Nicky Larson et le Parfum de Cupidon ★☆☆☆

Garde du corps intrépide et misogyne, Nicky Larson (Philippe Lacheau) est recruté par le professeur Letellier (Didier Bourdon). Sa mission : récupérer le parfum de Cupidon, une fragrance qui rend irrésistible celui qui s’en parfume. Pour l’aider dans sa tâche, Nicky Larson peut compter sur la complicité de Laura (Elodie Fontan).

Fort du succès que lui ont valu Babysitting et Alibi.com, Philippe Lacheau s’est lancé dans l’adaptation d’un dessin animé emblématique de son enfance.

Sorti en février 2019, reprogrammé ces jours-ci dans les salles UGC à l’occasion de la Semaine de la comédie, le film a dépassé le million d’entrées. Un score plus qu’honorable pour une comédie française mais en demi-teinte par rapport aux succès précédents de Philippe Lacheau (Babysitting a dépassé les deux millions et Alibi.com les trois).

L’intrigue suit Nicky et Laura de Paris à Monaco à la recherche du parfum volé. Elle n’a pas grand sens, comme d’ailleurs souvent dans les films de ce genre. Nicky Larson vaut surtout par ses personnages cartoonesques et par ses gags souvent hilarants.

Nicky Larson manie sans vergogne les codes de l’humour potache façon American Pie, Austin Powers ou Mr Bean. Il faut être cul-serré pour ne pas en rire mais bien indulgent pour y trouver de l’intérêt.

La bande-annonce

Diego Maradona ★★★☆

Diego Maradona est peut-être le plus grand joueur de football de tous les temps. Sa gloire fut aussi grande dans les années quatre-vingt que sa déchéance sordide sur fond de cocaïne et d’obésité morbide dix ans plus tard.
À partir d’images inédites et des interviews du footballeur et de ses proches, le documentariste britannique Asif Kapadia retrace la vie de Diego Maradona.

Emir Kustirica, double Palme d’Or et grand amateur de ballon rond, avait déjà consacré au footballeur un documentaire en 2008. Son Maradona par Kusturica en disait plus sur son réalisateur que sur son sujet : il s’intéressait égocentriquement plus au fan qu’au footballeur.

La facture de Diego Maradona est plus classique, qui reprend les recettes déjà utilisées pour raconter la vie d’Ayrton Senna (Senna) et de Amy Winehouse (Amy).
Manifestement, Asif Kapadia ne brille pas par son imagination à concevoir les titres de ses films. Mais il se cache derrière celui-ci une thèse. Diego Maradona était un peu Dr Jekyll et Mr Hyde. Diego = le gentil gamin d’un bidonville portègne, timide et charmant, dernier fils d’une fratrie de quatre sœurs aînées. Maradona = le jet-setter frivole, l’amant domjuanesque, le tricheur, le drogué. Bref, vous l’aurez compris, le documentaire d’Asif Kapadia explore la double face d’une personnalité guettée par la schizophrénie.

Asif Kapadfia se concentre sur les sept années que Maradona a passées à Naples. Quand il y arrive en 1984, après un passage raté au FC Barcelona, le club est au bord de la relégation. La ville, gangrenée par la corruption, souffre de sa mauvaise réputation.
Maradona va vite en devenir la coqueluche. Grâce à lui, Naples sera sacrée deux fois champion d’Italie en 1987 et en 1990 et décrochera même la coupe de l’UEFA. Entretemps Maradona est entré dans la légende en remportant, sous le maillot national, la Coupe du monde au Mexique en 1986 – grâce notamment à un but contestable face à l’Angleterre en quart de finale. En 1990, le Mondial se déroule en Italie et la demi-finale oppose la Squadra Azzura et l’Albiceleste au stade San Paulo de Naples. Dilemme cornélien pour le public (qui de Maradona ou de l’équipe nationale doit-il soutenir ?) et pour Maradona lui-même (perdre, c’est s’attirer les foudres de l’Argentine, gagner, c’est s’attirer celles de l’Italie). J’avais oublié l’issue de cette demi-finale et laisse à ceux qui iront voir le documentaire – ou qui ont plus de mémoire que moi – le plaisir de la (re)découvrir.

La bande-annonce

Le Gangster, le Flic et l’Assassin ★★☆☆

Un gangster, qui contrôle l’industrie des machines à sous, fait régner par la terreur sa loi sur la ville.
Un flic aux méthodes hétérodoxes s’est juré de l’arrêter.
Un assassin commet des crimes en série. La police se met sur ses trousses. Il manque d’assassiner le gangster.
Sauf à accepter que son aura soit ternie, le gangster doit punir l’assassin. Le flic deviendra son allié dans sa chasse à l’homme.

