Sans pitié ★☆☆☆

Deux jeunes frères, Ryan et Dario, sont élevés par leur mère dans un camp de forains. Dario est kidnappé. Il disparaît pendant quelques jours.
Vingt ans passent. Dario (Adam Bessa héros taiseux des Fantômes), dont on comprend qu’il s’est exilé au Canada, revient enterrer sa mère. Ryan n’a jamais quitté le camp de forains et vit désormais de petits trafics. Dario reconnaît l’un de ses agresseurs. L’heure de la vengeance a-t-elle sonné ?

Mes deux fils sont allés voir Sans pitié avant moi. Ils ne l’ont pas aimé. J’ai voulu me faire ma propre opinion. Aurais-je mieux fait de les écouter ?
Tout n’est pas à jeter dans ce premier film. Il vaut par son cadre : un non-lieu coincé entre une autoroute et un pont de chemin de fer qui enjambe la Meuse entre Liège et Maastricht. Il vaut aussi par son ambiance poisseuse qui rappelle James Gray et ses traumas familiaux jamais refermés.

Mais son intrigue passablement alambiquée – je ne suis pas sûr d’avoir compris qui est qui – ne vaut pas tripette et condamne ce petit film, mal distribué, à tomber rapidement dans l’oubli.

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Tout va bien ★★☆☆

Le documentariste Thomas Ellis est revenu dans sa ville natale et y a filmé entre 2022 et 2024 une poignée de mineurs non accompagnés (MNA) que l’Aide sociale à l’enfance des Bouches-du-Rhône accompagne dans leurs parcours d’intégration. Il s’est attaché à cinq d’entre eux : Aminata, une jeune Guinéenne qui a fui un mariage arrangé et qui commence des études d’aide soignante, Abdoulaye et Tidiane, deux frères sénégalais, Khalil, un Algérien dont la piètre maîtrise du français complique l’intégration, Junior, un Sénégalais qui rêve de devenir star de foot mais qui doit revoir ses ambitions à la baisse.

Le documentaire commence par un long plan muet et aquatique à la signification confuse. On imagine, sans en être certain, qu’il s’agit d’images de noyades auxquelles ces immigrés ont peut-être survécu en traversant la Méditerranée. On n’y reviendra pas, le documentaire ayant pris le parti de ne pas interroger ses protagonistes sur la manière dont ils sont arrivés en France.

Le documentaire, comme son titre le claironne, se veut positif. Son titre pourrait être une antiphrase : même si les jeunes assurent au téléphone à leurs parents,  restés au pays, que « tout va bien », leur vie en France n’est pas facile. Mais le message du film se veut optimiste. Comme Thomas Ellis l’a raconté lors des dizaines d’avant-premières organisées partout en France l’automne dernier, ciblant les collèges et les lycées, il a voulu se focaliser sur « des parcours d’intégration réussis ».

Faut-il lui en faire le reproche ? Faut-il regretter que, parmi les jeunes que Thomas Ellis a suivis, il ne nous ait pas montré ceux dont l’intégration a échoué, ceux qui ont été renvoyés dans leur pays d’origine, ceux qui ont triché sur leur âge pour obtenir une protection à laquelle ils n’avaient pas droit ?

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Le Mage du Kremlin ★★★☆

Un essayiste américain de passage à Moscou (Jeffrey Wright) est invité dans la luxueuse datcha de Vadim Baranov (Paul Dano) sur lequel il vient de rédiger un article. L’ancien conseiller de Vladimir Poutine lui raconte  la Russie des années 90, la succession de Boris Eltsine et les fondements du nouvel ordre poutinien : la « démocratie souveraine » et la « verticale du pouvoir ».

Le livre de Giuliano da Empoli avait obtenu un tel succès à sa sortie en 2022 que son adaptation à l’écran était inévitable. C’est Olivier Assayas qui s’en est chargé dans une superproduction hollywoodienne dans la veine de ses précédents Carlos et Cuban Network. Le casting est rutilant,  avec un Jude Law décidément bluffant (il était déjà méconnaissable en Henri VIII dans Le Jeu de la reine) et un budget conséquent de 23 millions d’euros, malgré les difficultés qu’a eues semble-t-il la production à le boucler. Revers de la médaille : le film est en anglais alors qu’il aurait été beaucoup plus convaincant en russe.

