L’Affaire Bojarski ★★☆☆

Né en 1912 en Pologne, Ceslaw Bojarski, diplômé de l’Ecole polytechnique de Lwów (Lviv en Ukraine aujourd’hui), est officier de l’armée polonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est fait prisonnier par les Allemands, s’évade et se réfugie en France. Après guerre, il devient faux monnayeur d’abord pour le compte d’un gang de voyous puis, après son démantèlement, à son propre compte. Il contrefait d’abord des billets de mille ensuite de cinq mille francs enfin, en 1960, avec le passage au nouveau franc, des coupures Bonaparte de cent francs. Ces falsifications font l’admiration des experts de la Banque de France qui peinent à les détecter et qui ont longtemps pensé qu’ils étaient l’œuvre d’une puissante organisation criminelle.

Jean-Paul Salomé, vieux routier du cinéma français (Belphégor, le fantôme du Louvre, La Daronne, La Syndicaliste…) utilise un croustillant fait divers. L’histoire de ce faux-monnayeur de génie qui, pendant plus de dix ans, a fabriqué des faux billets et déjoué toutes les polices de France constituait en effet un fantastique matériau. Le film le montre, dans l’atelier qu’il s’était construit, rassembler l’équipement nécessaire, procéder à des essais longtemps infructueux et, à force de patience, atteindre un résultat quasi-parfait.

Pour pimenter son sujet, le scénario adjoint à Bojarski trois personnages secondaires qui éclairent chacun à leur façon des facettes du héros. Le premier est la femme de Bojarski, Suzanne (Sara Giraudeau) à laquelle Bojarski a longtemps caché ses activités clandestines, lui faisant croire que ses rentrées de fonds étaient le fruit de ses brevets. Le deuxième est le commissaire de police Mattéi (Bastien Bouillon) qui, pendant plus de dix ans, a obsessionnellement traqué Bojarski. Le troisième est un ami polonais de régiment (Pierre Lottin).

Reda Kateb porte à bout de bras le film. Il est, comme toujours, parfait. Je lui ferais toutefois un reproche. Le film veut peindre un criminel génial, un « Cézanne de la fausse monnaie » qui s’est livré à son activité non seulement par appât du gain mais aussi par amour de l’art et par orgueil, mettant au défi les experts de différencier ses billets des vrais et la police de l’arrêter. Cet hubris explose dans la scène qui confronte  Bojarski au commissaire Mattéi à Vichy, sans doute la meilleure du film.
Mais si le taiseux Reda Kateb, au jeu tout intérieur, est particulièrement convaincant pour donner à voir la froide méticulosité et la maîtrise que Bojarski déploie pour passer inaperçu, il n’a pas la flamboyance de l’escroc de génie que nous vend le scénario. Un Romain Duris, un Raphaël Quénard, un Pierre Niney auraient été plus incandescents dans ce rôle.

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Fuori ★☆☆☆

Goliarda Sapienza (1924-1996) est devenue célèbre grâce à la publication posthume de son roman autobiographique L’Art de la joieFuori n’est pas son biopic mais raconte un épisode bien précis de sa vie : sa brève incarcération en 1980 à la prison de la Rebibbia, les amitiés qu’elle y a nouées et L’Università di Rebibbia, le livre qu’elle a écrit à partir de cette expérience.

L’aura de Goliarda Sapienza, dont on vient de célébrer le centenaire de la naissance, ne cesse de grandir. Son roman L’Art de la joie figure désormais en bonne place parmi les meilleurs livres du (vingtième ? vingt-et-unième ?) siècle. Je l’ai lu sous la pression de cet engouement généralisé. J’ai même vu la pièce de théâtre de cinq heures trente qu’Ambre Kahan en a tirée. Mais je dois avouer, le rouge au front, que je n’ai pas été embarqué autant que j’espérais l’être.

