Microbe et Gasoil ★☆☆☆

Tous deux élèves en quatrième, parias des cours de récré, Daniel et Théo sympathisent au premier regard. Le chétif Daniel est surnommé Microbe par ses camarades. Le grand Théo n’est pas à meilleure enseigne : les effluves de carburant qui l’accompagnent au collège après qu’il aide chaque matin son père dans son travail lui valent le sobriquet guère flatteur de Gasoil.
Les deux adolescents sont de joyeux rêveurs. Daniel est passionné de dessin. Théo est un bricoleur génial. Ils décident de construire une voiture de bric et de broc et de partir sur les routes du Morvan.

Le confinement a cet avantage : il laisse le temps de voir les films qu’on avait ratés à leur sortie en salles. Microbe et Gasoil était de ceux-là car j’ai toujours aimé le cinéma de Michel Gondry et vu tous ses films depuis Human Nature. Comme beaucoup, je classe Eternal Sunshine of the Spotlesse Mind au panthéon de mes films préférés. J’aime l’incroyable imagination de ce réalisateur, son audace créative et volontiers iconoclaste.

Faisant l’aller-retour entre la France et Hollywood, Gondry a posé ses valises à Versailles, sa ville natale, pour y filmer Microbe et Gasoil. Il a puisé dans ses souvenirs d’enfance au lycée Hoche et s’est projeté dans le personnage de Microbe, affublé d’un père électronicien et d’une mère fantasque (interprétée par Audrey Tautou qui tenait le rôle iconique de Chloé dans L’Écume des jours).

Hélas le résultat est décevant. Microbe et Gasoil est un Diabolo Menthe qui n’émeut pas, un Petit Nicolas qui ne fait pas rire. La faute à une direction d’acteurs hésitante (on se demande lequel de Ange Dargent ou de Théophile Baquet, les interprètes des deux héros, qu’on n’a d’ailleurs plus revus depuis, est le plus mauvais). La faute à un scénario languide qui peine à démarrer : on tourne en rond pendant trois quarts d’heure avant de prendre enfin la route comme la bande-annonce du film nous en faisait la promesse.

Depuis ce film sorti en 2015, Gondry n’a plus tourné de long métrage. Espérons qu’il ne nous laissera pas sur ce mauvais souvenir.

La bande-annonce

Valérian et la cité des mille planètes ☆☆☆☆

Valerian et la Cité des mille planètes est l’adaptation de la BD Valerian et Laureline. Tant pis pour Laureline. les féministes apprécieront. Luc Besson l’avait lue enfant et en avait été marqué à vie. C’est intéressant. Mais on s’en fout.

Un (premier) prologue raconte l’histoire de la cité aux mille planètes qui s’est construite par l’agrégation de plusieurs vaisseaux spatiaux dont les équipages ont décidé, après s’être serrés la main – ou la tentacule ou la pince – de mettre en commun leurs talents.

Un (deuxième) prologue nous projette une dizaine de siècles plus tard sur la planète Mül, dans un décor de dessin animé façon My Little Pony où une princesse sylphide – avec un corps interminable et des toutes petites fesses – se réveille sur les bords d’une plage paradisiaque pour se laver avec une perle miraculeuse avant de demander à son animal de compagnie d’en chier (pardon) une tripotée. Inutile de préciser que cet Éden inviolé sera bientôt attaqué par des forces ennemies écrasantes laissant seulement à son roi et à sa reine le temps de se réfugier dans un vaisseau pendant que la princesse susmentionnée meurt dans un flash aveuglant – parce que la poignée du vaisseau est cassée (si si !)

Un (troisième) prologue nous fait – enfin – découvrir Valerian et Laureline en maillot de bain (non ! cette tenue dégradante ne réduit pas la jeune fille à un simple statut d’objet sexuel) sur une plage. Ils ont soi-disant vingt-cinq ans et flirtent avec la subtilité d’ados de quatorze sur le mode « Je t’aime. moi non plus » : « Mais non je ne suis pas un coureur de jupons. Je cherche juste la bonne et, la bonne, c’est toi. »  (sic)

Valerian (Dane DeHaan pour exciter les jeunes spectatrices) et Laureline (Cara Delevingne pour mettre en émoi les jeunes spectateurs) sont des agents de la Fédération. Ils ne sont pas sur une plage exotique mais dans la salle de repos de leur navette spatiale qui les conduit sur le lieu de leur – périlleuse – mission : récupérer dans un caravansérail façon Tatouine de SW1 le « transmuteur » qui « chie des perles ». S’ensuit une course poursuite – à laquelle je n’ai rien compris – en réalité virtuelle où nos deux héros arrachent à Jabba le Hutt sa précieuse possession.

