
Un chantier de construction, quelque part en Afrique à une époque indéterminée. Le chef de chantier (Matt Dillon sexagénaire toujours aussi sexy) accueille ce jour-là sa jeune épouse (Mia McKenna-Bruce révélation de How to Have Sex) qui arrive d’Europe en avion. Il est secondé par un jeune ingénieur (Tom Blyth). Un Africain portant beau (Isaach de Bankolé) se présente à la grille du chantier. il réclame la dépouille de son frère qui a été tué plus tôt dans la journée.
Claire Denis a près de quatre-vingts ans. C’est une grande dame du cinéma français couverte d’honneur. Elle recevra le Carrosse d’or à Cannes le mois prochain pour l’ensemble de sa carrière. Il y a près de quarante ans, elle recevait le César du meilleur premier film pour Chocolat, un récit en partie autobiographique de son enfance au Cameroun dont le premier rôle était interprété par Isaach de Bankolé. J’en ai gardé un souvenir très vif car, lycéen en terminale, je l’avais vu à sa sortie en mai 1988 dans une salle toulonnaise. Quarante plus tard, Claire Denis redonne à son acteur fétiche un rôle en adaptant une pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès qui, dans les années 80, forma avec Patrick Chéreau un duo explosif, avant d’être fauché par le Sida.
Koltès reste aujourd’hui l’un des auteurs les plus joués et les plus encensés. C’est donc avec beaucoup d’humilité que j’avouerais que son théâtre de la nuit, de la solitude, de l’incommunicabilité ne me touche pas. Je ne vois pas l’intérêt d’en faire une adaptation, quarante ans plus tard, aussi théâtrale, aussi statique, aussi empesée.
Car qui se sera laissé séduire par la bande-annonce du Cri des gardes (pourquoi ce titre hypocrite ? pourquoi ne pas avoir utilisé le titre de Koltès, Combat de nègres et de chiens ?) sera amèrement déçu. La bande-annonce nous promettait un dépaysement qui ne vient pas, même si le film a été tourné (en anglais !) au Sénégal. Très fidèle à la pièce, Le Cri des gardes se réduit à de longs dialogues. Horn (Dillon) et Alboury (Bankolé) se font face, séparés par une clôture. Antigone des temps modernes, Alboury ne partira pas tant qu’il n’aura pas récupéré le corps de son frère ; Horn fait la sourde oreille et lui demande de repasser le lendemain.
Le dialogue fait du surplace, n’avance pas, ne mène à rien. En arrière-plan, la malheureuse Leonie (McKenna-Bruce) déambule dans le campement en nuisette rouge et en hauts talons sous l’œil impavide des gardes postés dans leurs miradors. Et Cal (Blyth) chien fou, fait fiévreusement l’aller-retour entre les trois autres protagonistes.
Le film s’étire interminablement pendant une heure quarante cinq. Une purge….








