Les Echos du passé ★★☆☆

Unité de lieu : une ferme agricole située dans l’immense plaine de l’Altmarkt prussien.
Mais pas d’unité de temps : on comprend lentement que l’histoire se situe à quatre époques séparées chacune d’une trentaine d’années. Chaque épisode a un personnage féminin principal par les yeux duquel l’histoire nous est racontée.
On commence, peut-être dans les années 30, avec Erika qui s’apitoie sur le sort de son oncle Fritz, devenu unijambiste dans des circonstances dramatiques qu’on découvrira bientôt.
On remonte le temps ensuite avec Alma, une enfant de dix ans à peine qui apprend qu’elle a eu une sœur qui portait le même prénom qu’elle et qui est morte en bas âge.
On fait un saut dans le temps jusque dans les années 80 , au temps de la RDA, avec Angelika, qui est l’objet de la concupiscence visqueuse de son oncle et de son cousin.
Enfin, de nos jours, on découvre, avec les nouveaux propriétaires de la ferme, venus de Berlin, Lenka, qui s’attache à une voisine orpheline.

La présentation que je viens de faire des Echos du Passé est remarquablement pédagogique. Le film l’est beaucoup moins qui n’est pas constitué de quatre chapitres successifs mais qui au contraire se plaît à les entremêler au point, si l’on n’est pas attentif, de les confondre – j’avoue qu’il m’a fallu lire le résumé du film pour comprendre que les deux premiers tableaux n’en formaient pas un seul.

Son architecture et sa facture m’ont rappelé le récent film de Kristen Stewart The Chronology of Water pour lequel j’avais eu la main lourde : un son et des images très travaillés, un montage cut, pas toujours très lisible. Les images en particulier sont proches de la peinture – on pense aux intérieurs lugubres de Hammershøi – ou de la photographie – le film joue d’ailleurs sur les temps d’exposition pour nimber d’un voile fantomatique certains de ses caractères.

De quoi s’agit-il ? Le sens des Echos du passé – dont les titres allemand In die Sonne Schauen, international Sound of Falling et français réussissent à avoir trois significations différentes – ne se livre pas aisément. J’y ai beaucoup réfléchi après la séance. Plusieurs lectures m’y ont aidé. Il y fut question de soumission au patriarcat, de féminisme, d’amours ancillaires, de chute.s (d’où le titre anglais peut-être), de transmission intergénérationnelle de traumatismes….

Je n’avais pas compris grand chose à The Chronology of Water. Je ne suis pas sûr d’avoir compris beaucoup plus à ces Echos du passé. Mais faut-il nécessairement comprendre une œuvre pour l’apprécier ? Cartésien buté, j’ai tendance à le croire. Mais, la confrontation à d’autres formes d’art, notamment à la peinture contemporaine, aura réussi à me débarrasser de mes œillères. Ne pas tout comprendre aux Echos du passé et en trouver la durée bien indigeste (il approche les deux heures trente) ne doit pas nous autoriser à en contester l’incontestable beauté.

La bande-annonce

Ma frère ★★★☆

Shai (Shirel Nataf) et Djenaba (Fanta Kebe) ont vingt ans. Au-delà de leurs différences – Shai est blanche et juive, Djenaba est noire et musulmane – les deux jeunes femmes sont amies depuis l’enfance. Cet été, elles accompagnent toutes les deux une colonie de vacances dans la Drôme.

Il n’y a pas grand chose dans le pitch de Ma frère. Il n’y a pas grand chose non plus dans sa bande-annonce. Sinon la perspective d’un énième film de banlieue qui fera l’éloge bien-pensant du vivre-ensemble, dans le même style qu’Un p’tit truc en plus qui, avec le succès dont on se souvient, avait en 2024 battu tous les records du box-office en racontant une semaine de colo d’enfants handicapés.

Pourtant, mine de rien, Ma frère est une réussite totale. Tout le mérite en revient à l’écriture très fine des deux coréalisatrices, Lise Akoka et Romane Guéret. Elles étaient déjà à l’œuvre ensemble dans Les Pires. La même recette marche une seconde fois – au point, et c’est la seule mise en garde qu’on pourrait leur adresser, de leur conseiller d’éviter sa redite une troisième.

Il ne se passe pas grand chose dans Ma frère, qui aurait pu durer une demi-heure de plus ou de moins sans en modifier l’économie. Pourtant, tout bien considéré, il réussit à évoquer un sacré nombre de sujets, sans verser pour autant dans le didactisme pesant que leur énumération peut laisser redouter : l’amitié, les premiers émois amoureux, le consentement, la virginité, l’identité de genre (le personnage transgenre de Naël interprété par Yuming Hey est d’une étonnante justesse), la maternité, la filiation, la religion, la mort…

Lise Akoka et Romane Guéret étaient directrices de casting et coaches d’enfants. Elles n’ont pas leur pareil pour filmer sans verser dans la mièvrerie cette bande d’enfants, de les rendre immédiatement identifiables et attachants, de tisser entre eux les brins de leurs histoires individuelles. Pour les encadrer, une demi-douzaine de jeunes adultes, acteurs débutants ou confirmés, parmi lesquels la révélation Shirel Nataf, qui ressemble tellement à Mallory Wanecque, révélée dans Les Pires, qu’on attend le générique pour lever ce doute, Idir Azougli, déjà vu dans Shéhérazade et dans Météors, et l’étonnante Suzanne de Baecque, une sorte de Valérie Lemercier jeune ou de Rossy de Palma française.

La bande-annonce