Helmut Newton : l’effronté ★★☆☆

Helmut Newton (1920-2004) compte parmi les photographes les plus connus du vingtième siècle. Certains de ses clichés, comme celui du smoking Yves Saint-Laurent dans une rue nocturne du Marais, sont entrés dans l’histoire. Toute sa vie durant, il a photographié des femmes puissantes, nues, très érotisées.
Le réalisateur allemand Gero von Boehm a rencontré Helmut Newton et sa femme en 1997. Il a tourné à l’époque pour la télévision un documentaire intitulé Helmut Newton – Mein Leben. Pour le centenaire de la naissance du photographe, il en a remonté les images pour le cinéma.

Le nom de Helmut Newton et son oeuvre sentent le soufre. On lui a reproché de fétichiser la femme, d’en faire un objet, la projection de ses fantasmes pervers et violents. Un extrait d’archive d’Apostrophes montre Susan Sontag lui reprocher sa « misogynie ».

Le documentaire de Gero von Boehm répond à cette accusation, au risque de verser dans l’hagiographie. Il convoque pour ce faire douze femmes – et pas un seul homme – qui ont travaillé avec lui et qui témoignent à tour de rôle face caméra, selon un procédé documentaire dont on ne peut pas dire qu’il révolutionne les codes. Leurs témoignages décernent au défunt photographe un brevet de respectabilité. Non, elles ne se sont jamais senties humiliées ou salies par l’oeil de son appareil. Non, il n’a jamais profité des séances de pose pour leur faire des avances – ce qui, disent-elles, n’était pas toujours le cas des autres photographes de l’époque. Non, elles n’ont pas honte de leurs nus mais au contraire s’enorgueillissent de la puissance qui s’en dégage et s’en revendiquent.

Le documentaire raconte en filigrane la vie de Helmut Newton, placée sous le sceau du cosmopolitisme. Il naît et grandit à Berlin dans les années Trente sous l’ombre menaçante du nazisme. C’est là que, très jeune, il s’initie à la photographie. Il en part en 1938 et s’établit quelques années à Singapour. Arrivé en Australie – pays dont il prendra la nationalité – il y rencontre sa future femme qu’il épouse en 1948. L’amour profond qui l’unira à cette autre artiste toute sa vie durant contraste avec l’image de dandy pervers que ses photos laissent soupçonner. Il s’installe à Paris au début des années soixante et y devient vite célèbre. Il partage la fin de sa vie entre Monaco et Los Angeles où il meurt, dans un accident de la route, devant le Château-Marmont en 2004, clin d’oeil macabre d’une vie passée dans la jet-set. Il est enterré à Berlin.

Je me souviens du choc que j’avais ressenti en 2012 au Grand Palais devant sa rétrospective. Ses femmes hiératiques, leurs nudités provocatrices m’intimidaient et m’attiraient à la fois, me mettaient mal à l’aise et me séduisaient en même temps. C’est Isabella Rossellini qui analyse avec le plus de finesse les fantasmes masculins qui nourrissent cette iconographie : « Tu me plais – je te maudis ». Sans doute ne s’agit-il pas des fantasmes les plus avouables, ni les plus chevaleresques qui soient. Mais un artiste – surtout l’un de ceux qui avaient le « bon goût » en horreur – n’a-t-il pas le droit d’en appeler à autre chose qu’à nos bons sentiments ?

La bande-annonce

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