Sogni d’Oro (1980) ★☆☆☆

Michele Apicella, double autobiographique de Nanni Moretti, fait la tournée promotionnelle de son dernier film et tourne le suivant, une adaptation de la vie de Sigmund Freud. Un conflit l’oppose à un jeune réalisateur dont son producteur a décidé de financer sa comédie musicale sur mai 68. Apicella décide de le défier dans un débat télévisé.

Sogni d’oro (1981) n’est pas le premier film de Nanni Moretti mais son troisième après Je suis un anarchiste en 1976 et Ecce Bombo en 1978. Mais c’est celui grâce auquel il accède à la notoriété, en Italie et à l’étranger, grâce notamment au prix spécial du jury que lui délivre la Mostra de Venise.

Nanni Moretti n’a pas encore trente ans ; mais il a déjà trouvé sa voie. Sur le fond comme sur la forme, tout son cinéma est déjà inscrit dans Sogni d’oro qui connaîtra ensuite d’innombrables déclinaisons : Bianca, Journal intime, Aprile, Mia Madre…. La forme : la chronique autobiographique volontiers ironique voire satirique. Le fond : questionnements intimes, réflexions artistiques, interrogations politiques.

Regarder aujourd’hui Sogni d’oro, grâce à Arte TV qui diffuse une rétrospective de son oeuvre, c’est effectuer un bond en arrière de presque quarante ans et explorer la généalogie du cinéma de Moretti. Le film est construit de bric et de broc qui enchaîne, sans toujours se soucier de les relier les unes ou autres, des scènes plus ou moins convaincantes. Nanni Moretti est de chaque plan : avec sa mère, derrière la caméra, devant son public qui lui reproche son élitisme. On aperçoit Laura Morante pour la première fois, qui deviendra son actrice fétiche.

Sogni d’oro a mal vieilli. Les thèmes qu’il brasse (la crise du cinéma d’auteur, la médiocrité de la télévision, la faillite du gauchisme…) semblent bien datés. On lui préfèrera les films de la maturité et au premier chef La Chambre du fils.

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Détective Dee : La Légende des rois célestes ★☆☆☆

À la cour de l’empereur, le détective Dee voit désormais ses talents reconnus. En témoignage de sa bravoure, l’épée Dragon docile lui est officiellement remise. Mais l’impératrice s’en inquiète qui corrompt le chef de la garde et lui ordonne de dérober Dragon docile à Dee.
Les manœuvres de l’impératrice risquent d’affaiblir Dee alors que la dynastie est menacée par le complot ourdi par les Sorciers masqués, une mystérieuse confrérie en mal de vengeance qui utilise des pouvoirs magiques importés d’Inde.

Après Le Mystère de la flamme fantôme sorti en 2011 et La Légende du dragon des mers sorti en 2014, le troisième volet des aventures du détective Dee est sorti en salles en 2018. On y retrouve ce mandarin de la dynastie Tang, réputé pour son intelligence et sa capacité de déduction, véritable Sherlock Holmes chinois, qui inspira au sinologue Robert van Gulik le personnage du juge Ti.

Venu du wu xia pan, le film de sabre, genre très populaire en Chine, le réalisateur hong-kongais Tsui Hark utilise les moyens délirants que les studios de Chine continentale mettent à sa disposition. Le scénario passablement touffu, qui emprunte aux feuilletons d’aventures, importe moins que les scènes de bataille dopées aux effets spéciaux. Dans un délire d’images et de sons, on y voit des décors et des costumes d’un luxe extravagant, des combats d’arts martiaux défiant les lois de la gravité, des créatures fantastiques dessinées à la palette graphique qui empruntent à la fois à la mythologie chinoise et aux mangas japonais.

Face à une telle avalanche, le spectateur n’a guère d’autres alternatives que de débrancher son cerveau et se laisser impressionner. La recette, dit-on, fait merveille en Chine où les aventures du détective Dee concurrencent les blockbusters hollywoodiens. Leur importation en Occident ne va pas pour autant de soi ; car les spectateurs ne sont pas encore habitués à cette forme de cinéma. C’est le signe que la Chine peine encore à faire rayonner à travers le monde son soft power. Pour combien de temps ?

