Obsession ★★☆☆

Bear est transi d’amour pour Nikki, qui travaille avec lui dans un magasin d’instruments de musique. Mais Bear est trop timide pour lui déclarer sa flamme malgré les encouragements de Ian, son meilleur ami. Il forme le vœu que Nikki l’aime plus que tout au monde. Son vœu miraculeusement se réalise. Au-delà de toutes espérances…

Voici le petit film, tourné avec trois bouts de ficelle par un réalisateur de vingt-six ans pour 750.000 dollars et qui en a rapporté à ce jour 400 millions. Il est sorti en France début mai et y a attiré déjà plus d’un million de spectateurs. Je ne serais pas allé le voir s’il n’était pas devenu un tel phénomène et si mes fils ne m’y avaient pas incité.

Je ne suis pas un grand spécialiste du cinéma d’horreur. Je n’en vois pas beaucoup, alors que c’est un genre qui draine un public énorme. Ma réticence tient à deux raisons. La première est que je tiens, à tort peut-être, ce genre pour très pauvre et très répétitif – dont les parodies sont devenues presqu’aussi populaires. Si sans doute Massacre à la tronçonneuse, L’Exorciste ou The Thing sont des chefs d’œuvre, je ne vois pas l’intérêt d’un douzième Vendredi 13 ou d’un septième Scream. La seconde est plus personnelle : ces films me fichent une frousse bleue !

Récemment, le genre a pris une inflexion notable. Dans la veine notamment des films d’Ari Aster (Hérédité, Midsommar) ou de Jordan Peele (Get Out, Us, Nope), les films d’épouvante ont pris un tour moins sanglant et plus psychologisant. Obsession s’inscrit dans ce courant-là.

Obsession n’est pas un film particulièrement horrifique, même s’il réserve son lot de jump scare (la traduction française, effet de sursaut, est bien pataude) et d’hémoglobine. Il se déroule dans l’environnement parfaitement ordinaire d’une petite ville américaine anonyme. Le climat qu’il crée n’est pas particulièrement angoissant. D’ailleurs son interdiction aux moins de seize ans se discute. La commission aurait pu, sans erreur manifeste d’appréciation, opter pour un moins de douze.

C’est moins un film d’horreur qu’un film sur le couple. Un film d’abord sur les difficultés à se déclarer, à sortir de la friendzone, à devenir un peu plus qu’un simple « ami ». Un film ensuite sur la toxicité du couple, sur les dangers à s’aimer par-dessus tout et à ne vivre que l’un pour l’autre, un film sur le nécessaire équilibre à trouver. C’est pour ces raisons un film qui ne se contente pas de faire peur comme un vulgaire film d’épouvante, mais une œuvre qui interroge notre société et sa façon d’appréhender le couple.

Pour autant, Obsession mérite-t-il tout le bien qu’on en dit ? Je n’ai pas été absolument convaincu. Certes, j’ai apprécié la performance démente d’Inde Navarrette, qui réussit en un clin d’œil à passer d’une attitude à une autre, radicalement autre. Mais pour autant, j’ai trouvé le scénario de ce film bien plat et sa clé d’explication décevante.

La bande-annonce

Do You Love Me ★☆☆☆

La documentariste Lana Daher a réalisé un travail titanesque. Elle a plongé dans des (dizaines de ?) milliers d’archives filmées pour réaliser un portrait kaléidoscopique du Liban : des documentaires, des films, des photos, plus ou moins anciens. On pourra essayer d’en reconnaître certains : Caramel de Nadine Labaki, Je veux voir avec Catherine Deneuve, Memory Box de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, etc.

Le résultat aurait pu être obèse et durer des heures. Do You Love Me (sans point d’interrogation) a l’élégance de durer une heure quinze à peine.

Son défaut est de vouloir trop embrasser : la guerre, la résilience, les couchers de soleil, la trivialité du quotidien, l’impossible vivre-ensemble d’une myriade de communautés religieuses souvent arc-boutées sur leur identité…. Le résultat a des airs de long vidéo-clip. D’ailleurs la musique, d’une grande variété (sic), joue un rôle déterminant dans ce documentaire : son titre est celui d’un vieux tub des années 70 de Bendaly Family.

