Trois étés ★☆☆☆

Mada est la gouvernante d’une somptueuse résidence, nichée dans une crique sauvage en bord de mer. À la tête d’une nombreuse domesticité, elle veille sur ses patrons, Edgar et Marta, sur leur fils qu’elle a vu naître et qui part étudier à l’étranger, et sur le grand-père, qui perd gentiment la tête. Chaque été y est donnée une fastueuse réception. Mais les étés passent et ne se ressemblent pas ; car les malversations dont Edgar s’est rendu coupable lui valent d’être emprisonné, laissant Mada et ses collègues sans salaire et sans instructions.

Au Brésil, Noël tombe au cœur de l’été. Du coup, les fêtes y ont une saveur particulièrement exotique pour nous autres, habitants de l’hémisphère Nord. La réalisatrice Sandra Kogut choisit cette saison pour filmer, en trois épisodes, la chute programmée d’une famille.

On retrouve dans le rôle principal Regina Casé, une star de la TV brésilienne aux faux airs de Noémie Lvovsky. On l’avait déjà vue en 2015 interpréter un rôle similaire dans Une seconde mère. Les relations de domesticité sont un thème cher au cinéma latino-américain : le chilien La Nana (2009), l’argentin La Fiancée du désert (2017), le brésilien Les Bonnes Manières (2018).

Du coup, Trois Étés n’innove guère qui scrute, comme souvent déjà, les travers de la classe dirigeante à travers le regard porté par ceux qui la servent.

Autre défaut plus grave encore : il le fait avec un scénario elliptique, parfois difficile à suivre, qui connaît de brusques accélérations incompréhensibles et des ralentissements languissants (ainsi de cette scène interminable où un spot publicitaire est tourné dans la maison). Aucun des personnages n’est attachant : ni le gras Edgar qu’on voit s’enfermer peu à peu dans la spirale qui le conduira en prison, ni Lira, ce grand-père hagard aux rares éclairs de lucidité, ni surtout Mada elle-même dont la bonne humeur immarcescible, le débit de mitraillette et le rire créent vite une impression de lassitude.

Ni vraiment drôle, ni vraiment grave, Trois Étés échoue au milieu du gué.

La bande-annonce

Les Enfants du temps ★☆☆☆

Hodaka est un adolescent en rupture de ban qui a quitté son île natale pour aller vivre à Tokyo. Sans famille ni travail, il trouve refuge chez un échotier alcoolique pour lequel il rédige des articles pour la presse à sensation. L’un de ses reportages le conduit à enquêter sur les « filles-soleils », ces personnes aux dons surnaturels capables d’arrêter la pluie. Hodaka rencontre l’une d’entre elles, Hina, dont il tombe vite amoureux. Alors que la pluie tombe quasiment sans interruption sur la métropole tokyoïte, le couple monte un business juteux : proposer contre rémunération quelques rayons de soleil aux organisateurs d’un concert à ciel ouvert, à de jeunes mariés ou à un père qui veut jouer au parc avec sa fille…. Mais, Hina constate bien vite que l’invocation de ses pouvoirs surnaturels risque de menacer sa propre vie.

Makoto Shinkai est de retour trois ans après l’immense succès de son précédent film d’animation Your Name qui avait battu tous les records d’audience. Les Enfants du temps (la traduction est fidèle au titre japonais 天気の子 mais s’éloigne de l’astucieux et intraduisible titre international Weathering with you) sera immanquablement mesuré à l’aune de ce film précédent dont il reprend la graphie, l’histoire et jusqu’à la physionomie de ses personnages principaux.

On y retrouve les grands thèmes de Your name qui, vu depuis la France, rendent le cinéma japonais d’animation à la fois incompréhensible et fascinant. Au risque de me faire lancer des tomates, j’avancerais que c’est un cinéma puéril. Puéril dans sa forme : l’animation. Puéril dans son thème : le premier amour. Je vois d’ici les réponses, toutes fondées, que cette opinion suscitera : le cinéma d’animation comme la bande dessinée ne sont pas des sous-genres et peuvent toucher un public adulte ; l’amour fou est un thème indémodable qui ne connaît pas de classes d’âge. Je m’explique : en qualifiant ce cinéma de puéril, je n’entends pas le disqualifier, mais au contraire souligner combien il réussit à toucher un public extrêmement vaste « de 7 à 77 ans » comme le font d’ailleurs, en utilisant des ressorts similaires, les romans à succès de Murakami.