Ils la rapportent au Commandeur d’Alpha (Clive Owen relooké en Jean-Paul Gaultier) qui les alerte du danger imminent qui menace la colonie : une zone interdite, en son cœur, va bientôt exploser. N’écoutant que leur courage, Valerian et Laureline vont aller l’explorer avec l’aide d’un vieux loup de mer (Alain Chabat). Ils croiseront une chanteuse de cabaret (Rihanna) dont la confusion des identités est censée faire écho à la crise des réfugiés en Europe – et aux Etats-Unis.

On l’aura compris : Valerian… est un salmigondis science-fictionnel incompréhensible et difficilement crédible. De deux choses l’une. Soit on attache une vague importance à un scénario quand on va au cinéma – ce qui est mon cas. Soit on s’en contrefiche et on se laisse porter par la féerie et l’inventivité de ce space opera boursouflé. D’un budget total de près de 200 millions de dollars, chacun de ses plans a coûté le PNB du Bhoutan. C’est cher. Et, au service d’un scenario sans intérêt, c’est paradoxalement futile et gratuit.

La bande-annonce

Femmes d’Argentine ★☆☆☆

L’Argentine n’a pas légalisé l’IVG. Une femme y meurt chaque semaine des suites d’un avortement clandestin.
Un projet de loi y a été adopté à la Chambre basse en 2018. Il doit encore recueillir l’aval du Sénat pour entrer en vigueur. Les groupes d’opinion s’affrontent : d’un côté les pro-life avec leurs bandanas bleus, de l’autre les pro-IVG, leurs bandanas verts et leur cri de ralliement : Que Sea Ley (« que ce soit une loi »)

Tendu par le suspense du vote imminent, le documentaire de Juan Solanas recueille le témoignage, souvent déchirant, des femmes obligées d’avorter dans des conditions sordides.

Ces histoires sont bouleversantes et choquantes. Celle de Ana Maria Acevedo, dix neuf ans à peine et déjà trois enfants, atteinte d’un cancer, laissée sans soin pour protéger son foetus lequel mourut le lendemain de sa naissance. Celle de cette prostituée, mise enceinte par un docteur marié et père de famille, qui fera ensuite jouer sa clause de conscience pour lui refuser l’avortement thérapeutique auquel la loi lui donne droit.

Il est des sujets dont le thème inspire un respect spontané. Femmes d’Argentine est de ceux-là. Pour autant, aussi noble soit la cause qu’il défend, Femmes d’Argentine ne brille guère par sa réalisation très plate qui ne justifiait pas sa sortie en salles.

La bande-annonce

A Very English Scandal ★☆☆☆

À une époque où l’homosexualité n’avait pas encore été dépénalisée, le député libéral britannique Jeremy Thorpe (Hugh Grant) a eu une liaison avec le jeune Norman Scott (Ben Whishaw). Craignant le chantage de son amant, il décide de le faire taire.

La BBC a recruté Stephen Frears, le célèbre réalisateur, pour raconter, dans une mini-série de trois épisodes d’une heure chacun, un des faits divers les plus marquants de la vie politique britannique contemporaine. Avec un soin scrupuleux, mais sans atteindre la magnificence des décors de la saison 3 de The Crown, A Very English Scandal ressuscite l’Angleterre des années soixante-dix.

L’affaire Thorpe était dramatique. Elle s’est conclue par un procès retentissant pour tentative de meurtre qui a révélé à la fois la duplicité de la classe politique et la partialité de la justice.

Stephen Frears aurait pu, à partir de ce scandale passablement abracadabrantesque, croquer un tableau crépusculaire de l’élite politique britannique dans les années 70 ou nouer une intrigue policière tant les rebondissements de l’affaire étaient nombreux et surprenants. Mais il prend un autre parti.

Dans le rôle de Jeremy Thorpe, Hugh Grant cabotine outrancièrement. Son personnage ressemble moins à Franck Underwood, le héros machiavélique de House of Cards, qu’à un personnage des Monty Python voire à Mr Bean. L’interprétation de Ben Whishaw est plus subtile, même s’il a parfois tendance à en rajouter dans le registre drama queen.

Le problème est que cette bouffonnerie outrée n’est pas vraiment drôle. Un poisson nommé Wanda reste indépassable.

