The Place ★★☆☆

Un homme est assis dans un bar. Il griffonne dans un épais cahier noir. Devant lui défilent dix personnes qui lui demandent d’exaucer leur vœu le plus cher : retrouver la foi perdue, guérir un époux malade, recouvrer la vue.
L’homme assis consulte son cahier et passe avec ses « clients » un pacte faustien. Leur vœu sera exaucé à condition de relever un défi. À l’un il demande de kidnapper un enfant, à l’autre de poser une bombe, à un troisième de commettre un viol, etc. Ange ou démon ?

The Place est un double défi.
Le premier est de mise en scène. Comment raconter, sans jamais sortir de l’espace clos d’un café bondé, les rencontres successives d’un homme avec dix interlocuteurs ? Le plus simple, le plus calamiteux aurait été de filmer chaque rencontre en champ-contrechamp pendant dix minutes. Il fallait trouver autre chose. Le réalisateur Paolo Genovese, wonder kid du cinéma italien, y parvient remarquablement en jouant sur le tempo (certaines rencontres sont très brèves, d’autres plus longues), sur l’heure de la journée (certaines se déroulent en plein jour, d’autres dans l’atmosphère plus détendue d’une fin de soirée), sur les séquences (tel client réapparaît plus fréquemment que tel autre) et évite les chausse-trapes du film à sketchs.

Le second est de scénario. Le film est une question : qui est ce mystérieux inconnu ? Quelles pulsions l’animent ? Fait-il le bien ou le mal ? Est-il doté de pouvoirs surnaturels ? Ou n’est-il que l’instrument d’une puissance qui l’instrumentalise ? Le film en pose ensuite progressivement une autre : quels liens existent entre les dix personnages ? les défis lancés aux uns neutralisent-ils ceux lancés aux autres ?
Ces questions tiennent le spectateur en haleine. Son intelligence, sa perspicacité sont mises au défi et l’obligent à une attention accrue. The Place serait génial s’il répondait aux questions qu’il pose. Mais à défaut de le faire, il provoque une frustration similaire à celle que susciterait un puzzle de mille pièces d’un ciel bleu monochrome dont les morceaux ne s’ajusteraient pas.

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« Peu m’importe si l’Histoire nous considère comme des barbares » ★★☆☆

Mariani Marin (Iacob Ioana) est metteur en scène de théâtre. Elle travaille à la reconstitution du massacre des Juifs commis en 1941 à Odessa par les troupes roumaines pro-fascistes du général Antonescu.
Ses journées sont bien chargées. Elle doit se documenter sur les événements qu’elle entend relater. Elle doit gérer une vie personnelle compliquée, avec un homme marié dont elle craint d’attendre un enfant. Elle doit recruter des figurants, choisir leur costumes, leur faire répéter des combats soigneusement chronométrés. Elle doit surtout convaincre Movila, un fonctionnaire municipal qui craint que le public n’apprécie pas qu’on exhume les pages sombres du passé national.
Vient le jour du spectacle…

Peu m’importe… est un film difficile. Son titre interminable, son affiche minimaliste, sa durée hors norme annoncent la couleur : on n’est pas là pour s’amuser. Il évoque une page sombre et méconnue de l’histoire européenne : ces quelques années où la Roumanie, vaincue par Hitler, s’allie avec l’Allemagne nazie sous l’autorité du maréchal Ion Antonescu, un « Pétain roumain » et se rend coupable durant l’opération Barbarossa, sur le front de l’Est, de crimes de guerres et de génocide comme à Odessa en octobre 1941.

Radu Jude aurait pu choisir la voie du documentaire pour raconter cette histoire. Il choisit un procédé autrement plus malin. Il imagine un double autobiographique, une jeune metteur en scène de théâtre, qui reconstituerait les faits dans la Roumanie contemporaine. Il fait ainsi d’une pierre deux coups : dévoiler un pan honteux de l’histoire roumaine et dénoncer le nationalisme de ses contemporains.

Car, comme on pouvait le craindre, la reconstitution théâtrale ne se passe pas comme prévue. Nationaliste et anticommuniste, le public applaudit à tout rompre les troupes fascistes d’Antonescu et applaudit à leurs assauts victorieux contre les lignes bolcheviques. Viscéralement antisémite, il ne moufte pas aux exactions commises par les Juifs. Pire : il ceinture un Juif échappé et le renvoie à la mort.

On l’aura compris : la charge est lourde. Et c’est miracle que le film ne soit pas censuré en Roumanie voire qu’il ait été retenu pour représenter le pays aux Oscars du meilleur film en langue étrangère.