Je n’avais pas adoré le livre. Je lui reprochais – ce que je reproche d’ailleurs au film – une introduction laborieuse : je ne vois pas ce qu’apporte le fait que l’histoire soit racontée du point de vue d’un journaliste américain. Je lui reprochais également les inutiles digressions sur la vie privée de Baranov et sur le couple qu’il forme avec Ksenia. Je fais d’ailleurs le même reproche au film et au personnage interprété par Alicia Vikander qui s’intègre mal au reste du récit à mon avis.

Pour autant, j’ai été enthousiasmé par le film d’Assayas, par son énergie, par son intelligence. Il restitue parfaitement, je crois, l’ambiance des années 90 de la Russie d’Eltsine, le vent de liberté qui y souffla, le scandaleux enrichissement de quelques oligarques ingénieux et opportunistes et, parallèlement, l’aspiration du plus grand nombre à un retour à l’ordre qu’a parfaitement compris Poutine. C’est cette seconde partie qui constitue la meilleure du film. Dès que Poutine apparaît, le film change de dimension. Jude Law incarne un animal politique redoutable, qui veut laver son pays de l’humiliation subie en 1989 et lui redonner sa puissance, quitte à se faire l’ingénieur du chaos.

Le film dure plus de deux heures trente. C’est une durée bien longue qui risque d’en effrayer plus d’un. Elle ne m’a pas du tout pesé. Et, sans la voix melliflue de Paul Dano qui m’a bien vite porté sur les nerfs, j’en aurais demandé encore.

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Mr. Nobody Against Putin ★★☆☆

Pavel Talankin est un Russe ordinaire. Il travaille dans le lycée d’une petite ville de l’Oural où il a été scolarisé. Chargé de l’animation culturelle et des captations vidéo, il assiste à partir de 2022 à la militarisation de l’éducation. Il s’en émeut, manifeste son désaccord par des actions qui auraient pu le conduire en prison (il décroche le drapeau russe du fronton de l’école, remplace la lettre Z collée aux carreaux par la lettre X de soutien aux réfugiés ukrainiens) et opte finalement pour une autre stratégie. Il fera benoîtement son travail, enregistrera les cérémonies organisées au lycée…. et les montera, avec la complicité d’un producteur danois, dans un film qui témoignera de la dérive totalitaire du régime. La réalisation de ce film aura pour Pavel Talankin un prix : son ostracisme définitif de Russie.

Le cinéma peut changer la vie. Il peut changer la vie de ceux qui le regardent. Mais, plus radicalement encore, il peut changer la vie de ceux qui le fabriquent. Certains films nécessitent pour être réalisés un sacré courage. Celui-ci en fait partie et force, pour ce seul motif, notre admiration et justifie les applaudissements spontanés qui ont fusé après sa dernière image.

Qui parmi nous aurait fait preuve d’un tel courage dans sa situation ? Qui, face à un régime dont il désapprouve les pratiques, aurait préféré à la lâche collaboration, la révolte, le sacrifice et l’exil ? Qui aurait accepté de quitter son pays, sa famille, son travail, sans espoir de retour, et de connaître un exil anonyme dans un pays étranger (Pavel Talankin vit désormais en République tchèque), avec la menace permanente d’une action de représailles sur soi ou sur ses proches ?

Ce documentaire à charge se fonde sur un pari sympathique de modestie et d’humour qui rappelle dans la forme ceux de Michael Moore (que diable est devenu le réalisateur de Fahrenheit 9/11 ?). Pavel Talankin est un « Mr Nobody », un monsieur tout-le-monde, habitant ordinaire d’une ville ordinaire. Il en a conscience, ne se pousse pas du col, ne s’érige pas en héros.

Une fois posé le cadre de son film et en avoir salué le courage indéniable, on est toutefois bien obligé d’en faire une critique cinématographique. Et hélas, il n’y a pas grand-chose à en dire. Car Pavel Talankin n’a pas grand-chose à filmer sinon des scènes répétitives de discours officiels, de défilés au pas de l’oie qui témoignent du bourrage de crâne et de la militarisation de la société russe. Les passages les plus saillants sont ceux où il s’attache à des personnages pour incarner des situations : une lycéenne au sourire triste dont le frère sera tué sur le front ukrainien, un professeur d’histoire à la lippe arrogante qui s’est fait le héraut du poutinisme. C’est la principale limite de ce documentaire que je me sens bien mesquin de ne pas couvrir d’étoiles.

