Lupin ★☆☆☆

Assane Diop (Omar Sy) est orphelin. Vingt ans plus tôt, son père est mort en prison, dans d’obscures circonstances, après avoir été injustement soupçonné du vol du Collier de la reine, propriété de ses patrons, M. et Mme Pellegrini. Assane a grandi solitairement. Fan d’Arsène Lupin dont il a lu toutes les Aventures, il utilise ses dons pour la cambriole pour commettre, toujours avec élégance, mille larcins. Quand on annonce que le Collier de la reine a été retrouvé et qu’il sera bientôt mis en vente, Assane n’a plus qu’une idée en tête : le dérober afin de laver l’honneur de son père.

Les cinq premières épisodes de la série Lupin arrivent sur Netflix avec tambours et trompettes. Rassemblant quelques unes des plus grandes stars du moment, soigneusement choisies pour séduire toutes les tranches d’âge (Omar Sy, l’acteur préféré des Français, Clotilde Hesme pour les trentenaires, Ludivine Sagnier pour les quadragénaires, Nicole Garcia pour les plus vieux, Shirine Boutella et Soufiane Guerrab pour les plus jeunes), tournée dans les décors les plus touristiques qui soient (le Louvre, le jardin du Luxembourg, la falaise d’Étretat), la mini-série affiche sans détour ses intentions : séduire le plus large public, en France et au-delà.

Y est-elle parvenue ? Les avis se déchirent depuis deux jours, prenant parfois une dimension polémique lorsque les récentes positions défendues par Omar Sy dans le débat public sont évoquées. D’un côté, les plus enthousiastes se réjouissent de retrouver le plaisir régressif qu’ils avaient pris, enfant, à la lecture des romans de Maurice Leblanc et/ou à la vision de la série avec Georges Descrières (dont les plus âgés se souviennent tous du générique chanté par Jacques Dutronc). De l’autre, les plus chagrins reprochent à Lupin sa vulgarité, l’accumulation des clichés, la pauvreté des dialogues téléphonés et son rythme poussif.

Je me classe hélas dans cette seconde catégorie.
Bien sûr, j’ai ressenti ce petit frisson régressif à retrouver le « gentleman cambrioleur » – dont le machisme revendiqué de mâle blanc cisgenre pourrait légitimement encourir les foudres de la génération #MeToo. Je me suis aussi laissé bluffer à la distribution brillante, au sourire séducteur d’Omar Sy et à l’argent dépensé sans compter dans une réalisation qui n’a pas mégoté son budget. Mais le plaisir fut de courte durée.

Lupin reprend les codes des romans-feuilletons et des vieilles séries. Ses personnages sont archétypiques : le gentleman cambrioleur, l’ignoble milliardaire, la jolie jeune femme, l’ami fidèle…. Hélas, le temps a passé et les modes ont changé. L’œil du spectateur, qui en a beaucoup vu, a évolué. Depuis le début du vingt-et-unième siècle et la multiplication des séries américaines, les personnages ont gagné en profondeur, les intrigues sont sans cesse plus complexes. Le temps n’est plus des personnages tout d’une pièce. Les intrigues tracées d’avance ne séduisent plus.

Le casse du Louvre par lequel commence la série s’annonçait spectaculaire. Hélas, tout le déroulement nous en est révélé par avance. Et le tour de passe-passe par lequel il se termine est tellement prévisible qu’il ne nous surprend pas.

Autre exemple dans le deuxième épisode : Quand Assane Diop recueille les dernières volontés d’un mourant qui lui demande de faire sourire sa femme, la scène suivante, où notre héros, fidèle à sa parole, laisse à la veuve un diamant, est insupportable. Elle l’est encore plus quand, en voix off, résonnent une seconde fois les paroles du mourant – au cas où on n’ait pas compris qu’il s’agisse de sa veuve.

Dernier élément à charge : avoir flanqué notre héros d’un gamin, avec lequel il essaie tant bien que mal de renouer une relation que sa séparation avec sa mère a mis en péril, pèse une tonne et mérite incontestablement la palme de la plus éculée idée de scénario.

