Ni le ciel, ni la terre ★★☆☆

Ni le ciel ni la terre est un film hybride qui louche du côté d’Apocalypse Now, des Revenants et… du Mystère de la chambre jaune.

Film de guerre à petit budget qui ne saurait rivaliser avec les superproductions hollywoodiennes, il a pour cadre la frontière afgho-pakistanaise et pour héros un peloton français chargé de lutter contre les talibans.
Film fantastique, il interroge les relations avec l’au-delà.
Film policier, il tente de dénouer une énigme : où sont passés les soldats disparus pendant leur sommeil d’une guérite verrouillée de l’intérieur ?

De façon plus intéressante, ce film souligne les difficultés d’une troupe d’occupation à dialoguer et à comprendre les populations qu’elles sont censées protéger. Se pose d’abord la question de la langue qui nécessite le truchement d’un traducteur. Mais se pose surtout le défi de dépasser les différences culturelles. Chez les Afghans, Allah décide de tout. Chez les Français, Allah ne décide de rien. Évidemment, personne n’a raison.

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Je suis à vous tout de suite ★★★☆

La bande-annonce augurait le pire : une comédie franchouillarde à l’humour gras. Le film au contraire est un bijou d’originalité. La réalisatrice avait co-signé les scénarios de Au nom des gens et Hippocrate. Deux belles réussites — déjà — du cinéma français.

Je suis à vous tout de suite se résume mal : un couple mixte (Ramzy et Jaoui) a une fille et un fils qui suivent deux évolutions différentes : elle est française jusqu’au bout des ongles, il recherche ses racines dans le retour à l’islam.

Le sujet est grave. Il est traité avec légèreté, mais sans la vulgarité que la bande-annonce laissait craindre. Un coup de cœur qui doit beaucoup à son héroïne : Vimala Pons, brune piquante déjà remarquée aux côtés de Vincent Macaigne (La Fille du 14 juillet) et de Bruno Podalydès (Comme un avion).

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Fatima ★★☆☆

La quarantaine, originaire d’Algérie, peinant à parler le français, vivant de petits boulots précaires, Fatima habite avec ses deux filles dans un HLM de la banlieue lyonnaise. L’aînée commence sa première année de médecine. La cadette, encore collégienne, se rebelle.

Le film de Philippe Faucon traite d’un thème désormais courant dans le cinéma français : l’intégration des populations immigrées (Samba, La Graine et le Mulet, Dheepan, Les Héritiers, L’Esquive…) Il le fait avec l’immense douceur et l’infinie générosité qui caractérisaient déjà ses précédents films (Samia, Dans la vie).

Hélas, à force de bons sentiments, il finit par verser dans la caricature que ne gomme pas le jeu maladroit des actrices : « mère courage », Fatima souffre en serrant les dents, sa fille aînée peine sur ses révisions et sa cadette joue la caillera en rentrant les épaules.

Si Fatima a remporté le César du meilleur film, c’est plus à son sujet politiquement correct qu’il le doit qu’à ses qualités cinématographiques.

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Sicario ★★★☆

Les Américains vivent sur un territoire aseptisé et hypersécurisé qui coexiste, à sa frontière méridionale, avec ce qu’ils croient être une jungle sans loi.

Le cinéma américain a, depuis quelques années, mis en scène cette frontière et la peur paranoïaque qu’elle suscite chez le brave Yankee : Traffic de Soderbergh, Savages de Stone, Babel d’Iñárritu, sans parler de Breaking Bad sont des œuvres au titre explicite.

Sicario s’inscrit dans cette généalogie.
Emily Blunt (Edge of Tomorrow, Looper) est un agent du FBI embringuée, à son corps défendant, dans une opération undercover contre les cartels mexicains de la drogue. CIA ? Barbouzes ? Elle plonge, et nous avec, dans le déluge de violence que déchaînent ses coéquipiers. Les fins de leur action sont-elles justes ? En tout état de cause, les moyens pour y parvenir sont répréhensibles.

Sicario est un film d’une redoutable efficacité. La musique oppressante de Jóhann Jóhannsson, le désert texan filmé par Roger Deakins (qui avait signé la photo de No Country for Old Men), la fragilité à fleur de peau d’Emily Blunt et la colère rentrée de Benicio del Toro : tout concourt pour faire du film de Denis Villeneuve un film terriblement excitant.