Le problème des Enfants du temps est que la comparaison avec Your Name tourne immanquablement à son désavantage. L’effet de surprise ne joue plus. L’étonnement suscité par Your name est retombé. La virtuosité de l’animation ne nous surprend plus. Et la passion dévorante – mais totalement dénuée de sensualité – qui unit les deux personnages principaux sent le réchauffé.

Les Enfants du temps a pour toile de fond les dérèglements climatiques. Mais certains critiques, notamment celui du Monde, auront noté qu’ils le traitent sur un mode surprenant. D’autant plus surprenant d’un point de vue japonais qui a tendance à donner la primauté au groupe sur l’individu. Nos héros, qui doivent sacrifier leur amour pour sauver le Japon des pluies diluviennes qui menacent de le submerger font un choix déconcertant. Bel exemple pour la jeunesse…

La bande-annonce

Radioactive ★☆☆☆

Marie Curie compte parmi les scientifiques les plus renommés de son temps. Née Maria Skłodowska, elle perd sa mère à l’âge de dix ans et rejoint à Paris sa sœur pour y poursuivre ses études. Diplômé de la faculté des sciences, elle rencontre Pierre Curie, l’épouse et mène avec lui des travaux sur la radioactivité. En 1903, à trente-six ans à peine, le prix Nobel de physique lui est décerné conjointement avec son mari et avec Henri Becquerel. Huit ans plus tard, elle reçoit seule le prix Nobel de chimie pour sa découverte du polonium et du radium.

Le paragraphe qui précède semble tout droit sorti de Wikipedia ? C’est – quasiment – le cas. Le problème est que Radioactive a les mêmes caractéristiques : vouloir nous raconter la vie de la grande femme. Il le fait avec une application qui frise l’académisme. Et quelques maladresses. La première est de faire parler tous les personnages uniformément en anglais. La deuxième : reconstituer les rues de Paris à la Belle Époque dans une anonyme ville d’Europe centrale (Budapest ?) en carton-pâte. La troisième : faire la part belle à la vie privée de Marie  au détriment de la description, à peine esquissée de ses découvertes. La quatrième : avoir inséré quatre flashwordards, aussi coûteux qu’académiques, pour montrer les conséquences qu’ont eues au vingtième siècle les découvertes de Marie Curie (la bombe d’Hiroshima, la catastrophe de Chernobyl mais aussi la radiothérapie).

Il n’y a pas grand chose à sauver dans ce gloubi-boulga anonyme que signe Marjane Satrapi. Où sont passés la verve, l’humour, la touche de l’auteur-réalisateur de Persépolis (2008) et de Poulet aux prunes (2011) ?

La seule à tirer son épingle du jeu est Rosamund Pike dans le rôle de Marie Curie. Toujours impeccable, malgré les maquillages qui la défigurent, l’ancienne James Bond Girl évite l’écueil qui aurait consisté à faire de Marie Curie une sainte en insistant paradoxalement sur son principal défaut (ou, du moins, sur le défaut que le film lui prête) : un orgueil, un égoïsme, un féminisme avant l’heure qui la conduisirent, malgré elle, à blesser ceux qui l’aimaient, à commencer par son mari, son amant, Paul Langevin, et sa fille aînée, Irène.

La bande-annonce

Vivarium ★★☆☆

Gemma (Imogen Poots) et Tom (Jesse Eisenberg) forment un jeune couple idéal. Elle enseigne dans une classe maternelle ; il travaille aux espaces verts. Ils cherchent, non sans mal, une maison pour s’y installer ensemble. Aussi, malgré leurs réserves sur son comportement bizarre, accompagnent-ils Martin, un agent immobilier, dans un lotissement de banlieue où ils visitent une petite maison sans charme. La visite tourne court avec la disparition de Martin qui laisse le jeune couple éperdu, incapable de trouver la sortie du lotissement.
Voilà Gemma et Tom pris au piège d’une maison qu’ils n’ont jamais voulu habiter et d’un colis qui, le lendemain matin, leur est livré, avec son déroutant contenu.