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Pieces of a Woman ★★☆☆

Martha Carson (Vanessa Kirby) va accoucher. En plein accord avec son mari, Sean (Shia LaBeouf), elle a opté pour un accouchement à la maison. Hélas les choses tournent mal et sa petite fille décède à la naissance. Pour Martha commence un impossible travail de deuil qui l’oblige à reconsidérer sa relation avec son mari et avec sa mère envahissante (Ellen Burstyn) et qui culminera dans le procès de sa sage-femme accusée de négligence.

En concluant la critique de La Lune de Jupiter, le précédent film de Kornél Mundruczó, j’avais prédit à ce jeune et brillant réalisateur hongrois un avenir tout tracé à Hollywood, aux manettes de Fast & Furious 10 ou Star Wars 11. Je ne m’étais pas trompé de beaucoup. Kornél Mundruczó a bien été repéré à Hollywood ; mais il n’y a pas été recruté pour y tourner un énième blockbuster mais plutôt un drame intimiste pour Netflix qui, décidément, accroche à son tableau de chasse toutes sortes de trophées.

Il pourrait s’agir d’une pièce de théâtre dont l’action ne quitte guère une poignée de décors : la maison des Carson où, pendant un magistral plan séquence de près d’une demie heure, on assiste à un accouchement dont on sait déjà la funeste issue, la maison cossue de la mère de Martha où toute la famille va se déchirer, le tribunal où se déroule le procès d’Eva la sage-femme…

Mais à la différence du Blues de Ma Rainey dont j’ai dit tant de mal, Pieces of a Woman n’est pas prisonnier de son dispositif. L’action a beau y être très statique, on n’a jamais le sentiment de s’engluer dans ces longs tunnels de dialogues étouffants qui lestent d’une tonne les adaptations des pièces de August Wilson. Le mérite en revient à la caméra virevoltante de Kornél Mundruczó qui, sans jamais nous donner la nausée, réussit à rendre vivantes des scènes qui couraient le risque de l’engourdissement. Le mérite en revient aussi au trio d’acteurs en tête d’affiche : Vanessa Kirby dans le rôle de la parturiente, dont la beauté hors normes occultait jusqu’à présent la qualité de son jeu (son rôle lui a valu la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise), Shia LaBeouf qui réussit lentement à s’extraire des rôles de jeune premier dans lesquels sa carrière menaçait de s’enliser et Ellen Burstyn en douairière toxique.

Pourtant, malgré ses évidentes qualités, Pieces of a Woman ne m’a pas autant touché que je l’aurais imaginé. Je suis resté extérieur aux tourments de son héroïne. J’ai assisté en spectateur à son accouchement sans en ressentir au tréfonds de mon être la douleur. Je n’ai pas communié à son deuil. Une spectatrice aurait-elle différemment réagi ?

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De grandes espérances (1998) ☆☆☆☆

Finn est un orphelin, passionné par le dessin, élevé par son oncle dans une petite ville côtière de Floride. Il aide un forçat (Robert De Niro) à fuir la police,  rencontre une riche veuve (Anne Bancroft) et tombe éperdument amoureux de Estella, sa protégée.
Devenu adulte, Finn (Ethan Hawke) expose ses toiles à New York grâce à la dotation qui lui est versée par un mystérieux avocat et retrouve Estella (Gwyneth Paltrow).

Avant de devenir un immense cinéaste, couronné deux fois par l’Oscar du meilleur réalisateur (en 2014 pour Gravity et en 2019 pour Roma), Alfonso Cuarón a fait ses premiers armes à Hollywood où la Twentieth Century Fox lui avait confié le soin de réaliser une nouvelle adaptation de De grandes espérances. Le défi était audacieux : l’adaptation du célèbre roman de Charles Dickens par David Lean en 1946 passait pour indépassable. Force est hélas de constater que la version de 1998 d’Alfonso Cuarón ne l’a pas dépassée. Loin s’en faut…

Le parti pris est celui d’une transposition de l’intrigue dickensienne à l’époque moderne. On quitte le Kent pour la Floride, Londres pour New York. Pip est rebaptisé Finn – alors qu’Estella garde son nom – son oncle n’est plus forgeron mais pêcheur, etc…

Le studio s’était assuré d’un brillant casting. Les rôles de Finn et d’Estella étaient confiés à deux étoiles montantes : Ethan Hawke, bellâtre mou et fade, et Gwyneth Paltrow, d’une maigreur maladive mais d’une irradiante beauté. Pour les entourer, on leur adjoignait deux valeurs sures : Anne Bancroft, la cougar du Lauréat, et Robert De Niro, qui n’avait pas encore entamé la lente déchéance qui allait caractériser sa filmographie pendant les vingt années suivantes.

