Rock Bottom ★☆☆☆

En 1974, Robert Wyatt, qui vient d’entamer une carrière solo après avoir quitté le groupe Soft Machine, sort l’album Rock Bottom. L’année précédente, Wyatt, en état d’ébriété, était tombé du quatrième étage d’un immeuble londonien où se déroulait une soirée sous substances. La chute l’avait laissé paraplégique. Il avait déjà entamé la composition de Rock Bottom qu’il a achevé durant sa longue convalescence avec le soutien d’Alfreda Benge, une poétesse et une illustratrice, qui dessinera la couverture de la pochette. Robert et « Alfie » se marient le jour de la sortie de l’album.

Rock Bottom est « l’un des chefs-d’œuvre les plus originaux de l’histoire du rock » (Alain Dister). C’est un album de rock progressif à l’intersection du jazz et du rock. À l’occasion de son cinquantième anniversaire, la réalisatrice espagnole Maria Trénor lui donne une seconde jeunesse en prenant quelques libertés avec les faits. Elle fait tomber Wyatt d’un brownstone new yorkais et imagine que Bob et Alfie ont vécu ensemble à Majorque, aux Baléares – alors qu’ils ont ébauché les chansons de Rock Bottom à Venise où Alfie travaillait sur le film de Nicolas Roeg Don’t Look Now.

Maria Trenor utilise la rotoscopie qui consiste à filmer d’abord les acteurs en prises de vues réelles pour ensuite dessiner les contours des silhouettes, image après image. Elle nous entraîne dans une folle immersion psychédélique, zébrée d’éclairs surréalistes, censée retranscrire l’état de transe dans lequel la drogue puis les médicaments ont plongé Wyatt durant tout son processus créatif. L’effet est hypnotisant. Rock Bottom fait partie de ces films qu’on peut, qu’on doit regarder dans un état second, sans s’attacher à leur linéarité, en se laissant submerger par ses images et par un son envoûtant.

Ce n’est certainement pas ma came…. mais ça n’en est pas moins pour autant de la très bonne came.

La bande-annonce

Sam fait plus rire ★★★☆

Samantha Cowell (Rachel Sennott) est une stand-uppeuse. Elle vit en colocation avec deux de ses collègues qui se produisent chaque soir dans une salle de Toronto. Elle peine à se relever d’un trauma qui l’empêche de remonter sur scène. Quelques années plus tôt, elle a été embauchée par un père de famille pour s’occuper de sa fille, Brooke, pendant la longue hospitalisation de sa mère.

Avec son titre en forme de calembour, Sam fait plus rire (I Used to Be Funny) pourrait laisser augurer une comédie gentillette avec son héroïne en pleine crise de la page blanche qui retrouvera, une fois purgées ses angoisses, le chemin des tréteaux. Mais ce premier film canadien est autrement plus grave.

Il souffre de la comparaison avec Sorry, Baby sorti une semaine plus tôt seulement. Que ses distributeurs n’aient pas modifié la date de sa sortie est une sottise et un crime. Qui, en plein été, ira voir deux fois le même film, le premier, d’ailleurs bien mieux distribué, pouvant à bon droit se vanter de bien des qualités ?

Pourtant, le second n’en manque pas. La première est sa construction qui multiplie les flashbacks et les flashforwards sans pour autant égarer le spectateur. Cette construction est plus audacieuse que celle, beaucoup plus linéaire et planplan de Sorry, Baby. La deuxième est le brouillard qui entoure le traumatisme subi par l’héroïne, là où celui subi par celle de Sorry, Baby se laissait deviner beaucoup plus facilement. La troisième est la révélation Rachel Sennott, son naturel, son humour, son charme.

J’ai mis trois étoiles à Sorry, Baby. Je n’ose pas en mettre quatre à Sam fait plus rire. Il est loin d’être le meilleur film de l’année. Il n’en a d’ailleurs pas la prétention. Mais je veux me faire l’avocat de ce film remarquable pénalisé par une date de sortie calamiteuse et une programmation en salles bien timide.

La bande-annonce

Pourquoi la guerre ☆☆☆☆

Pourquoi la guerre est le dernier film en date d’Amos Gitaï, le grand réalisateur israélien. Projeté à la Mostra de Venise en septembre 2024, il n’a pas encore trouvé de distributeur en France. J’ai eu la chance de le voir au MK2 Beaubourg.

