Amy ★★★☆

Je ne connaissais quasiment rien de Amy Winehouse sinon, comme tout le monde, son album « Back to black » et l’hystérie qui entoura sa déchéance et sa mort à 27 ans.

Le documentaire de Asif Kapadia est déchirant. Pourtant il laisse beaucoup de questions en suspens : pourquoi cette addiction précoce à l’alcool et aux drogues, de plus en plus dures ? pourquoi Amy a-t-elle été broyée par sa soudaine célébrité ?

Asif Kapadia est un peu trop « people » qui s’intéresse plus aux mésaventures amoureuses de l’artiste qu’à sa musique. On ne saura quasiment rien de ses influences artistiques, de son processus de création. Le film sur les Beach boys est paradoxalement plus documenté sur cet aspect des choses.

Mais le documentariste londonien a réussi à mettre la main sur des archives vidéo et à recueillir des témoignages extraordinaires. Grâce à eux, on suit Amy depuis l’enfance, avec ses boutons d’acné et ses dents disgracieuses, bien loin de l’icône qu’elle est devenue quelques années plus tard. On découvre sa fragilité et aussi l’originalité de sa voix incroyable, qui lui ressemble si peu et qui lui valut la célébrité vénéneuse qui précipita sa mort.

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Madame Bovary ★☆☆☆

Après Jean Renoir, Vincente Minelli et Claude Chabrol, pourquoi diable être allé tourner une nouvelle adaptation du roman de Gustave Flaubert ?

Sinon peut être pour le faire mieux connaitre outre-Atlantique où le film de Sophie Barthes est sorti dès 2014 ?

Des distributeurs audacieux ont finalement décidé de le diffuser en France en novembre 2015 où il n’a intéressé personne : les amoureux de Flaubert y ont vu non sans motif un sous-produit de la culture hollywoodienne, les autres n’ont pas fait l’effort de s’y frotter.

Pourtant Sophie Barthes, jeune réalisatrice française installée aux États-Unis, fait honnêtement le job. Elle ne mégote ni sur les décors ni sur les costumes. Elle est aidée par Mia Wasichowska qui incarne à la perfection les états d’âme d’Emma (subtile allitération). Grâce à elles l’extraordinaire modernité du roman de Flaubert éclate. C’est déjà ça…

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La Isla minima ★★☆☆

« La Isla minima » est un film espagnol poly-primé à la cérémonie 2015 des Goyas – l’équivalent de nos Césars.
Et il faut reconnaître que ce polar poisseux a du caractère.

Mais le problème est qu’on a déjà vu ce film cent fois. Deux flics qui enquêtent dans un environnement hostile sur des crimes sexuels sordides commis par des psychopathes dégénérés adossés à des organisations occultes ?
Ça vous rappelle quelque chose ? « Memories of murder » de Joon-Ho Bong, « Le Dahlia noir » de Brian de Palma, « Killing fields » de Ami Canaan Mann et évidemment « True Detective » de Nic Pizzolatto !
Avec à chaque fois une putasserie embarrassante à imaginer des tortures toujours plus raffinées sur des victimes toujours plus innocentes.

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La femme au tableau ★☆☆☆

Film de procès + histoire vraie : l’obstination de Maria Altmann à récupérer le portrait de sa tante par Klimt, confisqué par les Nazis et exposé à Vienne depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, avait tout pour séduire Hollywood.

Honnête faiseur, Simon Curtis relate cette histoire sans mégoter sur les flash back hauts en couleur et les effets mélodramatiques. Il le fait avec un manichéisme non seulement fade mais pour tout dire dérangeant.

D’un côté les méchants Autrichiens, victimes consentantes de l’Anschluss hitlérien hier, infâmes spoliateurs aujourd’hui. De l’autre, la courageuse Maria, jeune femme contrainte à l’exil en 1938 qui décide soixante ans plus tard de récupérer « Woman in Gold », entretemps devenu une icône artistique, une Mona Lisa autrichienne. Pourquoi ? Par appât du gain, la valeur du tableau excédant les 100 millions de dollars ? Que nenni ! Par souci de justice. Et pour refuser l’oubli.

La justice. La mémoire. Voilà de biens grands mots lancés. L’espace d’un instant on est pris de vertige. Vertige de tomber, si l’on dénie à  Maria Altman le droit de récupérer ce tableau, dans un antisémitisme haïssable voire dans un négationnisme criminel. Mais vertige aussi, si l’on embrasse sa cause, que les mêmes arguments soient appliqués aux marbres d’Elgin, à la pierre de Rosette ou à la Joconde.

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Passengers ★★☆☆

Suite à une pluie de météorites, Jim, passager d’un vaisseau interstellaire plongé dans une hibernation de cent-vingt années pour atteindre une colonie de peuplement, est réveillé quatre vingt dix ans trop tôt. Comment survivra-t-il à cette longue solitude ?

