Instinct de survie ★☆☆☆

Une blonde surfeuse américaine croit découvrir le spot de rêve sur une plage mexicaine isolée. Hélas pour elle, la situation se gâte lorsqu’elle est attaquée et blessée par un requin vorace. Réfugiée sur un brisant qui affleure à marée basse, elle doit trouver une solution avant que la marée ne remonte.

Vous me suspectez d’être allé voir Instinct de survie pou reluquer Blake Lively en bikini push-up ? Vous n’avez pas tout à fait tort. L’héroïne de Gossip Girl n’est pas désagréable à regarder. Mais mon intérêt pour cette oubliable série B avait d’autres motifs plus avouables.

Le pitch du film de Jaume Collet-Serra est un défi à l’imagination. Comme dans Seul sur Mars (un astronaute piégé sur Mars), comme dans Cast away (un naufragé seul sur une île déserte), comme dans Buried (un soldat américain enterré vivant en Irak), le scénariste dispose d’un matériau très maigre pour raconter une histoire, la ponctuer de coups de théâtre et lui trouver une solution.

Un prologue qu’on fait durer avant l’entrée en scène du squale ? Pourquoi pas si c’est l’occasion de voir Blake Lively surfer au ralenti. Mais le vrai intérêt du film n’est pas là  (si si !) et on patiente gentiment devant des images de pub pour liquide WC en attendant que l’action commence.

Une voiture passe sur la plage que la surfeuse sur son rocher hèle désespérément ? Fausse bonne idée vu que le film n’en est qu’à sa moitié ; car on se doute bien que le conducteur ne la verra pas et n’ira pas prévenir les secours.

Des flash-backs éclairent le passé de l’héroïne ? Procédé un peu téléphoné et qui leste le film d’une psychologie pachydermique. Déjà qu’il y a un squale… alors un éléphant…

Notre surfeuse explique son plan d’action à une mouette échouée sur le même rocher ? On comprend qu’il faille trouver une astuce pour la laisser s’exprimer. Mais parler à une mouette ??!!

On l’aura compris : le scénariste de Instinct de survie relève bien médiocrement le défi à lui lancé. Reste le plaisir de voir Blake Lively en bikini…

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Stefan Zweig : adieu l’Europe ★★☆☆

En 1936, Stefan Zweig fuit l’Europe et se réfugie au Brésil. Il s’y suicidera six ans plus tard, écrasé de désespoir.

Pourquoi un écrivain mondialement célèbre, en pleine force de l’âge, récemment remarié, accueilli chaleureusement dans un pays dont il tombe sous le charme, se donne-t-il la mort ? C’est cette énigme que Maria Schrader s’essaie à résoudre avec une infinie délicatesse. Elle ne le fait pas avec un « biopic » traditionnel mais en isolant six moments clés de ce séjour outre-Atlantique filmés comme autant de scènes de théâtre : l’accueil de Zweig par le ministre brésilien de la culture, sa participation à un congrès international d’écrivains où son refus de critiquer publiquement le régime nazi suscite l’incompréhension, sa visite d’une plantation de canne à sucre, ses retrouvailles avec sa première femme, son installation à Petropolis, la lecture enfin de la lettre écrite avant de se donner la mort…

Ces scènes revisitées avec méticulosité nous font revivre « le monde d’hier » : pas la Vienne d’avant 1914 évoquée dans la célèbre autobiographie de l’écrivain autrichien mais le Brésil des années 40 reconstitué pour les besoins du film en Afrique à Sao Tomé. On y parle toutes les langues : le français, langue de l’intelligentsia, l’allemand, parlé par l’importante diaspora juive, le portugais auquel s’initient non sans mal les Zweig mais aussi l’anglais et l’espagnol. Dans ces décors tropicaux, Stefan Zweig ne se départit jamais de son élégant costume trois pièces. Les causes de son suicide : moins le désespoir ou la solitude que la lassitude de vivre. « À soixante ans passés, écrit-il dans sa lettre d’adieu, il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble et les miennes sont épuisées par les longues années d’errance. »

« Stefan Zweig : adieu l’Europe » (calamiteuse traduction de « Vor der Morgenröte ») est un peu trop académique pour provoquer l’enthousiasme mais suffisamment élégant pour susciter l’intérêt.

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Sieranevada ☆☆☆☆

Dans la religion orthodoxe, la famille et les proches se réunissent quarante jours après la mort d’un défunt. C’est cette réunion commémorative que filme Cristi Puiu dans un appartement de Bucarest.

Des réunions de famille, on en a déjà vues au cinéma. Des drôles (Un air de famille de Cédric Klapisch), des tristes (Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin) ou carrément des trash (Festen de Lars von Trier). Cristi Puiu fait le pari monstrueux de filmer une réunion de famille dans toute son interminable et désordonnée durée. On a beau y arriver en retard avec Lary, le fils aîné, et Laura, son épouse pimbêche, cette réunion s’éternisera pendant deux heures cinquante trois… Et encore Cristi Puiu l’interrompt-il lorsque la première bouchée du repas sans cesse retardée est enfin enfournée.