Pourquoi la guerre fait fond sur les deux courriers que se sont écrits Albert Einstein et Sigmund Freud à l’initiative de la Société des Nations en 1932. Le scientifique, interprété par Micha Lescot, et le père de la psychanalyste, joué par Mathieu Amalric (auquel Amos Gitai avait déjà fait traverser Jérusalem en tramway) recherchent les moyens d’éviter au monde les fléaux de la guerre et, pour ce faire, s’interrogent sur ses origines.

On dira que le propos est d’une brûlante actualité. Je n’en suis pas si sûr. Les échanges entre Einstein et Freud, non contents d’être terriblement fumeux et indigestes, m’ont semblé hors d’âge. Car, si la guerre n’a pas disparu, elle présente aujourd’hui des caractéristiques bien différentes de celles de la Grande Guerre dont les deux épistoliers redoutaient, à raison, la réédition.

Les deux acteurs sont parfaitement grimés pour ressembler le plus possible à leurs illustres personnages. Ils sont filmés avec une fausse distanciation brechtienne dans des postures très théâtrales déclamant leur texte alors même que la forme épistolaire n’avait pas la vocation à être déclamée. S’intercalent entre leurs face-à-face quelques parenthèses musicales d’une grande beauté et des scènes énigmatiques, interprétées par Irène Jacob (une fidèle d’Amos Gitai qui jouait récemment le premier rôle de Shikun) que rejoint son mari, Jérôme Kircher, pour une scène de ménage censée peut-être montrer que la violence au sein du couple est la métaphore de la guerre entre les Nations.

On s’ennuie ferme devant ce cinéma faussement expérimental et on se désespère qu’Amos Gitai qui signa des films si marquants au tournant des années 2000 (Kadosh, Kippour, Kedma), se perde depuis quelques années dans des chemins de traverse aux allures de cul-de-sac.

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Kouté Vwa ★☆☆☆

Melrick, treize ans, passe ses vacances en Guyane chez sa grand-mère. Il s’initie au tambour. La mémoire de son oncle, tambouyé lui aussi, tué dix ans plus tôt dans une rixe, ressurgit.

Les films sur la Guyane sont rares. C’est l’exotisme de celui-ci, aux frontières de la fiction et du documentaire, qui m’a conduit à le voir le mois dernier à Paris malgré sa très médiocre distribution.

Son sujet est touchant. Son réalisateur a voulu rendre hommage à son cousin, Lucas Diomar, tué à l’âge de dix- huit ans seulement, d’un coup de couteau. Il utilise des images d’époque, notamment celles de ses funérailles avec lesquelles s’ouvre le film.

Kouté Vwa invite à une réflexion sur le crime, la vengeance et le pardon, à travers notamment un long dialogue entre le garçonnet et sa grand-mère dont la piété religieuse l’a beaucoup soutenue. Il ne montre pas grand-chose de la Guyane, tournant le dos, d’ailleurs sans doute à bon escient, à une approche touristique qui se serait traduite par une succession de cartes postales. On regrette en revanche qu’il ne s’ouvre pas à une réflexion plus générale sur la situation de ce département ultramarin et les défis qu’il doit relever : une population jeune et en forte croissance, un déficit commercial structurel, un fort taux de chômage, le double fléau de l’orpaillage et du trafic de cocaïne…

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Habibi, chanson pour mes ami.e.s ★★★☆

Diplômé de la Fémis, Florent Gouëlou est tombé dans le drag en rencontrant Romain Eck alias Cookie Kunty. Il lui a demandé de jouer dans son court-métrage de fin d’études puis dans son premier long, Trois nuits par semaine, sorti en 2022. Florent Gouëlou a franchi le pas et se produit lui-même sur scène sous les traits de Javel Habibi, une créature aussi élégante qu’accueillante. Monsieur (ou madame ?) Loyal, Javel anime les soirées Habibi avec quatre autres drag-queens une fois par mois à la Flèche d’or, un lieu culturel installé dans l’ancienne gare de Charonne dans le 20ème arrondissement parisien.

Habibi raconte une triple histoire : celle de ce lieu hors normes, un café-concert mais aussi un lieu de vie qui propose des repas solidaires, un café associatif et assure des maraudes, celle du spectacle présenté par Florent/Javel, Les Soirées Habibi et celle des drag-queens qui y performent.

