Le Choix ★☆☆☆

Joseph Cross (Vincent Lindon) dirige un chantier de BTP en cours d’achèvement. Mais après avoir reçu un coup de téléphone, il le quitte à la hâte pour rouler jusqu’à Paris. Dans sa voiture, muni de son seul téléphone sans fil, il expliquera à ses collègues et à ses proches la raison de son choix.

J’avais décidé avant de le voir que j’adorerais ce film. Parce qu’il se déroule du début jusqu’à la fin dans la voiture de Cross, sans jamais la quitter. parce qu’on n’y verra qu’un seul acteur – même si on s’amusera à deviner l’identité des autres dont on entendra seulement la voix (j’ai confondu Micha Lescot et Eric Caravaca). Et parce que j’adore ce genre de « dispositifs », ce genre de défis que des scénaristes audacieux se lancent à eux-mêmes : faire tenir un film tout entier dans un canot de sauvetage (Lifeboat), dans une cabine téléphonique (Phone Game) ou dans un cercueil (Buried).

Certes le pari cinématographique est tenu. Le film, d’une remarquable brièveté (une heure et seize minutes à peine), se déroule tout entier dans une voiture. Il faut tirer un coup de chapeau au directeur de la photographie et au monteur pour avoir réussi à filmer des plans qui ne sont jamais monotones ou répétitifs.

Le problème vient plutôt du scénario. Pour fonctionner efficacement, il aurait dû reposer sur une énigme qui se dévoile lentement et multiplier les rebondissements. L’énigme ? Elle est dévoilée au bout de quelques minutes à peine où l’on comprend les motifs de cette longue équipée automobile. Les rebondissements ? Il n’y en a aucun, le film se contentant de mettre en scène Cross face à sa femme, ses enfants, son second, dépassé par la tâche qui lui a été laissée, son patron, furieux de son abdication.

Jusqu’au titre du film lui-même qui me laisse dubitatif. Où est le choix qu’il nous promet sinon dans celui que Cross a fait dès la première minute du film et dont il ne déviera pas ?

La bande-annonce

Grand Tour ★☆☆☆

Un jeune employé de la Couronne britannique,  Edward Abbott, en poste en Birmanie en 1918, est pris de panique à l’annonce de l’arrivée à Rangoun de sa fiancée qu’il n’a pas vue depuis sept ans. Il fuit à Singapour, avant de gagner Bangkok, Saïgon, le Japon, les Philippines, puis Shanghai et Chongqing en amont du Yang Tse Kiang. Molly, sa fiancée, le suit à la trace et espère le rattraper.

Depuis la mort du vétéran Manoel de Oliveira (1908-2015), le cinéma portugais a trouvé dans les festivals internationaux un nouveau porte-drapeau en la personne de Miguel Gomes. Diplômé de l’École supérieure de théâtre et cinéma de Lisbonne, il signe en 2012 un film qui le fait connaître du grand public, Tabou, lointainement inspiré du chef d’oeuvre de Murnau, sur la colonisation portugaise et ses lointaines répliques. Son film suivant, Les Mille et une Nuits dure plus de six heures. Il est présenté en trois parties à Cannes en 2015. Je n’en ai vu que la première à sa sortie. Comme Le Journal de Tûoa en 2021, Grand Tour a également eu les honneurs de la Croisette où il a décroché en mai dernier le prix de la mise en scène.

Grand Tour est inspiré d’un roman de Somerset Maugham – qui, pourtant n’est pas crédité au générique. On y retrouve toute l’élégance de cet écrivain tombé dans l’oubli qui a su, comme EM Forster ou Graham Greene, décrire l’ambiance émolliente des colonies britanniques en Asie. L’action se déroule en 1918. Mais la mise en scène a pris un parti audacieux : alterner des images tournées en intérieur avec des acteurs en costumes d’époque et des images en couleurs tournées de nos jours en extérieur. Le cocktail pourrait être détonnant qui mélange ombrelles et téléphones portables. Mais on s’y fait très vite.

La caractéristique du cinéma de Miguel Gomes, on le savait depuis Tabou, est sa langueur. Pour certains critiques, au premier rang desquels ceux du Monde ou de Télérama, qui crient au génie, c’est un gage de qualité. Pour moi, hélas, qui suis bien moins intelligent qu’eux et surtout beaucoup plus narcoleptique,  l’âge aidant, c’est fréquemment une cause de somnolence.

