Moonlight ★☆☆☆

Chiron a une dizaine d’années. Il vit à Miami dans le ghetto noir. Il est la tête de turc de ses camarades qui l’ont surnommé « Little ». Sa mère, qui se drogue et se prostitue, ne s’occupe guère de lui. Chiron s’est trouvé un père de substitution en Juan, un chef de gang.
Cinq ans ont passé. Chiron est désormais adolescent. Son identité sexuelle se précise. Chiron est attiré par Kevin, un camarade de classe.
Cinq ans ont passé à nouveau. Chiron, qui a repris le surnom que lui avait donné Kevin, vit désormais à Atlanta. « Black » est désormais un dealer, comme l’était Juan. Il reçoit un jour un appel de Kevin qui l’invite à Miami.

« Moonlight » c’est Brokeback Mountain + Boyhood + The Wire. En d’autres termes, une histoire d’amour homosexuel, racontée sur une dizaine d’années, dans le milieu hyperviril des trafiquants du ghetto noir.

Le film de Barry Jenkins arrive sur nos écrans précédé d’une rumeur élogieuse. Couronné aux Golden Globes, il est en lice aux Oscars. Le Monde, Libération, Les Inrocks l’encensent.

J’avoue ne pas partager cet enthousiasme. J’ai trouvé inutilement chichiteuses les cadrages flous et les éclairages inspirés de Terence Malick. Plus grave : je n’ai jamais été ému par le personnage de Chiron et par ses difficultés à se trouver.
Troisième et dernier scrupule : j’ai été gêné par la double assignation dans laquelle le héros est enfermé. Enfermé dans sa communauté : on ne voit pas un seul Blanc autour de Chiron comme si sa vie ne pouvait connaître aucun autre horizon. Enfermé dans sa sexualité : Chiron se sent dès son plus jeune âge « différent » – et stigmatisé à cause de sa différence – comme si son homosexualité était inscrite dans ses gènes.

La bande-annonce

4 commentaires sur “Moonlight ★☆☆☆

  1. « Enfermé dans sa communauté : on ne voit pas un seul Blanc autour de Chiron comme si sa vie ne pouvait connaître aucun autre horizon. Enfermé dans sa sexualité : Chiron se sent dès son plus jeune âge « différent » – et stigmatisé à cause de sa différence – comme si son homosexualité était inscrite dans ses gènes et ne résultait pas d’un choix conscient. »

    Pouvez vous me dire quel « horizon » est censé représenter « le blanc »? Et quel horizon est censé représenter « la communauté noire »? Tous les films dans lesquels les héros sont blancs et sont représentés uniquement dans « leur communauté » vus posent ils autant de soucis?
    Pour bien des homosexuels, leur sexualité ne s’inscrit pas dans un choix conscient.
    Bref je n’ai pas vraiment saisi vos derniers propos.

    Cordialement.

    • Merci de votre commentaire qui me conduit à essayer de préciser une critique qui n’était pas claire.

      1. J’ai été frappé de ne pas voir un seul Blanc de tout le film.
      Ce serait inimaginable dans un film français.
      C’est sans doute lié à la sociologie américaine qui n’est pas la sociologie française.

      2. À tort ou à raison, un film qui ne compterait que des acteurs blancs me surprend moins qu’un film avec des acteurs noirs parce que nous vivons – des deux côtés de l’Atlantique – dans des sociétés majoritairement blanches où cet environnement constitue la norme. Qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore.

      3. J’ai eu tort d’écrire que le fait qu’il n’y avait aucun Blanc dans le film révélait l’enfermement imposé à son héros.
      Mais pour autant – et cela n’a rien à voir avec les deux points précédents – j’ai été frappé par cette absence d’horizon.
      Little/Chiron/Black n’aspire à rien, ne rêve à rien.

      Etes-vous d’accord sur le point 1 ? sur le point 2 ? sur le point 3 ?

      • Bonjour.

        Je suis d’accord avec le premier commentaire et vous n’apportez pas de précisions quant à l’homosexualité. Je trouve cela choquant d’affirmer que cela résulte d’un choix conscient. Au contraire, cela s’impose à soi sans volonté consciente. C’est bien pour cette raison que cela la découverte de l’homosexualité mène à la dépression chez beaucoup de gens, voire au suicide.

        Bonne journée

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