Bergman Island ★★★☆

Tony (Tim Roth) et Chris (Vicky Krieps) laissent derrière eux leur fille, June, pour s’installer quelques jours d’été sur l’île de Fårö en Suède, où vécut Bergman et où le grand réalisateur suédois tourna quelques uns de ses films. Tony est un cinéaste réputé, invité à Fårö pour y animer une master class. Chris, beaucoup plus jeune, réalisatrice elle aussi, peine à écrire son prochain film. Elle en raconte la trame à son conjoint qui l’écoute d’une oreille distraite : il y sera question de deux anciens amants, Amy (Mia Wasikowska) et Joseph (Anders Danielsen Lie), réunis par hasard sur une île suédoise pour le mariage d’un ami commun, qui, à l’occasion de la noce, renouent leur liaison.

La jeune Mia Hansen-Løve poursuit une oeuvre décidément originale, à cheval sur les pays (Bergman Island se déroule en Suède, Maya prenait la tangente dans le sud de l’Inde, Tout est pardonné commençait à Vienne) et sur les registres, puisant son inspiration dans un fonds qu’on imagine volontiers autobiographique : le couple que forment Tim Roth et Vicky Krieps, sa cadette de vingt-deux ans, n’est pas sans rappeler celui que forma longtemps Mia Hansen-Løve elle-même avec Olivier Assayas, son aîné de vingt-six ans. Pour une réalisatrice de son âge, elle démontre une étonnante maîtrise à diriger un casting international impressionnant et à organiser un récit dans lequel beaucoup d’autres se seraient égarés.

Car Bergman Island est constamment menacé par le narcissisme et l’insignifiance. Le narcissisme : n’y a-t-il pas un certain nombrilisme à vouloir raconter le travail d’un couple de cinéastes en atelier sur l’île du grand Bergman ? à qui ce genre d’histoires là va-t-il parler ? L’insignifiance : le récit prend son temps à s’installer, au rythme languide de vacances d’été en espadrilles. On se croirait presque dans un clip video de l’office de tourisme de Suède où on filme des paysages marins battus par le vent et des touristes heureux et bronzés festoyant au crépuscule un verre d’aquavit à la main.

Ce genre de cocktail pourrait être calamiteux. Et il manque bien l’être. Au bout d’une heure, on accroche ou on décroche. J’ai eu la chance de ne pas décrocher. Bien m’en a pris. Car la seconde moitié du film se révèle beaucoup plus riche que la première. Une mise en abyme un peu artificielle – Chris raconte à son conjoint le sujet de son scénario – conduit à un troublant jeu de miroirs : au couple bien réel de Chris et Tony répond celui, imaginé par Chris, de Amy et Joseph. Pour fantasmé qu’il soit, ce couple là n’est pas plus épanoui que celui que Chris et Tony forment. Car, même si Amy et Joseph ont fait leur vie avec leur conjoint respectif, Amy reste rongée du désir de retrouver son ancien amant et de renouer la chaîne des temps.

L’air de rien, comme un conte de Rohmer ou un film cérébral de Woody Allen, Bergman Island distille sa petite musique mélancolique. Seul bémol : son dernier plan inutilement moralisateur. En compétition à Cannes, Bergman Island n’en a ramené aucune récompense. Un oubli injuste.

La bande-annonce

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.