
Ann Lee (1736-1784) naît et grandit en Angleterre à Manchester. Mariée à un forgeron, elle a quatre enfants coup sur coup, tous morts en bas âge. Elle rejoint Anne Wardley et son époux James qui viennent de fonder une secte protestante, les shakers. Les shakers prônent le célibat et la chasteté. Distinguée pour sa sainteté et la force de son engagement, Ann Lee en prend la direction. Son frère William lui sert de bras droit. Les shakers quittent l’Angleterre en 1774 pour les Etats-Unis. Ils fondent à Niskayuna, dans le nord de l’Etat de New-York une communauté.
Avez-vous vu The Brutalist début 2025 ? Avez-vous aimé l’âpreté de son propos ? la force de sa mise en scène ? la puissance de sa musique ? Alors peut-être serez-vous enthousiasmé par ce Testament d’Ann Lee co-signé par le même couple, qui cette fois-ci a inversé les rôles, Mona Fastvold prenant en charge la réalisation et son compagnon Brady Corbet prêtant la main au scénario.
Je fais partie de ceux minoritaires qui n’avaient pas aimé The Brutalist. Avec le recul, je porte une appréciation plus modérée sur la grande claque que j’avais reçue devant ce film hors normes de trois heures trente, tant par le sujet traité (la biographie d’un architecte hongrois rescapé des camps dans l’Amérique des années 50) que par sa forme épurée et radicale. J’ai eu la même réaction hier soir devant Le Testament. Elle évoluera peut-être avec le temps.
J’ai trouvé certes que le sujet du film était très original. J’ignorais tout de cette secte, de la morale avant-gardiste qu’elle prônait (sur la place des femmes notamment), du destin de sa fondatrice et de sa quasi-extinction (le générique de fin nous indique qu’elle ne compte plus guère que deux membres aujourd’hui !).
J’ai été également bluffé par l’audace de la mise en scène qui mêle biopic et comédie musicale. Elle nous donne à voir des séquences chantées et dansées d’une puissance sauvage. Son affiche vertigineuse nous en donne un avant-goût. De même sa bande-annonce vue ad nauseam depuis plus d’un mois.
Il faut enfin saluer la prestation bluffante d’Amanda Seyfried. Loin de l’image de starlette blonde un peu fadasse que certains de ses rôles auraient pu accréditer (Mama Mia, La Femme de ménage), elle est décidément une des grandes actrices du moment. Elle avait amplement mérité sa nomination aux Golden Globes.
Pour autant, j’ai ressenti un certain malaise tout au long du film. Tout bien réfléchi, il vient de son absence de point de vue. Et tout bien considéré, c’est exactement le même motif qui expliquait mes réticences devant The Brutalist. Je m’explique. Ces deux films refusent toute psychologie. Ils racontent une histoire, montrent des faits. Mais ils ne s’introduisent pas dans la tête de ses personnages. On me dira que c’est une qualité, une liberté laissée au spectateur de se faire lui-même son propre avis. On aura sans doute raison. Mais cela m’a laissé profondément désemparé. Ann Lee était-elle une sainte ou une folle ? Le film ne tranche pas. Et je ne me satisfais pas de cette indécision.