On retrouve dans « Passengers » quelques unes des meilleurs idées des récents films de science-fiction. Jim doit relever le défi de l’éloignement et de la solitude comme Matt Damon dans « Seul sur Mars ». Chris Pratt et Jennifer Lawrence se promènent en combinaison spatiale au milieu du même vide intersidéral que George Clooney et Sandra Bullock dans « Gravity ». Leur vaisseau spatial a la même architecture que la station orbitale de « Elyisum ». Les dérèglements de la gravité rappellent les scènes les plus impressionnantes de « Interstellar ».

Le problème est qu’au-delà de ces emprunts référencés, « Passengers » n’a pas grand chose à proposer. L’histoire d’un Robinson de l’espace aurait pu ouvrir de belles perspectives. Que faire dans un immense vaisseau spatial si on sait qu’on y sera confiné pendant les quatre vingt dix prochaines années ? Malheureusement, ce questionnement existentiel est expédié en quelques minutes à peine – qui durent il est vrai un an et trois semaines. Et l’arrivée de Jennifer Lawrence au mitan du film – dont le lecteur perspicace aura compris qu’elle n’est pas sans lien avec le questionnement métaphysique susévoqué – fait hélas basculer « Passengers » dans un duo amoureux nettement moins stimulant.

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Le Fondateur ★★★☆

« Le Fondateur » est un biopic : l’histoire de Ray Kroc, le PDG de McDonald’s. Sauf que…

Sauf que Ray Kroc n’a pas fondé McDonald’s qui, comme son nom l’indique, fut le nom donné à leur restaurant par les frères Mac et Dick McDonald à San Bernardino en Californie.

Et c’est précisément ce qui fait le sel de ce film qui peut se lire à trois niveaux avec autant de plaisir.

Le premier est une success story américaine : comment un VRP vieillissant, vendeur de machines à milk-shake, réussit à force de persévérance à construire le géant de la restauration rapide.

Le deuxième est une magistrale leçon de management qu’on pourrait telle quelle diffuser dans les meilleures écoles de commerce. Comment d’une part les frères McDonald inventent (sur un court de tennis !) l’organisation la plus rationnelle d’un espace de restauration pour y cuisiner en trente secondes un appétissant hamburger. Comment d’autre part Ray Kroc réussit à faire croître son entreprise en en franchisant les procédures et en investissant dans l’immobilier.

Le troisième est le portrait d’un homme dénué de scrupules. Comme le président Underwood de « House of Cards », Ray Kroc est un arriviste séduisant prêt à tout pour parvenir à ses fins. On le voit lentement tisser sa toile autour des frères McDonald dont on sait par avance qu’il les dépouillera de leur concept. Il le fait avec un tel bagout, avec une telle efficacité qu’on ne peut pas ne pas tomber sous son charme.

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Diamond Island ★☆☆☆

Diamond Island est un nouveau quartier en plein essor de Phnom Penh, la capitale cambodgienne. Bora, âgé de dix huit ans à peine, arrive de la campagne pour être embauché sur un chantier de construction. Il travaille toute la journée et sort le soir avec ses amis pour draguer les filles.

Le premier film de Davy Chou, un jeune réalisateur franco-khmer, joue sur un paradoxe.

Il refuse tout exotisme. Le Cambodge est filmé sans référence au génocide, comme le serait n’importe quel pays en voie de développement. L’histoire de ses personnages est celle de n’importe quel jeune qui cherche l’argent et l’amour.

Il est puissamment exotique. Dès les premières images, on est au milieu de la jungle tropicale, de sa touffeur, de sa moiteur. Les immeubles en construction, la nuit illuminée, la lenteur des gestes et des intonations diffusent un parfum d’ailleurs.

Davy Chou se perd dans cet entredeux malcommode. Il veut montrer que ces jeunes gens, attirés par les mirages de la ville comme des lucioles, ont des rêves ordinaires. Mais tout dans leur façon d’être – ainsi de la réaction placide de la mère lorsqu’elle apprend au téléphone que son fils aîné a été retrouvé – crée une distance avec le spectateur occidental qu’il est difficile de combler.

Le film souffre enfin d’un déficit d’écriture. Dilatée dans ses deux premiers tiers, l’histoire s’accélère soudainement dans les vingt dernières minutes au point de devenir incompréhensible. Dommage.

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American Pastoral ★★☆☆

Dans l’Amérique des années 60, tout semblait sourire à Seymour « Suède » Levov. Ancienne gloire de son lycée, héritier de l’usine de peausserie de son père, il a épousé Miss New Jersey. Mais  sa vie se dérègle lorsque sa fille unique entre en crise ouverte contre ses parents.

