Haingosoa ★☆☆☆

Haingo est une jeune mère célibataire qui vit dans l’Androy, une région du sud de Madagascar. Sa passion pour la musique et la danse ne lui permet pas de subvenir aux besoins de sa fille sous le coup d’une expulsion imminente de l’école. Aussi décide-t-elle de partir à la capitale pour rejoindre la compagnie de danse où travaille une lointaine cousine.

Haingosoa a un mérite rare : nous faire découvrir Madagascar, une terra incognita du cinéma. J’ai dû plonger très loin pour retrouver le souvenir d’un précédent film malgache : Mahaleo, un documentaire sorti en 2005 sur un groupe musical.

Haingosoa débute dans l’extrême sud du pays, l’Androy, avant de gagner les hauts plateaux du centre et la capitale Antananarivo. Ce voyage dans l’espace est aussi un voyage entre les styles musicaux de la Grande Île.

Le problème de Haingosoa est qu’il n’a guère d’autre intérêt que cet exotisme documentaire. Son actrice principale, que la caméra suit dans son exode, n’a ni le charme ni le talent qui la rendrait attachante. Et le scénario, entrecoupé de nombreuses ellipses qui en compromettent parfois la compréhension, est trop insipide pour exciter l’intérêt.

La bande-annonce

Les Petits Maîtres du grand hôtel ★☆☆☆

Le réalisateur Jacques Deschamps a planté sa caméra à l’hôtel Lesdiguières, à Grenoble, une école hôtelière. Il y a suivi, une année durant des élèves en CAP qui se forment à la réception, à l’accueil, en cuisine.

On sent que le titre de ce documentaire est le produit d’une lente maturation. Au début était sans doute Les Maîtres d’hôtel. Trop plat. Trop descriptif. Et puis, il y a eu Grand Budapest Hotel, que la façade de l’hôtel Lesdiguières rappelle vaguement et qui inspire le tout premier plan du documentaire. Ses maîtres d’hôtel sont tout petits, au début de leur formation. Voilà comment on arrive aux Petits Maîtres du grand hôtel.

Les jeunes élèves sont… jeunes. En CAP, ils n’ont pas dix-huit ans. Le costume-cravate des garçons et le tailleur-chignon des filles ne réussissent guère à les vieillir. Leur inexpérience, bien normale, leur maladresse sont attendrissantes. Leur niveau général, révélé par quelques scènes de classes, laisse pantois.

Ce n’est pas la première fois que le cinéma s’intéresse à des jeunes en formation. Nicolas Philibert, le réalisateur d’Être et Avoir, a consacré aux élèves d’un Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de l’est parisien son dernier documentaire (De chaque instant). Theresa Traore Dahlberg a suivi les apprenties en mécanique automobile du Centre féminin d’Initiation et d’Apprentissage aux Métiers (CFIAM) de Ouagadougou (Ouaga Girls). Et on n’aura cité que deux documentaires sortis en 2018.

Du coup, face à ce marché bien occupé, il aurait fallu à ces Petits maîtres une originalité qu’ils n’ont pas. Jacques Deschamps est allé la chercher en inventant des passages de comédie musicale. La recette n’est pas nouvelle. Les réalisateurs, autrement inspirés de Chante ton bac d’abord ou de Entre nos mains, y avaient déjà eu recours. Que les élèves de l’hôtel Lesdiguières chantent comme des casseroles et dansent comme des balais n’arrangent rien…

La bande-annonce

Botero ★★☆☆

Fernando Botero, né en 1932, est le plus grand artiste vivant. Son style monumental est immédiatement reconnaissable. Ses toiles et ses sculptures ont été exposées partout dans le monde et se vendent des fortunes.

Le documentaire, volontiers complaisant, que lui consacre Don Millar ressemble à une longue publicité. On y voit le patriarche souriant et toujours allègre entouré de ses enfants aimants, dont on n’arrive pas à se persuader que l’amour filial qu’ils portent à leur père soit totalement déconnecté de la formidable fortune qu’il leur lèguera bientôt.

Pour autant, il a l’avantage de nous faire voyager dans la vie et dans l’oeuvre du prolixe artiste colombien. On apprend sa vocation précoce, ses séjours en Europe – où il découvre avec fascination les peintres du Quattrocento et notamment l’art du volume chez Fra Angelico – la renommée qu’il acquiert à New York dans les années 70 avant son installation en France. On apprend aussi le deuil qu’il a vécu à la mort de son quatrième enfant, en 1974, à l’âge de quatre ans, qui lui a inspiré plusieurs toiles poignantes.