Hélas, rien ne marche dans ce film. À qui la faute ? À l’académisme de la réalisation ? À la mièvrerie des deux acteurs principaux ? Aux vingt années écoulées depuis la sortie de ce film qui m’aurait peut-être apparu moins démodé si je l’avais vu dès sa sortie ? Ou – osons avancer cette hypothèse sacrilège – à la désuétude d’un roman surcoté qui prend plus de cinq cents pages pour délivrer un message qui tient en une phrase : « La vie déçoit souvent les espérances qu’elle a fait naître ».

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Mulan ★☆☆☆

La jeune Hua Mulan, l’aînée de deux sœurs, vit dans un village retiré de la Chine du nord entourée de l’affection de ses parents. Garçon manqué, elle possède des dons cachés pour le combat qui ne s’avèrent guère compatibles avec le mariage auquel elle est promise.

Tout change avec la conscription décrétée par l’Empereur pour faire face à une invasion barbare. Mulan s’enrôle à la place de son père vieillissant et malade. Au régiment, fondue dans une bande de jeunes conscrits sympathiques, elle doit non sans mal cacher son sexe et ses incroyables talents. Ils s’avèreront pourtant décisifs dans le combat que l’Empereur va mener contre les hordes de Böri Khan.

La production de Mulan, le dernier blockbuster Disney en date, fut laborieuse. L’idée de retourner en prise de vues réelles le film d’animation des années 90 a une dizaine d’années. Mais elle a mis du temps à se concrétiser. En particulier, Disney s’est vu accusé de whitewashing : on lui reprochait de vouloir confier à des acteurs blancs le rôle de personnages qui ne l’étaient pas. Si la réalisation fut finalement confiée à une néo-zélandaise, tout le casting fut tenu par des acteurs chinois, du continent ou de la diaspora, tels Gong Li rapatriée de Singapour ou Jet Li, grimé et vieilli, qu’on peine à reconnaître.

Prévue depuis près de deux ans le 27 mars 2020, la sortie mondiale de Mulan a dû être repoussée in extremis à cause de la pandémie de Covid. La date du 24 juillet 2020 est alors envisagée. Mais les cinémas américains étant encore fermés à cette date, les studios Disney y renoncent, suscitant la colère des exploitants de salles du monde entier qui l’attendaient impatiemment et ont dû se contenter du seul Tenet pour attirer cet été-là les spectateurs en salles. Finalement, le film sera distribué sur la toute nouvelle plateforme de streaming Disney +, à partir du 7 septembre aux Etats-Unis, trois mois plus tard en France. Mulan ne sortira en salles que dans les pays, tels la Chine, où Disney + n’est pas accessible.

Qu’en dire ? Pas grand chose de positif hélas.
Le film a coûté deux cents millions de dollars. Et tout cet argent se voit. Chaque plan, retravaillé à la palette graphique par quelques milliers d’animateurs, se veut plus beau, plus léché, plus ébouriffant que le précédent.
Le dessin animé valait par sa musique : Reflection, I’ll Make a Man Out of You, True to your Heart… Le film a renoncé à ses longs tunnels chantés décidément passés de mode.

Comme il est d’usage, Mulan promeut les valeurs Disney revisitées à la sauce confucéenne : le respect de la famille mâtiné ici d’un féminisme inoffensif qui proclame que les filles ne doivent pas se censurer et peuvent exercer des métiers réservés aux hommes.
Mulan baigne dans cette morale gentillette qui ne provoque guère d’émotion ni ne stimule l’intelligence. Réussit-il mieux du côté de l’action ? Guère. Le film est divisé en trois parties. La première, interminable, voit la jeune fille grandir dans sa famille. La deuxième, initiatique, la transporte dans le régiment qu’elle a rejoint où elle apprend l’usage des armes. La troisième la voit enfin, durant deux scènes de bataille épiques saturées d’effets spéciaux, affronter les Barbares et sauver l’Empire.

