
Birahima est un petit garçon qui est né et a grandi dans la Guinée forestière. À la mort de sa mère, sa grand-mère l’envoie au Liberia chez sa tante. Un lointain cousin, Yacouba, est chargé de l’y accompagner. Mais le bus qu’ils empruntent est arrêté par un groupe de soldats qui enrôle Birahima.
Le livre d’Ahmadou Kourouma avait eu à sa sortie en 2000 un succès mérité. Il avait emporté le prix Goncourt des lycéens et le prix Renaudot. Je me souviens avoir lu à sa suite tous les autres romans de cet auteur ivoirien décédé en 2003: Le Soleil des indépendances, Monné, outrages et défis, En attendant le vote des bêtes sauvages, Quand on refuse on dit non…
Pourquoi a-t-il fallu attendre un quart de siècle pour que sorte une adaptation de ce best-seller ? Mystère. Toujours est-il qu’après un tour de piste dans les festivals, à Annecy, à Bruxelles, à Rio, à Tokyo, ce film d’animation réalisé par Zaven Najjar arrive enfin sur les écrans dans un nombre étonnamment réduit de salles. Pourquoi une distribution aussi confidentielle d’un produit dont on aurait imaginé qu’il séduise un large public ? Là encore, mystère.
La réponse est peut-être dans la qualité assez moyenne de ce film. Le succès du livre d’Ahmadou Kourouma tenait à deux facteurs difficiles à représenter à l’écran. Le premier était bien sur son sujet, brûlant et traumatisant : le sort effroyable des enfants-soldats, transformés en machines à tuer. Le second était sa langue, si riche.
Le défaut paradoxal de ce film d’animation est son effort de pédagogie. Des cartons essaient de nous expliquer aussi clairement que possible les lieux que traversent Birahima et Yacouba et les forces qui s’y affrontent au Liberia et en Sierra Leone. Mais ces cartons n’apprendront rien à ceux qui sont déjà un peu familiers de ces conflits et ils n’éclaireront guère ceux qui n’y connaissent rien. Un parti plus radical aurait dû être choisi, celui de déterritorialiser l’odyssée de Birahima et d’en faire la parabole universelle d’un enfant-soldat dont on a volé l’innocence.