Botero a inventé son propre style. À une époque où l’art abstrait était de rigueur, il n’a jamais dévié de la peinture figurative. Sa naïveté, sa frivolité (plusieurs de ses peintures détournent des chefs d’oeuvre classiques tels que La Joconde ou Les Ménines) lui ont souvent été reprochées mais n’ont altéré en rien sa popularité.

Les toiles de Botero sont exposées dans le monde entier, notamment en Colombie, à Medellin, sa ville natale, et à Bogota où j’ai eu la chance de les voir [c’était ma minute-frime].

La bande-annonce

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn ★☆☆☆

Harley Quinn (Margot Robbie) a cassé. Elle a quitté le Joker qui l’avait entraînée dans une spirale de crimes nihilistes. Mais la jeune fille n’en a pas fini avec la pègre de Gotham. Face à Roman Sionis alias Black Mask (Ewan McGregor), elle aura besoin du soutien de ses amies Huntress, Black Canary et Renée Montoya, pour sauver la petite Cass qui a subtilisé un diamant au prix inestimable.

Je ne m’étais pas rué dans les salles début février pour voir Birds of Preys. Parce que j’avais gardé un souvenir calamiteux de Suicide Squad. Parce que, dans les jours qui suivirent (le film n’avait pas été montré à la presse avant sa sortie), les critiques les plus calamiteuses s’étaient accumulées. Enfin et surtout parce que les univers MC et DC me semblent, à tort ou à raison, des machines à cash sans intérêt cinématographique uniquement voués à attirer le gogo décérébré mangeur de popcorns (Y a-t-il du mépris de classe dans la phrase qui précède ? Oui !!!).

Le coronavirus et l’angoisse qu’il avait, à raison, provoquée chez moi de voir interdit l’accès des salles pendant longtemps m’avait poussé début mars à m’y rendre plus que de coutume. Aussi me suis-je retrouvé quasiment seul pour une séance de rattrapage à l’UGC Ciné Cité Les halles la semaine dernière devant Birds of Prey. M’en suis-je mordu les doigts ? Non. Car j’en avais entendu tellement de mal, j’en escomptais si peu, que j’ai été plutôt favorablement surpris.

Certes, le scénario est plat comme une limande. On nous refait l’histoire mille fois racontée de la bande désassortie qui doit se lier contre un méchant très méchant. Et le film ne prend même pas la peine de nous expliquer pourquoi tout ce petit monde court après le diamant qu’une gamine kleptomane et en surpoids est allée dérober.
Certes, en entourant Harley Quinn d’une policière latino, d’une chanteuse caribéenne et d’une gamine sino-américaine, le scénario semble vouloir à tout prix cocher toutes les cases du film-respectueux-de-la-diversité.
Certes, l’humour bad ass du film louche trop ouvertement du côté de Deadpool qui semble devenu depuis quelques années la référence indépassable des films de superhéros condamnés à ne pas se prendre au sérieux.
Certes enfin, avec une démagogie trop affichée, Birds of Prey revendique un esprit girl power, à l’heure de #MeToo, en rupture avec tous les clichés masculinistes – au risque parfois, à force de vouloir les renverser, de les endosser à son tour, comme dans cet éloge très viril de la sororité.

Pour autant, si on passe sur tous ces défauts, aussi nombreux soient-ils, si on accepte a priori de débrancher ses neurones, on se laissera gentiment séduire par le charisme de Margot Robbie qui a pris un plaisir décidément communicatif à se déguiser en Harley Quinn et on passera un agréable moment de divertissement.

La bande-annonce

Yiddish ★☆☆☆

Née en 1945 en Palestine mandataire, Nurith Aviv a dirigé la photographie d’une centaine de fictions de documentaires avant de passer tardivement derrière la caméra. Elle a réalisé plusieurs documentaires exigeants et intelligents sur la langue et le langage que je vais voir à leur sortie dans une petite salle du Quartier latin, toujours la même, au milieu d’une audience fidèle et vieillissante : Traduire en janvier 2011, Signer en mars 2018.

