
Mehdi (Driss Ramdi), son diplôme d’architecture en poche, travaille à Tanger avec son père en attendant un emploi à la hauteur de ses ambitions. Il l’aide à creuser une piscine dans la résidence secondaire d’une riche famille de Français et y fait la connaissance de leur fille, Marie (Sara Giraudeau). Il fréquente Selma (Nadia Kounda), une jeune fille d’origine modeste, très pieuse, employée dans une boulangerie, qui acceptera de se donner à lui à condition qu’il s’engage à l’épouser.
J’avais beaucoup aimé Sofia, le premier long métrage de la réalisatrice marocaine Meryem Benm’Barek. Il a fallu attendre plus de sept ans pour voir sortir le deuxième qui possède les mêmes qualités. Il décrit avec une précision clinique les rapports inégaux entre les riches Européens qui résident à mi-temps au Maroc et les Marocains qui travaillent à leur service. Il porte sur la condition des femmes un regard acéré. Il possède aussi de grandes qualités formelles : son scénario est particulièrement riche, qui contient de nombreux rebondissements et ne laisse rien deviner de son issue.
Dans sa première moitié, Derrière les palmiers semble avoir pour sujet principal les incertitudes du cœur de son héros, tiraillé entre l’amour pur que lui voue une jeune Marocaine et la liberté sensuelle que lui fait miroiter une riche Française. Les hésitations du cœur se doublent de celles du corps : Nadia se refuse à Mehdi alors que Marie se donne à lui avec une facilité qui le déconcerte et le séduit. Troisième degré de complexité : Marie lui ouvre des opportunités qui lui étaient jusqu’à présent hors d’atteinte, celles de quitter Tanger où il étouffe et d’être recruté en France dans un cabinet d’architectes.
Dans sa seconde moitié [attention spoiler], Derrière les palmiers prend, comme Sofia l’avait déjà fait, un tour différent, plus dramatique, tangentant le polar, enfermant son héros dans une série de mauvaises décisions à l’issue nécessairement dramatique.
On pourrait dire de Derrière les palmiers qu’il sonde les rapports de classe dans un monde post-colonial. Moins prétentieusement, on peut saluer un film sans morale qui peint un héros coincé entre de mauvais choix. Un complément utile à Rue Malaga qui, sur un mode beaucoup plus gentillet, décrivait une autre facette de Tanger et des rapports entre Marocains et Européens.