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Suicide Squad ☆☆☆☆

Brainstorming chez Warner Bros :
Le directeur de la création — Quelqu’un a des idées pour le prochain blockbuster ? Faudrait trouver un truc qui ait autant de succès que Deadpool. Un truc de mauvais garçons, drôle et bourré de clins d’œil.
Le stagiaire de troisième — On pourrait faire un film autour du Joker avec cet acteur génial qui jouait dans
Batman.
Le directeur — Heath Ledger ? Euh… il est mort.
Le stagiaire — Ah… pas grave. On pourrait alors mettre un tas de bad guys. Le public adore les bad guys.
Le directeur — Bof. Et tu verrais qui comme acteurs ?
Le stagiaire — On pourrait mettre Will Smith, c’est l’acteur le plus cool au monde, et  Margot Robbie. Depuis Le Loup de Wall Street, c’est l’actrice la plus sexy au monde.
Le directeur — Margot Robbie, c’est une bonne idée. Tu lui donnerais quel rôle ?
Le stagiaire — Une pétasse en couettes bleu, blanc, rouge avec un short ras les fesses et un T- shirt mouillé.
Le directeur — Oui… bon… Il faudrait quand même un scénario. Non ?
Le stagiaire — Les bad guys sont en prison et se voient promettre une remise de peine pour combattre un super méchant.
Le directeur — Tu sais que c’était déjà le scénario des Douze Salopards ?
Le stagiaire — Ah non. Je connaissais pas. C’est un film du XXe siècle ? On s’en fout ! J’étais pas né ! De toute façon, le scénario on s’en fiche. On mettrait plein d’effets spéciaux et une BO : Les Meilleurs Hits de l’été. Et hop ! C’est plié !
Soupirs affligés…

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Tête baissée ★☆☆☆

Longtemps éclipsé par son voisin septentrional, le cinéma bulgare se fait désormais une – petite – place sur nos écrans. Après The Lesson en septembre 2015, voici Tête baissée.

Kamen Kalev, le réalisateur de Tête baissée, a été formé à La Fémis et son film lui ressemble : à cheval entre la France et la Bulgarie. Samy est une petite frappe qui magouille d’un pays à l’autre. Il baragouine le bulgare, s’acoquine avec la mafia locale et trafique des faux billets. Arrêté à son atterrissage à Marseille, il accepte d’infiltrer un réseau de proxénétisme pour éviter la prison. Il se sert d’Elka, une prostituée mineure pour s’y introduire.

Tête baissée est un petit film poisseux qu’on aimerait aimer. Il est remarquablement servi par Melvil Poupaud, dans le rôle principal qui, depuis une quinzaine d’années, n’en finit pas d’être l’un des meilleurs espoirs du cinéma français. Il évite le manichéisme et surprend par son épilogue. Il dresse de la Bulgarie une image désespérante : bidonvilles défoncés, mères maquerelles, boîtes de nuit glauques… Mais, à force de vouloir trop embrasser (la traite des femmes, la minorité tzigane, la sortie de l’adolescence, la rédemption d’un voyou…), Tête baissée peine à étreindre et nous laisse sur le bord de la route.

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Une jeunesse allemande ★★★☆

La jeunesse allemande que décrit Jean-Gabriel Périot dans ce documentaire est celle du post-nazisme soixante-huitard. Des enfants qui questionnent leur père : « Que faisais-tu en 1942 ? » « Ne ressens-tu aucune responsabilité ? »

La révolte de cette jeunesse contestatrice reste sympathique tant qu’elle emprunte des voies pacifiques : performance, street art, agit-prop… Elle devient plus inquiétante quand elle verse dans la lutte armée. Car la jeunesse allemande, que ce documentariste présente à un public français qui la connaît mal, est celle de la bande à Baader et sa dérive dans une violence nihiliste.

La figure d’Andreas Baader, rarement filmée, reste dans l’ombre. Celle d’Ulrike Meinhof prend toute la lumière. À peine sortie de l’adolescence, elle est invitée sur les plateaux où d’austères gérontes écoutent poliment ses argumentaires ciselés contre le capitalisme. Réalisant son impuissance, elle décide de passer dans la clandestinité. Son parcours, si logique et si absurde à la fois, fut celui d’une fraction de la jeunesse allemande hier. Il pourrait être celui d’une partie de la jeunesse française, révoltée à tort ou à raison contre le « système », aujourd’hui.