Ca n’a pas manqué avec Grand Tour que j’ai eu le tort d’aller voir hier à l’heure de la sieste, dans une salle douillettement chauffée où j’étais pourtant l’un des plus jeunes spectateurs. Au bout d’une heure, bercé par la douce mélopée des voix off qui accompagnent, en birman, en chinois, en thaï ou en vietnamien, la longue errance d’Edward Abbott, je me suis profondément endormi. Cette longue ellipse me prive peut-être du droit de parler d’un film dont j’ai raté un bon tiers.

Quand je me suis réveillé, le scénario avait changé d’axe. Après avoir suivi Edward dans sa première moitié, il refait le même chemin cette fois-ci avec Molly qui manque de peu de rattraper à chaque étape son fugitif époux. Je ne dirai pas comment cette course-poursuite fort peu hollywoodienne se termine. Cet épilogue, dont je ne suis pas certain d’avoir compris le sens, n’aura pas été de nature à éclairer le souvenir nébuleux que je garderai de Grand Tour.

La bande-annonce

Nome ★☆☆☆

Nome est une jeune garçon bissao-guinéen élevé par sa mère après le décès de son père. Amoureux de sa cousine, il lui fait un enfant, mais s’enfuit de son village par peur de la réprobation dont il risque de faire l’objet. Il rejoint la guérilla indépendantiste qui combat le colonisateur portugais.

Sana Na N’Hada est un réalisateur bissao-guinéen né en 1950. Enrôlé dès treize ans dans la guérilla indépendantiste du PAIGC, il est missionné en 1967 à Cuba pour y apprendre le métier de cinéaste. Revenu en Guinée-Bissao, il filme les combats qui se concluent en 1974 par l’indépendance de l’ancienne colonie portugaise. La majorité de ces enregistrements ont été perdus. Mais ceux qui ont pu être sauvés sont utilisés dans Nome, qui voit alterner des images de fiction contemporaines en couleurs et des images documentaires d’époque en noir et blanc.

Pour autant, Nome n’est pas un documentaire historique qui raconte la guerre d’indépendance. C’est plutôt un conte centré sur son héros, dont le patronyme – « Nome » signifie en créole « homonyme » – sonne comme un programme. Nome est d’abord un enfant privé de son père, dont le fantôme l’accompagnera sa vie durant. C’est aussi un villageois habité par les croyances animistes qui lui ont été léguées. Il devient guerrier par hasard, sans verser dans la geste héroïque que les Pères de l’indépendance ont entendu écrire pour glorifier leur combat et en faire le ferment du nouvel État. Mais une fois cette indépendance durement acquise, il est le témoin du désenchantement révolutionnaire, quand les intérêts privés et l’appât du gain l’emportent sur l’intérêt général.

Soutenu par l’ACID, qui l’avait retenu dans sa sélection à Cannes, Nome est sorti en France en mars dernier. J’ai eu la chance de le voir en présence du réalisateur. J’ai été impressionné par sa haute stature et sa lente élocution.
Pour autant l’exotisme de ce cinéma et l’intérêt historique de Nome ne suffisent pas à gommer ses maladresses, notamment dans la direction d’acteurs.

La bande-annonce

En fanfare ★★★☆

Parce qu’il est brutalement frappé par une leucémie dont seule une greffe de moelle osseuse pourrait le sauver, un jeune et brillant chef d’orchestre (Benjamin Lavernhe) découvre qu’il a été adopté à sa naissance. Élevé dans une famille  bourgeoise des Hauts-de-Seine, Thibaut apprend simultanément qu’il a un frère, Jimmy (Pierre Lottin) qui, lui, a été élevé dans les corons. Si tout en apparence sépare les deux frères biologiques, le même don pour la musique les rapproche.

Il y a deux façons de réagir aux feel good movies. La première – qui est souvent la mienne – est, comme Goebbels, de sortir mon revolver, d’en railler les facilités, de se méfier de la larme qu’ils veulent à tout prix faire couler. La seconde est de s’y laisser prendre.

Je l’avoue : je n’ai pas sorti mon revolver, j’ai versé ma larme et me suis laissé prendre à ce feel-good movie, lacrymal à souhait, débordant de bons sentiments. Il se déroule dans le bassin minier du Nord. On n’est pas à Bergues ; mais l’esprit de Bienvenue chez les Ch’tis n’est pas loin dans ce film qui joue sur la corde – si j’ose dire – du régionalisme.

