
Maria Angeles fait partie de ces Espagnols tangérois. Elle y est née. Elle y a vécu toute sa vie – comme la propre grand-mère de la réalisatrice Maryam Touzani (Adam, Le Bleu du caftan). Depuis la mort de son époux, elle vit seule dans le bel appartement de la rue Málaga où elle a toutes ses habitudes. Mais sa fille, madrilène et divorcée, qui en a hérité, souhaite le mettre en vente. Maria Angeles accepte dans un premier temps de se plier à ses exigences ; mais ne supportant pas la maison de retraite où sa fille l’a placée, elle décide bientôt de revenir à la rue Málaga en cachette.
On avait vu en 2021 sortir en salles plusieurs films sur le grand âge : Tout s’est bien passé, Falling, Supernova, The Father… Leur concomitance tenait peut-être au hasard. Ou peut-être nous disait-elle quelque chose sur l’état du cinéma et de la société qui mériterait une plus fine analyse : quel regard le cinéma porte-t-il sur les vieux ? quelle place occupent-ils dans la société ?
Rue Málaga a pour héroïne une « vieille » comme on aimerait en voir plus souvent : une presque octogénaire parfaitement ingambe, en pleine capacité de ses moyens intellectuels et d’une élégance soignée qui n’est pas exempte d’un soupçon de coquetterie. Elle est interprétée par la grande Carmen Maura, égérie de la movida, muse d’Almodovar et interprète de ses plus grands films : Volver (2005), Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), La Loi du désir (1986)…
Le scénario est étonnant. Il commence par un renoncement et un déménagement : Maria Angeles accepte sans mot dire, tout en la maudissant in petto, la décision de sa fille qui lui brise le cœur et lui refuse ce qu’elle avait de plus cher : vivre jusqu’à sa mort dans son appartement. Mais, par une machination soigneusement ourdie, dont on peut légitimement interroger la crédibilité, le scénario lui offre au bout d’une demi-heure la possibilité de réintégrer ses murs. La manière dont elle financera sa réinstallation et le rachat de son mobilier auprès d’un antiquaire, moins cupide qu’il n’en a l’air mais plus Cupidon qu’on ne l’aurait imaginé, est tout aussi peu crédible. On n’en dira pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découvrir.
On pourra certes dire avec Elle que Rue Málaga est « charmant et drôle », avec Les Echos qu’il est « émouvant et cocasse ». On pourra aimer l’exotisme de ses décors, ce bout d’Espagne où tout le monde parle espagnol, délocalisé à l’extrême pointe du Maroc. On pourra enfin souligner que Rue Málaga brise un tabou : filmer la sexualité des seniors, leurs peaux ridées, leurs fleurs de cimetières, leurs bourrelets disgracieux… Pour autant, on serait bien généreux d’y voir une quelconque audace ni même une grande originalité. Carmen Maura, aussi talentueuse soit-elle, coche avec un peu trop de systématisme toutes les cases de la grand-mère idéale pour être autre chose qu’un archétype.