Aussi n’ai je pas raté la sortie de Yiddish, la semaine dernière, à l’époque, qui nous semble aujourd’hui si lointaine, où les salles de cinéma étaient encore ouvertes et où on pouvait se déplacer sans autorisation (j’ai l’impression d’écrire comme un personnage de La Servante écarlate).

Il s’agit d’une enquête sur le yiddish, cette langue à l’histoire contrariée. Langue vernaculaire des Juifs ashkénazes d’Europe centrale, dérivée de l’allemand, mâtinée de slave et d’hébreu, elle a quasiment disparu avec la Shoah. Le jeune État d’Israël a ressuscité une langue oubliée, l’hébreu, au détriment du yiddish qui fut longtemps déconsidéré. Il est remis au goût du jour depuis quelques années, notamment dans la diaspora.

Nurith Aviv est allée interviewer sept jeunes yiddishophones, à Berlin, à Paris, à Tel Aviv, à Vilnius et à Varsovie qui évoquent leur histoire d’amour avec cette langue, qui faisait souvent partie de leur histoire familiale (même si certains témoins ne sont pas juifs) mais qu’ils ont découverte à l’occasion de leurs études.

Le procédé est très répétitif. Les interviews s’enchaînent, toutes identiques. Pour commencer, on voit l’interviewé.e, un peu guindé.e, marcher dans la rue, composer un code, rentrer à son domicile. Puis on l’écoute, le plus souvent en yiddish, mais aussi en français, en anglais ou en hébreu, parler avec chaleur de sa rencontre avec cette langue aux accents chantants. Et enfin, on l’entend déclamer quelques vers de son poète préféré : Moshe Leyb-Halpern, Anna Margolin, Celia Drobkin, Avrom Sutzkever…

Yiddish dure une heure à peine. C’est suffisant pour se bercer des sonorités de cette langue longtemps méprisée, mais pas assez pour en apprendre la riche histoire.

La bande-annonce

Tu mourras à vingt ans ★☆☆☆

Un incident funeste intervenu au cours d’une cérémonie religieuse laisse augurer, peu après sa naissance, la mort à vingt ans du jeune Muzamil. Son père, ne supportant pas cet augure, abandonne le foyer laissant à la mère de l’enfant la charge de son éducation.
L’enfance et l’adolescence  de Muzamil se déroulent sous la menace écrasante de sa mort prochaine : les enfants du village l’ostracisent, les jeunes filles se détournent de lui.

Tu mourras à vingt ans nous vient du Soudan. Cette origine suffit à elle seule à exciter l’intérêt tant il est rare de voir des films de ce pays. Le tout récent documentaire Talking about trees, qui se déroule dans la banlieue de Khartoum, aura néanmoins déjà un peu étanché notre soif d’exotisme.

Tu mourras à vingt ans satisfait à toutes les clauses de son cahier des charges. Il nous montre la vie paisible d’un petit village soudanais hors du temps (rien ne permet de déterminer si l’action se situe au vingtième siècle ou au vingt-et-unième), lové au bord du Nil bleu. Il nous rend attachant les interrogations d’un fils, les inquiétudes d’une mère, le désarroi d’un père. Naima, l’amoureuse de Muzamil, est sans doute un peu trop jolie pour le rôle ; mais on serait bien hypocrite de s’en plaindre.

C’est le premier film de Amjad Abu Alala, qui a tenu à le tourner dans son village natal. Il fait preuve d’une étonnante maîtrise, tant dans l’image particulièrement raffinée que dans la direction d’acteurs laquelle constitue souvent le point faible de ce genre de réalisation. Et il réussit à dénoncer, sans trop y insister, le poids des traditions religieuses qui brisent toute velléité d’émancipation.

Pour autant, Tu mourras à vingt ans peine à se hisser au delà de ce qu’il est : un conte philosophique sur la sortie de l’enfance.

La bande-annonce

Jésus ★★☆☆

Suite au décès de son grand-père, Yura, huit ans, et ses parents quittent Tokyo pour s’installer chez sa grand-mère. Bien qu’il ne soit pas pratiquant, Yura est inscrit dans une école catholique. Les rites qui en scandent le quotidien lui sont inconnus. Mais son intégration devient plus facile lorsque Jésus en personne lui apparaît, invisible de tout autre, et lorsque Yura se fait un ami parmi ses camarades de classe.

Sortir le 25 décembre un film intitulé Jésus, il fallait oser !