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Furcy, né libre ★★★☆

Le journaliste Mohammed Aïssaoui lui avait consacré un livre en 2010 couronné par le prix Renaudot de l’essai. Abd al Malik, un rappeur passé derrière la caméra, l’adapte dans le second de ses films, après Qu’Allah bénisse la France, sorti en 2015, tiré de son autobiographie dans laquelle il évoquait son intégration et son rapport, modéré et tolérant, à l’Islam.

Les deux films, aussi différents soient-ils, par leur sujet, par leur cadre, par leur forme, défendent les mêmes valeurs : la dignité humaine, la liberté, l’égalité et la fraternité.

Furcy (Makita Samba découvert dans Les Olympiades) est un esclave né en 1786 sur l’Île Bourbon, l’actuelle île de la Réunion. À la mort de sa mère en 1817, il découvre dans ses papiers l’acte d’affranchissement dont elle avait fait l’objet une trentaine d’années plus tôt mais qui n’avait jamais été exécuté. S’estimant libre, Furcy assigne en justice son maître Joseph Lory (Vincent Macaigne haïssable à souhait). Sa requête est rejetée. Le procureur Boucher (Romain Duris, aux antipodes des rôles de jeunots espiègles auxquels il était abonné) prend fait et cause pour Furcy et fait, sans succès, appel, avant d’être lui-même rappelé à l’ordre par sa hiérarchie.

S’ouvre alors la deuxième partie du film qui s’étirera pendant plus d’une vingtaine d’années et verra Furcy vieillir au point de se couvrir de cheveux blancs. Réduit en esclavage, Furcy est envoyé à Maurice où il travaille dans une propriété des Lory. Ses conditions de vie sont épouvantables. Il manque mourir d’épuisement et de privations et est sauvé par un cyclone qui met en faillite l’exploitation. Il devient confiseur et finit même grâce à une erreur d’enregistrement au moment de son arrivée sur l’île par être affranchi par les Britanniques qui gouvernent Maurice. C’est pour lui l’occasion de renouer avec le procureur Boucher qui entretemps a obtenu la cassation de son procès et le rejugement de son affaire devant la cour royale de Paris (dont le président est interprété par François Sureau !)

Le procès se tient à Paris en 1845. C’est la troisième et dernière partie du film. Il s’engage sur des bases juridiques radicalement différentes – ce qui m’aurait interrogé si j’avais mieux maîtrisé le droit civil dont je ne suis pas spécialiste. L’acte d’affranchissement de sa mère, postérieur à la naissance de Furcy n’est plus en cause. C’est sur deux autres arguments que se fondent le requérant et son avocat, Boucher qui a quitté la magistrature. Le premier est l’origine de Madeleine, la mère de Furcy, qui est née à Chandernagor où, invoque maître Boucher, l’esclavage n’a été étendu par aucune loi française, empêchant ainsi que celle-ci soit légalement regardée comme esclave. Le deuxième, qui s’avèrera déterminant, est le séjour de Madeleine en France et l’applicabilité d’un principe posé dès 1315 dans un édit royal selon lequel « le sol de la France affranchit l’esclave qui le touche ». Selon cette branche du raisonnement, à supposer même que Madeleine ait pu être réduite en esclavage à Chandernagor, son séjour en France l’aurait affranchie et par conséquent ses enfants seraient nés libres.

On l’aura compris à la lecture des longs développements qui précèdent : j’ai pris un vrai plaisir à suivre les raisonnements très juridiques de ce film. Au double motif que je connais un peu le droit en général et très mal le droit civil en particulier. Mais les qualités du film ne se réduisent pas à ses subtils raisonnements juridiques. Furcy – dont le sous-titre m’avait semblé pendant sa première partie inexact mais qui s’éclaire dans sa dernière – est un film historique qui dépeint la société coloniale outre-mer, rarement montrée à l’écran – sinon dans Ni chaînes ni maîtres qui se déroule à Maurice – et le racisme assumé qui y prospérait. C’est un film humaniste qui condamne l’esclavage et exalte le combat des esclaves pour la reconnaissance de leur liberté et de leur humanité.