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Parlement ★☆☆☆

Samy est jeune et plein d’allant. Il vient d’être recruté au Parlement européen pour y travailler auprès d’un eurodéputé français, centriste et passe-muraille. Il découvre non sans effroi la machinerie européenne que le récent Brexit a rendue bien cafardeuse. Il y fait vite la rencontre de deux autres assistants : Rose, une Britannique obligée, à son corps défendant, d’assister une Eurosceptique pro-Brexit et Thorsten, un Allemand qui travaille auprès de la conseillère politique, particulièrement machiavélique, d’un groupe de droite.
Embobiné par un lobbyiste italien, Samy doit rédiger pour son député un rapport sur la pêche et défendre un amendement pour la protection des requins.

Une série drôle et pédagogique à la fois sur le Parlement européen qui combattrait  avec humour les lieux communs qui circulent au sujet de cette institution et nous en ferait découvrir les arcanes ? On dit oui ! Et on sermonne nos enfants pour la regarder avec nous, malgré leurs sourcils sceptiques et leurs bâillements d’ennui, quitte à se serrer un peu sur le sofa familial devenu trop petit depuis qu’ils ont trop vite grandi.

Il faut reconnaître à France Télévisions un sens élevé du service public pour avoir développé ce sitcom politique et europhile. L’idée en était excellente, qui louche vers les séries anglo-saxonnes Veep et The Thick of It. Mais, faute de moyens, le résultat ne convainc pas.

Parlement n’est pas sans charme, à commencer par ses personnages : Xavier Lacaille (Samy) joue très bien le bizuth de bonne volonté, un peu perdu dans son costume mal ajusté – même si son ignorance des principes les plus élémentaires de la procédure européenne laisse dubitatif sur le sérieux de son recrutement. Liz Kingsman est touchante dans le rôle d’une jeune Britannique rivée à une députée pro-Brexit frappadingue.
Parlement n’est pas sans humour qui décoche quelques piques, souvent politiquement incorrectes, à l’arrogance allemande ou au siège de Strasbourg.
Mais Parlement manque désespérément d’un ingrédient essentiel : un scénario qui tienne la durée et donne envie, à la fin de chaque épisode, aussi bref soit-il (vingt-six minutes seulement), de regarder le suivant.

Du coup Parlement manquera sa cible. Il décevra les europhiles et n’attirera pas les eurosceptiques. Nos deux dadais ont déserté le sofa familial dès la fin du premier épisode. Soupirs….

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Jinpa, Un conte tibétain ★☆☆☆

Un routier traverse un haut plateau tibétain. Son attention détournée par le vol d’un vautour, il percute une brebis et la tue. Quelques kilomètres plus loin, il prend un voyageur en stop. L’homme lui confie se rendre à un village proche pour s’y venger de l’assassin de son père.

Pema Tseden est un réalisateur tibétain qui a accepté de passer sous les fourches caudines de la censure pékinoise pour réaliser des films. Aussi ne faut-il y chercher aucun message politique, aucun arrière-texte militant. Après Tharlo, le berger tibétain, sorti il y a deux ans, il revient sur les écrans français avec Jinpa, un conte tibétain qu’il a réalisé à partir de deux nouvelles, l’une de sa plume, J’ai écrasé un mouton, l’autre de Tsering Norbu, L’Assassin.

Jinpa, un conte tibétain est produit par Wong Kar Wai et l’ombre du maître, plane sur le film. Jinpa a des faux airs de western comme Les Cendres du temps. Son héros, le routier, a le look arty des héros de WKW, lunettes de soleil, blouson en cuir, pull violet. La bande son qui place en majesté une version très contemporaine de O Sole Mio entonnée à tue-tête par le héros, rappelle les curieux mélanges musicaux de In the Mood for Love. Enfin et surtout, le travail hyperstylisé de Lu Songye, le directeur de la photographie, rappelle celui de 2046.

