Primaire ★★☆☆

Florence est enseignante en CM2. Elle se dévoue corps et âme à son travail. Tous ses élèves ont son attention : Tarah qui ne sait pas lire, Lamine qui sème la zizanie en classe, Charlie et son assistante de vie scolaire… Un matin arrive Sacha un enfant laissé sans surveillance par une mère « abandonnique ».

À vos ardoises… et à vos mouchoirs. Vous avez adoré « Être et avoir » le documentaire de Nicolas Philibert ? Vous adorerez « Primaire » un film noyé de bonnes intentions qui aurait fort bien pu être sponsorisé par l’Éducation nationale – et sera probablement visionné par tous les professeurs-stagiaires d’IUFM/ESPE.

J’adore les films qui font pleurer. Et celui ci le fait plus qu’à son tour. On pleure à la détresse de Sacha. On pleure à la passion de Florence pour son travail et aux doutes qui l’assaillent. On pleure aux progrès de Tarah. On pleure au handicap de Charlie. Et, comme si la coupe n’était pas déjà suffisamment pleine, on pleure encore un peu quand Florence tombe amoureuse de Mathieu (Vincent Elbaz), le beau-père de Sacha.

J’aurais un cœur de pierre si je ne me laissais pas émouvoir par ce film attendrissant. Servi par l’énergie ébouriffante de Sara Forestier et par une bande de gamins qui ne minaudent jamais, « Primaire » fait souvent mouche. Mais l’entêtement de Hélène Angel, sa réalisatrice, à vouloir tout traiter en cent cinq minutes (le beau métier d’enseignant, le handicap à l’école, l’apprentissage de la lecture, les mères célibataires, les relations mère -fils…), condamne son film à l’overdose.

La bande-annonce

Que viva Eisenstein! ★☆☆☆

Meurtre dans un jardin anglais, Le ventre de l’architecte, ZOO : les films de Greenaway ont éduqué mon œil de cinéphile. Ils me fascinaient d’autant plus que je ne les comprenais pas, dépassé par les outrances baroques de ce peintre gargantuesque, plus soucieux de construire un plan que de raconter une histoire.

Je retrouve le réalisateur britannique vingt (trente ? ) ans plus tard avec les mêmes qualités et la même incompréhension.

Que viva Eisenstein! raconte le tournage au Mexique par Serguei Eisenstein de Que viva Mexico!. Le génial réalisateur (double fantasmé de Greenaway ?) a déjà tourné Le Cuirassé Potemkine et Octobre. Au Mexique il tourne interminablement sans réussir à mettre en forme son film – qui restera inachevé. Mais c’est moins cette impuissance que la découverte de son homosexualité qui intéresse Greenaway qui filme la première scène de sexe entre Eisenstein et son guide mexicain avec un voyeurisme gourmand.

Quelques plans inoubliables théâtralisent cette histoire : une chambre à coucher aux dimensions de cathédrale, un hall d’hôtel…

Fascinant. Déconcertant.

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Love ★★★☆

Gaspar Noé : « Irréversible », « Enter the Void », « Love ».
On aime ou on déteste.
Moi j’aime.

Oui bien sûr « Love » est lesté de défauts rédhibitoires : à commencer par son titre prétentieux et définitif, sa voix off pesamment métaphysique, ses dialogues à deux balles, son machisme voire son homophobie et sa manie répétitive de déconstruire la chronologie qui vire à la pose prétentieuse (« Irréversible » était l’histoire d’un viol raconté par la fin, « Love » l’histoire d’une passion amoureuse qui débute par une rupture).

Mais il y a dans le cinéma de Gaspar Noé, qu’on l’aime ou pas, un dynamisme, une urgence, une ambition qui forcent l’admiration. Loin des « petits » films français pleins d’une ironie souriante, sitôt vus sitôt oubliés, Gaspar Noé ose traiter des sujets ambitieux. Tant pis s’il s’y fracasse.