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Pile ou face ★☆☆☆

Rosa (Nadia Teresziewicz), une Française mal mariée à un riche héritier italien, tue son mari et s’enfuit avec Santino (Alessandro Borghi), un séduisant cowboy. La tête de Santino, accusé à tort du crime du mari de Rosa, est mise à prix. Se lance à sa poursuite la troupe américaine du Wild West Show de passage en Italie sous la direction du célèbre Buffalo Bill (John C. Reilly).

Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis, deux co-réalisateurs américano-italiens, amis d’enfance, venus du documentaire, avaient signé en 2021  La Légende du roi crabe. Leur premier film m’avait laissé sur le bord du chemin. Ils récidivent avec un film en costumes, comme le précédent, qui se déroule dans la dernière décennie du XIXe siècle et qui joue avec les codes du western spaghetti.

Pile ou face est porté par la fougue de sa tête d’affiche. La pétulante Nadia Teresziewicz creuse lentement son sillon, en France et hors de France, aussi à l’aise à manier le pistolet qu’à parler l’italien, l’anglais et le français. Son personnage rappelle ceux de BB ou de Claudia Cardinale dans Les Pétroleuses.

C’est hélas à mes yeux le seul atout de ce film qui, comme La Légende du roi crabe m’a une fois encore perdu en cours de route faute de proposer un point de vue sinon celui désormais trop souvent rabâché de l’émancipation d’une femme du patriarcat qui l’oppresse.

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Palestine 36 ★★☆☆

Deux peuples pour une seule terre. Le conflit israélo-palestinien plonge, on le sait, ses racines dans l’histoire. La Palestine faisait partie de l’empire ottoman puis, après sa chute, fut placée sous protectorat britannique. Quelque 700.000 Arabes y cohabitaient avec des Juifs de plus en plus nombreux qui, pour certains, venaient y réaliser la promesse millénariste de retour en Terre promise remise au goût du jour par le sionisme de Theodor Herzl.
La cohabitation ne fut pas facile, les premiers reprochant aux seconds de s’arroger des terres qui ne leur appartenaient pas. Le colon britannique essaya maladroitement de tenir la part égale entre les deux parties.

C’est dans ce contexte qu’éclate en 1936 une rébellion. Elle réclame la fin de l’immigration sioniste et la création d’un Etat arabe indépendant. Elle se heurte à une violente réaction des Britanniques et plusieurs milliers de morts. Son issue politique sera la proposition de la Commission Peel de mettre un terme au mandat britannique et de créer deux Etats, juif et arabe.

C’est cette histoire en partie enfouie et pourtant déterminante qu’a choisi d’exhumer la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir. J’avais vu d’elle en 2018 Wajib, qui se déroulait de nos jours à Nazareth. Pour raconter la révolte arabe de 1936, elle choisit la fresque et le film choral. Cette approche permet de rendre compte des différentes facettes de la révolte.

Elle nous montre les Palestiniens des villes et les Palestiniens des champs. Les premiers forment une élite éclairée qui hésite entre la collaboration et la résistance. C’est le couple formé par l’homme d’affaires Amir et son épouse féministe Khouloud. Les seconds se voient spoliés de leurs terres et sévèrement réprimés dès qu’ils expriment la moindre revendication. C’est Khalid (on reconnaît l’acteur palestinien Saleh Bakri qu’on reverra bientôt dans Ce qu’il reste de nous) qui prend le maquis, le père Boulos, un pope, et Hanan (Hiam Abbas) la matriarche.

Palestine 36 nous parle des Arabes, de leur oppression et de leur lutte, et des Britanniques, dont les différentes tendances sont personnifiées par les trois personnages du haut-commissaire (Jeremy Irons), du diplomate arabophile (Billy Howle) et de l’officier sadique et millénariste (Robert Aramayo). Les Juifs en sont absents, se réduisant à des silhouettes muettes observées de loin par les Arabes. Invisibilisation malsaine qui confine au négationnisme ? ou reflet du clivage qui existait à l’époque entre deux populations qui s’ignoraient absolument ?