Voulant tout à la fois exhumer les pages sombres de l’histoire de son pays et dénoncer le négationnisme qui le ronge, Radu Jude filme à la truelle. Il n’hésite pas à asséner des dialogues assommants où l’héroïne s’épuise à combattre ses contradicteurs, les figurants qui paradent en uniforme nazi, les politiciens qui dénigrent son projet. Sans doute l’énergie qu’il déploie est-il à la mesure des mensonges qu’il veut dénoncer. Mais, aussi salvatrice soit-elle, la charge est rude. Après deux heures, on en sort hébété.

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Deux fils ★☆☆☆

Joseph (Benoît Poelvoorde) a deux fils. Joachim (Vincent Lacoste) peine d’autant à achever ses études de psychiatrie qu’il sort d’une difficile rupture amoureuse. Ivan (Mathieu Capella), de dix ans son cadet, est en pleine crise d’adolescence. Joseph ne va guère mieux. La mort de son frère aîné l’a traumatisé. Il a décidé d’abandonner son métier et de se consacrer à la littérature.

Deux fils aurait pu s’appeler Deux frères ; mais le titre avait déjà été utilisé par Jean-Jacques Annaud en 2004. Il aurait pu aussi s’appeler Un père et ses deux fils. Le film en effet n’oppose pas deux frères l’un à l’autre. Il raconte un trio déséquilibré mais aimant.

Un trio résumé lumineusement par l’affiche reconnaissable entre mille de Floc’h, l’illustrateur qui, depuis plus de quarante ans, signe les affiches de Diane Kurys, de Alain Resnais et même de Woody Allen. Woody Allen, justement, aurait inspiré à Félix Moati son premier film, qui raconte sur un mode tragi-comique les crises existentielles de trois hommes à trois âges de leur vie.

Qui est le plus puéril des trois ? Sans doute, le père de famille, Joseph, qui, renonçant à ses responsabilités familiales et malgré son manque évident de talent, s’est mis en tête d’écrire. La séquence où il lit quelques pages de son premier roman, en séance publique, dans une librairie, devant ses proches effarés, est particulièrement drôle.

Le père, paradoxalement, devient le fils de ses fils. L’aîné Joachim se cherche. Il trouve Esther (Anaïs Demoustier), qui enseigne le latin à son frère, aussi insouciante qu’il est névrosé, aussi libérée qu’il est refoulé. La scène qui les réunit dans une piscine est d’une rare poésie. Le cadet Ivan est le plus drôle. Le collégien n’a qu’une obsession : séduire Mélissa, la plus jolie fille de sa classe. Quand il ne fugue pas, il trouve un refuge chez la psychologue scolaire (India Hair).

Deux fils n’est pas sans qualités. La direction d’acteurs est excellente. Les plans tournés de nuit autour de la porte Saint-Martin créent une vraie atmosphère soulignée par la musique jazzy. Mais Deux fils a un défaut rédhibitoire : sa flagrante absence d’originalité qui, dans une programmation surabondante, dissuadera son public potentiel d’aller le voir et réduira ceux qui l’auront vu à l’oublier illico.

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The Raft ★★☆☆

En 1973, l’anthropologue mexicain Santiago Genovés décide de réaliser une ambitieuse expérimentation. Pour étudier les mécanismes de la violence, la façon dont elle naît au sein d’un groupe, se contient ou dégénère, il place six femmes et cinq hommes à bord d’un radeau au milieu de l’Atlantique entre les Canaries et le Yucatán. Pour attiser les tensions, il les choisit de pays, de conditions et de religions différentes, apparie des blondes appétissantes et un prêtre angolais.
Quarante trois ans après les faits, le réalisateur suédois réunit les survivants, les interrogent sur cette expérience hors du commun et entremêlent ces interviews d’images d’archives.

The Raft lève le voile sur une expérience aujourd’hui oubliée dont on se demande – même si The Loft et Koh Lanta sont passés par là – si elle aurait reçu aujourd’hui les autorisations pour être menée à bien. Imaginez : onze personnes sans expérience de la navigation placés sur une boîte de conserve, sans moteur ni navire suiveur, dans le seul but de les regarder s’étriper.

Mais rien ne se passe comme prévu. Au lieu de se sauter à la gorge, les membres de l’expédition sympathisent et se soutiennent. Comment d’ailleurs aurait-il pu en être autrement ? Comment imaginer que onze jeunes gens en pleine santé, ayant fait acte de candidature, connaissant par avance la durée et la condition de leur isolement, puissent reproduire le comportement par exemple de passagers kidnappés dans un détournement d’avions ou de prisonniers torturés dans une prison insalubre, sans doute moins capables de résilience ?