Mais le refus obstiné de toute contextualisation brouille vite la lecture : où sommes-nous ? en quelle année sommes-nous ? certes l’affiche et un carton au début du film nous auront prévenus : « la désorientation fait partie du voyage ». Mais, l’excuse est fragile : « vous n’allez rien comprendre, mais je vous aurai prévenu ! »

Peut-être ces images parleront-elles aux Libanais et à tous ceux qui connaissent intimement ce pays et son histoire. À tous les autres hélas, elles resteront incompréhensibles et, pire, répétitives.

La bande-annonce

Cuba & Alaska ★★☆☆

Yulia alias Cuba et Oleksandra alias Alaska sont deux secouristes ukrainiennes engagées sur le front russe en 2022 et liées par une amitié indéfectible.

Cuba & Alaska est un documentaire ukrainien qui réussit le pari impossible de filmer l’horreur de la guerre avec une formidable énergie. Le mérite en revient à ses deux protagonistes au charme fou et au flair du réalisateur Yegor Troyanovski, pour les avoir dénichées. Cuba, la trentaine bien entamée, est une militaire de carrière qui a rejoint l’armée en 2014. Passionnée de dessin, elle rêve de faire carrière dans la mode. Alaska est plus jeune, qui veut poursuivre une carrière de journaliste.

Les deux jeunes femmes, brutalement projetées dans un monde d’hommes, font la guerre sur la ligne de front. Alaska y est blessée et doit entamer une longue convalescence qui la mine durablement. Pendant ce temps, Cuba essaie de la réconforter tandis qu’elle noue une relation amoureuse avec un soldat de son bataillon. Face à la dureté de la guerre, face aux corps blessés ou tués, les deux femmes opposent leurs rires, leur humour punk, leur rage de vivre.

Ces deux femmes ukrainiennes nous sont d’autant plus sympathiques qu’on est spontanément enclin à soutenir l’Ukraine dans le combat qu’elle livre à son agresseur russe. Comment réagirait-on si le même film avait été tourné de l’autre coté du front avec deux soldates russes ? Y aurions-nous vu un scandaleux instrument de propagande pro-Poutine ?

La bande-annonce

Etty ★☆☆☆

Russe par sa mère, néerlandaise par son père, Etty Hillesum a grandi à Deventer, une petite ville des Pays-Bas, avant de s’installer à Amsterdam. Étudiante en russe à l’université, elle entretient une liaison avec le propriétaire du logement qu’elle occupe avant de faire la rencontre de Julius Spier, un psycho-chirologue, immigré juif allemand et ancien élève de Jung. Pour la soigner de sa dépression, il l’incite à tenir son Journal. Alors que les lois antisémites se durcissent, Etty Hillesum renonce à un emploi protégé au Conseil juif pour aller travailler dans un camp à Westerbrok en juillet 1942. C’est de là qu’elle est déportée vers Auschwitz où elle meurt en novembre 1943 à l’âge de vingt-neuf ans.
Etty Hillesum est devenue une des figures les plus éminentes de la Shoah après la publication tardive de ses carnets dans les années 80.

Le réalisateur israélien Hagai Levi, auquel on doit BeTipul – qui a inspiré En thérapie – et The Affair, s’est emparé de la vie d’Etty Hillesum pour en faire une mini-série de six épisodes, d’une durée totale de près de six heures. Diffusée en salles depuis le 6 mai, elle est désormais accessible sur la plateforme arte.tv.

Hagai Levi a embrassé un parti audacieux : tourner le dos à la reconstitution historique empesée pour filmer un Amsterdam intemporel, sans ordinateur ni téléphone portable, mais avec ses voitures, ses maisons et ses lieux familiers (la gare centrale, le Rijkmuseum). Ce parti pris vise sans doute à combler le fossé qui nous met à distance des films en costumes, à rendre cet Etty plus contemporain, à nous laisser imaginer que ce qui lui est arrivé pourrait nous arriver aussi peut-être.

Le personnage d’Etty Hillesum, le choix radical qu’elle a fait d’aller au-devant d’une mort certaine alors qu’elle aurait pu se cacher ou se sauver, sa foi brûlante forcent l’admiration. Pour autant cette admiration révérencieuse ne doit pas dicter notre opinion sur cette série. Sans doute présente-t-elle une grande unité, une grande force. Pour autant, son format interroge. Pourquoi six heures là où l’essentiel aurait pu être dit et les mêmes effets atteints en deux ? pourquoi le cinéma pour filmer en champ-contrechamp d’interminables dialogues théâtraux ?