Aurait-on vu Mulan en salles, on se serait consolé de son ennui en se disant qu’il aurait plu aux enfants/filleul.e.s/ neveux ou nièces qu’on y aurait accompagnés. Mulan regardé dans son canapé ou, pire, sur son téléphone mobile, n’a en revanche même pas cet intérêt.

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Soul ★★☆☆

Professeur de musique dans un collège new yorkais, Joe Gardner a une passion, le jazz, et une ambition, rejoindre le groupe de Dorothea Williams. Alors qu’il est sur le point de réaliser son rêve, il est victime d’un accident qui le laisse pour mort. Son âme, en route vers l’Au-delà, réussit à s’échapper vers l’En-deçà, où les âmes à naître reçoivent une dernière formation avant de se voir délivrer le badge qui leur permettra d’arriver sur Terre. James se voit assigner la tâche de former 22, une âme particulièrement rebelle qui refuse de naître. Les deux personnages, aux intérêts symétriques, concluent un pacte : James profitera du badge de 22 pour réintégrer son enveloppe corporelle. Mais rien ne se passe comme prévu.

Le dernier Pixar nous parvient enfin après un parcours bien chaotique. Sa sortie en salles était prévue l’été dernier. Repoussée à l’automne, elle fut finalement annulée à cause de la pandémie. C’est donc uniquement sur la plateforme Disney + que Soul est visible depuis le 25 décembre. Maigre consolation : à la différence de Mulan, qui exige des abonnés à Disney + le paiement d’une séance spéciale, Soul leur est accessible sans obole supplémentaire.

Soul est signé par Pete Docter, le créateur de légende des studios Pixar qui avait déjà écrit et réalisé Monstres et Cie, Là-haut et Vice-versa. On y retrouve sa patte. Comme dans ses précédents films, des questions métaphysiques y sont brassées : la vie après la mort, le sens de la vie, la vocation…. Comme dans ses précédents films, il relève le plus audacieux des défis : matérialiser l’immatériel, donner à voir ce qui ne saurait être vu.

Mais l’alchimie ne fonctionne pas aussi bien dans Soul que dans Là-haut ou dans Coco qui avaient arraché des larmes à tous les spectateurs de la planète. L’émotion n’est pas au rendez-vous cette fois-ci.

Soul se présente comme un film sur le jazz où on entend pas beaucoup de musique. Il se présente aussi comme un film sur l’âme qui s’englue dans un salmigondis New Age ni convaincant ni émouvant. Et il pèche par un dernier défaut : un scénario confus, mal séquencé, qui s’achève en queue de poisson, comme un coureur de demi-fond qui n’aurait pas su trouver le bon rythme.

Ne mégotons pas. Soul a l’immense vertu de traiter un sujet original et ambitieux, loin des suites paresseuses auxquelles même Pixar s’est désormais converti. Il le fait avec une richesse visuelle assez bluffante, qu’il s’agisse des scènes new yorkaises ou de l’En deçà psychédélique. Mais dans la longue liste des chefs d’œuvre Pixar, il est à craindre que Soul pâtisse de la comparaison avec Là-haut ou Coco plus réussis.

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The Crown – saison 4 ★★★★

The Crown est de retour. Un an après sa troisième saison, voici la quatrième dont la sortie en France a fort opportunément coïncidé avec le deuxième confinement.

On y retrouve tous les personnages qu’on connaissait déjà : la reine bien sûr, impeccablement interprétée par Olivia Colman, son mari, le duc d’Édinbourg, que les réalisateurs n’ont pas voulu dépeindre aussi réac qu’on le dit être, sa sœur Margaret, de plus en plus alcoolique, ses enfants, Anne, la préférée de son père, Charles, le mal aimé, etc.