Hélas, comme dans 2046, on n’y comprend vite plus grand chose dans ce récit pourtant minimaliste sinon que les deux héros, qui portent le même prénom, vivent l’expérience troublante d’une transsubstantiation plus ou moins fantastique, le corps de l’un passant dans celui de l’autre comme les âmes migrent dans le bouddhisme. On accepte de se laisser entraîner durant la première moitié du film, au fur et à mesure que la cohérence du scénario se délite ; dans la seconde en revanche, notamment dans une interminable scène de saloon revécue deux fois à travers les yeux des deux héros, notre adhésion se délite.

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The Affair ★★★★

Noah Solloway (Dominic West) a tout pour être heureux : une femme magnifique, quatre enfants, son métier d’enseignant et un rêve sur le point d’éclore : devenir écrivain même si le succès n’a pas été au rendez-vous de son premier livre… En vacances à Long Island en famille, il rencontre Allison, une serveuse de restaurant, mariée elle aussi, dévastée par la mort brutale de son fils unique. Leur liaison adultère va faire exploser leurs couples.

En lisant le palmarès des meilleures séries de la décennie ou du siècle, j’ai découvert en janvier dernier The Affair, coincé entre Breaking Bad, Downton Abbey, Game of Thrones, Tchernobyl et Black Mirror. Je n’en avais jamais entendu parler. De quoi s’agissait-il ? « Un adultère raconté à la Rashomon » ? Mazette….

La marque de fabrique de la série en effet, que ses réalisateurs respecteront jusqu’au dernier épisode, est de raconter une même histoire depuis plusieurs points de vue. Au début, il s’agit de Noah et d’Allison : comment chacun a vécu leur première rencontre, au Lobster Roll, ce restaurant de fruits de mer où Allison travaille et où Noah s’arrête sur le chemin des vacances avec sa bruyante famille. Mais bien vite le procédé est élargi à d’autres personnages et à d’autres événements : Helen, la femme de Noah, Cole, le mari d’Allison…. Et pour éviter un procédé qui deviendrait vite lassant, il ne s’agit plus de raconter le même événement de plusieurs points de vue, mais d’entrelacer les arcs narratifs en en montrant ce que traverse tour à tour chacun des personnages.

Le scénario est d’une complexité que seule permet une série étalée sur cinq saisons, comptant au total plus de cinquante épisodes de près d’une heure chacun. De quoi laisser le temps de creuser les personnages, de quoi permettre aussi de se perdre dans des histoires secondaires qui auraient été sacrifiées au montage d’un film d’une heure trente pressé comme un citron. Un film doit aller à l’essentiel sans dévier du fil rouge, bref et tendu, autour duquel il est tendu. Une série de plusieurs saisons est une longue pelote qu’un scénariste démiurgique peut dévider à sa guise en s’autorisant des détours, des bifurcations et même des impasses que le cinéma n’autorise pas.

La tension des deux premières saisons est maintenue par une enquête policière autour d’un meurtre dont on ignorera jusqu’au dernier moment et la victime et l’auteur. Le rythme retombe un peu dans la saison 3 malgré l’apparition en guest stars de la trop rare Irène Jacob, l’interprète à jamais lumineuse de La Double Vie de Véronique, et du gentil Brendan Fraser dans un rôle à contre-emploi de maton sadique. Pour son final, The Affair se paie un détour dystopique pas vraiment indispensable dans un 2053 anxiogène.

Pourquoi The Affair m’a-t-il tant ému ? Par les thèmes qu’il traite et par la subtilité qu’il y met. The Affair est une radioscopie au scalpel du couple CSP+ américain, qui parfois prête à sourire de ce côté-ci de l’Atlantique tant nos cousins américains semblent le surinvestir. Mais au final, qu’on regarde The Affair seul.e ou avec son conjoint, on sera immanquablement assailli de questions : qu’est-ce que le couple ? qu’y apporte-t-on ? qu’en retire-t-on ? quels sacrifices suis-je prêt à consentir pour lui ?