La seule violence qui s’exprimera à bord de l’Acali sera celle de Santiago Genovés lui-même, embarqué avec ses cobayes, qui essaie par tous les moyens, même les plus retors, de les monter les uns contre les autres, afin que « quelque chose se passe » durant cette croisière trop tranquille. Il n’y parviendra pas. Pire : après avoir destitué la capitaine suédoise, il réussira simplement à se mettre le reste de l’équipage à dos et sera contraint à l’isolement.

La seule chose que l’expérience démontre est le poids, presque caricatural, des origines nationales. Chacun des passagers de l’Acali se comporte ainsi qu’on l’imagine de la part des ressortissants des pays dont ils sont originaires. La Suédoise a la rigueur toute scandinave de ceux qui ne rigolent pas avec les règlements. L’Afro-américaine se braque contre toute forme de discrimination. Le Japonais, timide et médiocrement anglophone, trouve que toutes les femmes ont de gros seins. Quant aux deux Françaises, elles sont les plus jolies filles du bateau !

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Le Silence des autres ★★★☆

En 1977, deux ans après la mort du Caudillo, la jeune démocratie espagnole vote une loi d’amnistie générale qui exonère de leurs responsabilités les auteurs de crimes commis sous le franquisme. Entre l’oubli et la justice, l’Espagne post-franquiste choisit l’oubli. Entre la repentance et la réconciliation, elle préfère la réconciliation.
Mais la mémoire a la vie dure. En 2010 plusieurs victimes du franquisme et leurs ayants-droits décident de se regrouper Maria Martin a vu disparaître en 1936 sa mère, froidement exécutée durant la Guerre civile, et se bat pour retrouver ses restes. José Maria Galante est un étudiant torturé sous le franquisme dans les geôles de la DGS qui vit aujourd’hui à une encablure de son tortionnaire, lequel n’a jamais été poursuivi. Cécilia est une fille mère dont l’enfant lui a été volé à la maternité pour être confié à une famille respectable tandis qu’on lui prétendait qu’il était décédé.
Faute de pouvoir saisir la justice espagnole, ces victimes décident de se porter partie civile en Argentine au nom de la loi de justice universelle. Un juge d’instruction est désigné. Le Silence des autres raconte son enquête.

Récemment distingué par le Goya du meilleur documentaire, Le Silence des autres est une œuvre aussi déchirante qu’intelligente. Elle lève le voile sur les crimes du franquisme et sur le combat courageux d’une poignée de victimes qui entendent les dénoncer.
Non sans manichéisme, il nous présente le « pacte d’oubli » scellé en 1977 comme une décisions haïssable. C’est oublier le dilemme qui se pose aux sociétés post-totalitaires qui tentent, au lendemain d’une page traumatisante de leur histoire, de restaurer le vivre-ensemble. Instruire de longs procès qui risquent de rouvrir des plaies qu’on veut cicatriser ? ou aller de l’avant en tournant le dos au passé ? C’est aussi oublier les termes dans lesquels se pose la fin d’une dictature : sans la promesse d’une amnistie, les autorités ne seront guère incitées à quitter le pouvoir.

Mais, comme le montre l’Histoire, sous toutes les latitudes, quelles que soient les circonstances, plus ou moins pacifiques, dans lesquelles s’est opérée la transition, le désir de justice finit tôt ou tard par s’exprimer.
C’est ce qui se passe en Espagne, souvent présentée comme l’exemple d’une société réconciliée sur une amnésie.

Le Silence des autres est profondément émouvant qui suit des gens de peu, souvent au crépuscule de leur vie, hantés par un « passé qui ne passe pas ». La plus touchante est peut-être Asunción, une octogénaire fluette mais toujours élégante, qu’on découvre à l’aéroport de Madrid, au moment d’embarquer pour l’Argentine où elle ira témoigner, un peu dépassée par l’intérêt médiatique que son action suscite. Les plus traumatisantes sont ces mères qui combattent pour retrouver leurs bébés disparus – pendant et même après la dictature franquiste – dont on regrette qu’on n’en sache pas plus sur le succès ou l’insuccès de leur combat.

