Un incendie dans une discothèque de Bucarest, le club Colectiv, a tué vingt-six personnes en octobre 2015. Plus grave encore : dans les jours et les semaines qui suivirent, pas moins de trente-huit personnes moururent des suites de cet incendie par la faute, pour beaucoup, de la mauvaise qualité des soins qui leur furent prodigués à l’hôpital.
L’Affaire collective a deux héros – et deux sujets – au risque de l’éparpillement.
Dans la première partie du film, la caméra suit les pas de Catalin Tolontan et de ses collègues de Gazeta Spoturilor (un journal sportif !) qui mènent l’enquête non tant autour de l’incendie proprement dit que sur les conditions détestables d’hospitalisation des victimes et partant, l’état de déréliction du système de santé roumain. Grâce à quelques lanceurs d’alerte – une docteure, deux comptables courageuses d’un hôpital – ils mettent à jour un système de corruption généralisée : une entreprise pharmaceutique véreuse surfacturait des biocides hyper-dilués et inefficaces à des directeurs d’hôpitaux qu’elle corrompait par des pots-de-vin. Grâce aux révélations de Tolontan, le directeur de cet entreprise va être mis en examen avant de décéder dans des circonstances obscures.
L’Affaire collective abandonne hélas ce fil pour s’intéresser à un autre qui se révèle vite autant sinon plus fascinant. Elle filme le nouveau ministre de la santé qui prend ses fonctions en mai 2016 après la démission fracassante du cabinet Ponta. Ses premiers pas n’augurent rien de bon. Âgé de trente-deux ans à peine, le jeune Vlad Voiculescu semble bien inexpérimenté pour faire face au défi qu’il doit relever : assainir un système de santé corrompu jusqu’à la moëlle. L’ancien activiste doit concilier éthique de responsabilité (il est le ministre d’un gouvernement qui doit des comptes aux Roumains) et éthique de conviction (il ne peut qu’être révulsé par l’ampleur de la corruption que le scandale Colectiv a révélé et qu’il répugne à couvrir). On le voit, entouré de ses plus proches conseillers, dans la préparation fiévreuse d’une conférence de presse où il lui faudra tenir une ligne de crête impossible.
Le documentaire immergé d’Alexander Nanau, le réalisateur inspiré de Toto et ses sœurs et le directeur de la photographie de Nothingwood, se regarde comme un thriller passionnant. Les scènes qu’il a réussi à filmer sont si haletantes qu’on s’y prend à deux fois pour vérifier dans le dossier de presse qu’il ne s’agit pas d’une fiction reconstituée ni d’un faux vrai documentaire mais bien d’images tournées sur le vif.
Par une chaude journée d’été, vingt-cinq habitants se croisent dans les rues de Los Angeles et y dévoilent un pan de leur vie : deux jeunes rappeurs en quête de célébrité, un Noir-Américain gay qui cherche désespérément à se faire servir un cheeseburger, un couple en thérapie, une amoureuse éconduite qui stalke son ex, un employé de fast food débordé par une clientèle hargneuse et revendicative, etc.
Francis est originaire de Guinée-Bissao. Il est arrivé en Allemagne au péril de sa vie, perdant dans la traversée sa femme noyée. Sans papiers, malgré son aspiration à une vie honnête, il n’a d’autre solution que de travailler sous les ordres de Reinhold, un petit dealer, infirme et psychopathe, qui manque le tuer après un cambriolage. Devenu manchot, Francis est recueilli par Mieze, une prostituée. Il croit enfin accéder avec elle au bonheur qui le fuyait depuis si longtemps. Mais c’était sans compter avec le machiavélisme de Reinhold.
Mehdi (Soufiane Guerrab) est un perceur de coffres dont les cambriolages sont de plus en plus risqués et de moins en moins rentables. Sa compagne, Sarah (Souheila Yacoub), qui désapprouve son mode de vie l’a quitté et travaille dans un salon de coiffure. Le couple a eu un enfant que Sarah élève seule mais auquel Mehdi est très attaché.
Après une expérience traumatisante aux urgences d’un grand hôpital, Nour Hamadi (Zita Hanrot) trouve un poste d’infirmière chez Arkalu, l’usine chimique où son père (Sami Bouajila) travaille depuis des dizaines d’années. Elle y fait des découvertes alarmantes sur la santé des ouvriers. Lorsqu’elle tire la sonnette d’alarme, elle se fait rabrouer par son père qui, sa vie durant, s’est battu pour protéger l’emploi de ses camarades et par le directeur de l’entreprise (Olivier Gourmet) qui craint que ces révélations ne remettent en cause les autorisations administratives dont elle bénéficie. Auprès de Emma (Céline Sallette), une journaliste militante engagée pour la défense de l’environnement, Nour trouvera peut-être le courage de rendre publiques les informations qu’elles possèdent au risque de trahir la confiance de son père.
En 1941, l’Italie fasciste est alliée à l’Allemagne hitlérienne. L’armée italienne est requise pour participer à l’opération Barbarossa sur le front de l’Est. Un officier italien, de mère russe, est rappelé pour servir d’interprète. Il traverse l’Europe en fourgon militaire pour gagner son poste en Ukraine.
Jean-Louis (Laurent Lafitte) est avocat dans un grand cabinet parisien. Il mène une vie confortable aux côtés de Valérie (Karin Viard) que vient brutalement interrompre un événement extraordinaire : un beau jour, son cœur s’arrête de battre. Son meilleur ami, vétérinaire (Vincent Macaigne), est catégorique : inutile d’aller aux urgences, tout va bien. La médium que Jean-Louis consulte (Nicole Garcia) est moins optimiste : Jean-Louis va mourir si son cœur ne redémarre pas. Pour y parvenir, elle exige de Jean-Louis qu’il remonte à ses origines et prenne en photo…. le sexe de sa mère.
De 2014 à 2017, l’État islamique installa sa capitale à Raqqa et y imposa la charia. Libérée par les forces démocratiques syriennes en octobre 2017, la ville fut ravagée par les bombardements aériens et les combats de rue. Sa nouvelle maire, Leila Mustapha, est une jeune Kurde, ingénieur civil, âgée de trente ans à peine.
« Ça semble être l’histoire d’une femme qui s’en va. » Un beau matin d’hiver, Clarisse (Vicky Krieps) prend sa voiture et quitte sa maison, son mari (Arieh Worthalter) et ses deux enfants, Louise et Paul, pour dit-elle « rouler vers la mer ». Mais bien vite la narration se brouille et les questions surgissent, entretenues par les paroles de Clarisse, « Ce n’est pas moi qui suis partie, j’invente » : qui quitte qui ? qui rêve qui ? qui pleure qui ?
Ancien boulanger, promu grace à son amour de la cuisine et à son talent, Pierre Manceron (Grégory Gadebois) travaille au service du duc de Chamfort (Benjamin Lavernhe). Mais l’orgueilleux maître queux est limogé pour avoir refusé de se plier au lourd protocole de la maison et avoir osé servir une mise en bouche à la pomme de terre et à la truffe à son maître et à ses invités. Dégoûté de la vie et de la cuisine, il reprend l’auberge de son père récemment décédé au fond du Cantal. L’arrivée de Louise (Isabelle Carré), qui lui demande de la prendre comme apprentie, lui redonnera progressivement goût à la vie et l’incitera à inventer le premier restaurant.