Dans The Affair, il est question d’amour, de désir, de culpabilité et de rédemption. La balance est chargée me direz-vous. Elle l’est. Mais elle se donne les moyens de l’être dans une oeuvre ample et fluide qui évite le piège du manichéisme et du moralisme. Noah qui trompe sa femme et devra en assumer les lourdes conséquences n’est pas un salaud haïssable, pas plus qu’Helen, sa femme, n’est une sainte humiliée ou Allison, sa maîtresse, une victime expiatoire. « Tout le monde a ses raisons » aurait dit Jean Renoir dont La Règle du jeu aurait fait une épatante série polyphonique.

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The Laundromat ★★☆☆

Comment raconter les Panama Papers ? Par un documentaire intelligent façon Inside Job ? Par une fiction sophistiquée façon The Big Short ?

Steven Soderbergh, sans doute l’un des réalisateurs les plus roublards de sa génération, opte pour un style bien à lui. Une sorte de numéro de cabaret présenté par deux Monsieur Loyal : Antonio Banderas et Gary Oldman qui campent deux banquiers panaméens sans scrupule spécialisés dans l’évasion fiscale.

Face à eux, symbole de l’Amérique victime innocente : Meryl Streep. La star inoxydable interprète une veuve inconsolable dont le mari est mort dans un accident de navigation sur un bateau de croisière dont les propriétaires, mal assurés, tardent à lui verser les indemnités auxquelles elle a droit. Ne vous fiez pas à ses airs candides : la dernière scène du film révèlera la rouerie dont elle est capable pour faire triompher la justice.

Mais avant d’en arriver là, The Laundromat nous baladera à travers la planète de la finance pour illustrer quelques pans de la crise. On appareillera pour Saint-Christophe-et-Nieves, un paradis fiscal aux Caraïbes. On croisera en Californie un Africain corrompu et infidèle. Avec Matthias Schoenaerts, on ira jusqu’au Sichuan pour une saynète par la faute de laquelle Soderbergh et ses producteurs se seront probablement privés de l’accès au marché chinois.

Steven Soderbergh navigue avec rouerie entre deux eaux. Fin connaisseur de la machinerie hollywoodienne, il concocte, avec son lot de stars et de décors miroitants, un pur produit d’entertainment. Mais, derrière les flonflons, il instruit le procès en règle de la finance internationale et de ses dévoiements.

Le tout est mené à un train d’enfer. Mais, pour autant, la sauce ne prend pas vraiment. The Laundromat n’est pas assez informatif pour nous apprendre grand-chose, pas assez drôle pour nous faire vraiment rire.

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Roulez jeunesse ☆☆☆☆

Alex (Eric Judor) a quarante-trois ans ; mais il ne s’est toujours pas émancipé de sa mère (Brigitte Roüan) auprès de laquelle il travaille dans la petite entreprise de dépannage automobile qu’elle dirige. Irresponsable mais pas mauvais bougre, il est incapable de tenir ses engagements mais toujours prêt à rendre service.
Un beau jour, il dépanne Prune et passe la nuit avec elle. Au matin, la belle a disparu et Alex est réveillé par ses trois enfants qui exigent son attention : un bébé pleureur, un Gavroche turbulent et une ado rebelle. Pour l’aider, il appelle au secours une assistante sociale (Laure Calamy).

Le pitch et la bande-annonce de cette comédie française sortie en 2018, formatée, au suspens éventé, ne m’attiraient guère. Mais je l’ai regardée sur la foi de plusieurs critiques qui saluaient – à raison – la qualité du jeu d’Eric Judor (qui, après une longue carrière en duo avec Ramzy, creuse désormais sa voie en solo) et – à tort – la profondeur de cette comédie.

Hélas le compte n’y est pas. Tout ce qu’on prévoyait arrive. Sans surprise. Sans nous amuser ni nous émouvoir. D’abord bien sûr la comédie gentillette façon Trois hommes et un couffin avec ses gags attendus : le marmot à langer, les bêtises du Gavroche, les doigts d’honneur de l’ado punk… Ensuite, inévitablement, le tournant vers le drame sentimental : Alex, comme de bien entendu, découvrira le sens des responsabilités en se coltinant cette sympathique fratrie.

La comédie n’est pas drôle, le drame social est convenu et le mélo tourne à la mélasse. À fuir.

