Dans une grande propriété sicilienne, Anna (Juliette Binoche) pleure la mort de Giuseppe, son fils. Débarque Jeanne, la petite amie du défunt, qui ignore tout du drame qui vient de se jouer.
Le scénario de « L’attente » n’est guère crédible. Comment imaginer que Jeanne arrive chez Giuseppe sans être alertée par son silence ? Comment croire qu’elle ne se doute de rien lors de son installation et qu’elle ne croise personne qui lui vende la mèche ?
Cette incohérence constitue un vice originel dont « L’attente » a du mal à se relever.
Et c’est bien dommage.
Car « L’attente » s’essaie à filmer un silence. L’incapacité, l’impossibilité d’une mère accablée de chagrin, à annoncer la mort de son fils à son amoureuse. Elle pourrait accueillir Jeanne avec une simple phrase « Giuseppe est mort ». Cette phrase qu’on attend pendant 1 heure 40.
C’est cette attente qui fait tout l’intérêt du film. Qui en fait aussi toute la longueur qu’on pourrait estimer excessive.
On touche ici à une différence irréductible entre le roman et le cinéma. Une attente en littérature peut être analysée, expliquée : « Anna n’annonça pas à Jeanne la mort de Giuseppe parce que… ». C’est plus difficile au cinéma.
Piero Massina, le jeune réalisateur de « L’attente » n’y parvient pas. Mais on lui saura gré d’avoir essayé.
Archives des auteurs : Yves Gounin
À peine j’ouvre les yeux ★★★☆
Il y a plein de bonnes raisons d’aller voir « À peine j’ouvre les yeux » qui nous raconte l’émancipation d’une adolescente dans la Tunisie de Ben Ali.
La première est le charme et la voix de Baya Medhaffar qui campe Farah, 18 ans, bachelière brillante (elle vient de décrocher la mention TB) mais moins intéressée par entamer des études de médecine que par chanter avec Bourhene, son amoureux, dans un groupe de rock.
La deuxième est sa mère, jouée par Ghalia Benali. Tunisienne moderne, elle sait ce que coûte l’émancipation aux femmes et veut protéger sa fille. Quitte à renouer avec un ancien soupirant qui travaille au ministère de l’Intérieur.
La troisième est la musique folk-rock de Khyam Allami, mélange de rythmes orientaux et d’électro, qui n’est pas seulement un enjolivement mais un personnage à part entière du film.
La quatrième est l’arrière plan social. Ce n’est pas seulement celui d’un pays (la Tunisie) et d’une époque (le régime autoritaire de Ben Ali) car les atteintes aux droits des femmes et les restrictions aux libertés que décrit le film de Leyla Bouzid ne se résument pas à la Tunisie. Elles valent aussi en Égypte (« Les femmes du bus 628 ») ou au Maroc (« Much loved ») et elles n’ont pas miraculeusement disparu le 14 janvier 2011 avec le départ des Ben Ali.