Jésus est un film minuscule. Aussi minuscule que la figure de Jésus qui apparaît miraculeusement à Yura. Cette apparition aurait pu provoquer une série d’événements, comiques ou dramatiques. Mais Hiroshi Okuyama a refusé ces facilités scénaristiques pour n’en faire qu’un épiphénomène de la difficile intégration du jeune garçon à son nouvel environnement.

Jésus dure 1h16 seulement. Il ne s’y passe pas grand-chose sinon un drame qui coupe le film en deux et dont j’ai déjà trop dit.

Jésus est un film gracieux sur les amitiés enfantines, aussi délicat et poétique que les dessins animés de Miyazaki – les avions et les créatures chimériques en moins. Mais Jésus n’en est pas moins un film grave sur la foi interrogée à hauteur d’enfant.

À vingt-trois ans à peine, Hiroshi Okuyama signe son premier film. Il en a écrit le scénario, signé la photo, dirigé le montage. Son film pèche paradoxalement par excès de modestie. Mais y bruisse une petite musique qui donne envie de voir le suivant.

La bande-annonce

Les Tuche (2011) ☆☆☆☆

Les Tuche sont prolos depuis plusieurs générations. Cela n’empêche pas Jeff Tuche (Jean-Paul Rouve), sa femme Cathy (Isabelle Nanty) et leurs trois enfants de former une famille heureuse et unie.
Tout change lorsque les Tuche gagnent à l’Euroloterie. Les voici soudainement multi-millionaires. C’est l’occasion pour eux de vivre leur rêve : s’installer à Monaco. Chacun des membres de la famille s’y acclimate non sans mal.

Avec le confinement, je redécouvre ma télévision. J’y suis en direct, comme des millions de Français, les allocutions présidentielles. Je me réjouis de la décision de Canal + de diffuser en clair. Et, pour permettre un sevrage en douceur depuis la fermeture des salles, je regarde des films. Le pire y côtoie le meilleur. Hier soir, c’était Tempête à Washington de Otto Preminger. Avant-hier, Les Tuche. Le premier était diffusé sur Arte, le second sur TF1. Sans commentaires….

Je n’avais pas vu Les Tuche au cinéma. Ni sa suite. Ni la suite de sa suite. La série a connu un immense succès public : Les Tuche ont attiré 1.5 millions de spectateurs, Les Tuche 2 4,4, Les Tuche 3 5,5… Un succès croissant qui rend inéluctable la réalisation d’une suite de la suite de la suite dont la sortie est prévue le 9 décembre 2020 si le monde d’ici là ne s’est pas arrêté de tourner.

Avant de mourir, je voulais comprendre les clés d’un pareil engouement. Signe qu’il est l’heure pour moi de quitter la scène, je n’y ai rien compris. Du début à la fin, j’ai trouvé le film affligeant. Son scénario paresseux tangente le niveau du 3901ème épisode de Plus belle la vie. Ses acteurs en roue libre étalent un cabotinage insupportable, à commencer par Jean-Paul Rouve affublé de tous les accessoires du parfait beauf : jogging, banane, coupe mulet… Et plus grave, on ne rit jamais, ni des personnages, ni des situations.

Détail piquant : le film n’a pas obtenu l’autorisation de tournage des autorités monégasques et a été réalisé à… Sanary-sur-Mer. Je ne sais pas s’il s’agit d’une circonstance atténuante ou aggravante.

La bande-annonce

Trois étés ★☆☆☆

Mada est la gouvernante d’une somptueuse résidence, nichée dans une crique sauvage en bord de mer. À la tête d’une nombreuse domesticité, elle veille sur ses patrons, Edgar et Marta, sur leur fils qu’elle a vu naître et qui part étudier à l’étranger, et sur le grand-père, qui perd gentiment la tête. Chaque été y est donnée une fastueuse réception. Mais les étés passent et ne se ressemblent pas ; car les malversations dont Edgar s’est rendu coupable lui valent d’être emprisonné, laissant Mada et ses collègues sans salaire et sans instructions.

Au Brésil, Noël tombe au cœur de l’été. Du coup, les fêtes y ont une saveur particulièrement exotique pour nous autres, habitants de l’hémisphère Nord. La réalisatrice Sandra Kogut choisit cette saison pour filmer, en trois épisodes, la chute programmée d’une famille.