Son scénario est particulièrement improbable. Mais le rythme enjoué avec lequel il est débité excuse ses outrances. La première moitié du film est particulièrement enthousiasmante ; la seconde l’est moins dont on a l’impression qu’Emmanuel Courcol et sa co-scénariste n’ont pas su y mettre un terme et y rajoutent une couche de pathos inutile et indigeste.

Le succès du film doit beaucoup à son interprétation. En tête, Benjamin Lavernhe, le gendre idéal du cinéma français – dont on peut espérer que l’interprétation de l’abbé Pierre ne soit pas mise à son passif depuis que les révélations s’accumulent sur le passé sulfureux du saint homme. Mais celui qui crève l’écran, c’est Pierre Lottin, dans le rôle taiseux du frère que le destin n’a pas favorisé, condamné à servir des nouilles à la cantine du collège alors que son don pour la musique le prédisposait à une carrière aussi brillante que celle de son frère. Un coup de chapeau aussi pour Sarah Suco qui, depuis bientôt quinze ans accumule les seconds rôles (DiscountLa Belle SaisonOrphelineAurore, Guy, Place publiqueLes Invisibles…) et mérite largement son nom en haut de l’affiche.

La bande-annonce

La Plus Précieuse des marchandises ★☆☆☆

Dans un lieu et à une époque inconnus, une pauvre bûcheronne recueille, contre l’avis de son mari, un nouveau né abandonné sur les rails d’une voie de chemin de fer.

Inspiré d’un bref conte de Jean-Claude Grumberg, le film d’animation de Michel Hazanavicius brode une métaphore transparente : nous sommes au cœur de la Seconde Guerre mondiale, en Pologne, à une encablure du camp d’Auschwitz, sur le chemin des locomotives qui y conduisent par centaines de milliers les Juifs qui s’y feront gazer.

Un tel sujet ne peut que susciter une admiration révérencieuse. Le film a d’ailleurs été accueilli par une critique louangeuse et un bouche-à-oreille admiratif. Dans quelle mesure la renommée de Michel Hazanavicius, qui a signé quelques-uns des films les plus stimulants du cinéma français contemporain (les deux premiers OSS 117, The Artist, Coupez !) ? On peut se le demander. Aussi est-ce avec beaucoup d’humilité que je ferai entendre deux notes dissidentes.

La première ne concerne évidemment pas la représentation de la Shoah, au sujet de laquelle on ne rouvrira pas le débat lanzmannien, mais le scénario. Je lui ferais deux reproches. Le premier est de reposer sur un ressort bien mince : l’accueil dans ce foyer sans enfant d’un nouveau-né auquel la bûcheronne voue immédiatement un amour inconditionnel et auquel on sait par avance que le bûcheron, sous ses dehors de grand ours mal léché, finira par s’attacher. Le second n’est pas sans lien avec le premier : ce motif-là étant trop mince, le film, après être resté dans l’intimité de ce couple et de cet enfant pendant toute sa première moitié, se voit obligé de quitter ce huis-clos pour entamer une odyssée qui le déséquilibre.

La seconde concerne l’animation. Pourquoi avoir eu recours à cette technique ? Pourquoi ne pas avoir tourné une fiction avec des acteurs de chair et de sang ? Son utilisation répond-elle à un impératif esthétique ? scénaristique ? Suscite-t-elle plus l’émotion ou la réflexion qu’un film « ordinaire » ? Cette technique ne va-t-elle pas rebuter le public adulte auquel le film est destiné – même si on sait, bien entendu, que l’animation pour adultes est un genre qui connaît une popularité grandissante ? Ne risque-t-elle pas d’attirer des parents et leurs très jeunes enfants, comme ceux qui se sont enfuis au milieu de la séance à laquelle j’étais hier lorsque le récit a pris un tour horrifique ?

La bande-annonce

La Belle Affaire ★☆☆☆

Nous sommes en 1990 à la veille de la réunification allemande. Un quatuor d’Allemands de l’Est en rupture de ban mettent la main sur une montagne d’Ostmark voués à la destruction. Ils ont trois jours pour les échanger.