Philip Roth est probablement l’un des plus grands romanciers contemporains. Chaque année son nom figure parmi les favoris du Nobel de littérature. Chacun de ses derniers romans a été salué par une critique unanime. Pourtant, son œuvre n’a que rarement été adaptée au cinéma : « Portnoy et son complexe » et « Goodbye, Columbus » remontent au début des années 70. « La Couleur du mensonge » (2003), adapté de « La Tâche », est tombé dans un légitime oubli malgré l’interprétation de Anthony Hopkins et de Nicole Kidman.

C’est étonnamment Ewan McGregor qui s’est attelé à la tâche de l’adaptation de « Pastorale américaine » (1999).  Le primo-réalisateur est un acteur reconnu qui n’a pas résisté à la tentation de s’arroger le premier rôle. Il s’est montré plus judicieux dans le choix de ses partenaires : Jennifer Connelly et Dakota Fanning interprètent sa femme et sa fille.

Le roman était d’une grande complexité. La famille Levov, le grand-père juif ashkénaze, le père, sportif accompli et mari idéal, la fille, couvée par des parents aimants qui fait exploser le cocon familial, était une métaphore de l’Amérique des Trente Glorieuses, de la Guerre du Vietnam et du Watergate. Ce roman de plus de cinq cent pages peine à se résumer à deux heurs de films. Ewan McGregor va à l’essentiel : la rébellion d’une fille face à l’amour inconditionnel de son père. Il y perd du coup en densité et décevra les amoureux de l’œuvre de Philip Roth sans convaincre ceux qui ne la connaissent pas.

Un seul exemple : le livre évoque à demi-mots l’hypothèse d’une relation incestueuse entre Seymour et sa fille – qui expliquerait largement la réaction de celle-ci à l’adolescence. Cette dimension est explicitement rejetée dans le film. On se demande bien pourquoi…

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La Jeune fille sans mains ★★☆☆

C’est l’histoire d’un meunier tenté par le diable. Contre de l’or, il lui cède le pommier situé derrière son moulin. Mal lui en prend : le diable réclame aussi la fille du meunier qui était juchée dans l’arbre au moment où le pacte a été conclu. La jeune fille ne peut opposer au démon qui menace de s’emparer d’elle que sa pureté virginale. Elle y perdra ses mains.

Les frères Grimm ont la réputation usurpée d’avoir écrit des contes pour enfants alors que les histoires du folklore populaire qu’ils ont rassemblées sont pour la plupart d’une rare cruauté. Cette « Jeune fille sans mains » n’est pas une à l’eau de rose. La vénalité d’un père provoque une succession de drames tous plus horribles les uns que les autres.

La jeune fille parviendra néanmoins à s’enfuir de ce foyer à tout jamais corrompu. Elle croira trouver le bonheur au palais d’un prince charmant. Elle y donnera naissance à un fils. Mais le répit n’y sera que de courte durée. Car le diable est toujours là qui réclame son dû.

« La Jeune fille sans mains » est un dessin animé français d’une rare beauté. Les silhouettes sont à peine suggérées par quelques traits poétiques. Le papier boit l’encre, le redessine, l’efface. On pense aux silhouettes dansantes de Matisse.

Après « Ma vie de courgette », « Louise en hiver », « La Tortue rouge » ou « Tout en haut du monde », Sébastien Laudenbach démontre la richesse et la variété de l’animation française.

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Voyage à travers le cinéma français ★★☆☆

Bertrand Tavernier nous fait voyager à  travers le cinéma français des années 30 à 70 : ses réalisateurs (Becker, Renoir, Carné, Melville, Sautet), ses acteurs (Gabin) mais aussi ses compositeurs (Jaubert, Kosma).

Il y a deux manières d’accueillir ce documentaire fleuve de plus de trois heures – qui devrait trouver son prolongement dans une série télévisée de neuf heures.

La première est l’admiration et l’enthousiasme. Ce sont les sentiments qui m’ont dominé pendant la projection. Admiration devant la cinéphilie encyclopédique de ce monstre sacré du cinéma français et enthousiasme devant la jubilation avec laquelle il nous fait partager sa passion, toujours bienveillante. On sort de ce voyage groggy par tant d’érudition, frustré de n’avoir pas noté chaque référence et impatient d’aller voir ou revoir tel ou tel film mentionné.

La seconde, moins enthousiaste, vient plus tard, à la réflexion. Face à un documentaire qui hésite, sans jamais prendre son parti, entre le récit autobiographique et l’encyclopédie raisonnée. Face à un voyage qui laisse dans l’ombre quelques uns des plus grands réalisateurs de cette époque  (pas un mot sur Clouzot, Bresson, Ophuls, Tati) et ne dit pas un mot des actrices. Face surtout à une approche très hexagonale du cinéma qui ne définit pas un seul instant en quoi ce cinéma là se distinguait de ceux des autres pays d’Europe et d’outre-Atlantique.

La bande-annonce