Le Silence des autres est aussi profondément instructif sur les stratégies juridiques déployées au service de ce « travail de mémoire ». L’une est l’abrogation de la loi d’amnistie de 1977, hélas bloquée par les forces conservatrices espagnoles – le parti populaire de Aznar et de Rajoy n’a pas le beau rôle. L’autre est le détour par un pays ayant adopté une loi de compétence universelle permettant de poursuivre, en tous temps et en tous lieux, les auteurs de crimes imprescriptibles. On imagine aisément les difficultés diplomatiques que soulève la mise en œuvre de cette compétence universelle. On se souvient de l’imbroglio juridico-diplomatique causé par l’arrestation d’Augusto Pinochet en 1998 au Royaume-Uni. On connaît les difficultés soulevées par la mise en œuvre de la loi belge de 1993 qui, si elle a permis la mise en cause de Sharon, de Bush senior et de Cheney, fut promptement abrogée. On constate, à suivre les efforts inlassables de la juge argentine et des victimes espagnoles, que les voies de la justice sont laborieuses et que les accusés vieillissants, tel Pinochet au Chili, mourront avant d’être jugés.

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Pearl ★☆☆☆

Léa Pearl (Julia Föry, vainqueur en 2016 des Arnold’s Classic) est bodybuildeuse. Elle est candidate au concours de Miss Heaven. Son coach Al (Peter Mullan révélé par Ken Loach) veille sur elle comme le lait sur le feu, vérifiant son régime, supervisant ses entraînements.
Rien ne doit venir perturber la concentration de la championne quand son passé fait brutalement irruption. Son ancien compagnon (Ariel Worthalter, le père de l’héroïne de Girl) déboule avec Joseph, leur fils de quatre ans.

Première assistante de Eugène Green, Mathieu Amalric, Noémie Lvovsky ou Bertrand Bonello, Elsa Amiel choisit pour son premier long métrage de filmer un milieu rarement montré. Celui du bodybuilding. Féminin qui plus est. Ce monde suscite parfois une curiosité malsaine. Les corps des bodybuilders donnent à voir des muscles hypertrophiés, presque monstrueux. Celui des bodybuildeuses nourrit un fantasme paradoxal : peut-on être à la fois féminine et musclée ?

En 2014, dans Bodybuilder, un petit film remarquable mais hélas passé inaperçu, Roschdy Zem avait mis en scène un bodybuilder et son fils perdu de vue. C’est la même veine qu’exploite Pearl en mettant face à face une bodybuildeuse et son fils. Cette rencontre est l’occasion de répondre aux questions que le sujet pose : la délicate conciliation entre le métier de bodybuildeuse et l’état de mère. Dans Bodybuilder, la paternité était interrogée par un scénario riche en rebondissements. Le scénario de Pearl n’a pas une telle subtilité. Une fois que l’héroïne se retrouve avec son fils, il fait du surplace jusqu’à une conclusion convenue.

Pearl est captivant dans sa première demie-heure qui nous fait découvrir les coulisses d’un monde inconnu, mais décevant dans ses deux tiers suivants. Il aurait fait un excellent court métrage.

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L’Intervention ★★☆☆

Le 3 février 1976, des militants indépendantistes prennent en otage un bus de ramassage scolaire et ses occupants à Djibouti qui était alors un territoire français ultramarin. Ils forcent le conducteur à les amener à la frontière avec la Somalie. Le bus y est immobilisé tandis qu’une assistante sociale accepte de se constituer otage pour s’occuper des enfants.
Le lendemain, un groupe de tireurs d’élite de la gendarmerie nationale commandé par le lieutenant Prouteau prend d’assaut le bus, élimine les ravisseurs et riposte au feu des Somaliens postés de l’autre côté de la frontière.

Réalisateur en 2015 d’un premier film passé inaperçu, Fred Grivois est allé tourné au Maroc cette reconstitution historique. Il veut l’inscrire dans l’histoire avec un grand H : histoire de la décolonisation française de ce dernier confetti d’Empire, histoire d’une époque où les deux Supergrands se livraient en Afrique une guerre par procuration, histoire de la naissance du GIGN qui allait bientôt se spécialiser dans la libération d’otages.

Il prend quelques libertés avec les faits réels : ainsi du personnage de l’espion de la CIA ou de celui d’Olga Kurylenko qui interprète une belle institutrice. Mais peu importe que le film ne soit jamais aussi maladroit que lorsqu’il essaie de se donner une envergure qu’il n’a pas : le public visé n’a pas fait sa thèse d’État sur « l’équation sécuritaire de la Corne de l’Afrique » (poke Sonia Le Gouriellec).