Cette durée monstrueuse, ce temps dilaté sont filmés – c’est le second pari du réalisateur – depuis le hall d’entrée d’un appartement. Les personnages vont et viennent, de la cuisine au salon, de la salle à manger à la chambre, passent et repassent devant la caméra, échangent quelques mots d’un dialogue interrompu et pas toujours très compréhensible. Le parti pris aurait pu être plus radical encore, filmant en temps réel, comme dans La Corde ou Victoria, une tranche de vie qui se joue devant nous. Cristi Puiu se permet quelques ruptures et quelques changement de focale. La caméra pénètre parfois dans une pièce, singularisant une discussion, un groupe.

On attend, comme dans Festen un événement : une révélation peut-être ou un drame. Mais cette attente est vaine ; car c’est la vie, ni plus ni moins, qui se joue : une vieille voisine ose être nostalgique du communisme, un cousin expose ses théories paranoïaques sur le 11-septembre ou Charlie Hebdo, une tante pleure un mari infidèle. On attend le pope qui vient bénir le costume du défunt ; puis on est interrompu par l’oncle volage qui essaie de récupérer sa femme. Enfin on passe à table. Deux heures cinquante trois plus tard. Le repas a commencé. Y aura-t-il une suite ?

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Guibord s’en va-t-en guerre ★☆☆☆

Hockeyeur cloué au sol par une aérodromophobie (sic !), Steve Guibord est devenu le député indépendant de Prescott-Makadewa-Rapides-aux-Outardes au Québec. Lorsque le Parlement doit donner son feu vert à l’intervention militaire canadienne au Moyen-Orient, la voix de Steve Guibord va s’avérer déterminante. Bien embarrassé, le député québecois ne sait quelle opinion suivre : celle de sa fille pacifiste, opposée à la guerre ? ou celle de sa femme, plus pragmatique ? La solution lui viendra peut-être de son stagiaire haïtien, qui puise son inspiration dans Rousseau et Montesquieu.

L’engagement d’un pays dans une guerre extérieure est une situation éminemment cinématographique. S’engagera ? s’engagera pas ? On imagine les thrillers qu’on pourrait tirer de l’engagement de la guerre en Irak en 2003 — c’est d’ailleurs la toile de fond de la bande dessinée « Quai d’Orsay » portée à l’écran par Bertrand Tavernier — ou des tergiversations occidentales face à lasituation en Syrie.

C’est sous l’angle comique que le Québecois Philippe Falardeau décide de la traiter. Pourquoi pas. Le problème est que le prétexte du film est bien vite oublié pour se focaliser sur un autre sujet : la restauration d’une authentique démocratie représentative loin des compromissions et des calculs politiciens. Mais Philippe Falardeau n’est pas Frank Capra et « Guibord s’en va-t-en guerre » n’arrive pas à la cheville de « Monsieur Smith au Sénat ». Les efforts de Steve Guibord pour gérer l’encombrante responsabilité qui lui est bien involontairement échue ne sont pas d’une grande intelligence. Plus grave : ils ne font même pas sourire.

Et on regrette que le film ne se soit pas concentré sur son premier sujet : pour quels motifs décider — ou pas — d’entrer en guerre ? Au nom d’une responsabilité internationale ? d’une destinée manifeste ? Pour défendre les droits de l’homme ? ou un modèle culturel ? Au prix de la vie de ses propres soldats ? Jusqu’à quel niveau de sacrifice ? Autant de questions que cette gentille bluette ne pose même pas.

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Taj Mahal ★★☆☆

Le 26 novembre 2008, des terroristes pakistanais investissent l’hôtel Taj Mahal à Bombay, tirent sur les clients du restaurant, prennent en otage les résidents et y mettent le feu.

C’est cet épisode sanglant que le réalisateur français Nicolas Saada a choisi de relater dans un film dont la sortie a coïncidé avec les événements tragiques du 13 novembre.

Il le fait sur un mode qui n’est ni celui du documentaire ni celui du thriller. Il nous fait vivre le drame par les yeux de Louise, une jeune Française qui accompagne ses parents à Bombay. Alors qu’ils sont sortis dîner en ville, elle est prise au piège dans l’hôtel assiégé.

Le film fonctionne très bien sur l’identification : que ferions-nous dans une chambre d’hôtel si nous entendions des déflagrations de Kalachnikov ? Tenter de fuir ? Se cacher ? Dans la salle de bains ? Sous le lit ?

Taj Mahal n’est pas Taken. Nicolas Saada refuse la facilité qui aurait consisté à multiplier les courses-poursuites. On ne sortira pas de la chambre d’hôtel où Louise reste cloîtrée, reliée à ses parents par le fil ténu d’un téléphone portable à la batterie chancelante.

