Baise-en-ville ★★☆☆

Corentin a vingt-cinq ans et vit encore chez ses parents. Il habite Chelles en Seine-et-Marne dans une banlieue pavillonnaire loin de tout. Il a besoin du permis de conduire pour trouver un travail, n’a pas l’argent pour se le payer, cherche un travail pour le financer…. mais n’a pas le permis qui lui permettrait de trouver ledit travail !

Réalisateur, scénariste, acteur de ses films, Martin Jauvat s’était déjà fait remarquer avec son premier long, Grand Paris, sympathique errance périurbaine de deux banlieusards gentiment à l’ouest. Le film, tourné avec deux bouts de ficelle, mal distribué, a bénéficié d’une visibilité inattendue grâce aux excellentes critiques qui l’ont accueilli. Le suivant, Baise-en-ville, se déroule aux mêmes endroits, dans une banlieue anomique, trop proche de Paris pour en éviter l’attraction mais trop lointaine pour en recueillir les dividendes.

Si l’on veut jouer à l’intellectuel de salon, on peut se livrer avec Baise-en-ville à bien des développements sociologiques. Le premier, donc, sur la vie en banlieue, non pas celle dans le 9.3., racisée et violente comme la filme Ladj Ly ou Houda Benyamina, mais celle autrement plus ennuyeuse d’une classe moyenne exténuée par les allers-retours en RER jusqu’à Paris, où il ne se passe rien sinon ces trajets pendulaires et où l’ennui suinte. Le deuxième sur les Tanguy comme Corentin : des adulescents coincés chez leurs parents, à leur corps plus ou moins défendant, qui aimeraient bien quitter le nid familial mais ne le peuvent pas faute d’avoir l’autonomie financière qui le leur permettrait. Le troisième sur les nouveaux codes de la masculinité, le personnage de Corentin, ses maillots de foot, son phrasé hésitant, sa maladresse avec les filles, tranchant avec les deux personnages féminins autrement plus trempés interprétés par Emmanuelle Bercot et Anaïde Rozam autonomes et assumant, elles, une sexualité cash et libre.

Mais ces développements bien prétentieux ne sont peut-être pas de mise devant ce film. Son ambition est de nous distraire. Il y parvient haut la main. Non pas que les péripéties que vit Corentin soient exaltantes. Je pourrais d’ailleurs adresser à Baise-en-ville le reproche que j’adresse si souvent aux scénarios de tant de films : celui d’avoir peut-être une bonne idée mais de ne pas en faire grand-chose. Mais son personnage est si attachant, les saynètes qui s’enchaînent si bien troussées, les situations si drolatiques qu’on aurait bien tort de bouder son plaisir.

La bande-annonce

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