Vivarium est un film étonnant. À commencer par son titre dont le sens ne s’éclairera jamais vraiment, laissant le spectateur seul avec ses spéculations (ou moins seul si vous avez vu le film et acceptez de partager les vôtres avec moi en mp).
C’est un film hyperstylisé avec des décors incroyables. Un ciel à la Magritte avec ses petits nuages blancs floconneux. Une acoustique qui fait penser à un décor artificiel comme dans The Truman Show.
Et puis surtout Vivarium est un conte philosophique. Une métaphore cruelle de la vie. Une vie qui contraint un jeune couple à s’installer dans une habitation où il ne se plaît pas. À s’enfermer dans une routine aliénante. À s’épuiser dans l’éducation d’un enfant hystérique. Et on se taira ici, pour conserver le suspense, sur l’issue de cette vie absurde et aliénée.

Le sujet de Vivarium et son traitement rappellent un épisode de Black Mirror, l’anthologie britannique qui place ses personnages dans un futur dystopique souvent cauchemardesque.
Son pitch est séduisant en diable et sa bande-annonce met l’eau à la bouche. Mais, passé la première demi-heure et nos deux héros coincés dans leur « jour sans fin », Vivarium peine à relancer l’histoire. Le scénario, trop plat, n’y parvient pas. Du coup, ce qui aurait sans difficulté meublé quarante-cinq minutes d’un épisode de série ne tient pas la distance des quatre-vingt dix minutes d’un film.

La bande-annonce

Un fils ★★★☆

Fares (Sami Bouajila dont la carrière depuis trente ans n’est pas sans rappeler celle de Roschdy Zem, le César du meilleur acteur en moins), Meriem (Najla Ben Abdallah) et leur fils Aziz appartiennent à la classe aisée tunisienne. Cette famille heureuse, en week-end dans le Sud du pays, à une encablure de la Libye que la guerre civile déchire en cet automne 2011, tombe dans une embuscade. Aziz prend une balle perdue. Transporté à l’hôpital, il doit d’urgence recevoir une greffe de foie. Son père est bien entendu volontaire….

Un fils commençait mal. Une affiche hideuse. Une bande-annonce confuse. Et puis un sous-texte qu’on sent venir à cent pas à la ronde : qu’est ce qu’être père ? les liens du cœur sont-ils plus forts que les liens du sang ?

Par les miracles d’un scénario étonnant, qui réussit tous les quarts d’heure à renverser les perspectives et à relancer l’action, Un fils maintient tout du long la pression. J’ai rarement été aussi happé dans une histoire à laquelle on aurait tort de reprocher son manque de crédibilité : son arrière-plan déchirant est celui des révolutions arabes, en Tunisie ou en Libye, où les comportements les plus sordides sont devenus hélas possibles. J’ai rarement eu autant d’empathie pour les personnages, pour ce père noyé dans sa colère, pour cette mère perdue dans sa culpabilité.

Un fils aurait mérité quatre étoiles. Une récompense que je réserve aux « grands » films voués à rester dans les mémoires comme le seront à mon sens 1917 ou Scandale ce trimestre. Un fils sera hélas oublié fin 2020 à l’heure des palmarès. C’est bien dommage car c’est un film remarquable.

La bande-annonce

La Bonne Épouse ☆☆☆☆

La famille Van der Beck dirige depuis plusieurs générations, dans une demeure cossue des Vosges, une école ménagère qui enseigne à quelques jeunes filles à devenir de bonnes épouses. Mais quand son directeur (François Berléand) décède brutalement, il revient à son épouse (Juliette Binoche) de reprendre seule les rênes de l’établissement. Pour la seconder, elle ne peut guère compter que sur sa belle-sœur (Yolande Moreau), chargée des cours de cuisine, et sur une religieuse (Noémie Lvovsky) pénétrée des préceptes d’un autre temps. Le défi s’annonce difficile à relever : l’établissement se révèle grevé de dettes et le vent de révolte qui balaie la France en mai 68 pousse les jeunes filles à la rebellion. Mais Paulette van der Beck peut compter sur le soutien de son banquier (Edouard Baer) qui fut jadis son premier amour.

Les écoles ménagères ont existé. On y enseignait à des jeunes filles d’origine souvent modeste, auxquelles l’accès à l’enseignement général avait été refusé la cuisine, la couture, la puériculture, l’hygiène…

Dans une veine qui n’est pas sans rappeler Les Choristes de Christophe Barratier, Martin Provost (Sage femme, Violette, Séraphine…) en ressuscite la mémoire pour gentiment s’en moquer. La cible est facile tant rétrograde était l’enseignement qui y était dispensé. Considérer La Bonne Épouse comme un brûlot féministe à l’heure où #MeToo et l’affaire Polanski rebattent les cartes des relations hommes-femmes est sans doute excessif. Sa seule ambition est de faire rire.

