
Rose est née femme. Les nécessités de la vie l’ont conduite à se travestir. Après avoir combattu pendant dix ans sous l’uniforme, elle a usurpé l’identité d’un frère d’armes, mort au combat, est revenue dans le village de celui-ci et a réclamé son héritage. Pour conforter sa position, Rose est même allée jusqu’à épouser la fille d’un riche paysan.
Nous vient d’Allemagne un film tranchant comme l’acier. Il a été filmé en noir et blanc dans les splendides montagnes du Harz en Saxe. Il est illustré d’une voix off qui lui donne une dimension quasiment mythologique.
Rose est inspiré de plusieurs histoires vraies. Il convoque une riche cinématographie, les thèmes de l’usurpation d’identité et du travestissement ayant été souvent utilisés. Le premier film auquel Rose m’a fait penser est Le Retour de Martin Guerre, qui m’avait tellement impressionné quand je l’avais vu encore enfant. Il partage avec lui la même ambiance : il se déroule dans une petite communauté rurale coupée du monde. Il partage également avec lui une dimension essentielle du récit : le rôle que joue le conjoint, dupe de l’imposture et en même temps complice.
J’ai pensé également à d’autres films plus récents et moins connus. Dans Albert Nobbs, Glenn Close interprétait le rôle d’une Irlandaise qui se travestissait pour échapper à la misère et prendre un emploi de majordome. Dans The Danish Girl, Eddi Redmayne (nommé aux Oscars pour ce rôle) jouait un homme qui lentement, avec le soutien de son épouse, assumait sa part de féminité. Dans Nos années folles, Pierre Deladongchamps se travestissait, là encore avec la complicité de sa femme, pour échapper à la conscription et à la Première Guerre mondiale. Enfin, le héros hermaphrodite d’Un jour fille refusait le genre féminin qui lui avait été assigné à sa naissance, prenait femme avant d’être arrêté et jugé. J’avais beaucoup aimé ce dernier film qui se passait, comme Rose, au XVIIIe siècle mais dans la France urbaine et pas dans l’Allemagne rurale.
Rose impressionne par la simplicité linéaire de son récit qui emprunte à la forme du conte. La voix off de Marisa Growaldt y contribue amplement. Dans sa première moitié, j’ai chipoté sur le choix de l’actrice Sandra Hüller que je ne trouvais pas crédible : trop petite, hanches trop larges, voix trop haut perchée, sans la moindre trace de pilosité. Mais l’actrice, qui porte le film sur ses épaules, est d’une incroyable maîtrise. Elle réussit dans la même image à nous glacer et à nous attendrir. On ne racontera pas la fin du film ; mais on pourra en dire qu’on en gardera longtemps le souvenir traumatisant.