Sa distribution est originale. Le film ne sortira pas en salles mais fera uniquement l’objet de séances spéciales animées par son réalisateur accompagné par quelques un.e.s de ses ami.e.s. J’ai eu la chance d’assister à l’une d’elles, avant de partir en vacances, à Paris, dans une salle archi comble qui, à ma grande surprise, comptait un public très jeune de vingtenaires/trentenaires. Le plaisir que j’ai pris à ce documentaire doit beaucoup à la chaleureuse ambiance qui régnait dans la salle, à la joie communicative des acteurs venus débattre avec les spectateurs et à l’intelligence de leurs réponses aux questions qui leur ont été posées.

Les cinq drag queens des Soirées Habibi ne paient pas de mine. Les croiseriez-vous dans la rue en « civil » vous ne vous retourneriez pas sur eux/elles. Mais après une heure (ou plutôt deux) de patiente préparation, elles sont méconnaissables et transfigurées. Juchées sur des hauts talons improbables, gainées dans des corsets moulants, parées d’un maquillage extravagant, elles sont à couper le souffle.

Comme l’avait fait fin 2019 un autre documentaire remarquable, Les Reines de la nuitHabibi dévoile les coulisses du drag, raconte l’obsession voire l’addiction de ces performeuses, qui consacrent leur temps libre et dépensent des fortunes, à acheter, dessiner, coudre, bricoler des tenues et des accessoires. On les voit aussi répéter leurs numéros et les interpréter avec un étonnant professionnalisme. Florent Gouëlou , qui se pose à lui-même la question, interroge leur schizophrénie : leur personnage de scène est-il un autre Moi ?

Habibi est une ode à la liberté – liberté d’être celui/celle que l’on veut – et à l’amitié. C’est aussi un film étonnamment pudique qui ne dit rien de la vie amoureuse et sexuelle de ses personnages. Sont-ils hétéro ? homo ? bi ? on n’en saura rien car tel n’est pas le sujet du film… et tant pis pour notre curiosité déplacée !

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Perla ★★☆☆

Au début des années 80, Perla vit à Vienne, élève seule sa fille, bientôt adolescente et essaie non sans mal d’exposer ses toiles. Elle fait la connaissance de Josef, qui quitte pour elle sa femme et file avec elle le parfait amour.
Mais on découvre lentement le lourd passé que cache Perla. Une dizaine d’années plus tôt, ne souffrant plus le régime communiste, elle a quitté la Tchécoslovaquie dans des circonstances dramatiques. Elle a laissé derrière elle son conjoint, Andrej, le père de Julia. Jusqu’au jour où Andrej retrouve sa trace et lui demande de revenir en Tchécoslovaquie.

La réalisatrice Alexandra Makarová dit avoir puisé dans l’histoire de sa mère et de sa grand-mère pour écrire ce scénario. Il a la texture amère des films consacrés aux anciennes démocraties populaires, à leur surveillance policière, à leurs hivers interminables, à leurs conditions de vie misérables : Good Bye, Lenin !, La Vie des autres, Barbara

Perla est donc un film politique sur l’Europe de l’Est et sur le régime dictatorial qui y régna jusqu’à la chute du Mur. Mais il ne se résume pas à cette seule dimension. C’est surtout un drame intimiste sur une femme, déchirée entre son présent en Autriche avec Josef et son passé en Slovaquie avec Andrej. Rebeka Poláková est impeccable dans le rôle-titre.

On pourrait déduire de son titre et de son affiche que Perla en est le seul caractère et que toute l’intrigue  du film tourne autour d’elle. Ce serait oublier le rôle joué par sa fille. Même si l’histoire n’est pas racontée à travers ses yeux, c’est son point de vue qui donne au film un relief qui lui aurait sinon fait défaut. Elle aime sa mère, a un besoin viscéral de son amour, autant qu’elle la juge et lui reproche ses choix.