Et c’est bien là que le bât blesse. Il y a certes dans le film quelques scènes drôles. Sa bande-annonce les a pour la majorité déflorées. Dans une salle remplie de spectateurs hilares du troisième âge, les outrances de Juliette Binoche (dont je ne comprends, après l’avoir vu dans le calamiteux Ma Loute, comment on peut penser qu’elle ait le moindre potentiel comique), les roucoulades de Yolande Moreau, les beuglantes de Noémie Lvovsky et la partition sans surprise d’Edouard Baer ne m’ont pas arraché un sourire. Est-ce le signe que je suis désespérément cul-serré ? ou – hypothèse plus optimiste que je préfère largement – que je n’ai pas encore atteint l’âge où ces pitreries pas drôles me feront rire ?

La bande-annonce

Chut…! ★☆☆☆

Alain Guillon et Philippe Worms ont posé leur caméra à la bibliothèque municipale de Montreuil pendant plusieurs mois. Ils y ont filmé une équipe de jeunes bibliothécaires, dynamiques et conscientisés, un public bigarré qui vient y chercher qui un livre, qui un endroit pour travailler, qui un lieu chaud pour s’abriter des frimas de l’hiver. Ils y ont filmé Ahmed, le sympathique agent d’accueil qui a un mot gentil pour chacun et un tour de magie pour tous. Ils y ont filmé les expositions temporaires, les cours d’initiation à l’informatique pour les seniors et les ateliers de conversation pour les apprenants de la langue française.

Chut…! souffre de l’ombre portée de Ex Libris l’immense documentaire que Frederik Wiseman, sans doute le plus grand documentariste vivant, avait consacré, il y a deux ans à peine à la New York Public Library. New York vs. Montreuil, 3h18 vs. 1h47, Wiseman vs. Guillon & Worms : le match était perdu d’avance.

Chut…! est construit autour d’un joli paradoxe annoncé par son titre et par son affiche. Une bibliothèque municipale n’est pas une cathédrale silencieuse vouée au culte intimidant du savoir. C’est un lieu de vie où les populations se rencontrent, un oasis de gratuité dans nos sociétés capitalistes, un espace de valorisation respectueuse de toutes les cultures dans une ville bigarrée marquée par les vagues successives d’immigration malienne et indochinoises et en voie de boboïsation avancée.

Difficile de trouver à redire à ces beaux principes. Difficile de ne pas se laisser séduire par les jeunes bibliothécaires, pleins d’enthousiasme, qui vivent leur métier avec une telle foi, comme si chaque jour était le premier.

Difficile aussi, quand on est un vieux scrogneugneu comme moi, de ne pas trouver un peu excessif le déploiement d’autant de bien-pensance.

La bande-annonce

Si c’était de l’amour ★☆☆☆

Le documentariste autrichien Patric Chiha, déjà remarqué pour Brothers of the Night sorti début 2017, a filmé Crowd, la création de la chorégraphe Gisèle Vienne pour quinze danseurs. Crowd raconte l’histoire de participants à une rave party qui évoluent au ralenti et tissent entre eux des relations d’amour et de haine, exacerbées par la musique rythmique, le bruit assourdissant, l’épuisement.

Patric Chica a filmé la pièce ; il l’a suivie en tournée ; il a filmé les danseurs. Mais Si c’était de l’amour ne ressemble en rien à un documentaire qui filmerait les levers de rideaux, les coulisses, les danseurs angoissés avant le spectacle ou délivrés après.

Si c’était de l’amour gomme la frontière entre le spectacle et ses coulisses. Il nous explique combien les acteurs peinent à faire la différence entre l’un et l’autre. Il montre ce qu’ils apportent sur le plateau et ce qui les lestent quand ils le quittent. Il procède par plans très serrés, filmant les corps au plus près comme jamais on ne les voit depuis la salle, fût-on assis au premier rang.

Si c’était de l’amour nous fait découvrir une pièce magnifique et nous plonge dans les arcanes de sa création. Il est moins convainquant dans son autre volet : les confessions successives et vite répétitives des danseurs ne nous apprennent pas grand chose sur la beauté de leur art.