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Crimson Peak ★★★☆

Guillermo del Toro est un réalisateur fascinant. Il a résisté à la lessiveuse hollywoodienne (Hellboy, Hellboy 2, Pacific Rim) pour conserver l’identité visuelle de ses premiers films (Le Labyrinthe de Pan, L’Échine du diable).
Un cinéma gothique, fantastique, onirique (ça rime !)

Crimson Peak est son film le plus abouti qui mêle tous les genres sans perdre en cohérence.
Sa première moitié se déroule dans la bonne ville de Buffalo à la fin du XIXe siècle. On se croirait dans un roman d’Edith Wharton. Edith (!) Cushing, impeccablement interprétée par la blonde Mia Wasikowska (Alice au pays des merveilles, Jane Eyre), fille unique d’un veuf fortuné, gribouille des histoires de fantômes et s’amourache d’un nobliau anglais.
La seconde partie bascule dans le fantastique, lorsque l’innocente Américaine suit son jeune époux outre-Atlantique dans l’inquiétant manoir qu’il possède sur une lande battue par le vent.

Le scénario de Crimson Peak n’est pas surprenant, mais ce n’est pas un problème. L’intérêt de Crimson Peak est dans son visuel éblouissant. Chaque plan est millimétré. Chaque décor est étonnant. Chaque costume est parfaitement coupé.
Peu importe qu’on ne se laisse guère entraîner dans cette histoire de fantômes anglais, le plaisir des yeux emportant tout le reste.

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L’Homme irrationnel ★★☆☆

Le dernier Woody Allen (le 47e en date) reçoit des critiques contrastées : Télérama adore, Le Monde et L’Obs font la moue, Pif Gadget n’a pas tout compris.
Et moi ?
I. – Si un Woody Allen, même imparfait, reste un excellent film…
II. -… le réalisateur new-yorkais atteint peut-être les limites de son œuvre

I.- Ne boudons pas notre plaisir, Woody Allen reste toujours Woody Allen
On prend plaisir à le retrouver chaque automne aussi ponctuel qu’un roman de Amélie Nothomb ; avec ses acteurs toujours différents et toujours identiques, remarquablement dirigés, son débit, son humour, ses thèmes de prédilection.
Un mot sur sa tonicité : Woody Allen filme à tout allure. Avec lui, pas un temps mort, pas un instant d’ennui. Son montage est très cut, coupant les scènes sans attendre leur achèvement. Les dix premières minutes sont un modèle du genre, qui devraient être montrées dans les écoles de cinéma pour leur capacité à introduire et à caractériser les personnages.

II. – Mais le cinéma de Woody Allen tourne de plus en plus à vide. Comme une culture hors sol dans un milieu social CSP déconnecté de son époque et des enjeux qui la traversent.
Tout est artificiel dans L’Homme irrationnel. Joaquin Phoenix n’est pas crédible dans le rôle du professeur de philo dépressif. Emma Stone, aussi charmante soit-elle, ne l’est guère plus dans celui de l’étudiante enamourée. Et le meurtre parfait, façon Crime et Châtiment, qui meuble la seconde partie, se juxtapose pesamment à la comédie romantique qu’annonçait la première partie. Du coup, sans bouder son plaisir, on reste extérieur au film, spectateur d’un film plaisant qui nous divertit sans jamais nous happer.

Conclusion : Allez voir L’Homme irrationnel et faites-vous votre propre opinion !

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Belles Familles ☆☆☆☆

Belles Familles aurait pu être tourné dans les années 80. C’est ce qui en fait le charme. C’est ce qui en constitue la limite.

À quatre-vingts ans passés, Rappeneau n’a rien perdu de sa fougue. Il filme à sauts et à gambades. Délaissant les films en costumes qui ont fait son succès (Les Mariés de l’an II, Cyrano de Bergerac), il peint une famille française qui se dispute autour d’un héritage. Le sujet est grave : le père a abandonné sa femme et ses enfants pour refaire sa vie. Mais le film n’a rien de tragique. Rappeneau louche vers Courteline plutôt que vers Racine.

Et c’est bien là que le bât blesse. Le vaudeville, aussi talentueusement tourné soit-il, reste toujours du vaudeville. Si la scène finale, dans une abbaye gothique une nuit de festival, est un bijou de mise en scène, elle n’en constitue pas moins l’épilogue prévisible et moralisateur d’un drame pas assez grave pour émouvoir, d’une comédie pas assez drôle pour divertir.

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