I Care a Lot ★★☆☆

Marla Grayson (Rosamund Pike) a développé un business aussi immoral que juteux : avec la complicité d’un médecin véreux et d’un juge crédule, elle obtient la tutelle de personnes âgées qu’elle place en EHPAD et en siphonne les économies. Jennifer Peterson (Dianne Wiest) est sa dernière proie. Mais Marla va vite apprendre à ses dépens qu’un dangereux baron du crime est prêt à tout pour reprendre la main sur la fragile septuagénaire.

I Care a Lot est la dernière production Netflix en date (Amazon Prime en a acquis les droits de diffusion pour le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie). Mis en ligne le 19 février, c’est le film le plus vu au monde le week-end dernier. Mérite-t-il une telle gloire ? Certainement pas. Est-ce pour autant un mauvais film ? Non.

I Care a Lot est une comédie noire qui met en scène deux héros également haïssables. D’un côté une femme dévorée de cupidité et prête à abuser de la faiblesse des seniors pour la satisfaire ; de l’autre un parrain de la mafia caricatural, entouré d’une horde de gros bras. Rosamund Pike interprète le premier de ces deux rôles avec une élégance folle et la froide détermination dont elle faisait déjà preuve dans Gone Girl, son meilleur film à ce jour. C’est Peter Dinklage, le nain chétif mais courageux de Game of Thrones, qui interprète le second.

Le choix de ces deux acteurs est troublant. Il suscite une confusion chez le spectateur habitué à prendre spontanément parti pour le Gentil face au Méchant (sauf chez les spectateurs particulièrement vicieux qui prennent systématiquement parti pour les Méchants !). I Care a Lot met face à face deux Méchants entre lesquels on ne sait pas qui soutenir – sauf à considérer qu’il n’y a rien de bon ni chez l’un ni chez l’autre et à rejeter le film en bloc. Marla Grayson est profondément immorale ; mais la détermination que manifeste cette lesbienne revendiquée face au patriarcat et la résilience dont elle fait preuve dans les épreuves la rendent sympathique. Symétriquement, le personnage interprété par Peter Dinklage a beau être un dangereux sociopathe, la sympathie suscitée par l’interprète de Tyrion Lannister est si universellement spontanée qu’on a du mal à haïr son personnage ici.

I Care a Lot n’est jamais ennuyeux et ses presque deux heures se regardent sans loucher vers l’horloge. Ses rebondissements invraisemblables et le virage qu’il prend à mi-parcours vers le pur cinéma d’action en gâtent la valeur. Mais sa délicieuse amoralité en font un produit original qui mérite le détour.

La bande-annonce

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