« Love » parle des deux choses les plus importantes au monde (au dire de l’acteur principal) : l’amour et le sexe, les larmes et le sexe. « Love » en parle sans fard comme l’annonce le parfum de scandale qui avait entouré la sortie du film. Scènes de sexe non simulées, nudités frontales, orgasmes à répétitions, triolisme compliqué… en 3D !

Désir puéril de choquer le bourgeois ? Peut-être. Mais le bourgeois en a vu d’autres que plus grand-chose ne choque.

Quête d’une façon différente de filmer les corps amoureux ? Sans doute. Et c’est là que « Love » nous emporte. En réussissant à faire du porno autrement, du porno beau, du porno amoureux.

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Amy ★★★☆

Je ne connaissais quasiment rien de Amy Winehouse sinon, comme tout le monde, son album « Back to black » et l’hystérie qui entoura sa déchéance et sa mort à 27 ans.

Le documentaire de Asif Kapadia est déchirant. Pourtant il laisse beaucoup de questions en suspens : pourquoi cette addiction précoce à l’alcool et aux drogues, de plus en plus dures ? pourquoi Amy a-t-elle été broyée par sa soudaine célébrité ?

Asif Kapadia est un peu trop « people » qui s’intéresse plus aux mésaventures amoureuses de l’artiste qu’à sa musique. On ne saura quasiment rien de ses influences artistiques, de son processus de création. Le film sur les Beach boys est paradoxalement plus documenté sur cet aspect des choses.

Mais le documentariste londonien a réussi à mettre la main sur des archives vidéo et à recueillir des témoignages extraordinaires. Grâce à eux, on suit Amy depuis l’enfance, avec ses boutons d’acné et ses dents disgracieuses, bien loin de l’icône qu’elle est devenue quelques années plus tard. On découvre sa fragilité et aussi l’originalité de sa voix incroyable, qui lui ressemble si peu et qui lui valut la célébrité vénéneuse qui précipita sa mort.

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Madame Bovary ★☆☆☆

Après Jean Renoir, Vincente Minelli et Claude Chabrol, pourquoi diable être allé tourner une nouvelle adaptation du roman de Gustave Flaubert ?

Sinon peut être pour le faire mieux connaitre outre-Atlantique où le film de Sophie Barthes est sorti dès 2014 ?

Des distributeurs audacieux ont finalement décidé de le diffuser en France en novembre 2015 où il n’a intéressé personne : les amoureux de Flaubert y ont vu non sans motif un sous-produit de la culture hollywoodienne, les autres n’ont pas fait l’effort de s’y frotter.

Pourtant Sophie Barthes, jeune réalisatrice française installée aux États-Unis, fait honnêtement le job. Elle ne mégote ni sur les décors ni sur les costumes. Elle est aidée par Mia Wasichowska qui incarne à la perfection les états d’âme d’Emma (subtile allitération). Grâce à elles l’extraordinaire modernité du roman de Flaubert éclate. C’est déjà ça…

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La Isla minima ★★☆☆

« La Isla minima » est un film espagnol poly-primé à la cérémonie 2015 des Goyas – l’équivalent de nos Césars.
Et il faut reconnaître que ce polar poisseux a du caractère.

Mais le problème est qu’on a déjà vu ce film cent fois. Deux flics qui enquêtent dans un environnement hostile sur des crimes sexuels sordides commis par des psychopathes dégénérés adossés à des organisations occultes ?
Ça vous rappelle quelque chose ? « Memories of murder » de Joon-Ho Bong, « Le Dahlia noir » de Brian de Palma, « Killing fields » de Ami Canaan Mann et évidemment « True Detective » de Nic Pizzolatto !
Avec à chaque fois une putasserie embarrassante à imaginer des tortures toujours plus raffinées sur des victimes toujours plus innocentes.

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La femme au tableau ★☆☆☆

Film de procès + histoire vraie : l’obstination de Maria Altmann à récupérer le portrait de sa tante par Klimt, confisqué par les Nazis et exposé à Vienne depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, avait tout pour séduire Hollywood.

Honnête faiseur, Simon Curtis relate cette histoire sans mégoter sur les flash back hauts en couleur et les effets mélodramatiques. Il le fait avec un manichéisme non seulement fade mais pour tout dire dérangeant.