La bande-annonce

Oskar et Lily ★★☆☆

Oskar, Lily et leur mère sont réfugiés tchétchènes. Ils vivent en Autriche depuis six ans et se sont bien intégrés. Leur père a été expulsé. Et ils sont sur le point de l’être quand la police vient les arrêter. Pour retarder leur expulsion, leur mère fait une tentative de suicide qui conduit à son hospitalisation et à leur placement dans deux familles d’accueil. Oskar est recueilli par une famille de professeurs bobos écolos vegans, imbus de leur bonne conscience, qui ont un enfant en bas âge et hébergent une grand-mère parkinsonienne. Lily, elle, est placée chez une femme célibataire en mal de maternité.

Le pitch d’Oskar et Lily, son affiche, son sous-titre m’inspiraient les plus expresses réserves. Pour être honnête, il ne figurait pas parmi mes priorités de la semaine. Mais, ma boulimie cinéphilique du week-end – en attendant que le niveau 3 du Covid-19 ne ferme les salles – l’a placé sur mon chemin. Dois-je le regretter ?

Certes Oskar et Lily n’a pas l’âpreté de Illegal, un formidable film belge de Olivier Masset-Depasse, sorti en 2010, avec Anne Coesens et hélas passé inaperçu qui mettait en scène une mère russe et son fils sous le coup d’un arrêté d’expulsion – un film auquel je me suis longuement référé dans ma communication « Schengen au cinéma » aux VIIèmes rencontres Droit et cinéma de La Rochelle en 2014 (c’était ma minute d’auto-promotion) . Il n’a pas non plus celle de Oleg, sorti l’automne dernier, qui mettait en scène un immigré letton quasiment réduit à l’esclavage en Belgique.

Mais Oskar et Lily parvient à dépasser son point de départ misérabiliste. Certes, le film nous réserve son lot de séparations dramatiques et de retrouvailles larmoyantes. Certes, les deux jeunes enfants portent une image un peu trop lisse, un peu trop parfaite. Mais Oskar et Lily ne sombre pas dans la mièvrerie ni dans le manichéisme. Le mérite en revient largement aux deux jeunes acteurs qui, bien dirigés, évitent le cabotinage.

La bande-annonce

Monos ★★★☆

Les Monos forment une escouade d’enfants-soldats aux noms de guerre : Perro, Lobo, Patagrande, Lady, Sueca, Rambo, Boom-Boom, Pitufo… Stationnés au sommet d’une montagne, au-dessus des nuages, dans un froid désolant, ils sont chargés de surveiller une otage américaine. Ils n’ont pour seul lien avec leur hiérarchie que les visites ponctuelles d’un gradé, un nain autoritaire, qui vient les inspecter et les ravitailler. Livrés à eux-mêmes, les enfants chassent l’ennui comme ils le peuvent.

La Colombie n’est pas réputée pour être une terre de cinéma. Pourtant, nous viennent ponctuellement de ce pays d’Amérique latine, plus connu pour sa cocaïne et son café que pour ses films, de temps en temps quelques réalisations remarquables. Après Matar a Jesús, sorti au printemps 2019, qui mettait en scène une jeune fille des beaux quartiers de Medellin et le sicario qui avait exécuté  son père, nous arrivent sur les écrans français, à moins de deux semaines de distance deux films de Colombie qui nous présentent deux facettes antagonistes de ce pays kaléidoscopique. Sorti le 19 février, Une mère incroyable se déroule dans les gratte-ciels de Bogota et dresse le portrait d’une femme, écartelée entre le cancer terminal de sa mère et l’éducation de son fils qu’elle doit assumer seule.

Monos est tout l’inverse. Il a pour cadre les hauts plateaux andins, avant de plonger, par une ellipse saisissante, dans la touffeur de la jungle amazonienne. Pèsent sur lui le souvenir écrasant de Apocalypse now (la folie de la guerre au cœur des ténèbres équatoriaux), Aguirre, la colère de Dieu (la jungle amazonienne qui rend fou) et Sa majesté des mouches (l’incroyable cruauté d’enfants abandonnés à eux-mêmes). Mais il réussit néanmoins à laisser entendre sa voix originale.

Le pitch du film est si puissant que Monos courait le risque de la paresse : faire du sur-place, nous montrer jusqu’à l’ennui, une troupe d’enfants-soldats qui s’ennuie. mais le scénario évite ce péril et raconte une histoire qui nous maintient en haleine du début jusqu’à la fin. Une fin haletante et admirable où se dénouent tous les fils narratifs entrelacés par le récit et qui pose une question d’une brûlante actualité : que faire de ces enfants détruits lorsqu’ils reviennent à la vie civile ?

La bande-annonce