
Dans le nord de l’Argentine, dans la province de Tucuman, le chef de la communauté autochtone Chuschagasta qui occupait les terres de ses ancêtres a été tué le 12 octobre 2009 par un propriétaire foncier assisté de deux policiers retraités. Neuf ans plus tard, le procès des trois criminels s’ouvre.
La réalisatrice Lucrecia Martel fait partie de la génération de jeunes talents qui, au tournant du siècle, avec Lisandro Alonso et Pablo Trapero, a fait circuler un vent d’air frais dans le cinéma argentin. On parlait à l’époque de Nouveau cinéma argentin. C’est une réalisatrice rare qui, en vingt- cinq ans, n’a guère tourné que quatre longs métrages (La ciénaga, La niña santa, La Femme sans tête, Zama). J’avais fait de Zama à sa sortie en 2018 une critique mitigée et ai gardé le souvenir d’un film désespérément ennuyeux.
Nuestra Tierra est son premier documentaire. Elle y tisse trois fils.
1. Le procès, dont elle a obtenu l’autorisation de filmer les débats – la captation vidéo en France n’est possible sur autorisation que depuis 2022 – voit devant les trois juges de la cour régionale de San Miguel de Tucumán s’opposer l’accusation, étonnamment silencieuse, à une défense qui essaie par tous les moyens d’excuser l’inexcusable.
2. Des images des lieux mêmes du crime filmés par drones, d’une grande beauté, mais qui, à la longue (le film dure plus de deux heures), finissent par être répétitives.
3. Des témoignages des Indiens Chuschagasta qui, à la demande de la réalisatrice, ont rassemblé pour elle de vieilles photographies et les partagent devant la caméra.
Nuestra Tierra est le film d’une cause : celle de l’identité des peuples autochtones et de leur spoliation par le colon blanc. C’est ce qui fait sa force. C’est ce qui fait aussi sa limite.
Car il présente l’immense qualité de nous sensibiliser à une question qui, à nous spectateurs français, pouvait sembler fort lointaine, même si la colonisation est un sujet universel. Mais il présente le défaut irrémédiable de priver le film d’espace, de l’enfermer dans une seule dimension, celle de la solidarité spontanée qu’on éprouve pour ces victimes d’une Histoire qui les a invisibilisées.