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Vernon Subutex ★☆☆☆

Vernon Subutex (Romain Duris) porte un nom de laxatif. D’ailleurs il est dans la merde.
Ma critique commence mal ? Il est encore temps, cher lecteur, d’en abandonner la lecture.
Reprenons.
Vernon Subutex, disais-je, porte un prénom de privé hollywoodien et traverse une passe difficile. Les huissiers viennent de l’expulser de l’appartement qu’il occupait, juste au dessus de la boutique de disques où il a travaillé jusqu’à sa fermeture. Il retrouve le soir même une star de la scène underground qui meurt dans la nuit après avoir enregistré son testament sur trois mini-cassettes.

Virginie Despentes est à la mode. Ses prises de position violemment hostiles à Roman Polanski ont fait d’elle une égérie du mouvement #MeToo. Son essai King Kong Théorie est un classique féministe qu’on retrouve en tête des ventes plus de quinze ans après sa publication. Vernon Subutex débité en trois tomes chez Grasset entre 2015 et 2017 a été un énorme succès de librairie. La punkette est devenue mainstream. Pour le meilleur et pour le pire.

Les années quatre-vingt ne sont plus qu’un lointain souvenir. Bienvenue dans le vingt-et-unième siècle. Vernon Subutex est une sorte de Recherche du temps perdu, carburant à la nostalgie de notre jeunesse disparue et de la musique qui en faisait le sel. Ramones, Daniel Darc, Kim Wilde, Janis Joplin, la musique a la place belle, qui accompagne Romain Duris dans de longs travellings, un brin répétitifs, filmés dans le nord-est de Paris.

Vernon Subutex est sur la pente de la clochardisation. En 1991, au temps du RMI, Gérard Jugnot campait un personnage similaire, symbole du descenseur social, dans Une époque formidable. J’avais adoré ce film qui a sans doute très mal vieilli.
Le déclassement de notre héros est moins touchant. On le suit, à travers Paris, à la recherche d’un toit auprès d’amis perdus de vue qui ne l’accueillent pas toujours à bras ouverts : un ex-réalisateur de porno castré par son épouse (Philippe Rebot), une bourgeoise hystérique (Florence Thomassin), une star du porno exilée à Barcelone (Juana Acosta). Pendant ce temps, un producteur influent (Laurent Lucas) tente de remettre la main sur les précieuses mini-cassettes avec le concours d’une hackeuse aux méthodes hétérodoxes (Céline Sallette).

La série comme le livre est plaisante. Les mini-cassettes et les mystérieuse révélations qu’elles contiennent entretiennent le suspense. La galerie de personnages est distrayante, dont certains volent la vedette à Romain Duris : Celine Sallette dans le rôle d’une lesbienne tatouée, anarchiste et justicière, à laquelle l’auteure a visiblement voulu de toutes ses forces s’identifier, Flora Fischbach qu’on avait entendue sur scène et dont c’est la première apparition devant une caméra et Florence Thomassin absolument bluffante.

Mais au bout de neuf épisodes de trente-cinq minutes chacun, on finit par trouver la sauce un peu claire. La trilogie souffrait du même défaut, qui s’étendait sur plus de mille pages et dont le troisième tome, inutile, a d’ailleurs été ignoré dans l’adaptation TV.

Et on touche là peut-être la principale contradiction de Virginie Despentes. Autant la jeune écrivaine inconnue ébouriffait quand elle déboulait sur la scène littéraire, la vingtaine punk, chez un éditeur inconnu, avec Baise-moi, autant elle n’est plus crédible en répétant vingt ans plus tard les mêmes rengaines faussement libertaires et en en cédant les droits à Canal Plus.

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Adam ★★☆☆

Samia erre dans les rues de la Médina de Casablanca, à la recherche d’un travail, d’un repas, d’un toit. La jeune femme arrive au terme de sa grossesse. Toutes les portes se ferment devant elle. Sauf celle de Abla, la boulangère, qui vit seule avec sa fille et qui accepte de l’accueillir.

On connaît Maryam Touzani. Elle est la compagne de Nabil Ayouch, le célèbre réalisateur marocain de Much Loved. C’est elle qui tenait l’un des rôles principaux de Razzia, son film suivant. C’est son beau visage qu’on voyait sur son affiche. Ces deux films militants dénonçaient le sort fait aux femmes dans un Maroc hypocrite.

