Collapse ★☆☆☆

Anat Even est allée filmer le kibboutz de Nir-Oz où elle avait passé une partie de sa jeunesse, cible des sanglantes attaques du Hamas le 7 octobre 2023. Un quart de ses habitants ont été tués ou kidnappés. Il est situé à quelques kilomètres à peine de Gaza.

Alors que les événements du 7-octobre n’avaient jusqu’à présent donné lieu à aucun film, on a vu coup sur coup ces dernières semaines sortir trois documentaires qui lui sont liés. Ils sont emblématiques des réactions que cet événement historique a pu susciter. Les parents de Yotam (Looking for Yotam sorti le 15 avril), kidnappé par le Hamas et tué par erreur par Tsahal, ne mégotent pas leur soutien à Nétanyahou et à la guerre que l’armée israélienne à Gaza. Les parents de Liat (Holding Liat sorti le 1er avril) sont autrement plus critiques qui accusent le Premier ministre israélien de sacrifier le sort des otages sur l’autel de sa guerre vengeresse.

La réalisatrice de Collapse l’est tout autant. C’est une Israélienne de gauche, pacifiste, anti-Netanhayou. Elle condamne avec la plus grande fermeté les attaques terroristes du 7-octobre. Mais elle n’est pas moins critique à l’égard de la guerre menée en représailles à Gaza et par les crimes de guerre que Tsahal, selon elle, y commet. Elle estime qu’Israël a trouvé dans le 7-octobre le prétexte pour achever un projet millénariste : la reconquête de la bande de Gaza et sa colonisation. Anat Even filme d’ailleurs des rassemblements de militants d’extrême droite qui réclament avec virulence la mise en œuvre d’une telle politique. De là à affirmer que c’est la politique suivie par le gouvernement israélien, il y a un pas qu’on se gardera de franchir.

Collapse filme longuement le no man’s land qui entoure Gaza, les champs jadis labourés par les kibboutzim, aujourd’hui contrôlés par Tsahal pour prévenir tout raid depuis Gaza de commandos terroristes. Collapse filme également les longues colonnes de véhicules blindés, de tanks, qui patrouillent autour de la frontière, qui se dirigent vers l’enclave ou en reviennent après une opération. En fond sonore, les bombardements sont incessants et viennent interrompre le chant des oiseaux.

Collapse se heurte à un obstacle dont la réalisatrice, qui dialogue avec Ariel Cypel, un Israélien exilé en France, a bien conscience : filmer Gaza depuis l’extérieur ne rendra jamais compte de la violence qui y déferle. C’est pourtant la focale qu’elle entend donner à son film : le point de vue d’une Israélienne qui a la chance de ne pas être piégée dans l’enclave et qui peut, comme les touristes qui viennent dans la zone, en regarder à la jumelle les ruines fumantes.

Le projet est stimulant. Il est d’un grand courage politique. Il démontre au passage la capacité d’Israël, pays en guerre mais démocratie respectueuse de l’Etat de droit, d’accepter l’expression en son sein d’opinions dissidentes. Mais son résultat cinématographique n’est pas très stimulant, sinon ennuyeux, même si le documentaire a l’élégance de ne durer qu’une heure dix huit.

La bande-annonce

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