
Unité de lieu : une ferme agricole située dans l’immense plaine de l’Altmarkt prussien.
Mais pas d’unité de temps : on comprend lentement que l’histoire se situe à quatre époques séparées chacune d’une trentaine d’années. Chaque épisode a un personnage féminin principal par les yeux duquel l’histoire nous est racontée.
On commence, peut-être dans les années 30, avec Erika qui s’apitoie sur le sort de son oncle Fritz, devenu unijambiste dans des circonstances dramatiques qu’on découvrira bientôt.
On remonte le temps ensuite avec Alma, une enfant de dix ans à peine qui apprend qu’elle a eu une sœur qui portait le même prénom qu’elle et qui est morte en bas âge.
On fait un saut dans le temps jusque dans les années 80 , au temps de la RDA, avec Angelika, qui est l’objet de la concupiscence visqueuse de son oncle et de son cousin.
Enfin, de nos jours, on découvre, avec les nouveaux propriétaires de la ferme, venus de Berlin, Lenka, qui s’attache à une voisine orpheline.
La présentation que je viens de faire des Echos du Passé est remarquablement pédagogique. Le film l’est beaucoup moins qui n’est pas constitué de quatre chapitres successifs mais qui au contraire se plaît à les entremêler au point, si l’on n’est pas attentif, de les confondre – j’avoue qu’il m’a fallu lire le résumé du film pour comprendre que les deux premiers tableaux n’en formaient pas un seul.
Son architecture et sa facture m’ont rappelé le récent film de Kristen Stewart The Chronology of Water pour lequel j’avais eu la main lourde : un son et des images très travaillés, un montage cut, pas toujours très lisible. Les images en particulier sont proches de la peinture – on pense aux intérieurs lugubres de Hammershøi – ou de la photographie – le film joue d’ailleurs sur les temps d’exposition pour nimber d’un voile fantomatique certains de ses caractères.
De quoi s’agit-il ? Le sens des Echos du passé – dont les titres allemand In die Sonne Schauen, international Sound of Falling et français réussissent à avoir trois significations différentes – ne se livre pas aisément. J’y ai beaucoup réfléchi après la séance. Plusieurs lectures m’y ont aidé. Il y fut question de soumission au patriarcat, de féminisme, d’amours ancillaires, de chute.s (d’où le titre anglais peut-être), de transmission intergénérationnelle de traumatismes….
Je n’avais pas compris grand chose à The Chronology of Water. Je ne suis pas sûr d’avoir compris beaucoup plus à ces Echos du passé. Mais faut-il nécessairement comprendre une œuvre pour l’apprécier ? Cartésien buté, j’ai tendance à le croire. Mais, la confrontation à d’autres formes d’art, notamment à la peinture contemporaine, aura réussi à me débarrasser de mes œillères. Ne pas tout comprendre aux Echos du passé et en trouver la durée bien indigeste (il approche les deux heures trente) ne doit pas nous autoriser à en contester l’incontestable beauté.