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Eleonora Duse ★★☆☆

L’immense diva Eleonora Duse (Valeria Bruni Tedeschi) a soixante ans quand la Première Guerre mondiale se termine. Son prestige s’étiole alors que sa santé décline, que le public se détourne du théâtre pour lui préférer le cinéma, que le fascisme lentement progresse. Elle décide pourtant de remonter sur scène et, aiguillonnée par la prestigieuse Sarah Bernhardt (Noémie Lvovsky), choisit de jouer la pièce d’un inconnu.

Pietro Marcello – qui est venu présenter ce film que j’ai eu la chance de voir en avant-première avec les lycéens du prix Palatine – avait signé Martin Eden que je n’avais pas aimé, sans savoir s’il fallait que j’en blâme son réalisateur ou bien le livre de Jack London pourtant unanimement apprécié, et L’Envol, l’adaptation d’un célèbre roman russe des années Vingt. On retrouve dans Eleonora Duse le même travail sur l’image désaturée que dans ses films précédents, qui ajoute de la mélancolie à une histoire qui en porte déjà beaucoup.

Il fait preuve d’une grande maîtrise derrière la caméra et nous livre un beau mélodrame. Il nous fait connaître de ce côté-ci des Alpes où elle est quasiment inconnue, une figure italienne de la Belle Epoque. Eleonora Duse était la Sarah Bernhardt italienne. Elle monta sur les planches dès l’âge de quatre ans pour jouer Cosette dans une version des Misérables. Son répertoire était immense et allait des grands drames classiques français au théâtre contemporain d’Ibsen ou de d’Annunzio auquel la lia une passion sulfureuse.

Eleonora Duse a trouvé en Valeria Bruni Tedeschi l’interprète idéale. L’actrice est souvent excessive et ses excès lui nuisent, la rendant parfois détestable. Mais le personnage même de la diva italienne était dans l’excès. Et Valeria Bruni Tedeschi s’y glisse à la perfection. Refusant la vieillesse et l’oubli, la diva veut à tout prix rester au sommet de sa gloire. Elle fait les mauvais choix, artistique en soutenant un dramaturge médiocre, politique en acceptant le parrainage de Mussolini. On la voit, comme dans une tragédie crépusculaire de Visconti, s’enfoncer lentement dans un inexorable déclin.

Eleanora Duse est un film exigeant. Je crains que les lycéens du jury du prix Palatine aient trouvé ses deux heures bien longues. Mais c’est un film sombre, grave et beau.

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28 Ans Plus Tard : Le Temple Des Morts ★☆☆☆

Il y a de quoi y perdre son latin : 28 ans plus tard est le troisième volet d’une trilogie commencée en 2002 avec le cultissime 28 Jours plus tard – dont la première scène dans un Londres désert restera à jamais gravé dans ma mémoire – et poursuivie en 2007 avec l’oubliable 28 Semaines plus tard. Et Le Temple des morts est le deuxième volet de la trilogie 28 Ans plus tard. Le premier de ces trois volets est sorti en salles l’année dernière. J’avais eu la dent dure avec lui. Je terminais ma critique en disant qu’on ne m’y reprendrait pas. Bien entendu, je me suis laissé (re)prendre.

Le deuxième volet est-il pire ou meilleur que le premier ? C’est une question de point de vue. Comparées au choc produit par 28 jours plus tard, ces suites ne pouvaient que décevoir. Mais comparé au premier volet, le deuxième se tient plutôt bien.

Certes, pour le comprendre et a fortiori l’apprécier, il faut avoir en mémoire l’épisode précédent. Tout se passe comme ci ce volet-là allait être regardé dans la continuité du volet précédent. Parfait pour les spectateurs devant leurs ordinateurs qui les enquilleront à la suite. Plus dur pour le spectateur de cinéma qui a perdu le souvenir d’un film vu six mois plus tôt.

