
Tony Kiritsis (Bill Skarsgård frère d’Alexander Skarsgård le héros hottissime de Pillion et fils de Stellan Skarsgård), la quarantaine, est un résident d’Indianapolis qui a fait un mauvais investissement en achetant à crédit un terrain pour y accueillir un centre commercial. Mais faute d’acheteur, il n’a pu rembourser son emprunt et s’est retrouvé pris à la gorge par les traites. Retournant sa colère contre sa banque, il décide un matin de février 1977 de débouler à son siège social et de prendre en otage son président. Celui-ci (Al Pacino) est en vacances en Floride ; mais son fils Richard (Dacre Montgomery) le supplée. Kiritsis réclame des excuses publiques, l’effacement de sa dette et l’indemnisation de son préjudice.
Gus Van Sant est incontestablement l’un des plus grands réalisateurs américains contemporains. Le réalisateur de Drugstore Cowboy, de My Own private Idaho, de Will Hunting, d’Elephant (palme d’or à Cannes en 2003) est de ceux qui, sur son nom seul, attire une foule de cinéphiles fidèles dont je fais partie, même si ses deux derniers films ont fait un bide : Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot en 2018 et Nos souvenirs en 2015. À soixante-treize ans, il fait figure de jeunot à côté de ses aînés qui continuent bon pied bon œil à tourner comme si l’irréparable outrage des ans n’avait sur eux pas de prise : Clint Eastwood (95 ans), Roman Polanski (90 ans), Woody Allen (87 ans), Ken Loach (87 ans), Ridley Scott (85 ans), Denys Arcand (82 ans), Barbet Schroeder (82 ans), Wim Wenders (78 ans)…
Force est de lui reconnaître une incroyable maîtrise. Gus Van Sant sait diablement bien raconter une histoire et en administre ici magistralement la preuve avec cette Corde au Cou (le titre original est encore plus claquant mais est difficile à traduire) d’une heure quarante-cinq minutes pendant lesquelles on ne regarde pas une seule fois sa montre.
Pour autant, le suspense n’est jamais si intense qu’on s’accroche à son fauteuil. Tout avance (trop ?) gentiment dans ce film dont tous les roulements à billes sont parfaitement huilés. On pense à Sidney Lumet – et notamment à Un après-midi de chien – ou à certains Clint Eastwood tels que Le Cas Richard Jewell.
Ce que je reproche à La Corde sur le cou est le manque de densité de chacun de ses caractères : le preneur d’otages dont l’histoire familiale et la psychologie ne sont guère évoquées, le banquier kidnappé qui aurait pu légitimement solder ses comptes avec son père, la jeune journaliste qui profite du direct pour monter en grade ou l’agent du FBI qui déboule au milieu de la prise d’otages et qu’on ne revoit plus guère après. Sur un sujet proche, la prise d’otages des athlètes israéliens à Munich en 1972 filmée en direct par la télévision, était autrement plus stimulant 5 septembre que je place tout en haut de mon Top 10 de l’année passée.
Nous avons eu un vif débat hier soir à la sortie de la salle avec mes amis cinéphiles du dimanche soir qui, non sans motif, se montraient plus laudatifs que moi et me disaient que La Corde au cou méritait quatre étoiles. Ils me reprochaient d’être trop chiche dans mes notes. Je reconnais volontiers que je mets rarement la note maximale. La raison en est la suivante : mérite selon moi quatre étoiles le film qui marquera l’histoire du cinéma. La Corde au cou est-il un très bon film ? Oui. Marquera-t-il l’histoire du cinéma ? Non.