Le cinéma sud-coréen ne se réduit pas au seul – et remarquable – Parasite. À côté de Bong Joon-Ho (le réalisateur de Parasite mais aussi de Snowpiercer, de Mother et de Memories of murder), de Park Chan-Wok (Mademoiselle, Old Boy) et de Lee Chang Dong (Burning), la Corée du Sud compte une foultitude de réalisateurs quasi anonymes capables de trousser des polars décomplexés.

Projeté à Cannes hors compétition, Le Gangster, le Flic et l’Assassin a réjoui les afficionados du genre. Il croque, comme une bande dessinée, des personnages caricaturaux : un gangster pantagruélique, un flic cool, un assassin psychopathe.

En rapprochant les destins du gangster et du flic, le film voudrait nous inviter à réfléchir aux frontières ambiguës entre le Bien et le Mal. Ce sous-texte moral n’est pas ce qu’il a de plus réussi. On se serait volontiers contenté de ses bastons en règle, de ses poursuites électrisantes, de ses rebondissements inattendus.

La bande-annonce

Viendra le feu ★☆☆☆

Un pyromane sort de prison. Après avoir purgé deux ans de peine, Amador Coro, la quarantaine, revient dans les montagnes de Galice à la ferme familiale. Sa vie s’y déroule paisiblement, auprès de sa mère, au rythme des saisons.
Jusqu’au jour où un feu meurtrier éclate.

Viendra le feu est un film déroutant. Sa scène d’ouverture montre d’immenses engins de chantier déraciner les arbres d’une forêt en pleine nuit. Une scène mystérieuse que rien ne reliera au reste du film.

Il ne s’y passe pas grand chose. Le héros mutique s’emploie aux travaux des champs et prodigue des soins aux vaches. Ses voisins réhabilitent une ferme pour en faire un gîte de vacances dans le but comprend-on d’attirer les touristes dans cette région désolée et pauvre.
Comme l’écrit avec humour Nicolas Schaller dans L’Obs, « c’est beau et vain, c’est bovin ».

Et soudain, sans qu’on en comprenne l’origine, un feu éclate. Symbolise-t-il l’explosion de pulsions tues comme dans Ça brûle de Claire Simon (2006) ? Amador, dont on nous a dit qu’il s’était déjà rendu coupable de faits similaires, l’a-t-il allumé ? La question pourrait nourrir une tension. Mais le réalisateur, tout à son éloge panthéiste d’une nature aussi apaisante que menaçante, s’en désintéresse.

Nous aussi.

La bande-annonce

Vif-Argent ★☆☆☆

Juste (Timothée Robart) erre autour des Buttes-Chaumont. Amnésique, il est devenu invisible aux autres humains, sauf à quelques uns qu’il aide à se remémorer un souvenir agréable afin de faciliter leur « passage ».
Cette règle connaît une seule exception. Bien vivante, Agathe (Judith Chemla) peut voir Juste, lui parler et même le toucher. Agathe vit dans la nostalgie d’un coup de foudre qu’elle a eu pour un garçon, une nuit, à Istanbul. Elle croit le reconnaître en Juste.

Le premier film de Stéphane Batut frappe par son originalité. Il prend le pari culotté du fantastique, un genre très connoté, en imaginant l’histoire d’un Orphée des temps modernes circulant entre le royaume des morts et celui des vivants. Mais il le marie à un naturalisme radical en mettant en scène un coup de foudre romantique dans les rues de Paris, une histoire d’amour impossible entre une Juliette bien vivante et un Roméo déjà mort.
On pense à la série française Les Revenants ou, si l’on a la quarantaine bien frappée, à Ghost avec Demi Moore et Patrick Swayze.

Vif-argent – un titre dont on peine à comprendre la signification – a beaucoup de charme. C’est un film intrigant dont on se demande quelle métaphore il file et où il veut nous mener. mais très vite, le scénario s’épuise autour d’une trame ultra-convenue : l’amour plus fort que la mort. Sa direction d’acteurs ne le sert guère : inconnu au bataillon, Timothée Robart brille par son manque de charisme. Quant à Judith Chemla, dont on dit le plus grand bien, je la trouve plus agaçante que séduisante.