La saison 4 raconte les années 80, dont les vieux quinquagénaires de mon espèce ont gardé un souvenir vibrant. Elles voient apparaître autour de la reine – comme l’illustre l’affiche de la saison 4 – deux personnalités importantes. D’un côté Margaret Thatcher, Premier ministre de 1979 à 1990, qui engagea le pays dans une révolution libérale qui le guérit de la récession dans laquelle il était englué mais qui en aggrava ses inégalités sociales. L’actrice américaine Gillian Anderson prend un plaisir communicatif à caricaturer la Dame de fer dont l’image sort sérieusement écornée de cet étrillage en règle. Un épisode est consacré au conflit frontal qui l’oppose à la Reine au sujet des sanctions décidées par le Commonwealth contre le régime sud-africain d’apartheid.

L’autre personnalité dont on attendait impatiemment l’arrivée est bien entendu Lady Di. Le parti a été pris de pousser la ressemblance à son paroxysme – comme d’ailleurs pour quasiment tous les personnages de la série. La jeune Emma Corrin s’en sort avec les honneurs, qui réussit à dresser le portrait d’une jeune fille névrosée, projetée trop jeune dans un milieu hostile qui réussit fort bien ses débuts à Balmoral où Philippe l’adoube. Mais elle souffrit bien vite de la froideur de son époux qui ne l’aimait pas et ne l’aimera jamais – même si une visite officielle en Australie laisse apercevoir l’espoir d’une trop courte réconciliation. On assiste à son éclosion et à son accession inattendue – et fort peu méritée – au statut de star planétaire.

Le Prince Charles est sans doute le personnage qui s’en sort le plus mal. D’ailleurs son personnage est devenu un sujet politique outre-Manche. Il faut saluer la prestation de Josh O’Connor dans ce rôle ingrat qui réussit à rendre le prince de Galles à la fois attachant et horripilant. Déjà dans la saison 3, on avait touché du doigt le besoin éperdu d’amour et de reconnaissance dont l’héritier du trône était sevré. Dans la saison 4, on le retrouve indéfectiblement lié à Camilla Parker-Bowles qui fut tour à tour sa première amante puis sa maîtresse – et qui deviendra, on le sait, son épouse après la mort de Lady Di. Marié trop hâtivement à la jeune Diana, de treize ans sa cadette, pour le seule motif qu’il devait à tout prix, à trente ans bien sonnés, convoler en justes noces et donner à la Couronne un héritier, Charles ne connut aucune félicité avec son épouse. Pire, il revécut auprès de Lady Di ce qu’il vivait depuis sa naissance dans l’ombre de sa mère : le douloureux sentiment d’être éclipsé par plus brillant que lui.

Deux saisons restent à tourner dont la diffusion pourrait avoir lieu dès 2021. Le casting en sera entièrement renouvelé. On annonce Imelda Staunton dans le rôle d’une Elizabeth II vieillissante, Dominic West (The Wire, The Affair) dans celui du Prince Charles et la vertigineuse Elizabeth Debicki dans celui de Diana. On en salive d’avance…

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Le Blues de Ma Rainey ★☆☆☆

À Chicago, pendant l’été 1927. « Ma » Rainey (Viola Davies), surnommée, « la mère du blues » est au sommet de sa gloire. Elle doit enregistrer un disque dans le studio de son producteur. Ses musiciens l’attendent en discutant. Parmi eux, Levee (Chadwick Boseman) affiche fièrement ses rêves d’émancipation. Quand la diva arrive enfin, flanquée de son neveu bègue dont elle exige qu’il participe à l’enregistrement et d’une débutante à laquelle Levee fait du rentre-dedans, la tension est à son comble.

Le Blues de Ma Rainey est un produit Netflix à haute valeur ajoutée. C’est l’adaptation d’une pièce du grand dramaturge August Wilson, dont l’œuvre décrit les conditions de vie des Noirs en Amérique au XXème siècle. Fences, prix Pulitzer, avait été adapté par Denzel Washington en 2016 et avait valu à Viola Davis l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. On ne change pas une équipe qui gagne : c’est Denzel Washington qui produit Le Blues de Ma Railey et c’est Viola Davis qui en interprète le rôle principal.