« Fuori » en italien signifie « dehors » – et non pas, comme je l’avais cru d’abord « fureur » ou « furieuse », comme tous ces Français qui n’ont jamais appris l’italien et s’imaginent le comprendre. L’histoire que le film raconte est moins celle de l’enfermement de Sapienza (Valeria Golino) à la Rebibbia, dont on voit à peine quelques images en flash back, que sa libération et celle de ses compagnes de cellule. S’est nouée entre elles, et notamment avec Roberta (Matilda De Angelis), une jeune héroïnomane, une amitié particulière, frondeuse, libertaire.

Le film de Mario Martone a été projeté en sélection officielle à Cannes comme l’avait déjà été son précédent film Nostalgia il y a trois ans. Valeria Golino qui fut et qui reste à soixante ans l’une des plus belles femmes du monde – on se souvient qu’elle tenait le rôle féminin dans Rain Man à Hollywood – y affiche sans ciller sa nudité face caméra. Pour autant, je pense qu’Alba Rohrwacher dont la folie et le visage en lame de couteau se serait mieux coulés dans le personnage décalé de Giolarda.

Je n’ai jamais accroché à Fuori. Je lui reproche sa durée : il approche les deux heures et aurait pu, selon moi, être amputé sans peine d’une bonne trentaine de minutes. Je me suis perdu dans des flash back et des flash forward qui rendent la chronologie illisible. Je n’ai pas été touché par cette femme, par ses amours compliquées, par sa passion pour la liberté.

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Laurent dans le vent ★☆☆☆

Laurent (Baptiste Pérusat) a vingt-neuf ans. Cet adulescent lunaire atterrit littéralement dans une station de sports d’hiver des Hautes-Alpes, à la morte saison, où l’amie de sa sœur lui prête un appartement. Il va y faire quelques rencontres improbables : un jeune photographe marseillais homosexuel séduisant mais superficiel, une mère (Béatrice dalle) et son fils, obsédé par la culture viking, une vieille femme en fin de vie, un agriculteur à la recherche de sa « chèvre-miracle ».

Laurent dans le vent est un petit film français sans prétention, comme on en voit hélas (trop) souvent. Son scénario se résume à pas grand-chose : un personnage central et les rares rencontres qu’il fait dans une station de sport d’hiver quasi déserte.

Laurent flotte dans cette indécision caractéristique de la sortie de l’adolescence et de l’entrée dans l’âge adulte. Il flotte dans sa sexualité et couche avec les garçons comme avec les filles. Il flotte dans ses choix et vit plus ou moins aux crochets de sa sœur. On comprend que les trois (!) réalisateurs se soient attachés à cette figure dont l’absence même de qualités constitue le principal trait de caractère. Mais leur parti pris de sobriété, de dédramatisation finit par assécher le film au point de le rendre insipide.

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Father Mother Sister Brother ★★★☆

Même si la structure quaternaire de son titre ne le laisse pas spontanément présager, Father Mother Sister Brother se compose de trois parties, clairement présentées dans son affiche.
« Father » met en scène un vieux père de famille (Tom Waits), reclus dans un chalet menaçant ruine dans la forêt de New Jersey (j’apprends grâce à ce film que le New Jersey ne se réduit donc pas à l’immense banlieue résidentielle que j’imaginais avec Philip Roth et Bruce Springsteen). Son fils (Adam Driver) et sa fille (Mayin Bialik), légitimement inquiets de son état, viennent lui rendre visite.
« Mother » a pour une héroïne une mère collet monté (Charlotte Rampling) qui reçoit très formellement ses deux filles, aussi dissemblables qu’on puisse les imaginer, une binoclarde coincée (Cate Blanchett) et une ado punk teinte en rose (Vicky Krieps), pour le thé.
« Sister Brother » se déroule à Paris où deux jumeaux (Indya Moore et Luka Sabbat) reviennent une dernière fois dans l’appartement de leurs parents décédés.