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Le Général Della Rovere (1959) ★★☆☆

L’action se déroule à Gênes sous l’occupation allemande à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Emanuele Bardone (Vittorio De Sica) est un joueur invétéré et un mythomane accompli. Portant beau, il abuse de la crédibilité des familles de prisonniers italiens en prétendant qu’il peut intercéder auprès des autorités allemandes. Mais sa supercherie ayant été révélée, il est fait prisonnier. Le chef de la police allemande, le colonel Müller, décide de le faire passer pour le général Della Rovere, un haut gradé qui vient d’être tué alors qu’il tentait de revenir en Italie y prendre la tête de la Résistance. Il lui demande, en échange de sa libération, de dénoncer ses co-détenus.

J’ai découvert Rossellini durant l’été 1992, en pleine révision, grâce à une rétrospective diffusée dans l’un des cinémas du Quartier-Latin (était-ce la Filmothèque ou le Champo ?). Je me souviens encore du choc que j’ai ressenti devant Rome ville ouverte, Païsa, Allemagne année zéro que j’avais vu à la suite l’un de l’autre, au risque d’y délaisser mes cours de droit public et de macro-économie. Je me demande comment j’y réagirais aujourd’hui. Car le cinéma de Rossellini a mal vieilli. Sa grandiloquence est passée de mode.

Le Général Della Rovere (qui, à l’origine, est sorti en France sous le titre Le Général de la Rovere avant, quelques années plus tard de revenir à un plus orthodoxe « Della ») est tourné quinze ans plus tard, à l’orée des années soixante. Le néoréalisme italien a fait long feu. Mais le cinéma de Rossellini n’a guère évolué. Il tourne toujours en noir et blanc un sujet édifiant tiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée durant la Seconde guerre mondiale.

Le Général… est l’histoire d’une rédemption. Un minable arnaqueur va devenir un héros. On retrouve là les thèmes qui traversent tout le cinéma de Rossellini : son humanisme, sa foi chrétienne, son communisme, l’exaltation des valeurs de la Résistance au fascisme…. Ces thèmes sont-ils encore d’actualité ?

Qu’on instruise ou pas ce procès-là contre ce film, il est sauvé par la fluidité de sa mise en scène et surtout par l’interprétation de Vittorio De Sica. Le réalisateur du Voleur de bicyclette est impérial dans le rôle titre. Il réussit tout à la fois à lui donner la gouaille du malfrat et la noblesse du héros de guerre.

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Gangs of Taïwan ★☆☆☆

Zhong-Han est muet. Il a quitté la campagne pour la ville. À Taïpei, un vieux couple de restaurateurs lui offre le gîte et le couvert en échange de son travail. Zhong-han fait par ailleurs partie d’une bande de voyous qui travaillent pour la mafia et intimident les créanciers défaillants.

La bande-annonce de Gangs of Taïwan m’avait mis l’eau à la bouche. J’espérais y retrouver l’énergie des films de gangsters chinois ou hongkongais de John Woo ou d’Andrew Lau. D’autant que ce début août est bien plat avant une rentrée qui s’annonce alléchante : Alpha, Valeur sentimentale, Connemara, Sirat, Chien 51

Gangs of Taïwan embrasse large. Il évoque les manifestations démocratiques à Hong Kong (l’intrigue se déroule en 2019), la corruption qui gangrène la classe politique taïwanaise, la dégradation des conditions socio-économiques… Comme si la barque n’était pas assez chargée, il y rajoute une histoire d’amour entre le héros et une caissière de supérette.

Le résultat dure plus de deux heures. Je serais injuste de dire que je m’y suis ennuyé ; car le scénario compte son lot de rebondissements. Mais à mes yeux Gangs of Taïwan rejoindra très vite le rang des films pas désagréables mais oubliables.

La bande-annonce

Aux jours qui viennent ★★☆☆

Joachim (Bastien Bouillon) est un homme violent, prisonnier de ses addictions, qui fait souffrir les femmes qui tombent sous son emprise. Laura (Zita Hanrot) a réussi à s’en libérer. Elle élève désormais seule à Nice leur fille, Lou, et se reconstruit lentement, même si la vie quotidienne n’est pas toujours facile. Joachim est désormais en couple avec Shirine (Alexia Chardard) et manifeste à son égard les premiers symptômes de la jalousie et de l’agressivité, identiques à ceux dont Laura a si douloureusement pâti. Aussi c’est elle que Shirine appelle à l’aide.