Cette honnêteté est la plus grande force et la plus grande faiblesse d’un scénario trop vide qui doit recourir à une longue mise en place et à un inutile épilogue pour tenir la distance des quatre-vingt-dix minutes.

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La Vie en grand ★★★☆

Quelque part entre Dheepan, Les Héritiers et Breaking Bad, La vie en grand est un film de banlieue, une ode à l’école républicaine et une plongée dans le monde des trafiquants de drogue.

Élève en 4e, Adama vit avec sa mère en banlieue parisienne. Ses résultats scolaires ne sont pas brillants. Un pain de haschisch égaré par un dealer sera pour lui l’occasion de vivre bien des péripéties jusqu’à l’inévitable et bien-pensant happy end.

Ainsi résumé La vie en grand pourrait faire fuir. Mais les bons sentiments qui lestent le film de Mathieu Vadepied, chef opérateur de Intouchables sont suffisamment intelligents, suffisamment cocasses pour ne jamais le faire couler.

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Sous-sols ★★☆☆

Que font les Autrichiens dans leurs sous-sols ?

Ulrich Seidl est un cinéaste dérangeant. Son triptyque Paradis n’avait rien de paradisiaque : l’Amour est celui, voué à l’impasse, d’une quinquagénaire esseulée pour un go-go boy kenyan, la Foi est celle d’une prêcheuse fanatique qui transforme son appartement en chapelle expiatoire, l’Espoir est celui d’une adolescente obèse qui tombe amoureuse de son nutritionniste.

Au vu de cette lourde filmographie, il ne fallait pas attendre un traitement à l’eau de rose des sous-sols autrichiens. Au pays de Freud, le sous-sol renvoie évidemment au ça, aux zones les plus turpides de notre inconscient.
L’affiche donne le ton : adeptes du SM, nostalgiques du Troisième Reich, freaks en tous genres…

Cette succession de portraits est au début cocasse, elle devient dérangeante et finit par être lassante. Quel est le message de ce film ? Que les Autrichiens sont de grands malades ? Que nous sommes tous de grands malades ? Peut-être…

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Vers l’autre rive ★☆☆☆

Kiyoshi Kurosawa – qui n’a aucun lien de parenté avec Akira – tourne des films de fantômes. Les premiers faisaient peur. Les suivants sont plus zen. Comme dans Les Revenants, la série de Canal, les fantômes de Vers l’autre rive sont —  presque — des humains comme les autres.
Mizuki est veuve depuis trois ans lorsque son mari revient un soir et met les pieds — mouillés — sous la table. Il l’emmène en voyage à la rencontre des témoins vivants ou fantomatiques de sa vie passée.

Qu’y a-t-il à la fin de ce voyage ? La mort, destin indépassable de l’humanité, fantôme ou pas fantôme. Du coup, la balade de Mizuki, mélange de Ghost (ah ! Patrick Swayze !) et de Martine va à la plage dans un Japon de carte postale, ressemble à une accumulation de visites avec un compagnon de voyage en pleine neurasthénie. Répétitif et pas vraiment zen.

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L’Odeur de la mandarine ★★☆☆

Nous sommes en 1918, à la fin de la Grande Guerre. Lui, Olivier Gourmet, propriétaire terrien, capitaine de cavalerie, y a perdu une jambe. Elle, Georgia Scalliet (sociétaire de la Comédie-Française et révélation du film), infirmière, y a perdu le père de sa fille.
Comme de bien entendu, ces deux écorchés vont se rencontrer, se plaire, s’aimer et se marier. Sauf que… ils le feront dans le désordre !

C’est d’abord la rencontre de deux solitudes et la camaraderie des survivants ; puis le mariage, par pur calcul rationnel, malmené par l’arrivée d’un soldat désertant le front.

Gilles Legrand filme à l’ancienne, sans se presser, cette histoire. La passion que les humains peinent à exprimer est mise en image à travers les animaux : la jument Mandarine et l’étalon Oslo. La métaphore ne brille pas par sa subtilité, mais reconnaissons-lui son efficacité.

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Maryland ★★☆☆

Maryland est un film déconcertant.
Le toujours excellent Matthias Schoenaerts (Bullhead, De rouille et d’os) y joue le rôle du garde du corps bodybuildé mais post-traumatisé de la toujours sublime Diane Kruger (Inglorious Basterds, Troie).

Un tel pitch met l’eau à la bouche. Hélas, Maryland ne démarre jamais vraiment. Très réaliste, il est lesté des temps morts qui font le quotidien d’un garde du corps. Le spectateur est du coup plongé dans une léthargie anxieuse et lorsque la violence explose, sans qu’on en comprenne ni l’origine ni les motifs, elle le laisse abasourdi.

Bref, Maryland ressemble à Bodyguard… en mieux (Whitney Houston ne joue pas) et en moins bien (Whitney Houston ne chante pas)

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