Adieu Monsieur Haffmann ★★★☆/★☆☆☆

Joseph Haffmann (Daniel Auteuil) est joaillier à Montmartre en 1941. Sentant la menace grandir, il envoie sa femme et ses trois enfants en zone libre avant de les y rejoindre. Avant de partir, il passe un marché avec son commis, François Mercier (Gilles Lellouche). Il lui laisse les clés de sa boutique, l’usage de son appartement et les gains de son commerce en échange de la promesse de pouvoir y revenir avec sa famille après la guerre. Mercier accepte, malgré les hésitations de sa femme Blanche (Sara Giraudeau). Le couple prend possession des lieux sous le regard hostile des voisins. Mais coup de théâtre : Haffmann, que la surveillance policière a empêché de quitter Paris, revient à la nuit tombée et doit se cacher dans la cave.

Je ne suis pas parvenu à me décider si je devais écrire une critique gentillette ou scrogneugneu de l’adaptation par Fred Cavayé, un réalisateur français abonné aux thrillers testotéronés (Pour elle, À bout portant), de la pièce de théâtre à succès de Jean-Philippe Daguerre couronnée en 2018 par quatre Molières.

La critique bienveillante serait, on l’a compris, enthousiaste. Elle saluerait la belle leçon d’histoire qui nous plonge dans l’une des périodes les plus sombres de la France contemporaine et nous interroge avec intelligence sur la façon dont on pouvait imperceptiblement y devenir un héros ou un collabo. Elle applaudirait à la qualité d’un scénario d’une parfaite logique qui multiplie les rebondissements jusqu’à une conclusion inattendue pour nous tenir constamment sur la brèche. Elle rendrait enfin un hommage appuyé aux trois acteurs principaux, qui représentent chacun la fine fleur de sa génération : Daniel Auteuil (1950) qui se bonifie comme le vieux vin, Gilles Lellouche (1972) qui réussit à jouer un parfait salaud sans verser dans la caricature et Sara Giraudeau (1985) qui, de film en film, réussit, l’air de rien, à révéler l’ampleur de son talent.

La critique scrogneugneu serait plus sévère. Elle invoquerait les mânes écrasantes de films indépassables qui ont déjà traité ce sujet avec autrement de maîtrise : Monsieur Klein, Le Dernier Métro… Elle reprocherait à cette pièce de théâtre filmée son pesant classicisme, sa reconstitution maniérée de l’époque, sa mise en scène convenue, ses clichés (ach ! l’officier allemand si fin esthète entouré de maîtresses lubriques et à-qui-on-l’a-fait-pas) et ses coups de théâtre un peu trop nombreux et trop téléphonés. Elle le blâmerait peut-être surtout pour vouloir à tout prix faire naître une émotion, une empathie, par des procédés grossiers : les lourds silences de Daniel Auteuil (de l’homme trahi qui en toute circonstance saura garder sa dignité d’homme), les gros plans sur le visage de Gilles Lellouche (qui devient un salaud pour de bonnes raisons), la moue tremblante de Sara Giraudeau, etc.

Ne sachant laquelle des deux critiques écrire, je les ai écrites toutes les deux. À vous de choisir à présent.

La bande-annonce

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