Le Blues… a les mêmes qualités et les mêmes défauts que Fences. Fences était une radioscopie des années cinquante ; Le Blues… documente les années vingt, le Cotton Club, la Harlem Renaissance qui voient une bourgeoisie noire en pleine ascension sociale s’installer avec sa musique (le blues, le jazz, le charleston, le black bottom…) dans les États du Nord des Etats-Unis. Cette aisance matérielle fraîchement acquise n’occulte pas les traumatismes encore récents que cette minorité a vécus. C’est au personnage de Levee de le rappeler dans la scène la plus poignante du film où il raconte l’agression subie par sa mère quelques années plus tôt dans le Sud.

Le problème du Blues – comme celui de Fences – est d’être trop fidèle à la pièce dont il est tiré et d’en respecter scrupuleusement l’ordonnancement figé. La conséquence  est de nous infliger d’interminables dialogues auxquels des mouvements de caméra certes virtuoses ne parviennent pas à donner un peu de vie. On comprend vite qu’on ne sortira guère de ce studio confiné à l’atmosphère surchauffée et on n’a d’autre alternative que de prendre son mal en patience en attendant que des personnages stéréotypées (la diva toquée, le trompettiste révolté, l’impresario mielleux, la starlette allumeuse…) aillent au bout de leur rôle. Le film/la pièce se conclue par un coup de théâtre dramatique assez peu plausible dont le seul intérêt semble être d’avoir essayé de lui donner le piment qui lui manque.

Le Blues de Ma Rainey est le dernier film de Chadwick Bosmean, le héros de Black Panther, mort à quarante-trois ans seulement d’un cancer de colon qui y fait une ultime apparition, les traits défigurés par la maladie.

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Mort à 2020 ★★☆☆

Pour fêter – si l’on ose dire – la fin de l’année 2020, bien vite consacrée la « pire de l’histoire  » – en oubliant les deux guerres mondiales et leurs cohortes de fléaux – les créateurs de Black Mirror, Charlie Brooker et Annabel Jones, ont réalisé pour Netflix un vrai-faux documentaire. On y trouve, comme c’est la règle dans ce genre de documentaires, une alternance d’images d’archives et d’interviews d’experts ou de grands témoins. Les premières sont vraies qui, comme le font les meilleures rétrospectives (et les meilleurs bêtisiers) nous permettent, durant les fêtes, de revisiter devant un feu de bois les moments les plus marquants de l’année. Mais les secondes sont jouées par des acteurs : on reconnaît Hugh Grant dans le rôle d’un historien britannique imbu de lui-même parsemant ses commentaires de références à Game of Thrones ou au Retour du Jedi, Samuel Jackson dans celui d’un journaliste d’investigation d’un grand quotidien new yorkais, Lisa Kudrow dans celui d’une porte-parole de Trump qui profère les pire contre-vérités sans se laisser démonter, etc.

Death to 2020 vaut par ce qu’il nous montre et par ce qu’il ne nous montre pas.
Il se focalise sur trois événements : la pandémie du Covid-19, le mouvement Black Lives Matter et les élections américaines. Death to 2020 ne se prive pas de tourner en ridicule Donald Trump, qu’il s’agisse de ses décisions face au Covid-19, dont il a longtemps sous-estimé la dangerosité, ou de son entêtement à nier contre toute raison le résultat des urnes. Mais il décoche aussi quelques flèches à Joe Biden dont il se moque de l’âge. Tous ces événements sont racontés sur le même mode sarcastique qui deviendrait répétitif si Death to 2020 durait plus de soixante-dix minutes.

Death to 2020 vaut aussi par ce qu’il ne nous montre pas. Il est emblématique d’une vision extrêmement américano-centrée du monde. Rien de ce qui se passe hors d’Amérique ne semble retenir l’attention des réalisateurs, si ce n’est la coiffure en pétard de Boris Johnson. Si on y voit l’énorme déflagration de Beyrouth du 4 août, c’est plus pour illustrer le chaos du monde que la situation du Liban. Rien sur la Chine de Xi Jinping, la Russie de Poutine et l’empoisonnement de Navalny, rien sur la guerre au Haut-Karabagh, l’Allemagne de Merkel, la France de Macron….