La bande-annonce

Fête de famille ★★★☆

Dans la belle demeure familiale, Andréa (Catherine Deneuve) accueille ses enfants pour son anniversaire. L’aîné Vincent (Cédric Kahn) est venu avec son épouse et ses deux garçons. Le cadet Romain (Vincent Macaigne), qui peine à trouver sa voie, est accompagné de sa nouvelle fiancée, une jeune Argentine prénommée Rosita. S’invite sans crier gare le troisième enfant de Andréa, Claire (Emmanuelle Bercot) qui avait quitté depuis trois ans la France pour les États-Unis, laissant derrière elle aux soins d’Andréa l’éducation de sa fille Emma.
La réunion de famille est l’occasion de solder de vieux comptes.

Le repas de famille est un genre cinématographique à lui tout seul. C’est un genre très français : À nos amours de Pialat, Un air de famille de Klapisch. Mais c’est un genre qui n’a pas de frontière : Festen du Danois Vinterberg, Sieranevada du Roumain Puiu.

J’ai une sympathie particulière pour les films de Cédric Kahn que j’avais découvert à la fin des années quatre-vingt-dix dans l’adaptation de L’Ennui de Moravia. Je considère que ces dernières réalisations comptent parmi les meilleurs films de ces dernières années. J’ai mis quatre étoiles à La Prière qu’il a réalisé et à L’Économie du Couple où il interprétait aux côté de Bérénice Bejo le rôle principal.
Pour autant, j’ai été sévèrement rebuté par la bande-annonce de cette Fête de famille, diffusée ad nauseam ces dernières semaines. Elle me donnait l’impression d’avoir déjà tout vu du film et d’en avoir épuisé les pauvres ressorts. Si besoin en était, mon manque d’attirance était encore refroidi par les critiques calamiteuses que le film recueillait.

Bien m’a pris de ne pas m’arrêter à ces a priori. Car Fête de famille, s’il n’est pas un chef d’œuvre inoubliable, est une honnête réussite. Certes, comme l’écrit ironiquement Première « Deneuve deneuve, Macaigne macaigne et Bercot bercotte ». Le cinéma français a un rythme de production tel que ses figures les plus bankables réapparaissent sur les écrans à des intervalles trop rapprochés pour ne pas finir par nous lasser. C’est le cas depuis très longtemps de Catherine Deneuve. C’est en train de le devenir pour Vincent Macaigne, qui devrait gagner en sobriété s’il ne veut pas devenir horripilant. C’est un reproche excessif pour Emmanuelle Bercot qui, dans le rôle de la fille prodigue et frappadingue, tire le mieux son épingle du jeu.

L’espace d’une journée, on regarde cette famille bourgeoise s’aimer et se déchirer, se disputer et se réconcilier, entre tendresse et cruauté, avec des confessions et des non-dits. On est ému ; on sourit. La direction d’acteurs est impeccable. Les scènes de groupe sont parfaitement chorégraphiées et d’un naturel étonnant. Le scénario maintient la tension jusqu’au bout. Que demander de plus ?

La bande-annonce

Liberté ☆☆☆☆

1774. Quelques nobles débauchés ont quitté la cour de Louis XVI. Ils ont trouvé refuge dans un duché allemand. 
À la nuit tombée, dans un bois éclairé par la lune, ils se réunissent pour se livrer à leurs vices.

Albert Serra est un réalisateur hors normes. Le Chant des oiseaux mettait en scène les Rois mages. Histoire de ma mort imaginait la rencontre de Dracula et de Casanova. La Mort de Louis XIV montrait un Jean-Pierre Léaud hiératique, cloué dans son lit, interpréter l’agonie du Roi-soleil face à une cour médusée. Ce dernier film avait suscité de ma part un coup de gueule. Sa lenteur surlignée, sa préciosité m’avaient horripilé.

Ce sont les mêmes défauts qu’on retrouve dans Liberté.
Son titre, pas vraiment subtil, a valeur de manifeste : ces débauchés qui forniquent plus ou moins joyeusement dans les sous-bois ne recherchent pas seulement l’assouvissement de leurs sens mais l’expérience d’une liberté vraie, débarrassée des carcans du temps.

On aimerait le croire ; mais c’est un autre spectacle qui nous est montré. Pendant plus de deux heures interminables, on voit, sans souci de continuité, une succession de scènes de sexe. Urolagnie, coprolalie, candaulisme, anulingus, l’avantage de Liberté est d’élargir notre vocabulaire (et je vous imagine, fidèle lecteur, en train de compulser avec gourmandise votre dictionnaire).

