De son vivant ★★★☆

Benjamin (Benoît Magimel) est, de son propre aveu, acteur raté et professeur de théâtre. D’anodines douleurs au dos ont révélé un cancer de stade 4 au pancréas. L’issue en sera fatale, à très court terme, sans espoir de survie. C’est au professeur Eddé (le docteur Gabriel Sara quasiment dans son propre rôle) et à son assistante Eugénie (Cécile de France) de l’annoncer à Benjamin et à sa mère et de leur rendre les derniers mois à vivre les moins douloureux possibles.

Je l’ai déjà dit plusieurs fois ces derniers mois. La fin de vie est décidément devenue un genre cinématographique à part entière. Une vie démente, Tout s’est bien passé, The Father, Falling, Supernova…. on ne compte plus les films qui, cette année ou l’année dernière, ont traité, avec plus ou moins de réussite, la mort inéluctable d’un malade en fin de vie frappé d’un mal incurable.
Ici, seule nuance, le malade est plus jeune. Benjamin a trente-neuf ans (le très juste Benoît Magimel en a quarante-sept en fait et interprétait dans Amants un personnage qui, avec dix kilos de plus et une cravate, en faisait bien dix de plus). Le cancer qui va l’emporter si jeune, alors qu’il a encore la vie devant soi, est plus injuste et plus cruel que les maladies dégénératives qui frappent les personnages principaux des films précités.

Il est des films qui irrationnellement m’emportent. Cherchant un verbe pour définir la perte de raison, l’oubli à soi-même, j’ai failli écrire « me ravissent » au risque de laisser penser que De son vivant est un film ravissant. Il se situe plutôt dans le registre du rapt, du kidnapping émotionnel.
La raison en est peut-être dans le sujet qui me touche profondément et dont j’imagine, cher lecteur, qu’il vous touche aussi. Soit que vous y ayez déjà été exposé dans votre vie. Soit que vous appréhendiez l’étourdissante douleur de voir l’être aimé y être exposé un jour et qu’il vous incombe de l’y accompagner. Soit enfin, hypothèse la plus probable et la plus égoïste, que vous redoutiez d’y être vous-même exposé un jour – avec au surplus, dans l’hypothèse où l’être aimé susmentionné vous ait jusque là survécu, la gêne et l’embarras de devoir lui infliger la douleur de vous accompagner dans votre lente agonie.

De son vivant m’a irrationnellement emporté ou, oserais-je dire, ravi. Abandonnant tout esprit critique, j’ai pleuré à la première scène et ai inondé de mes larmes ininterrompues un bon paquet de Kleenex pendant les deux heures que dure le film. Circonstances atténuantes : mes voisins n’en menaient pas large non plus et sont sortis de la salle les yeux rougis et les mouchoirs essorés.

Pourtant, avec un minimum de recul, j’en vois bien tous les défauts.
De son vivant tangente un peu trop le documentaire et sonne comme un panégyrique au Dr Sara, cet oncologue qui sait montrer avec ses patients comme avec ses infirmières une si parfaite douceur, trouvant toujours le ton juste et le mot adéquat – même s’ils empruntent plus au registre de la communication bien rodée qu’à celui de l’empathie spontanée.
De son vivant donne de l’hôpital et des services d’oncologie et de soins palliatifs une vision idéalisée, bien loin de la cruelle réalité de l’hôpital public, de ses infrastructures à bout de souffle, de ses services débordés, de ses soignants exténués (d’ailleurs, le professeur Sara a quitté la France pour les Etats-Unis et exerce aujourd’hui à l’hôpital Mount Sinaï de New York)
De son vivant documente avec un peu trop de systématisme les étapes bien connues des réactions du malade face à son cancer : stupeur, incrédibilité, déni, révolte, tristesse, dépression, résilience…. et donne, comme un manuel de développement personnel, les recettes pour y faire face
De son vivant enfin se perd dans plusieurs intrigues secondaires ni très crédibles ni très justes : l’élève du cours de théâtre amoureuse de son professeur, l’enfant prodige, l’infirmière compatissante…..

Pour autant, l’émotion fut si forte, elle m’a à ce point submergé que j’ai aboli tout esprit critique face à ce film bouleversant.

Terminons par une note plus gaie. J’ai enfin trouvé ce que je demanderai à l’heure de ma mort. Mehr Licht ? Non. Cécile de France !

La bande-annonce

2 commentaires sur “De son vivant ★★★☆

  1. On se disputera la présence de Cécile de France à notre mort. 🙂 Bien sûr un beau film mais j’ai remarqué que toute la charge des décisions dommageables avait été portée par la mère de B.Magimel. Elle a été là pour emmener et imposer à son fils la chose la plus grave celle d’abandonner ses amours australiennes à 19 ans. Donc cela a été – pour E.Bercot – sur ce point décisif, la faute de la mère. Or c’est là que j’ai relevé – après vision du film – que la figure du père (le père de Magimel) était absente. Jamais elle n’est évoquée ! Or un père absent ne l’est jamais symboliquement. Or dans l’histoire de quiconque, la figure paternelle est incontournable, toujours présente jusque dans son absence. Magimel se construit donc dans le seul duo avec sa mère et non dans le triangle oedipien (triangle évité par E. Berco qui fait aussi de B.Magimel un fils sans frère et soeur). Enfin, évacuer le père réel du film n’est pas si facile car hop voilà E. Bercot obligée (?) de le voir revenir par la fenêtre avec ce père si bon, si bienveillant (comme on aurait aimé en avoir tous) sous figure du médecin-héros. Un père qui avec Magimel n’a aucun conflit. Cordialement.

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