La bande-annonce

À bras-le-corps ★★☆☆

En Suisse, pendant la Seconde Guerre mondiale, Emma (Lila Gueneau) est une jeune fille pauvre employée comme bonne à tout faire dans la famille d’un pasteur (Grégoire Collin). Un journaliste genevois de passage la force et la met enceinte. Pour éviter l’opprobre, Emma n’a d’autre solution que d’accepter la demande en mariage de Paul.

La Suisse n’est hélas pas un grand pays de cinéma. Sauriez-vous me citer un réalisateur de ce pays, à l’exception peut-être de Godard, qui a fait toute sa carrière en France ? Aussi, on accueille les rares films réalisés et tournés dans ce pays pourtant si proche avec une curiosité bienveillante : En première ligne sur la résilience d’une infirmière sous tension, Olga sur une jeune gymnaste ukrainienne,  contrainte à l’exil, Les Conquérantes sur la tardive reconnaissance du droit de vote aux femmes…

À bras-le-corps rappelle d’ailleurs un autre film suisse récent qui n’a guère eu de retentissement : Foudre, sur l’émancipation d’une jeune fille dans une communauté paysanne d’une vallée retirée du Valais au début du vingtième siècle.

C’est une histoire similaire de coming-of-age qui est racontée ici. On en a déjà vu beaucoup. Celle-ci n’aurait guère d’intérêt si ne lui étaient accolées deux autres dimensions historiques. La première est la condition domestique : Emma jouit dans la famille qui l’emploie d’un statut ambigu. Elle est l’employée, la domestique ; mais elle devient la confidente du pasteur qui, tenaillé par le doute existentiel et un alcoolisme rampant, la protège de la mère, laquelle pousse sa candidature au prix de vertu distribué par la paroisse, et l’amie intime de la fille de la famille.

La seconde est la situation bien particulière de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale qui n’a réussi, face à l’Allemagne nazie, à maintenir sa neutralité qu’au prix de nombreuses compromissions, notamment sur la traque des Juifs qui tentaient d’y trouver refuge.

La bande-annonce

Mata ★☆☆☆

Mata (Eye Haïdara tendue comme un arc) est un agent de la DGSE qui, en mission au Niger, a failli être tuée dans une prise d’otages et a laissé derrière elle son binôme (Raphaël Personnaz). De retour à Paris, elle est mise à l’écart des négociations censées permettre sa libération. Mata est affectée à la DGSE à la formation d’une jeune et prometteuse recrue (Delphine Japy).

Comme sa bande-annonce nous l’avait laissé miroiter, Mata est un film d’espionnage intense façon Le Bureau des légendes avec son lot de filatures, de courses poursuites et de twists paranos. On y croise des militaires en civil qui, dans des bureaux gris, donnent avec des voix sinistres des ordres comminatoires, des espions du Service Action l’arme au pied et des agents doubles.

Le tout est bien ficelé et jamais ennuyeux. Mais l’histoire s’avère si emberlificotée, si incompréhensible qu’on renonce bientôt à en décrypter les rebondissements trop nombreux. On sort de la salle vaguement déçu avec l’impression pénible d’y avoir perdu son temps.

La bande-annonce

Tout va super ★★☆☆

Elie (Hakim Jelili) a sacrifié sa vie personnelle à sa mère Sylvaine (Noémie Lvovsky). Il croyait être sorti d’affaire quand son oncologue (Camille Chamoux, tête d’affiche avec Jonathan Cohen du précédent film de Patrick Cassir Premières Vacances) lui avait annoncé une rémission et est terrassé d’apprendre une rechute fatale. C’est le moment où, dans une boîte de nuit, il fait la connaissance d’Anaïs (Marie Colomb).

Tout va super contient deux des scènes les plus drôles qu’on ait vues cette année. Seul problème : sa bande-annonce a choisi de les dévoiler. Si bien que les deux principaux atouts du film s’en trouvent éventés et que, par l’odeur alléché, j’ai couru voir ce film en en attendant plus que ce qu’il pouvait donner.