L’accumulation de ces scènes ne vise pas à exciter nos sens : Serra ne réinvente pas le porno. Elle ne vise pas un effet esthétique : les corps ne sont pas érotisés. Pénis détumescents, fesses flasques, la chair est montrée telle qu’elle est. Et elle n’est pas joyeuse. On cherche en vain une lecture genrée : Liberté peint-il l’humiliation de la femme ou au contraire son triomphe paradoxal (le soumis du couple SM n’étant, on le sait, pas toujours celui/celle qu’on croît) ?

L’accumulation de ces scènes ne sert à rien. Sinon peut-être à épuiser le spectateur. Le film aurait-il duré une heure de plus, il y serait mieux parvenu encore. Mais deux heures et douze minutes auront suffi à faire fuir la moitié des spectateurs.

La bande-annonce

La Famille ★★★☆

Carlo (Vittorio Gassman) célèbre son quatre-vingtième anniversaire. Il aura vécu toute sa vie dans le même appartement cossu du centre de Rome. Il y sera né, y aura grandi auprès de son frère Giulio, moins armé que lui face à la vie, qui finira par épouser Amelia, la bonne. Il y aura accueilli son épouse Béatrice (Stefania Sandrelli) dont il aura eu deux enfants et de nombreux petits-enfants.
Mais c’est de la sœur aînée de Beatrice, Adriana (Fanny Ardant), une concertiste partie vivre en France, que Carlo aura été toute sa vie amoureux.

Le cinéma d’Ettore Scola utilise comme moteur le sentiment qui m’étreint le plus au monde : la nostalgie. La Famille (1987) est construit selon le même principe que Nous nous sommes tant aimés (1974) et Le Bal (1983). Il s’agit de raconter le temps long, le temps d’une vie, en recourant aux mêmes acteurs qu’on aura copieusement grimés pour les rajeunir ou les vieillir (ainsi de Vittorio Gassman qu’on voit successivement avec des cheveux noir corbeau et blanc comme neige). Si ce mode de narration conduit à un émiettement du récit, organisé selon une succession de petites saynètes chacune séparée de la suivante par les années qui passent, son unité est assurée par l’unité du lieu. Pas plus qu’on ne sortait du dancing où se déroulait Le Bal, on ne met les pieds hors de l’appartement où vivent les personnages de La Famille.

Comme dans Une journée particulière, où la grande histoire (la rencontre à Rome du Führer et du Duce en 1938) servait d’arrière-plan à la petite (la rencontre de deux voisins, un homosexuel (Marcello Mastroianni) et une femme au foyer (Sophia Loren)), l’histoire du XXème est l’arrière-plan discret du récit intimiste que raconte La Famille. C’est ainsi qu’on y voit Carlo, jeune professeur de littérature, hésiter dans les années trente à prendre, comme son cousin Enrico, le chemin de l’exil. C’est ainsi qu’on voit sa famille souffrir des privations de la Guerre et de l’immédiat après-guerre. En revanche, rien n’est dit sur les années de plomb que traverse l’Italie dans les 70ies.

Le regard mélancolique que lance Ettore Scola et ses fidèles co-scénaristes Furio Scarpelli et Ruggero Maccari sur ce passé qui passe n’est jamais amer ni cynique. Pourtant, la vie de Carlo aurait pu l’autoriser. Il épouse une femme qu’il n’aime pas vraiment et passe sa vie à regretter le choix qu’il n’a pas eu le courage de faire. Son histoire est non seulement traversée par la nostalgie. Elle l’est plus encore par le regret : regret de la décision qu’il n’a pas osé prendre.
Mais ce regret n’est pas délétère. Après la mort de Béatrice frappée d’un cancer, vient pour Carlo l’âge de la solitude et de la vieillesse. Un âge que vient égayer sa nombreuse descendance. Le jour de son quatre-vingtième anniversaire, elle l’entoure pour une photo souvenir en tous points similaire à celle qui avait immortalisé l’anniversaire de son grand-père quatre-vingt ans plus tôt.
Le film se clôt comme il s’était ouvert. Ainsi va le cycle de la vie. La sagesse recommande de s’y plier.

La bande-annonce

River of Grass ★☆☆☆

Cozy s’ennuie. Elle est née et a grandi en Floride, s’y est mariée, a eu des enfants. Mais cela ne suffit pas à faire son bonheur.
Un beau jour, elle prend la poudre d’escampette avec Lee, un jeune tocard croisé dans un bar qui vient de trouver un revolver. Le propriétaire dudit revolver est à sa recherche. C’est Jimmy, le père de Cozy, qui travaille à la police.