Adam s’inscrit dans cette filiation qui prend pour héroïnes deux femmes – qui pourraient être mère et fille – contraintes par des circonstances dont on ne saura quasiment rien à prendre seules leur vie en main. À ces deux femmes s’en adjoint une troisième, la petite Warda, la fille unique de Abla, un rayon de soleil dans un foyer sur lequel sa mère refuse, depuis qu’elle vit seule, de laisser entrer la joie. Les hommes sont quasi absents de ce gynécée.

Adam est, malgré son titre, un film de femmes, tourné par une femme, sur les femmes, avec des femmes. Aucun male gaze dans ce huis clos qui ne franchit quasiment jamais les portes de la boutique de Abla et de l’appartement qui la jouxte. C’est ce qui en fait le charme. C’est ce qui en fait aussi la limite. Adam raconte une histoire dont on sait par avance l’évolution. On sait par avance que la froideur initiale de Abla s’effritera au fil du temps. On sait par avance que les deux femmes s’adopteront progressivement, avec la complicité active de la facétieuse petite Warda. Quant au sort d’Adam, que Samia souhaitait abandonner après sa naissance, je vous laisse le deviner…

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Un 22 juillet ★★☆☆

Le 22 juillet 2011, Anders Breivik, un terroriste d’extrême droite, commet, après une longue planification, un double attentat. Il place dans le centre d’Oslo devant les services du Premier ministre une camionnette remplie d’explosifs. Profitant de la mobilisation des services de police causée par l’explosion, il se rend sur l’île d’Utøya, à une trentaine de kilomètres au nord d’Oslo et il y assassine avec un froid systématisme les jeunes du parti travailliste norvégien qui y étaient réunis en université d’été.

Paul Greengrass, le réalisateur britannique de trois Jason Bourne, de Captain Phillips et de United 93, raconte le double attentat d’Oslo et d’Utøya du 22 juillet 2011. Il adapte le livre-enquête de la journaliste Åsne Seierstad – déjà connue pour avoir ramené d’Afghanistan Le Libraire de Kaboul.

Les mêmes événements, qui ont durablement marqué la Norvège et le monde entier, ont fait l’objet d’un autre film : Utøya , 22 Juillet. Je l’avais vu à sa sortie en salles et l’avais beaucoup aimé. Ce film-là prenait un parti pris radical : filmer en caméra subjective, en un seul plan, la tuerie d’Utøya. Le résultat, immersif, traumatisant, était d’une efficacité redoutable.

Le parti pris de Paul Greengrass est beaucoup plus classique. Dans son film, la tuerie proprement dite n’occupe qu’une quinzaine de minutes. Il s’intéresse à l’avant (un peu) et à l’après (beaucoup).

Il aurait pu choisir de se focaliser sur le seul Breivik, essayer de plonger dans la psyché de ce criminel pathologique, nous faire comprendre le cheminement qui l’a conduit à ces crimes et sa façon d’organiser sa défense. Mais, Paul Greengrass choisit une approche plus chorale. Il s’intéresse non seulement à Breivik, mais aussi à quelques uns des protagonistes du drame : le Premier ministre norvégien, qui accepte de se soumettre à une commission d’enquête et assumera sa part de responsabilité dans l’impréparation des forces de police, deux survivants, l’avocat de Breivik commis d’office…

Cet éclatement polyphonique n’est pas toujours réussi. Si les dilemmes posés à l’avocat sont passionnants (comment défendre un monstre ?), l’histoire des deux survivants (un garçon qui doit courageusement endurer une longue convalescence et une jeune fille secrètement éprise de lui) est beaucoup plus conventionnelle. Reste au milieu d’eux Breivik et ses délires racistes, impeccablement interprété par Anders Danielsen Lie (déjà vu dans La nuit a dévoré le monde, Ce sentiment de l’été et Oslo, 31 août), que le respect scrupuleux des droits de la défense et l’abolition de la peine de mort autorisera à insulter la mémoire des disparus pendant son procès et à survivre à sa condamnation.

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