Unité de temps, unité de lieu, unité d’action. L’Intervention remplit sans se forcer son contrat. Même si on connaît par avance son issue, on suit cette prise d’otages sans regarder sa montre et on s’attache à chaque membre du commando, le petit jeu consistant à prédire celui qui y restera, à son sympathique commandant (comment peut-on être myope et tireur d’élite ?) et à la jolie maîtresse qu’il va sauver.
Manifestement, la recette, pourtant efficace, n’a pas trouvé son public : au bout de deux semaines L’Intervention a déjà quasiment disparu des écrans.

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Alita: Battle Angel ★☆☆☆

Dans un vingt-sixième siècle  post-apocalyptique, l’humanité se divise en deux zones aux frontières infranchissables. À quelques milliers de mètres au-dessus de la terre, Zalem, cité inaccessible, est dit-on peuplée d’humains vivant dans un luxe inouï. En dessous d’elle, Iron City est une décharge, construite autour des rebuts déversés par Zalem, qui rassemble la lie de l’humanité, des cyborgs, des assassins et des chasseurs de prime.
Alita (Rosa Salazar) est un droïde reconfiguré par le docteur Ido (Christophe Waltz), un génie en cybernétique, qui lui a donné l’apparence de sa défunte fille. Le physique fluet de la jeune femme ne doit pas faire illusion : Alita est un droïde de dernière génération, doté de l’instinct d’une guerrière. Les maîtres d’Iron City, Chiren (Jennifer Connelly) et Vector (Mahershala Ali), veulent s’en emparer.

Longtemps, les superhéros ont été exclusivement masculins : Superman, Batman, Harry Potter… Et progressivement, les filles ont occupé le haut de l’affiche : Katnis Everdeen, l’héroïne des Hunger Games, Wonderwoman, Tris, l’héroïne de Divergente… La brindille Alita s’inscrit dans cette généalogie, héroïne avec qui les jeunes adolescentes mal dans leur peau du monde entier pourront aisément s’identifier : « J’ai quinze ans, des yeux globuleux et une poitrine de planche à pain ; mais j’ai l’âme d’une guerrière »

James Cameron est de retour. Après Avatar, voici Alita (décidément il aime bien les a) adapté du célèbre manga Gumm de Yukito Kishiro. La recette est la même : de la science-fiction, des effets spéciaux et beaucoup de dollars. Deux cents millions. Le PIB des Îles Marshall. S’il a délégué à Robert Rodriguez (Desperado, Une nuit en enfer, Spy Kids) la réalisation, la patte du maître canadien est bien visible.

Le public en aura pour son argent avec un délire d’effets visuels, qu’il s’agisse du corps bionique d’Alita, des vues de Iron City ou des cruelles parties de Motorball qui s’y jouent. Il ne sera guère surpris par un scénario qui louche du côté d’Elysium, de Rollerball et de Blade Runner. Alita voit, comme de bien entendu, s’affronter des gentils et des méchants et se termine par l’annonce d’un deuxième volet – à condition que les résultats au box-office du premier le permettent.

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Vice ★★★☆

Dick Cheney fut pendant huit ans le vice-président de George W. Bush. L’homme, secret et taciturne, est entouré d’un épais mystère. On lui prête la responsabilité de la « Guerre contre la terreur » après le 11-septembre : invasion de l’Afghanistan en 2001, de l’Irak en 2003. La fiction soigneusement documentée de Adam McKay lève le voile sur cet inconnu.

Vice est un régal, un vrai jeu de massacres qui dézingue l’un des hommes politiques américains les plus haïs des États-Unis, du moins dans le camp démocrate – dont on sait qu’il n’est pas nécessairement majoritaire outre-Atlantique. Comme cette sensibilité politique-là est largement représentée à Hollywood, il n’est pas étonnant que Vice y fasse sensation, engrangeant pas moins de huit nominations aux Oscars – et dont il serait injuste qu’il ne reparte pas au moins avec celui du meilleur acteur pour Christian Bale méconnaissable.

Adam McKay, le réalisateur, s’est fait un nom en signant dans les années 2000 plusieurs comédies déjantées avec Will Ferrell (Présentateur vedette, Ricky Bobby, Frangins malgré eux) avant de donner un tour plus sérieux à sa carrière. Nommé cinq fois aux Oscars 2016, The Big Short racontait la crise des subprime avec un mélange unique d’humour et de sérieux. C’est la même recette que Adam McKay utilise dans Vice où il retrouve Christian Bale (Dick Cheney) et Steve Carell (Donald Rumsfeld). Will Ferrell aurait fait un très bon George W. qu’il a imité plusieurs fois dans le Saturday Night Live ; mais le rôle est échu à Sam Rockwell qui en fait un idiot goguenard hanté par l’écrasante figure paternelle.