Tout va super souffre du handicap de sortir en salles le même jour que L’Objet du délit, mon coup de cœur de la semaine. Il est sur le même créneau de la comédie française qui traite d’un sujet grave – ici, la mort imminente d’une mère en phase terminale d’un cancer incurable. Quiconque n’ira voir qu’un seul film cette semaine préférera à bon droit celui-ci à celui-là.
Autre rapprochement étonnant : Agnès Jaoui a justement joué il y a deux ans dans Le Dernier des Juifs un personnage quasiment identique à celui interprété par Noémie Lvovsky.

Tout va super contient donc deux scènes hilarantes. La seconde doit beaucoup au génie comique de Rudi Milstein decouvert en régisseur pataud dans Avignon. Je ne sais pas quel conseil donner à ceux que cela intéresse : les voir dans la bande-annonce ou au cinéma pour les découvrir in situ. Le reste de Tout va super se regarde sans déplaisir. Cette réussite doit beaucoup au trio d’acteurs qui porte le film : Hakim Jelili, gros nounours trop gentil, dans un rôle similaire à celui qu’il tenait l’an dernier dans L’amour, c’est surcoté, Noémie Lvovsky et le sourire plein d’ironie tendre qui constitue sa marque de fabrique depuis près de trente ans et la révélation de Marie Colomb, poids plume aux grands yeux clairs et aux dents si blanches qui réussit à sortir des sentiers battus le rôle pourtant essoré de la charmante petite amie.

Mais hélas, le film qui démarre si bien, souffre dans sa seconde partie d’un fatal coup de mou. Il s’octroie un détour long, inutile et prévisible, à Beyrouth (filmé en Grèce) qui casse le rythme d’une comédie qui s’annonçait sans faute.

La bande-annonce

L’Objet du délit ★★★☆

Grâce à un généreux mécène (Patrick Mille odieux comme il sait l’être), une influenceuse célèbre mais étrangère au monde de l’opéra (Claire Chust dans un rôle ingrat) monte Les Noces de Figaro en Provence. L’orchestre est dirigé par un vieux maestro roué (Daniel Auteuil dans un rôle à la Daniel Auteuil), la comtesse est interprétée par une diva vieillissante (Agnès Jaoui dans un rôle à la Agnès Jaoui). Le reste de la distribution rassemble un vieux baryton mozartien (Vincenzo Amato patriarcal à souhait), une mezzo-soprano talentueuse (Eye Haïdara omniprésente sur les écrans ces temps-ci au risque de lasser) et une soprano pistonnée et fébrile (Tiphaine Daviot).

Projeté hors compétition à Cannes, le dernier film d’Agnès Jaoui a bénéficié ces jours-ci d’une exposition impressionnante, dans les salles et dans les médias, au point de faire de l’ombre aux grands films cannois sortis simultanément à leur projection sur la Croisette ces deux dernières semaines : le Salvadori, le Fehradi, le Sorogoyen, l’Almodóvar.

Cette publicité envahissante m’avait rebuté. La bande-annonce, qui dévoile tous les ressorts du film, ne m’avait pas donné envie de voir L’Objet du délit. Je craignais un syndrome Almodóvar: la répétition sans innovation d’une même formule qui avait fait ses preuves. Bref un Sens de la fête bis.

Je sous-évaluais le talent d’Agnès Jaoui, celui des nombreux co-scénaristes dont elle s’est entourée, son sens du rythme, de la réplique qui fait mouche, sa direction d’acteurs. Je sous-évaluais surtout l’intelligence d’un scénario qui ose s’emparer d’un sujet explosif – #MeToo à l’opéra – pour le traiter sans sombrer dans le manichéisme.

Les wokes, le Nouvel Obs en tête, reprochent à L’Objet du délit son aveuglement coupable. Les anti-wokes au contraire l’accusent de verser dans la bien-pensance. Ce feu croisé me réjouit. Il est la preuve que ce film ne verse dans aucun excès, ne cède à aucune facilité mais réussit à rester sur la corde raide du juste milieu. Quelques scènes en portent la trace, comme cette AG sous une toile de tente, où les arguments s’échangent à la volée témoignant du durcissement des positions des uns et des autres, mais aussi de la possibilité toujours bien réelle de dialoguer et de s’écouter.

