
Corinne Maclou (Isabelle Huppert) a toujours rêvé d’être une actrice. Mais, elle a eu beau tout oser, mettre le pied dans la porte, distribuer son CV à tour de bras, elle n’a jamais réussi à faire autre chose que de la figuration. Sa rencontre sur un tournage avec Sandrine Kiberlain (dans son propre rôle) lui ouvre néanmoins des horizons inespérés.
Le dernier film de Marc Fitoussi (Les Cyclades, Les Apparences, Maman a tort…) repose sur deux arguments mordants. Le premier est de faire jouer à l’une des stars les plus douées du cinéma français et les plus snobs qui soit le rôle d’une figurante sans talent, qui se heurte à un plafond de verre chaque fois qu’elle veut mettre un pied dans un monde qui se refuse à elle. Le second est, en miroir, de faire jouer à une tripotée d’acteurs connus leur propre rôle : Sandrine Kiberlain, Ana Girardot, Emmanuelle Bercot, Diane Kruger….
Quand on sait l’horripilation que m’inspire Isabelle Huppert, on mesure le degré de masochisme que j’ai atteint en m’imposant d’aller voir ce film. Un masochisme d’autant plus injustifié que je trouve qu’elle s’y montre totalement inapte au contremploi, n’étant pas capable de faire autre chose que ce qu’elle fait encore et toujours : interpréter une brindille que le vent pourrait briser, joyeusement perchée, excentrique à ravir, animée brutalement de violentes colères.
C’est en revanche Sandrine Kiberlain qui m’a bluffé dans un rôle sacrément casse-gueule où elle accepte de se remettre en question. La scène avec son agent qui lui dit ses quatre vérités alors qu’elle rêve de jouer chez les frères Dardenne dans un registre qui ne sera jamais le sien est particulièrement cruelle pour elle.
Le film de Marc Fitoussi a une autre qualité : le regard bienveillant qu’il porte sur le petit monde des figurants et ses aspirations paradoxales. Pour les uns, c’est la porte d’entrée vers le métier d’acteur. Pour les autres, souvent les mêmes que les premiers de quelques années plus vieux, c’est le moyen plus ou moins pénible de gagner sa vie en « faisant ses heures » pour décrocher le statut d’intermittent du spectacle.
Mais le problème de Ni vue ni connue est sa mise en scène sans sève, sans rythme, ses dialogues trop écrits qui sonnent souvent faux et son tempo atone. Le film dure près de deux heures. Il aurait été autrement plus efficace amputé d’un bon quart – par exemple des scènes inutiles avec Ana Girardot.








