
Le héros de Silent Friend est un majestueux gingko biloba qui trône au milieu du parc de l’université de Marbourg dans la Hesse allemande. La réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi entrelace trois histoires qui se sont déroulées à ses pieds. La première dans le temps a lieu en 1908 lorsque la première étudiante, bravant la misogynie de l’époque, est admise à l’université. La deuxième, en 1972, voit un étudiant s’initier à la botanique et tomber follement amoureux. La troisième se déroule pendant le confinement de 2020 qui immobilise un professeur chinois en neurosciences dans le campus déserté, en compagnie d’un gardien.
La bande-annonce de Silent Friend, diffusée ad nauseam pendant tout le mois de mars, ne m’avait pas incité à aller voir ce film. Je me demandais s’il s’agissait d’un film historique, d’un essai poétique à la Terrence Malick ou d’un documentaire new age sur l’intelligence des arbres.
En fait Silent Friend tient un peu des trois. Et c’est tout ce qui en fait le sel.
Silent Friend nous plonge dans trois temporalités historiques en utilisant trois prises de vue bien différentes. Le 35mm noir et blanc d’une mate élégance pour les années 1900. Le 16mm coloré pour les seventies hippy. La froideur du numérique pour les scènes contemporaines.
Les trois histoires qu’il raconte ont en commun d’évoquer des sentiments ardents. Dans la première, Grete (Luna Wedler, prix Mastroianni du meilleur jeune espoir à la dernière Mostra de Venise) incarne l’entêtement courageux de la jeunesse face à la bêtise du monde. La deuxième contient des scènes très chastes et pourtant d’une incroyable sensualité entre Hannes (Enzo Brumm) et Gundula (Marlene Burow). La troisième a pour héros un professeur d’âge mur (on reconnaît Tony Leung, tête d’affiche en son temps du brûlant In the Mood for Love, dont les ans n’ont pas gommé le pouvoir de séduction).
Elles ont surtout en commun cet arbre immobile et silencieux autour duquel tout gravite. Son silence, son immobilité ne doivent pas nous tromper. Car comme nous l’apprennent les derniers développements de la science, les arbres pensent, les arbres ressentent, les arbres interagissent. Tout ce fatras anthropocentriste ne me convainc qu’à moitié. J’avais émis les plus strictes réserves devant le très allemand et très populaire L’Intelligence des arbres. Mais force m’est de ravaler mes préjugés cartésiens devant les avancées de la dendrologie.