Vice est une vraie réussite cinématographique qui maintient le rythme de la narration durant plus de deux heures sans une seconde d’ennui, en multipliant les ruptures de ton. Il a le culot d’imaginer en son mitan une fin alternative (que se serait-il passé si Cheney avait abandonné la politique après l’élection de Clinton ?) ou un face-à-face shakespearien entre Dick et son épouse Lynne, véritable Lady Macbeth, au moment d’accepter le poste de vice-président, une charge purement symbolique qui n’a d’intérêt que si le président accepte de déléguer à son titulaire des pouvoirs.

Pour autant, Vice a deux défauts. Le premier est de faire la part trop belle aux événements qui précèdent le 11-septembre. Certes, on apprend comment Cheney a commencé sa carrière auprès de Rumsfeld, comment il est devenu Chef de cabinet de Gérald Ford, représentant du Wyoming et  ministre de la défense de George H. Bush. Mais, on passe trop vite sur la façon dont Cheney a réussi à transformer le 11-septembre en « opportunité » : opportunité de faire la guerre en Afghanistan d’abord, puis en Irak ensuite quand bien même la possession par le régime de Saddam d’armes de destruction massive et ses liens avec Al Qaeda relevaient plus du fantasme que de la réalité.

Le second est plus gênant. Il est annoncé dès le titre. On comprend qu’il y sera question de vice et de vice-président. Car le portrait de Cheney est à charge. À charge quasi-exclusivement – si ce n’est peut-être pour évoquer sa relation à sa fille lesbienne. Et c’est ce manque de nuance qui lèse le film. Manque de nuance dans la description d’un homme chargé de tous les maux de la terre : terne, ambitieux, calculateur, sans scrupule…. Manque de nuance dans la description d’une administration dont Cheney n’était pas le seul à tirer les ficelles. À force de décrire Cheney comme un « super-vilain », Vice le prive de crédibilité et d’humanité.

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La Dernière Folie de Claire Darling ★☆☆☆

La septantaine bien entamée, Claire Darling (Catherine Deneuve) habite une belle demeure dans un charmant village de l’Oise. Un beau matin, elle se réveille hantée par une prémonition : elle mourra le soir même. Du coup, dans un élan de folie, elle décide d’organiser un vide-grenier pour brader toutes ses possessions matérielles.
Une brocanteuse, amie de la famille (Laure Calamy) s’alarme et prévient Marie, la fille de Claire Darling (Chiara Mastroianni).

César du premier film en 2004 avec Depuis qu’Otar est parti, Julie Bertuccelli alterne documentaires engagés (La Cour de Babel) et fictions dramatiques (L’Arbre). La Dernière Folie de Claire Darling ressortit clairement de la seconde catégorie. Il s’agit de l’adaptation d’un court roman de Lynda Rutledge dont l’action se déroule le 31 décembre 1999 au Texas.

Julie Bertuccelli s’en est très librement inspirée. Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling racontait la vie de la riche veuve à partir des objets qu’elle mettait à l’encan : un revolver, une alliance, une pendule, une bible… Rien de tel dans La Dernière Folie… qui se construit plutôt autour de flash-back où l’on voit Alice Taglioni interpréter une Catherine Deneuve plus jeune et pas vraiment heureuse, entourée d’un mari qu’elle n’aime pas (Olivier Rabourdin), d’une fille en pleine révolte adolescente et d’un fils dont on apprendra bien vite le sort funeste. Elle trouve son seul réconfort dans la compagnie d’un prêtre. On dirait du Bernanos en moins austère, du Chabrol sans enquêteurs.

La Dernière Folie de Claire Darling est un film étonnant sinon bancal. Deux films s’y percutent. L’un est lumineux qui a pour héros Catherine Deneuve, Mamie Nova gentiment amnésique qui embrasse comme du bon pain tous ceux qu’elle croise à son vide-grenier. L’autre est plus amer qui montre une Alice Taglioni en grande bourgeoise superficielle et déprimée.

Qu’est-ce que la réalisatrice a voulu nous dire ? Que ces deux femmes n’en font qu’une ? Qu’une grande bourgeoise neurasthénique peut devenir une gentille patriarche ? Qu’il est toujours temps de se réconcilier avec la vie jusqu’au jour de sa mort ?

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