Le spectateur non averti ne sera pas aidé. On ne lui rappellera pas que Spike, le jeune héros, avait fui l’île où il avait grandi, à la recherche d’un mystérieux médecin capable de soigner sa mère atteinte d’un mal incurable. On ne lui rappellera pas qu’il avait croisé dans l’ultime scène du film une bande de gamins dirigés par un gourou sataniste, Sir Jimmy Crystal (Jack O’Donnell). On ne lui rappellera pas non plus que le Dr Keston (Ralph Fiennes) a eu maille à partir avec un zombie alpha, une montagne de muscles qu’il a réussi à maîtriser avec des fléchettes empoisonnées.

Autre mise en garde. Il faut avoir le cœur bien accroché et un goût immodéré pour les films d’épouvante pour goûter (si j’ose dire) ce film interdit à bon droit aux moins de seize ans. Les scènes de tortures, d’éviscérations y sont sanguinolentes, parfois insupportables. les personnages vomissent et les spectateurs sont à deux doigts de leur emboîter le pas.

Le deuxième volet commence sans explication et suit deux fils narratifs. D’un côté, il suit Spike et la bande fanatisée des Jimmies. De l’autre il raconte le curieux apprivoisement de l’Alpha par le Dr Keston. Les deux fils finiront par se nouer dans un final aussi sanguinolent que le reste du film.

L’ultime scène du film, comme dans le premier volet, annonce le volet suivant. Je n’écrirai pas qu’on ne m’y reprendra pas. On m’y reprendra… hélas.

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L’Affaire Bojarski ★★☆☆

Né en 1912 en Pologne, Ceslaw Bojarski, diplômé de l’Ecole polytechnique de Lwów (Lviv en Ukraine aujourd’hui), est officier de l’armée polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est fait prisonnier par les Allemands, s’évade et se réfugie en France. Après guerre, il devient faux monnayeur d’abord pour le compte d’un gang de voyous puis, après son démantèlement, à son propre compte. Il contrefait d’abord des billets de mille ensuite de cinq mille francs enfin, en 1960, avec le passage au nouveau franc, des coupures Bonaparte de cent francs. Ces falsifications font l’admiration des experts de la Banque de France qui peinent à les détecter et qui ont longtemps pensé qu’ils étaient l’œuvre d’une puissante organisation criminelle.

Jean-Paul Salomé, vieux routier du cinéma français (Belphégor, le fantôme du Louvre, La Daronne, La Syndicaliste…) utilise un croustillant fait divers. L’histoire de ce faux-monnayeur de génie qui, pendant plus de dix ans, a fabriqué des faux billets et déjoué toutes les polices de France constituait en effet un fantastique matériau. Le film le montre, dans l’atelier qu’il s’était construit, rassembler l’équipement nécessaire, procéder à des essais longtemps infructueux et, à force de patience, atteindre un résultat quasi-parfait.

Pour pimenter son sujet, le scénario adjoint à Bojarski trois personnages secondaires qui éclairent chacun à leur façon des facettes du héros. Le premier est la femme de Bojarski, Suzanne (Sara Giraudeau) à laquelle Bojarski a longtemps caché ses activités clandestines, lui faisant croire que ses rentrées de fonds étaient le fruit de ses brevets. Le deuxième est le commissaire de police Mattéi (Bastien Bouillon) qui, pendant plus de dix ans, a obsessionnellement traqué Bojarski. Le troisième est un ami polonais de régiment (Pierre Lottin).

Reda Kateb porte à bout de bras le film. Il est, comme toujours, parfait. Je lui ferais toutefois un reproche. Le film veut peindre un criminel génial, un « Cézanne de la fausse monnaie » qui s’est livré à son activité non seulement par appât du gain mais aussi par amour de l’art et par orgueil, mettant au défi les experts de différencier ses billets des vrais et la police de l’arrêter. Cet hubris explose dans la scène qui confronte  Bojarski au commissaire Mattéi à Vichy, sans doute la meilleure du film.
Mais si le taiseux Reda Kateb, au jeu tout intérieur, est particulièrement convaincant pour donner à voir la froide méticulosité et la maîtrise que Bojarski déploie pour passer inaperçu, il n’a pas la flamboyance de l’escroc de génie que nous vend le scénario. Un Romain Duris, un Raphaël Quénard, un Pierre Niney auraient été plus incandescents dans ce rôle.

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