On retrouve dans le rôle principal Regina Casé, une star de la TV brésilienne aux faux airs de Noémie Lvovsky. On l’avait déjà vue en 2015 interpréter un rôle similaire dans Une seconde mère. Les relations de domesticité sont un thème cher au cinéma latino-américain : le chilien La Nana (2009), l’argentin La Fiancée du désert (2017), le brésilien Les Bonnes Manières (2018).

Du coup, Trois Étés n’innove guère qui scrute, comme souvent déjà, les travers de la classe dirigeante à travers le regard porté par ceux qui la servent.

Autre défaut plus grave encore : il le fait avec un scénario elliptique, parfois difficile à suivre, qui connaît de brusques accélérations incompréhensibles et des ralentissements languissants (ainsi de cette scène interminable où un spot publicitaire est tourné dans la maison). Aucun des personnages n’est attachant : ni le gras Edgar qu’on voit s’enfermer peu à peu dans la spirale qui le conduira en prison, ni Lira, ce grand-père hagard aux rares éclairs de lucidité, ni surtout Mada elle-même dont la bonne humeur immarcescible, le débit de mitraillette et le rire créent vite une impression de lassitude.

Ni vraiment drôle, ni vraiment grave, Trois Étés échoue au milieu du gué.

La bande-annonce

Les Enfants du temps ★☆☆☆

Hodaka est un adolescent en rupture de ban qui a quitté son île natale pour aller vivre à Tokyo. Sans famille ni travail, il trouve refuge chez un échotier alcoolique pour lequel il rédige des articles pour la presse à sensation. L’un de ses reportages le conduit à enquêter sur les « filles-soleils », ces personnes aux dons surnaturels capables d’arrêter la pluie. Hodaka rencontre l’une d’entre elles, Hina, dont il tombe vite amoureux. Alors que la pluie tombe quasiment sans interruption sur la métropole tokyoïte, le couple monte un business juteux : proposer contre rémunération quelques rayons de soleil aux organisateurs d’un concert à ciel ouvert, à de jeunes mariés ou à un père qui veut jouer au parc avec sa fille…. Mais, Hina constate bien vite que l’invocation de ses pouvoirs surnaturels risque de menacer sa propre vie.

Makoto Shinkai est de retour trois ans après l’immense succès de son précédent film d’animation Your Name qui avait battu tous les records d’audience. Les Enfants du temps (la traduction est fidèle au titre japonais 天気の子 mais s’éloigne de l’astucieux et intraduisible titre international Weathering with you) sera immanquablement mesuré à l’aune de ce film précédent dont il reprend la graphie, l’histoire et jusqu’à la physionomie de ses personnages principaux.

On y retrouve les grands thèmes de Your name qui, vu depuis la France, rendent le cinéma japonais d’animation à la fois incompréhensible et fascinant. Au risque de me faire lancer des tomates, j’avancerais que c’est un cinéma puéril. Puéril dans sa forme : l’animation. Puéril dans son thème : le premier amour. Je vois d’ici les réponses, toutes fondées, que cette opinion suscitera : le cinéma d’animation comme la bande dessinée ne sont pas des sous-genres et peuvent toucher un public adulte ; l’amour fou est un thème indémodable qui ne connaît pas de classes d’âge. Je m’explique : en qualifiant ce cinéma de puéril, je n’entends pas le disqualifier, mais au contraire souligner combien il réussit à toucher un public extrêmement vaste « de 7 à 77 ans » comme le font d’ailleurs, en utilisant des ressorts similaires, les romans à succès de Murakami.

Le problème des Enfants du temps est que la comparaison avec Your Name tourne immanquablement à son désavantage. L’effet de surprise ne joue plus. L’étonnement suscité par Your name est retombé. La virtuosité de l’animation ne nous surprend plus. Et la passion dévorante – mais totalement dénuée de sensualité – qui unit les deux personnages principaux sent le réchauffé.

Les Enfants du temps a pour toile de fond les dérèglements climatiques. Mais certains critiques, notamment celui du Monde, auront noté qu’ils le traitent sur un mode surprenant. D’autant plus surprenant d’un point de vue japonais qui a tendance à donner la primauté au groupe sur l’individu. Nos héros, qui doivent sacrifier leur amour pour sauver le Japon des pluies diluviennes qui menacent de le submerger font un choix déconcertant. Bel exemple pour la jeunesse…

La bande-annonce