Pillion ★★★☆

Fils unique couvé par ses parents, éternel Tanguy incapable de quitter le nid familial, choriste amateur dans un quatuor a cappella, Colin (Harry Melling, ancien cousin obèse d’Harry Potter) est homo et cherche romantiquement l’âme sœur. Le hasard le place sur la route de Ray (Alexander Skarsgård, fils du célèbre acteur suédois Stellan Skarsgård), motard cuir et queer. Irrésistiblement attiré par la beauté et le magnétisme de Ray, Colin accepte le contrat implicite qu’il lui propose : devenir son soumis, s’installer chez lui, coucher au pied de son lit, préparer ses repas, faire ses courses et assouvir sans mot dire tous ses désirs sexuels.

Pillion est interdit aux moins de seize ans à bon droit. Il raconte une liaison SM et compte deux scènes pas piquées des hannetons où on entrevoit – fait suffisamment rare dans un UGC du Quartier latin pour être relevé – une verge de belle taille ornée d’un piercing monumental et happée par la bouche d’un amant gourmand.

Plutôt que de perdre votre temps à lire ma critique, je vous recommande celle de l’excellent Mathieu Macheret  dans Le Monde qui, fort subtilement, adresse à Pillion deux reproches.

Le premier justement est de ne pas nous dire grand-chose de cette relation, à part les deux scènes sus(!)-évoquées qui troublèrent les spectateurs qui m’entouraient dans la salle où je l’ai vu hier soir : quinquagénaire solitaire, dont je me suis immédiatement demandé s’ils étaient plutôt S ou M et, étonnamment, jeunes filles en fleurs qui gloussaient bêtement dès que Alexander Skarsgård faisait glisser le zip de sa combinaison. Pillion n’est pas pour autant un film sur le BDSM gay-cuir qui en décrirait les codes, sonderait les âmes de ceux qui s’y adonnent, interrogerait son acceptabilité dans la société contemporaine et montrerait l’impasse ou au contraire l’épanouissement d’une relation fondée sur l’humiliation et l’avilissement. Pillion contient des angles morts, des non-dits qui ne sont jamais levés : quel est le passé de Ray ? son métier ? l’identité des trois noms de femmes tatoués sur son sternum ? quelle est la nature de l’amitié qui le lie aux autres bikers ?

La relation entre Colin et Ray est la relation homosexuelle d’un esclave à son maître. Mais c’aurait pu être n’importe quelle relation codifiée entre deux êtres humains en quête d’amour : exhibitionnisme, travestissement, sissification, ABDL, etc. Colin est tout simplement amoureux de Ray et il est prêt à tout pour gagner son amour. Et on en vient ainsi à la seconde critique, adjacente de la première : Pillion n’est tout bien considéré qu’une banale comédie romantique.

Les sentiments de Ray sont plus opaques. Qu’éprouve-t-il pour Colin ? On n’en sait rien. Toujours est-il qu’il a accepté que Colin entre dans sa vie à condition qu’il se plie à ses exigences. Colin y trouve-t-il son compte ? Que se passerait-il s’il se rebellait ? C’est ici que Pillion emprunte les codes classiques de la comédie romantique en explorant la domestication du désir, l’éveil des sentiments et leur révélation à travers quelques moments clés comme celui du baiser – on se croirait dans Pretty Woman.

Une fois cette déconstruction très intellectualisante de ce film effectué, je peux toutefois témoigner du plaisir et de l’intérêt que j’y ai pris. Pillion est un film étonnant, un film hors normes. Il ne cherche pas à choquer gratuitement le bourgeois. Au contraire, il traite avec beaucoup de douceur d’une relation choquante. À ce titre les parents de Colin sont nos porte-parole qui se félicitent que leur fils bien-aimé, dont l’homosexualité est parfaitement tolérée, ait enfin trouvé l’amour mais, en même temps, s’inquiètent qu’il se mette en danger.

Son scénario prend des bifurcations inattendues. J’aurais aimé vous interroger sur la toute dernière [attention spoiler] Après la disparition de Ray, Colin s’inscrit sur une application de rencontre, y affiche son penchant sur la soumission et rencontre un nouveau maître. Cette fin est-elle cohérente avec le personnage ? Pour poser la question autrement, sa relation avec Ray a-t-elle révélé à Colin son penchant pour la soumission, qui sera désormais la forme de toutes ses relations amoureuses futures ? Ou bien – et c’est plutôt mon opinion – Colin n’est pas intrinsèquement un soumis, la soumission ayant été la forme conjoncturelle qu’a prise cette relation-là et que ne prendront pas nécessairement les suivantes ?

La bande-annonce