On peut faire au dernier film du grand Jim Jarmusch le procès de son insignifiance. C’est le cas de Frédéric Strauss qui l’assassine dans Télérama et de ma femme, qui est ressortie mitigée de la séance. Il ne se passe pas grand-chose en effet dans ces trois saynètes, construites selon le même schéma répétitif – un long trajet en voiture avant une réunion dans un appartement – entretenant entre elles de subtils échos – l’image ralentie de skateurs, une vraie ou fausse Rolex, l’eau, les nuances chromatiques des costumes élégamment assortis des protagonistes…

On peut tout au contraire vanter cette insignifiance. Jim Jarmusch, le réalisateur le plus cool au monde, semble à soixante dix ans passés avoir (enfin) atteint une forme de sérénité. Il a débarrassé son cinéma de tout ce qui n’y était pas utile et s’est recentré sur l’essentiel. Il filme les liens familiaux, entre les parents et leurs enfants, entre les enfants entre eux. Il filme ce qui au cinéma – ou dans la littérature – est si dur à raconter et pourtant qui fait la trame de nos jours : des moments de malaise, des non-dits, des hésitations, des insignifiances, des refoulements, des questions sans réponses…

Le seul reproche que je lui adresserais est l’enchaînement boiteux de ces trois sketches. Le troisième est à la fois le moins réussi et le plus significatif : il nous montre combien la disparition de nos parents, même si nous entretenions avec eux des relations distantes, crée un vide difficile à combler. Les deux premiers au contraire montrent le fossé d’incompréhension qui nous en sépare. Les deux premiers sketches se répètent inutilement – même si nous est épargnée dans le deuxième la révélation que je voyais, à tort, venir, de la maladie mortelle qui allait fatalement emporter la mère. Il manque entre le premier et le deuxième sketch la même évolution qu’entre le deuxième et le troisième.

Sans doute l’immense respect qu’inspire Jim Jarmusch a-t-il influencé le jury du dernier festival de Venise. Mais Father Mother Sister Brother n’a pas volé son Lion d’or.

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Le Maître du kabuki ★☆☆☆

Kikuo, quatorze ans, est un acteur né. Quand son père, le chef d’une bande de yakuzas, est brutalement tué sous ses yeux, il est confié à la garde d’un directeur de théâtre qui promet de le former mais qui le met aussitôt en compétition avec son propre fils du même âge. Entre Kikuo et Shinsuke s’installent immédiatement une complicité et une rivalité qui dureront tout au long de leurs vies.

Comme l’annonce fièrement son affiche, Le Maître du kabuki a battu les records du box office au Japon. Son succès s’explique largement. C’est une grande œuvre mélodramatique adapté d’un roman-fleuve d’un auteur à succès, Shuichi Yoshida. Son histoire traverse celle du Japon contemporain, de 1964 à nos jours. Mais, surtout, il a pour motif ce qui constitue au Japon un trésor national, le kabuki, cet art ultra-codifié, mélange de théâtre, de chant et de danse, dont les origines remontent au XVIIe siècle et dont le répertoire est parfaitement connu de tous les Japonais. Par souci de moralité, les femmes n’étaient pas autorisées à se produire sur scène. Les rôles féminins étaient donc interprétés par des hommes, fardés et costumés, appelés onnagata.

Sans doute faut-il avoir une familiarité que je n’ai pas avec le kabuki et, a fortiori, une inclination pour lui que j’ai moins encore pour goûter pleinement ce long film dont la durée approche les trois heures. Certes, j’ai trouvé magnifiques les scènes de théâtre filmé, les costumes luxueux des acteurs, leur maquillage, leur coiffe. Mais j’ai trouvé bien longue cette histoire d’ascension, de chute et, bien entendu, de rédemption qui constitue la structure archi-conventionnelle de tout bon biopic hollywoodien.

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Le Pays d’Arto ★☆☆☆

Céline (Camille Cottin) est partie en Arménie à la recherche du certificat de naissance de son mari, Arto, qui vient de mourir. Elle souhaite se le procurer pour permettre à ses deux enfants d’acquérir la nationalité arménienne. Elle découvre bien vite, à son arrivée à Gyumri, la deuxième ville d’Arménie, à l’épicentre du tremblement de terre de 1988, qu’Arto avait changé d’identité à son arrivée en France. Quel secret cachait-il ? Pour élucider ce mystère, Céline accepte l’aide d’une guide francophone, Arsiné (Zar Amir) et va avec elle jusqu’au Karabakh.