Dans les films de Jaoui-Bacri comme chez Jean Renoir, chacun a ses raisons. Le miracle est de les faire comprendre au point même de les rendre toutes sympathiques qu’il s’agisse de l’odieux séducteur ou de la féministe hystérique (le mot va-t-il faire scandale ?). L’Objet du délit pose une question connexe qui a beaucoup agité le monde de l’art : comment jouer aujourd’hui des pièces du répertoire portant des valeurs que la morale aujourd’hui ne tolère plus ? Le racisme de Madame Butterfly ? La cruauté misogyne de Norma, de Tosca, de Turandot ?

Il y répond avec une admirable intelligence, sans régler ses comptes, sans lancer d’imprécations, sans tomber non plus dans le relativisme moral et en rappelant clairement ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, en nous exhortant tous (et toutes !) à faire preuve de retenue, de mesure et d’humanité.

Se rajoute à la jubilation de ces dialogues aussi intelligents que drôles le plaisir d’entendre à sauts et à gambades quelques-uns des passages les plus célèbres des Noces, un des opéras les plus joyeux jamais composés.

La bande-annonce

Cocotte ★★☆☆

Une poule, née dans un élevage industriel, réussit à s’en échapper, prend place dans un camion de transport international et se retrouve en Grèce, dans une taverne au-dessus de la Méditerranée.

L’étonnant réalisateur hongrois  György Pálfi avait réalisé en 2006 un film légitimement interdit aux moins de seize ans, dont j’ai gardé un souvenir traumatisant, Taxidermie. Il semblerait qu’il ait depuis lors réalisé d’autres films, qui n’ont pas trouvé de distributeur en France. Il nous revient vingt ans plus tard avec un film novateur, sinon que le polonais Jerzy Skolimovski avait utilisé la même idée avec un âne dans EO, projeté à Cannes en 2022.

Je n’avais pas particulièrement aimé EO. Je lui reprochais sa lourdeur sentencieuse. C’est précisément ce défaut qu’évite Cocotte, plein d’un humour chaplinesque. On n’y rit pas à gorge déployée ; mais on regarde ce film et ses situations souvent cocasses le sourire aux lèvres. On pense avec admiration au temps qu’a dû passer l’équipe du film pour obtenir de ses « actrices » (huit poules, dûment créditées au générique, ont été utilisées dans le rôle titre) ce que le script exigeait d’elles.

Si on est intellectuel, on pourra penser à la cruauté de l’élevage industriel (la première séquence filmée dans une batterie entièrement automatisée est particulièrement impressionnante) et au drame des migrants et aux trafics qui y sont associés. Mais, sans l’évocation de ce sous-texte sociétal, on pourra au premier degré prendre beaucoup de plaisir au road movie et aux aventures tragico-comiques de ce sympathique gallinacé.

La bande-annonce

Le Virtuose ★★☆☆

Affligé depuis l’enfance d’une hyperacousie lourdement handicapante, Niki (Leo Woodall) a l’oreille absolue. Il forme avec Harry Horowitz (Dustin Hoffman), un vieil accordeur de pianos devenu passablement sourd, un tandem efficace. C’est en réparant son piano que Niki fait la connaissance de Ruthie (Havana Rose Liu), une jeune compositrice prometteuse. Quand Harry est hospitalisé d’urgence, Niki trouve le moyen de régler sa facture d’hôpital en s’acoquinant avec une bande de braqueur de coffres.

Le pitch du Virtuose (un titre bien plus fade que le titre original Tuner) avait de quoi séduire. D’autant que le réalisateur a fait un travail tout particulier sur la bande son, en essayant de nous restituer les bruits déformés perçus par le héros hyperacousique. Un travail qui rappelle celui, particulièrement intéressant, qu’ont réalisé plusieurs films récents tournant autour du thème de la surdité ou de la malentendance : Sorda, Elle entend pas la moto, Sound of Metal

Mais cette dimension-là est bien vite noyée, dans celle, autrement plus banale, d’un thriller lambda avec son lot de gentils (Dustin Hoffman en papy agonisant dans son lit d’hôpital, avec sa femme à son chevet, Havana Rose Liu, en jeune première particulièrement ravissante…) son lot de méchants (une famille de gangsters sans scrupules) et ses rebondissements sans surprise. L’ensemble est honnête et se regarde sans déplaisir mais ne marquera pas durablement les esprits. Deux étoiles est bien généreux ; une aurait suffi si la salle n’avait pas été si délicieusement climatisée en ces temps de canicule.

La bande-annonce