
Sylvie (Isabelle Huppert), une vieille écrivaine acariâtre, que sa nièce (India Hair) pousse à déménager, est en train d’écrire son nouveau roman. Propriétaire d’un appartement sur le boulevard Saint-Martin, elle épie ses voisins à la longue-vue, Nico (Vincent Cassel), sa compagne Nita (Virginie Efira) et son frère cadet Théo (Pierre Niney), et leur invente une vie. Sylvie héberge un repris de justice, Adam (Adam Bessa), qui subtilise son manuscrit et contacte Nita.
Ashgar Farhadi est sans doute l’un des plus grands réalisateur iraniens contemporains. Seul Jafar Panahi, auréolé de toutes ses récompenses à Cannes, à Berlin ou à Venise, réussit à lui voler la vedette. Il lui a fallu attendre la quarantaine et son cinquième film, Une séparation, pour atteindre en 2011 une renommée internationale. Suivirent quatre autres films, tournés en France (Le Passé), en Iran (Le Client, Un héros) et en Espagne (Everybody Knows).
Fahradi revient en France avec un casting luxueux : Huppert, Efira, Cassel, Niney…. et même Catherine Deneuve en guest star ! Son film, inspiré d’un des épisodes du décalogue de Kieslowski, était taillé pour Cannes. Il y a pourtant reçu jeudi dernier un accueil glacial. « le film du réalisateur iranien présenté à Cannes […] remplit du vide avec du n’importe quoi » écrit Eric Neuhoff pour Le Figaro. « un grand huit de fiction hitchcockienne avec casting français XXL, plus étouffant qu’étourdissant » cingle Sandra Onana pour Libération. « un jeu de faux-semblants qui tourne à vide » conclut Jacques Mandelbaum pour Le Monde.
Je suis loin d’avoir la dent aussi dure. J’ai au contraire beaucoup aimé ce film. Il est rare que je ne reproche pas à un film de plus de deux heures sa longueur. Celle-ci ici m’a semblé au contraire parfaitement opportune, le scénario se donnant le temps de déployer tous ses possibles et de nous surprendre à chacune de ses bifurcations.
J’ai aimé la direction d’acteurs de ces Histoires parallèles. Même Isabelle Huppert, toujours aussi horripilante, m’a semblé excellente. Viriginie Efira est tout simplement renversante. Vincent Cassel me fait douloureusement réaliser qu’à son âge et au mien, on est devenu un vieil homme perclus de rhumatisme. Pierre Niney réussit l’exploit remarquable de jouer sa partition mezzo vocce, sans verser dans les outrances qui lestent souvent ses premiers rôles.
Mais Histoires parallèles vaut surtout par son scénario à la fois délicieusement emberlificoté et parfaitement linéaire. Comme La Vénus électrique programmé en ouverture, comme L’Être aimé projeté samedi, Histoires parallèles nous invite à une réflexion virtuose sur la création, sur l’imaginaire, sur l’espace plus ou moins grand qui les sépare de la réalité. Histoires parallèles est un hommage à la création artistique et un appel, sacrément salvateur en ces temps troublés, à la liberté de l’artiste. C’est en même temps un rappel des conséquences de la création artistique sur la réalité. La fiction peut changer la vie ; mais, dit malicieusement Sylvie à Nico dans la cour de son immeuble, il n’y a rien à craindre d’elle si on ne se sent pas menacé.