La bande-annonce

Paris – Brest ★☆☆☆

Colin (Anthony Bajon) vient d’avoir dix-huit ans. Il ne supporte plus la mesquinerie de ses parents et rêve de quitter Brest pour aller poursuivre ses études à Paris et y réaliser le rêve de sa vie : l’écriture. Deux êtres le retiennent : sa grand-mère et sa fiancée.
Pourtant Colin franchira le pas. Cinq ans plus tard, il est de retour chez lui et solde ses comptes.

Même s’il est peu à peu éclipsé par une génération de réalisateurs plus jeunes, Philippe Lioret reste l’un des grands noms du cinéma social français. On a tous vu et aimé Welcome en 2009 où Vincent Lindon campait un maître nageur généreux. Philippe Lioret a souvent adapté des écrivains français contemporains : Olivier Adam (Je vais bien, ne t’en fais pas), Emmanuel Carrère (Toutes nos envies), Jean-Paul Dubois (Le Fils de Jean). Son dernier film, produit pour la télévision, est tiré d’un roman de Tanguy Viel, un des auteurs-étendards des Editions de Minuit, qui depuis une vingtaine d’années y publie des romans faussement policiers aux thèmes récurrents : les drames intimes, les secrets de famille, les inégalités sociales…

Aussi ai-je profité de sa diffusion en replay – jusqu’au 25 avril – pour voir ce Paris-Brest sur Arte. J’y étais d’autant plus incité que le rôle titre était confié à un acteur prometteur, Anthony Bajon, nommé cette année et l’année précédente au César du meilleur espoir masculin pour Au nom de la terre et La Prière, deux films que j’avais adorés.

Paris-Brest, un titre trompeur. Car il ne s’agit pas d’un aller-simple mais d’un aller-retour entre deux époques que cinq ans séparent : l’époque où Colin décide de quitter Brest et celle où il revient de paris. Et car la sécheresse du récit et le drame à son mitan n’ont pas la légèreté d’une friandise sucrée.

Malheureusement le résultat est décevant. La construction du récit est certes intelligente qui entrelace les deux temporalités. Mais c’est bien la seule subtilité d’une réalisation sinon bien paresseuse. D’habitude si juste, Philippe Lioret cède à la simplicité, réduisant ses personnages à des caricatures univoques : les parents de Colin sont mesquins, sa grand-mère est généreuse, sa fiancée est égoïste. Il n’est pas jusqu’au personnage de Colin lui-même qui manque d’épaisseur. Quand au « drame » autour duquel l’intrigue se noue, il n’a rien de bien dramatique ni de bien surprenant.

La bande-annonce

7. Koğuştaki Mucize ☆☆☆☆

Memo est simple d’esprit. Il vit avec sa mère et sa fille, Ova, qu’il élève seul depuis la mort en couches de son épouse dans un petit village turc de carte postale sur les bords de la Méditerranée.
Un drame y survient : la fille d’un haut gradé de l’armée turque meurt accidentellement. Memo, qui était présent sur les lieux et que tout accable, est accusé. Il est jeté en prison et condamné à mort malgré ses cris de dénégations et les tentatives de sa fille de retrouver un témoin qui pourrait l’innocenter.

On en parle beaucoup depuis sa sortie sur Netflix le 23 mars. Sans doute le confinement a-t-il largement contribué à sa popularité. Mais 7. Koğuştaki Mucize avait déjà été accueilli avec enthousiasme en Turquie où il a terminé l’année 2019 en tête du box office.

Si l’on en croit les commentaires très clivés qu’on en lit, 7. Koğuştaki Mucize est en train de susciter une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, opposant la France d’en haut à celle d’en bas, les Gilets jaunes et les élites parisiennes arrogantes, ceux qui croyaient à la chloroquine et ceux qui n’y croyaient pas.

Les uns, les plus sincères, crient au génie, évoquent un « déluge d’émotions », encensent  » le film le plus triste [qu’ils ont] vu depuis La Ligne verte » « d’une moralité sans nom » (sic).

Les autres reconnaissent honnêtement avoir versé leurs larmes. Mais, pas étouffés pour un sou par leur mépris de classe, ils se moquent d’une affiche tape-à-l’oeil, comme on n’en fait plus depuis les années soixante, d’une musique sirupeuse et envahissante, de ses ralentis maladroits, d’une lumière qui rappelle les pires télénovelas brésiliennes, de personnages manichéens à souhait (le héros forrestgumpien, la gamine attendrissante, la mamie vieillissante, la maîtresse d’école sexy à souhait, le colonel très très méchant…) d’un scénario aux rebondissements prévisibles et surtout d’une insistance putassière à vouloir à chaque scène faire pleurer dans les chaumières.