Aux jours qui viennent est un film à thème, sur la violence masculine. On ne saurait l’en blâmer tant le sujet est d’une douloureuse actualité. Sur ce thème-là, Jusqu’à la garde fut peut-être l’un des meilleurs films français de ces dix dernières années. D’ailleurs Aux jours qui viennent souffre de l’ombre portée de ce précédent d’anthologie, couvert de prix (quatre Césars en 2019).

Le film a un défaut : un scénario qui multiplie les incohérences. Il aurait gagné à se concentrer sur la ville de Nice que Nathalie Najem filme comme n’importe quelle métropole, pluvieuse et bruyante, loin de l’image de carte postale qu’on en a. Il fait un long détour inutile par la Sicile. Il se termine par une scène totalement improbable sur le rooftop d’un hôtel de luxe.

Le film a en revanche une qualité : l’interprétation de ses acteurs. Il faut dire un mot de Maya Hirsbein, la gamine de neuf ans à peine qui interprète le rôle de la fille de Laura. Belle comme un cœur, elle évite le piège dans lequel tombent souvent les très jeunes acteurs et présente une telle ressemblance avec sa mère sur scène qu’on sort de la salle convaincu qu’elle en est réellement la fille à la ville. Mention aussi à Zita Hanrot, découverte dans Fatima qui lui valut le César du meilleur jeune espoir féminin en 2016. On la revoit toujours avec plaisir (La Vie scolaire, Rouge) mais on regrette qu’elle peine à trouver le film ou le rôle qui feront d’elle une star.

Mais celui qui aimante l’écran, c’est Bastien Bouillon. Le gentil flic de La Nuit du 12, le gentil pote peroxydé de Partir un jour démontre l’ampleur de son talent en se muant en toxico pas gentil du tout, susceptible d’exploser d’une seconde à l’autre et d’assommer de coups sa compagne. Sa prestation écrase celle des autres actrices pourtant talentueuses (on retrouve avec plaisir Marianne Basler, dans le rôle de la mère perchée de Joachim, dans deux scènes parfaites) et donne au film toute sa toxicité.

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Frantz Fanon ☆☆☆☆

Passé à la postérité pour ses écrits anticolonialistes (Peaux noires, Masques blancs en 1951, Les Damnés de la terre en 1961) et pour son engagement aux côtés des indépendantistes algériens, Frantz Fanon fut médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville de 1953 à 1956. Fanon s’employa à y mettre en oeuvre les méthodes de la « psychothérapie institutionnelle » qu’il avait apprises de son maître, le docteur François Tosquelles à l’hôpital de Saint-Alban.

Ce Fanon-là sort trois mois après celui réalisé par Jean-Claude Barny qui avait engrangé un beau succès public, dépassant les deux cent mille entrées. Pourquoi un tel doublon ? Parce qu’on fête cette année le centenaire de la naissance de Fanon. Parce que surtout les deux projets se sont montés parallèlement en s’ignorant mutuellement, le premier en France, le second, qui lui est en fait antérieur, en Algérie. On imagine volontiers l’agacement de chacune des équipes quand elles ont appris l’existence du projet de l’autre.

Car les deux films se superposent parfaitement. Seule différence : celui de Jean-Claude Barny se prolongeant jusqu’à la mort de Fanon alors que celui de Abdenour Zahzah s’arrête à son départ de Blida. Autre différence : le film de Zahzah ne parle quasiment pas de l’engagement politique de Fanon ni de ses livres, se bornant scrupuleusement à décrire son activité réformatrice au sein de l’hôpital.

Tout ce qu’il raconte et qu’on a déjà vu dans le précédent film est l’engagement du médecin auprès de ses malades pour en améliorer le sort à rebours des usages rétrogrades qui prévalaient à l’époque et malgré les résistances de ses collègues conservateurs et racistes.

J’avais éreinté le Fanon de Barny, ne lui mettant aucune étoile. Pourtant, il surpasse sur tous les tableaux celui de Zahzah qui accumule les défauts. Son manque de budget se voit à chaque plan. Le pire : son interprétation calamiteuse par des acteurs qui récitent besogneusement leur texte (la prime allant à la malheureuse interprète de Josie Fanon là où Deborah François arrivait à lui donner tant de charme).

S’il n’y avait eu Valensole 1965, Frantz Fanon aurait emporté haut la main le prix du navet de l’été.

La bande-annonce