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Jane B. par Agnès V. (1988) ★★★☆

Séduite par sa fragilité et par sa douceur, Agnès Varda, la soixantaine, a consacré un documentaire à Jane Birkin, sa cadette. Dans la foulée elle a tourné la fiction dont l’actrice avait rédigé l’ébauche du scénario, Kung-fu Master. Les deux films sortaient en même temps, à une semaine d’intervalle à la fin de l’hiver 1988.

Jane pourrait être la petite sœur d’Agnès, ou sa grande fille. Entre les deux femmes, on sent une complicité chaleureuse, une sororité émouvante. Jane Birkin, dont le statut de nymphette acquis aux côtés de Gainsbourg dans les 70ies, avait donné l’image d’une starlette scandaleuse, se révèle une femme pudique, secrète. Agnès V. lui demande de vaincre cette pudeur, de regarder la caméra dans les yeux et de se livrer. Jane B. l’accepte avec un bel abandon. Les mots qu’elle a pour ses compagnons, pour ses trois filles sont profondément touchants.

Jane B. par Agnès V. n’est pas un documentaire classique, une biographie sage passant chronologiquement en revue la carrière d’une actrice. D’Agnès Varda, on pouvait attendre autre chose. Et on n’est pas déçu.

Agnès V. entrelarde son documentaire de séquences fictionnelles pas toujours convaincantes. On y voit Jane Birkin jouer de petites saynètes avec Jean-Pierre Léaud, Philippe Léotard, Farid Chopel ou Alain Souchon… et on se sent bien vieux.

Les moments les plus réussis du documentaire sont ceux qui nous font pénétrer dans l’intimité de Jane B.. Elle nous ouvre les portes de sa maison, dans une paisible arrière-cour parisienne, choisie, on l’imagine, pour se protéger du tumulte urbain. Jane y déambule de pièce en pièce, en décrivant les objets qui les remplissent, en racontant leurs histoires. Ces riens pourraient être insignifiants ; ils sont bouleversants.

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Les Espions (1957) ★☆☆☆

Le docteur Malic (Gérard Séty) dirige une clinique psychiatrique menacée par la faillite à Maisons-Laffitte. Un homme mystérieux, qui se prétend colonel de l’armée américaine, lui demande, en échange d’une somme coquette, d’y accueillir pendant quelques jours un patient. L’arrivée d’Alex (Curd Jürgens), dont on apprend qu’il s’agit peut-être d’un atomiste est-allemand passé à l’Ouest, hystérise les services secrets du monde entier qui dépêchent leurs espions dans la clinique du docteur Malic, vite dépassé par les événements.

Henri-Georges Clouzot fut une figure marquante du cinéma français qui réalisa quelques chefs d’œuvre : L’assassin habite au 21, Le Corbeau, Le Salaire de la peur, Les DiaboliquesLes Espions sorti en 1957 est tombé dans l’oubli. Car c’est loin d’être son meilleur film.

Adapté d’un roman d’un écrivain tchèque passé à l’Ouest, Les Espions joue sur deux tableaux sans qu’on parvienne jamais à le prendre au sérieux. Il se présente comme un film d’espionnage classique avec sa cohorte de barbouzes, de kidnappings, de coups de feu. Mais, sans qu’on sache si c’était dans l’intention de son réalisateur ou si c’est l’effet de la maladresse du jeu outré de ses acteurs (Peter Ustinov et Curd Jürgens y sont comme d’habitude calamiteux), il se double d’une ironie qui frise avec la loufoquerie.

Mais, faute d’assumer ce parti pris, comme le fera sept ans plus tard Les Barbouzes de Lautner, Les Espions reste dans un inconfortable entre-deux qui égare le spectateur.

Une curiosité : Les Espions est l’un des premiers films de Patrick Dewaere, âgé de dix ans à peine, qui y interprète un gamin malicieux. Il est crédité au générique sous le nom de Patrick Maurin, son nom de scène

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