
L’Ospedale della Pietà est un hospice vénitien prestigieux qui, pendant plusieurs siècles, accueillit et éduqua des orphelines. Il se finançait grâce aux dons des grandes familles et aux recettes des concerts de son académie de musique. Au début du XVIIIe siècle, il recrute un prêtre phtisique, Antonio Vivaldi (Michele Riondino). Le maître compte parmi ses élèves une orpheline particulièrement douée, Cecilia (Tecla Insolia).
Vivaldi et moi (dont le titre original, Primavera, est autrement plus subtil puisqu’il fait à la fois référence à l’une des œuvres maîtresses de Vivaldi et au coming-of-age de Cecilia) nous vient d’Italie. Il est l’œuvre de Damiano Michieletto, un réalisateur qui a travaillé pour les plus prestigieux opéras du monde. Avec huit nominations, il est le grand favori des prochains David, l’équivalent italien des César, devant La grazia de Sorrentino et Le Dernier pour la route.
Vivaldi et moi n’est pas un biopic sur Vivaldi. Son personnage principal est Cecilia. L’histoire qu’il raconte est celle de son émancipation grâce à la musique et à la rencontre du maestro. Ainsi présenté, on imagine par avance le film qu’on va voir : l’évocation d’abord de l’enfance solitaire de Cecilia, l’arrivée de Vivaldi, l’alchimie immédiate qui se crée entre le maître et sa violoniste, la relation platonique qui peut-être laissera place à des élans plus charnels, etc.
Mais le scénario a le don de nous surprendre. Il le fait grâce à deux rebondissements qui possèdent la double qualité d’être absolument inattendus et totalement cohérents. L’un met en scène Stefano Accorsi dans un rôle secondaire de parfait salaud. L’autre clôt le film.
Vivaldi et moi vaut par sa reconstitution de la République des Doges. Il rappelle, si d’aucunes s’en souviennent, Rouge Venise que j’avais vu il y a des lustres à Toulon avec ma défunte sœur. Il rappelle aussi le plus récent Gloria! qui se passe lui aussi dans un hospice vénitien une centaine d’années plus tard. Il rappelle enfin le roman de Léonor de Recondo Le Grand Feu dont je me suis même demandé s’il n’en était pas l’adaptation.
Il vaut aussi par sa musique baroque splendide qui a le bon goût d’éviter ce qu’on redoutait par-dessus tout : le recours ad nauseam aux passages trop connus des Quatre Saisons.