Sandra Hüller (Toni Erdmann, Sibyl, Anatomie d’une chute, La Zone d’intérêt), Max Riemelt (La Vague, Matrix 4) et Ronald Zehrfeld (Barbara, Phoenix, Fritz Bauer, un héros allemand) sont des acteurs allemands quadragénaires qui ont acquis, dans leur pays et à l’étranger, une certaine renommée. On a un peu l’impression que la réalisatrice leur a proposé de se retrouver quelques jours ensemble pour un tournage sympathique.

Ils s’en donnent à cœur joie dans une comédie qui s’inspire de faits réels, rappelés par les images d’archives qui accompagnent le générique de fin. Profitant du délai laissé aux Allemands expatriés pour changer leurs DDM au taux de deux pour un – ce qui éclaire le titre original Zwei für Eins – des Allemands de l’Est qui avaient réussi à mettre la main sur des sacs de vieux billets froissés ont décroché le jackpot.

L’arnaque est tellement compliquée, elle suppose la participation d’un si grand nombre de personnes, qu’on peine à croire qu’elle ait pu réussir, en tous cas pas avec le même épilogue que dans le film. Il s’agit, si je l’ai bien compris, d’acheter à vil prix en Ostmark des produits électroménagers à l’Est et d’aller les revendre à l’Ouest au taux fort.

Moins que cette arnaque compliquée, le vrai sujet du film est l’Ostalgie, la nostalgie paradoxale que nourrissent les Allemands de l’Est pour la période honnie et pourtant regrettée du communisme. Le film qui en a lancé la mode, avec le succès que l’on sait fut Good Bye Lenin! (2003). Etalon indépassable que La Belle Affaire hélas est bien loin de dépasser.

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After ☆☆☆☆

Une soirée techno à Paris. Les corps lâchent prise et se frôlent au son pulsatif de la musique électronique. Des substances s’échangent ; des rails de coke, coupés au pass Navigo, se sniffent. Félicie (Louise Chevillotte), en pleine rupture amoureuse, fait la rencontre de Saïd (Majd Mastouria), un chauffeur VTC, et lui propose de finir la soirée chez elle.

Comment filmer la danse ? comment filmer la transe ? Anthony Lapia tenait un beau sujet. Gaspar Noé l’avait approché dans Climax. Mais hélas il le gâche. Par manque de moyens : la dizaine de figurants recrutés pour le film peinent à donner l’illusion d’une rave party. Par manque d’ambitions : le scénario abandonne bien vite le dance floor pour se replier dans le studio de Félicie et y filmer un banal face-à-face.

Leurs dialogues sont caricaturaux et risibles. Le patronyme et la profession de Félicie – elle vient de passer le barreau – sont censés la caractériser : c’est une fille de la bourgeoisie qui a appris à s’accomoder cyniquement du « système » même si elle en récuse les règles in petto. Saïd est aussi grossièrement caricaturé : maghrébin, conducteur de VTC, révolté, il est prêt à tout casser pour laisser exploser sa colère.

After aurait pu se borner à filmer les corps. Sa durée réduite l’y aurait autorisé. Il y aurait eu beaucoup à en dire, beaucoup à en montrer. Mais comme son titre l’annonçait, After s’intéresse à ce qui vient après qui est hélas puissamment dépourvu d’intérêt.

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Viêt and Nam ★☆☆☆

Viêt et Nam s’aiment d’un amour pur. Les deux jeunes hommes travaillent dans une mine de charbon. L’un veut retrouver la dépouille de son père, un martyr de la guerre d’indépendance disparu avant sa naissance. L’autre rêve de fuir le Vietnam.

Pour son premier film, Minh Quý Trương nous raconte l’histoire de deux orphelins qui partagent le même manque d’amour et poursuivent la même quête. Le film se déroule au début des années 2000, dans un Vietnam rural qui n’a pas encore pris le virage de la modernité et qui reste hanté par son indépendance tout récemment acquise.

J’aurais dû écouter les avertissements me dissuadant d’aller voir ce film. D’autant que j’avais eu l’an passé une expérience malheureuse avec un film vietnamien similaire, L’Arbre aux papillons d’or, une interminable purge de près de trois heures qui m’avait plongé dans un sommeil hypnotique. Viêt and Nam a la même langueur et quasiment la même longueur, qui rappellent celles des films d’Apichatpong Weerasethakul, le cinéaste thaïlandais auréolé d’une Palme d’or. J’y ai peut-être moins dormi ; mais je m’y suis tout autant barbichonné.