Le Pays d’Arto est le premier film d’une documentariste arménienne, Tamara Stepanyan. On sent qu’elle avait beaucoup de choses à dire, sur son pays, sur les drames qui l’ont ensanglanté : le tremblement de terre de 1988, la guerre avec l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh… Elle a cherché comment mettre en scène ses idées dans une fiction et a trouvé un fil prometteur : l’enquête menée par une Française pour découvrir l’identité cachée de son mari arménien.

Le pitch est stimulant. Mais hélas, il fait long feu, le secret d’Arto nous étant révélé dès la première moitié du film. Le soufflé alors retombe. Et il ne reste plus qu’un long road movie. On admire la beauté des paysages, notamment les rives du lac Sevan et les sommets désolés du Karabakh. Mais le film souffre d’un défaut d’écriture. On comprend mal ses étapes. Et surtout, on ne comprend plus son enjeu. On avait déjà trouvé guère crédible que l’héroïne fasse le voyage jusqu’à Gyumri pour obtenir un certificat qu’elle aurait pu avoir par Internet. On trouve encore moins crédible qu’une fois révélés le passé de son mari et la réalité de la vie en Arménie, elle prolonge son voyage jusque dans ses zones les plus dangereuses.

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Les Echos du passé ★★☆☆

Unité de lieu : une ferme agricole située dans l’immense plaine de l’Altmarkt prussien.
Mais pas d’unité de temps : on comprend lentement que l’histoire se situe à quatre époques séparées chacune d’une trentaine d’années. Chaque épisode a un personnage féminin principal par les yeux duquel l’histoire nous est racontée.
On commence, peut-être dans les années 30, avec Erika qui s’apitoie sur le sort de son oncle Fritz, devenu unijambiste dans des circonstances dramatiques qu’on découvrira bientôt.
On remonte le temps ensuite avec Alma, une enfant de dix ans à peine qui apprend qu’elle a eu une sœur qui portait le même prénom qu’elle et qui est morte en bas âge.
On fait un saut dans le temps jusque dans les années 80 , au temps de la RDA, avec Angelika, qui est l’objet de la concupiscence visqueuse de son oncle et de son cousin.
Enfin, de nos jours, on découvre, avec les nouveaux propriétaires de la ferme, venus de Berlin, Lenka, qui s’attache à une voisine orpheline.

La présentation que je viens de faire des Echos du Passé est remarquablement pédagogique. Le film l’est beaucoup moins qui n’est pas constitué de quatre chapitres successifs mais qui au contraire se plaît à les entremêler au point, si l’on n’est pas attentif, de les confondre – j’avoue qu’il m’a fallu lire le résumé du film pour comprendre que les deux premiers tableaux n’en formaient pas un seul.

Son architecture et sa facture m’ont rappelé le récent film de Kristen Stewart The Chronology of Water pour lequel j’avais eu la main lourde : un son et des images très travaillés, un montage cut, pas toujours très lisible. Les images en particulier sont proches de la peinture – on pense aux intérieurs lugubres de Hammershøi – ou de la photographie – le film joue d’ailleurs sur les temps d’exposition pour nimber d’un voile fantomatique certains de ses caractères.

De quoi s’agit-il ? Le sens des Echos du passé – dont les titres allemand In die Sonne Schauen, international Sound of Falling et français réussissent à avoir trois significations différentes – ne se livre pas aisément. J’y ai beaucoup réfléchi après la séance. Plusieurs lectures m’y ont aidé. Il y fut question de soumission au patriarcat, de féminisme, d’amours ancillaires, de chute.s (d’où le titre anglais peut-être), de transmission intergénérationnelle de traumatismes….