Devinez dans quel camp je me range…

La bande-annonce

Port Authority ★☆☆☆

Paul (Fionn Whitehead, un prénom pas facile à porter de ce côté-ci de la Manche, qui tenait pourtant le rôle principal de Dunkerque) débarque à Port Authority, l’immense terminal routier de Manhattan. Sa demi-sœur, censée venir l’y chercher, est aux abonné.e.s absent.e.s. Le jeune homme à la face d’ange, qui a trouvé refuge dans une rame de métro, se la fait défoncer par un trio d’agresseurs. Lee (Mc Caul Lombardi, beau gosse en diable dans Nous les Coyotes, Sollers Point et American Honey) lui vient en aide, l’accueille parmi sa communauté et lui offre un toit en échange d’une sale besogne : prêter main forte à l’expulsion de locataires en retard de paiement.
Au hasard des rencontres, Paul rencontre une communauté LGBT, les McQueen (du nom du couturier), adepte du voguing – un style de danse urbaine, nous dit Wikipédia, « caractérisé par la pose-mannequin, telle que pratiquée dans le magazine américain Vogue (…) avec des mouvements angulaires, linéaires et rigides du corps, des bras et des jambes ». Il tombe amoureux de Wye (Leyna Bloom) sans réaliser qu’elle est transsexuelle.

Si la présentation que j’en ai faite est bien longue, l’histoire de Port Authority se résume à pas grand-chose : un coup de foudre entre un garçon et une fille pas tout à fait comme les autres. On comprend sans peine que le film fasse un tabac dans les festivals LGBTQI dont il coche toutes les cases : récit d’émancipation, hymne à la tolérance, BOF planante, New York nocturne et pluvieux, caméra au plus près des corps…

Le propos n’échappe pas à la caricature : Lee et ses nervis sont des Blancs homophobes bas du front tandis que les « sœurs » de Wye sont d’une sensibilité à fleur de peau.
On se laisse un temps séduire par ce premier film sensible, sorti en salles en septembre dernier, aujourd’hui accessible en VOD. Puis hélas, on s’en désintéresse lentement jusqu’à sa conclusion téléphonée.

La bande-annonce

Unorthodox ★☆☆☆

Esty (Shira Haas) a dix neuf ans à peine. Élevée par sa tante et par ses grands parents dans la communauté juive ultra-orthodoxe de Williamsburg à New York, elle vient de se marier. Sa vie l’étouffe. Elle décide de partir à Berlin rejoindre sa mère qui, quelques années plus tôt, a pris la même décision radicale qu’elle.

Unorthodox est la mini-série Netflix dont on parle ces jours-ci. Dans le monde d’avant, les films sortaient le mercredi, étaient précédés d’avant-première, de publicités sur les bus et dans le métro. Dans le nouveau monde, les films et les séries sortent n’importe quand ; il n’y a plus d’avant-première et les publicités de Pinocchio et de Sans un bruit 2 continuent d’orner les flancs de bus à moitié vides. Décidément, ce monde n’est pas pour moi…

Unorthodox fait donc le buzz. Beaucoup de bruit pour rien ?

La vie dans une communauté religieuse orthodoxe, l’observation stricte des règles qui la régissent, le décalage surprenant avec les usages de nos sociétés contemporaines constituent un formidable matériau cinématographique. Qu’on l’ait vu ado à sa sortie comme le vieux boomer que je suis, ou plus tard à la télévision, on se souvient tous de Witness, le film avec Harrison Ford qui se déroulait dans la communauté Amish.

La vie dans une communauté juive ultra-orthodoxe a souvent été traitée au cinéma : Kaddosh (1999), Prendre femme (2004), Brooklyn Yiddish (2017)… En 2018 sortait en France Désobéissance qui racontait l’histoire d’amour impossible entre deux femmes d’une communauté juive ultra-orthodoxe londonienne : Ronit (Rachel Weisz) et Esti (Rachel McAdams).

