de sa vie. Son père est mort deux ans plus tôt et, avec ses frères et sœurs, elle retourne dans son village natal, en Guinée Bissau, lui rendre l’hommage que la tradition exige. Parallèlement, toute sa famille se réunit en banlieue parisienne, près de Mantes, pour le mariage de Nour (D’Johé Kouadio), sa fille.
Sélectionné à Berlin, Dao est encensé par la critique. Le Monde lui consacrait mercredi dernier une pleine page. Libération, L’Obs, L’Humanité sont au diapason. Les Cahiers du cinéma est le plus extatique : « On ressort des trois heures cinq de Dao dans un état second, un peu sonné, tant les scènes de réunion, de danse ou de rituels du nouveau film d’Alain Gomis filent et défilent à la manière d’un vaste souffle emportant tout sur son passage. »
Je crains hélas de ne pas partager un tel enthousiasme. Je n’ai pas aimé Dao dont les trois heures douze m’ont semblé horriblement longues. J’en ai trouvé la construction paresseuse, qui nous montre alternativement, dans un balancement vite monotone, le lent déroulement des deux cérémonies. Que nous dit ce balancement ? qu’on peut être Africain en France sans renier ses racines ? La belle histoire ! Ce message, ô combien légitime, n’a-t-il pas déjà été mille fois raconté, chez Rachid Bouchareb (Little Senegal), chez Nakache & Toledano (Samba) ou chez Thomas Gilou (Black micmac) ? fallait-il trois heures pour nous le répéter ?
Inutilement lesté d’une musique de jazz certes superbe sans aucun rapport avec ce qui est filmé, Dao baigne dans la bien-pensance. Dao est féministe en mettant en avant le rôle des femmes et en ayant la lucidité de dénoncer les discriminations dont elles sont encore victimes en Guinée-Bissau. Il est anti-colonialiste lors d’une excursion touristique au fort de Cacheu qui porte encore les stigmates de la traite négrière. Ile se paie même le luxe de battre en brèche l’homophobie latente de quelques participants du mariage. On peut certes se féliciter que de si nobles idéaux traversent ce film. Mais on a aussi le droit de les trouver à la longue bien gluants.