Je n’avais pas compris grand chose à The Chronology of Water. Je ne suis pas sûr d’avoir compris beaucoup plus à ces Echos du passé. Mais faut-il nécessairement comprendre une œuvre pour l’apprécier ? Cartésien buté, j’ai tendance à le croire. Mais, la confrontation à d’autres formes d’art, notamment à la peinture contemporaine, aura réussi à me débarrasser de mes œillères. Ne pas tout comprendre aux Echos du passé et en trouver la durée bien indigeste (il approche les deux heures trente) ne doit pas nous autoriser à en contester l’incontestable beauté.

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Ma frère ★★★☆

Shai (Shirel Nataf) et Djenaba (Fanta Kebe) ont vingt ans. Au-delà de leurs différences – Shai est blanche et juive, Djenaba est noire et musulmane – les deux jeunes femmes sont amies depuis l’enfance. Cet été, elles accompagnent toutes les deux une colonie de vacances dans la Drôme.

Il n’y a pas grand chose dans le pitch de Ma frère. Il n’y a pas grand chose non plus dans sa bande-annonce. Sinon la perspective d’un énième film de banlieue qui fera l’éloge bien-pensant du vivre-ensemble, dans le même style qu’Un p’tit truc en plus qui, avec le succès dont on se souvient, avait en 2024 battu tous les records du box-office en racontant une semaine de colo d’enfants handicapés.

Pourtant, mine de rien, Ma frère est une réussite totale. Tout le mérite en revient à l’écriture très fine des deux coréalisatrices, Lise Akoka et Romane Guéret. Elles étaient déjà à l’œuvre ensemble dans Les Pires. La même recette marche une seconde fois – au point, et c’est la seule mise en garde qu’on pourrait leur adresser, de leur conseiller d’éviter sa redite une troisième.

Il ne se passe pas grand chose dans Ma frère, qui aurait pu durer une demi-heure de plus ou de moins sans en modifier l’économie. Pourtant, tout bien considéré, il réussit à évoquer un sacré nombre de sujets, sans verser pour autant dans le didactisme pesant que leur énumération peut laisser redouter : l’amitié, les premiers émois amoureux, le consentement, la virginité, l’identité de genre (le personnage transgenre de Naël interprété par Yuming Hey est d’une étonnante justesse), la maternité, la filiation, la religion, la mort…

Lise Akoka et Romane Guéret étaient directrices de casting et coaches d’enfants. Elles n’ont pas leur pareil pour filmer sans verser dans la mièvrerie cette bande d’enfants, de les rendre immédiatement identifiables et attachants, de tisser entre eux les brins de leurs histoires individuelles. Pour les encadrer, une demi-douzaine de jeunes adultes, acteurs débutants ou confirmés, parmi lesquels la révélation Shirel Nataf, qui ressemble tellement à Mallory Wanecque, révélée dans Les Pires, qu’on attend le générique pour lever ce doute, Idir Azougli, déjà vu dans Shéhérazade et dans Météors, et l’étonnante Suzanne de Baecque, une sorte de Valérie Lemercier jeune ou de Rossy de Palma française.

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Magellan ★★☆☆

On a tous appris sur les bancs de l’école que Magellan avait été le premier navigateur à effectuer un tour du monde. Quelques années plus tard, on a appris que ce n’était pas tout à fait exact : si Magellan en effet a réussi à gagner l’Asie par l’ouest, en traversant l’Atlantique, en découvrant au sud de l’Amérique latine un passage – auquel fut donné son nom – et en baptisant l’océan Pacifique, il mourut sur l’île de Mactan avant d’achever son tour du monde.

C’est à cette grande figure historique, qui marqua l’histoire de son pays, que le réalisateur philippin Lav Diaz consacre son dernier film. Lav Diaz est un des plus grands réalisateurs contemporains. Il a déjà eu le Léopard d’Or à Locarno en 2014, le Lion d’Or à Venise en 2016 et finira bien un jour par décrocher la Palme à Cannes. Son cinéma est exigeant. Ses films sont d’une durée hors normes : Berceuse pour un sombre mystère dépassait les six heures, Death in the Land of Encantos durait neuf heures. Sa caméra est immobile. Il filme de longs plans  larges organisés comme des miniatures où les personnages se déplacent dans et parfois hors du cadre.