Lorsqu’un auteur atteint un certain niveau de célébrité, on exhume ses œuvres de jeunesse. Il est de bon ton de s’en extasier. Soit qu’on les considère déjà comme des œuvres de génie injustement négligées. Soit qu’on y décèle, malgré leurs défauts évidents, les prémices d’un génie en éclosion. C’est le cas des carnets de dessins de Van Gogh, des nouvelles inédites de Proust… et du premier film de Kelly Reichardt qui avait fait sensation à Sundance en 1994 mais qui n’avait pas trouvé de distributeur en France.

La réalisatrice s’est fait un nom dans le cinéma indé américain pour ses films minimalistes et réalistes, prenant souvent pour objet des vies minuscules dans les étendues désertes de l’Oregon : Certaines femmes (dont l’action se déroule au Montana), Night Moves, Wendy & Lucy, Old Joy…. Elle est née au début des années soixante en Floride où se déroule le très autobiographique River of Grass. Son héroïne a le même âge que la réalisatrice. Comme Jimmy dans le film, le père de Kelly Reichardt travaillait à l’identification criminelle.

Le problème est que River of Grass est couturé des défauts qui lestent les œuvres de jeunesse. Filmé à l’arrache (son son est à peine audible, son image est granuleuse), ce petit film d’une heure et quatorze minutes n’a guère d’autres qualités que sa modestie. Le couple formé par Cozy et Lee n’est ni drôle ni attachant. Ses infortunes peinent à retenir l’attention.

River of Grass n’intéressera guère que les fans de Kelly Reichardt attachés à pouvoir prétendre, sans être contredits, qu’ils ont vu tous ses films. Je ne suis pas certain qu’ils soient si nombreux et si prétentieux…

Le Mariage de Verida ★☆☆☆

Verida va se marier. Ses parents en ont décidé. Son mariage aura lieu dans trois mois. Mais d’ici là, il lui faut prendre du poids : vingt kilos au moins pour atteindre les canons de beauté exigés par la société. Sa mère surveille son « gavage » et prépare à toute heure de la journée les viandes et les laitages que Verida doit ingurgiter.

La réalisatrice Michela Occhipinti vient du documentaire. C’est d’ailleurs un documentaire qu’elle projetait de réaliser à l’origine sur le gavage en Mauritanie. Le Mariage de Verida en porte la trace, qui a été tourné avec des acteurs amateurs et qui documente avec un souci quasi ethnographique la réaction des femmes à cette pratique d’un autre temps.

Le gavage des fiancées mauritaniennes est paradoxal dans un monde qui valorise plutôt la minceur des femmes que leur obésité. C’est le même paradoxe qui est à l’œuvre dans plusieurs régions du monde, et notamment en Mauritanie où les femmes noires sont minorisées par rapport à la majorité maure, où certaines cherchent à s’éclaircir la peau, alors que les femmes occidentales sont obsédées par leur bronzage.
Dans tous les cas, il s’agit d’une alinéation du corps des femmes, obligées à se soumettre à un diktat qu’elles n’ont pas choisi. L’aliénation dont est victime Verida ne concerne d’ailleurs pas son seul corps – qu’elle est contrainte de couvrir même la nuit « afin que les anges ne la voient pas » lui dit sa mère. Lui est dénié le droit de choisir son mari, quand bien même elle n’est pas insensible au charme du jeune homme qui, chaque matin, lui amène le pèse-personnes censé enregistrer ses progrès.
Michela Occhipinti ne situe pas son histoire dans une bourgade provinciale aux mœurs arriérés mais au cœur d’une grande ville, dans la classe moyenne (Verida travaille dans le cabinet d’esthéticienne de sa grand-mère et fréquente sans contrainte des amies libérées). Histoire de montrer que le gavage ne relève pas d’un folklore tribal mais bien d’une pratique usuelle.

Le titre original du film est plus évocateur encore : Il corpo della sposa (« Le Corps de l’épouse ») en italien et Flesh out (littéralement « toutes chairs dehors ») dans sa version destinée à l’export. Spectateurs nauséeux s’abstenir ! Les platées de nourriture que doit avaler la malheureuse Verida ont de quoi soulever le cœur.

Le sujet du film fera donc l’unanimité et émouvra les femmes et les hommes, les féministes et les autres. Mais son traitement laisse à désirer. La mise en scène voit alterner métronomiquement les scènes où Verida mange et celles où elle discute avec ses amies. Le suspense est tendu par une question binaire : se rebellera-t-elle ou pas ? Quand la réponse arrive, après une heure et trente-quatre minutes, on s’en est désintéressé. Désolé…

La bande-annonce