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Drone ★★☆☆

Provinciale montée à Paris pour y finir ses études, Emilie (Marion Barbeau, première danseuse à l’Opéra de Paris avant d’être révélée par Klapisch dans En corps) a rejoint le séminaire d’un architecte renommé (Cédric Kahn). Elle travaille sous sa direction à la réhabilitation d’une usine désaffectée en banlieue parisienne. Elle finance ses études avec quelques séances tarifées de webcam.
Un beau jour, ou peut-être une nuit (!), Emilie se découvre observée par un drone silencieux. Qui se cache derrière cette machine, qui l’accompagne et la protège ? ses intentions sont-elles positives ou maléfiques ?

Drone est le premier film de Simon Bouisson, venu en débattre avec les spectateurs de la séance anglophone à laquelle j’ai assisté au Luminor, un cinéma du Marais menacé de fermeture. Il en a raconté la genèse et le déroulement du tournage.

Drone fait la part belle aux images aériennes, vertigineuses, souvent nocturnes. Ces images nous emportent, délestant le film de toute gravité, abolissant les dimensions. Pourtant, le film est grave qui raconte, en sous-texte, l’entrée dans l’âge adulte d’une jeune femme, ses premiers pas dans le monde du travail auprès d’un architecte vampirique, sa découverte tâtonnante de la sexualité avec la belle Mina… Cette dimension-là du film n’est pas sans charme même si elle a le défaut d’avoir été mille et une fois défrichée.

Le plus intéressant, revenons-y, est le drone, dont on peut se demander s’il est ou pas le personnage principal du film, comme son titre semble l’affirmer. La technologie est récente ; elle fait florès. Elle est surtout le symbole d’une société où l’image est devenue omniprésente, où la transparence est devenue la loi, où l’intimité est de plus en plus difficile à défendre. Emilie entretient une relation compliquée à l’image. Elle est camgirl. Elle accepte de montrer son corps à des inconnus sur Internet. Le fait-elle par exhibitionnisme ou par nécessité ? Le drone qui l’observe, c’est le male gaze qui pèse sur toutes les femmes dans l’espace public et dont elles aimeraient légitimement s’affranchir.

Le cinéma est un média scopique, une expression prétentieuse pour caractériser un fait simple : le cinéma sollicite notre regard. Plusieurs chefs d’oeuvre interrogeaient cette dimension-là : Fenêtre sur cour, Blow Up, Peeping Tom…. Drone ne boxe pas dans cette catégorie-là et n’a pas cette prétention. Son scénario évite la facilité paresseuse de laisser sans solution l’énigme autour de laquelle le film est construit. Pour autant, le dénouement surprenant sinon grandiloquent de Drone est maladroit.

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Toucher terre ★☆☆☆

La terre est un matériau de construction millénaire. Elle était déjà utilisée dans la vallée de la Mésopotamie onze mille ans avant Jésus-Christ. Aujourd’hui, si le béton domine, on redécouvre ses vertus.

La société Jupiter Films affiche un slogan audacieux : « Santé, Spiritualité, Connaissance ». Son catalogue contient des documentaires sur le bouddhisme zen, la permaculture ou l’intelligence des arbres. L’idée de ce documentaire a germé au sein de l’association Amàco, un centre d’expérimentation, de recherche, de formation et d’expertise spécialiste de la terre crue dans la construction et l’architecture, installé près de Bourgoin-Jallieu dans l’Isère.

D’une durée d’une heure et huit minutes à peine, qui ne le prédisposait guère à une sortie en salles, Toucher terre raconte l’histoire de l’utilisation de la terre crue dans la construction de la plus haute Antiquité à l’époque moderne. C’est une ressource abondante, aisément accessible, qui s’intègre bien dans son environnement, isolante et insonorisante, biodégradable. Son utilisation ne nécessite quasiment aucun outil et requiert une formation très simple. Le documentaire filme un chantier participatif où, sans aucun bruit de machine, un groupe d’hommes et de femmes construit lentement un mur en pisé.

Ce documentaire politiquement très correct n’intéressera guère que les passionnés d’architecture en terre crue. Les autres ne verront guère la nécessité d’aller le voir en salles, sinon, pour ceux d’entre eux à l’esprit le plus mal tourné, pour railler les bobos qui aiment fouler la boue à pied nus et jeter des mottes de terre sur un mur en érection (!).

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