Plusieurs amis m’avaient mis en garde contre Magellan. Ils s’y étaient copieusement ennuyés et avaient bien failli emboîter le pas aux nombreux spectateurs qui quittaient la salle en cours de route. Aussi m’attendais-je au pire. C’est la raison pour laquelle peut-être j’ai été moins rebuté que je ne le pensais.

D’abord, Magellan ne dure pas si longtemps. Deux heures et quarante trois minutes, ce qui en fait quasiment, comparé aux précédents films de Lav Diaz cités un court métrage. Que les intégristes de la longue durée se rassurent : il sortira une version longue de neuf heures, donnant plus de place à la figure de Beatriz, la femme de Magellan, et promettant comme l’écrit, pince-sans-rire, Jérémie Couston dans Télérama « un supplément d’ivresse ».

Ensuite si ces plans sont en effet d’une parfaite immobilité, ils sont aussi d’une beauté confondante. Et on prend très vite le rythme, très lent, de leur succession. Pour immobiles qu’ils soient, ils ne sont jamais ennuyeux. Il s’y passe toujours quelque chose.

Enfin et surtout, Magellan offre un point de vue : celui des vaincus, l’occasion de donner tort à Brasillach (ou à Churchill) qui affirmait que l’histoire était toujours écrite du point de vue des vainqueurs. Ce n’est plus l’histoire glorieuse qu’on nous enseigne des « Grandes Découvertes » avec ses navigateurs intrépides et triomphants qui conquièrent des contrées sauvages, mais des hommes cupides et orgueilleux, animés par une insatiable soif de pouvoir. Dans ce registre Gael Garcia Bernal campe un Magellan irrémissible sinon peut-être du fait de son amour pour sa femme.

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Los Tigres ★★☆☆

Antonio et Estrella vivent depuis leur plus tendre enfance au bord de l’eau. Leur père était plongeur professionnel. Ils ont repris sa maison et son travail, même si un accident de plongée a endommagé l’ouïe d’Estrella (Bárbara Lennie) et lui interdit les grands fonds. Antonio (Antonio de la Torre) continue, malgré l’âge, à mener les opérations les plus périlleuses, même si sa santé présente des signes préoccupants. Son divorce se passe mal. Sa femme lui reproche de ne pas lui verser de pension alimentaire. Aussi est-il tenté de détourner une cargaison de drogue avec la complicité de sa sœur.

Le duo efficace de La Isla Minima, un polar poisseux qui se déroulait dans la chaleur écrasante du delta de Guadalquivir, se reforme quelques kilomètres plus au nord, devant le port pétrolier de Huelva : Alberto Rodriguez derrière la caméra, Antonio de la Torre devant. Comme dans leur précédent film, le décor est un personnage à part entière. Ici l’industrie pétrolière, le trafic incessant des supertankers et la maintenance portuaire assurée par une nuée de sous-traitants se livrant entre eux une concurrence féroce.

Cette dimension documentaire n’est qu’une toile de fond. Mais elle constitue la principale qualité de ce film, le trait distinctif dont je garderai le souvenir. Le reste est plus banal.

Il y a d’une part une vague intrigue policière autour d’une cargaison de drogue que Antonio et Estrella détournent grâce à un procédé ingénieux. Tout évidemment ne se passera pas comme prévu. Mais rien dans les rebondissements convenus n’est vraiment surprenant.

Il y a d’autre part un mélodrame familial qui met aux prises un frère et sa sœur cadette qui vont solder de vieux contentieux. Plus le film avance plus le personnage d’Estrella prend une dimension inattendue, au point pour Bárbara Lennie de voler la vedette au pourtant excellent Antonio de la Torre (El Reino, Compañeros, Une vie secrète…).

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