Unorthodox marche sur les traces de ces oeuvres précédentes sans vraiment renouveler le genre. Il est adapté d’une histoire vraie sans que cette caution, désormais obligatoire à Hollywood, lui apporte une qualité supplémentaire.
Son format est peut-être sa seule originalité : une mini-série en quatre épisodes d’une durée totale de trois heures trente. Cette durée dilatée se justifiait-elle ? Nullement. On aurait volontiers compressé ce scénario pas vraiment rebondissant dans la durée plus classique d’un film de deux heures.

Seule originalité, et non des moindres, de Unorthodox : sa minuscule héroïne. 1m52, une quarantaine de kilos à vue de nez, la tête rasée après son mariage comme le veut la coutume, engoncée dans des robes hideuses, le physique de Shira Haas défie tous les canons de la beauté contemporaine. On ne peut qu’être ému par la baignade qu’elle s’autorise dans le lac de Wannsee, à une encablure de la villa où fut décidée la Solution finale en janvier 1942, aux faux airs de baptême régénérateur.

La bande-annonce

Uncut Gems ★★★☆

Howard Ratner ne s’arrête jamais. Ce Juif new-yorkais de 48 ans, propriétaire d’une bijouterie, vit dans un angoisse permanente. Atrabilaire, il est convaincu de souffrir du même cancer du côlon que celui qui a emporté son père. Sa vie privée est chaotique, entre sa femme, dont il est en train de se séparer, ses enfants et sa maîtresse qu’il a installée dans l’appartement qu’il possède en ville. Mais c’est surtout ses problèmes d’argent qui le minent. Accro aux paris sportifs et au basket, Howard engage le moindre dollar qu’il gagne sur des mises de plus en plus hasardeuses sans mesurer l’impatience grandissante de ses créanciers qui entendent bien récupérer leur mise. Pour résoudre tous ses problèmes, Howard a peut-être trouvé la martingale : une opale noire éthiopienne dont la valeur estimée avoisine le million de dollars.

Imaginez un semi-marathon mené au rythme d’un 400 mètres, une voiture roulant en troisième à 180 km/h, une pavane jouée au tempo d’une mazurka. Bref imaginez un film en sur-régime de 2h15. Vous aurez Uncut Gems.

Car sitôt passée la première scène qui se déroule dans une mine éthiopienne et aboutit par un étonnant tunnel dans le colon du héros, le film démarre à un rythme haletant qu’il ne quittera jamais. Uncut Gems ne nous laisse pas respirer, qui suit pas à pas la course folle de Howard – dont on s’étonne qu’il ne finisse pas terrassé par un arrêt cardiaque. Ce rythme fou est encore accentué par une musique envahissante.

L’expérience est rude. Et je mentirai en disant que j’y ai pris du plaisir. J’avais éprouvé les mêmes sentiments devant le précédents films des frères Safdie, Good Time, en 2017. Mais, après la scène finale qui m’a cloué à mon siège – ou plutôt à mon canapé, car hélas, Uncut gems, production Netflix, n’est pas sorti en salles – et le générique de fin, au moment de réfléchir à ce que j’allais écrire dans ma critique, je n’ai eu qu’un mot : Waouh !

La bande-annonce

Kongo ★☆☆☆

Au Congo, les Ngunzas sont une confrérie de guérisseurs qui promettent à leurs fidèles, en échange d’une offrande plus ou moins généreuse, de recouvrer la santé ou de renouer avec la chance.
Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, sont allés filmer l’un d’eux, l’apôtre Médard, la quarantaine déjà bien entamée, qui officie dans la banlieue de Brazzaville. Ils le rencontrent à un carrefour de sa vie. Médard vient d’être mis en cause pour sorcellerie dans la mort accidentelle de deux de ses patients. Et les investisseurs chinois qui transforment les forêts congolaises en carrières poussiéreuses obligent les esprits avec lesquels Médard dialogue à déménager.

Kongo nous fait une belle promesse : nous emmener au Congo-Brazzaville, moins souvent filmé que son grand voisin de l’autre côté du fleuve. Il nous promet aussi de nous faire découvrir le monde invisible des guérisseurs.

Mais la promesse n’est qu’à moitié tenue. Sans doute la dernière demie heure qui montre – à l’instar de l’affiche – ce prêtre dans son déguisement solennel – errer l’âme en peine à la recherche de ses djinns au milieu d’une nature défigurée par des caterpillars chinois est-elle envoûtante. Mais je suis si indécrottablement rationaliste que je n’ai pu regarder l’heure précédente, qui suivait l’apôtre Médard dans ses rites exotiques, sans le soupçonner de charlatanisme.

La bande-annonce