D’un côté les méchants Autrichiens, victimes consentantes de l’Anschluss hitlérien hier, infâmes spoliateurs aujourd’hui. De l’autre, la courageuse Maria, jeune femme contrainte à l’exil en 1938 qui décide soixante ans plus tard de récupérer « Woman in Gold », entretemps devenu une icône artistique, une Mona Lisa autrichienne. Pourquoi ? Par appât du gain, la valeur du tableau excédant les 100 millions de dollars ? Que nenni ! Par souci de justice. Et pour refuser l’oubli.

La justice. La mémoire. Voilà de biens grands mots lancés. L’espace d’un instant on est pris de vertige. Vertige de tomber, si l’on dénie à  Maria Altman le droit de récupérer ce tableau, dans un antisémitisme haïssable voire dans un négationnisme criminel. Mais vertige aussi, si l’on embrasse sa cause, que les mêmes arguments soient appliqués aux marbres d’Elgin, à la pierre de Rosette ou à la Joconde.

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Passengers ★★☆☆

Suite à une pluie de météorites, Jim, passager d’un vaisseau interstellaire plongé dans une hibernation de cent-vingt années pour atteindre une colonie de peuplement, est réveillé quatre vingt dix ans trop tôt. Comment survivra-t-il à cette longue solitude ?

On retrouve dans « Passengers » quelques unes des meilleurs idées des récents films de science-fiction. Jim doit relever le défi de l’éloignement et de la solitude comme Matt Damon dans « Seul sur Mars ». Chris Pratt et Jennifer Lawrence se promènent en combinaison spatiale au milieu du même vide intersidéral que George Clooney et Sandra Bullock dans « Gravity ». Leur vaisseau spatial a la même architecture que la station orbitale de « Elyisum ». Les dérèglements de la gravité rappellent les scènes les plus impressionnantes de « Interstellar ».

Le problème est qu’au-delà de ces emprunts référencés, « Passengers » n’a pas grand chose à proposer. L’histoire d’un Robinson de l’espace aurait pu ouvrir de belles perspectives. Que faire dans un immense vaisseau spatial si on sait qu’on y sera confiné pendant les quatre vingt dix prochaines années ? Malheureusement, ce questionnement existentiel est expédié en quelques minutes à peine – qui durent il est vrai un an et trois semaines. Et l’arrivée de Jennifer Lawrence au mitan du film – dont le lecteur perspicace aura compris qu’elle n’est pas sans lien avec le questionnement métaphysique susévoqué – fait hélas basculer « Passengers » dans un duo amoureux nettement moins stimulant.

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Le Fondateur ★★★☆

« Le Fondateur » est un biopic : l’histoire de Ray Kroc, le PDG de McDonald’s. Sauf que…

Sauf que Ray Kroc n’a pas fondé McDonald’s qui, comme son nom l’indique, fut le nom donné à leur restaurant par les frères Mac et Dick McDonald à San Bernardino en Californie.

Et c’est précisément ce qui fait le sel de ce film qui peut se lire à trois niveaux avec autant de plaisir.

Le premier est une success story américaine : comment un VRP vieillissant, vendeur de machines à milk-shake, réussit à force de persévérance à construire le géant de la restauration rapide.

Le deuxième est une magistrale leçon de management qu’on pourrait telle quelle diffuser dans les meilleures écoles de commerce. Comment d’une part les frères McDonald inventent (sur un court de tennis !) l’organisation la plus rationnelle d’un espace de restauration pour y cuisiner en trente secondes un appétissant hamburger. Comment d’autre part Ray Kroc réussit à faire croître son entreprise en en franchisant les procédures et en investissant dans l’immobilier.

Le troisième est le portrait d’un homme dénué de scrupules. Comme le président Underwood de « House of Cards », Ray Kroc est un arriviste séduisant prêt à tout pour parvenir à ses fins. On le voit lentement tisser sa toile autour des frères McDonald dont on sait par avance qu’il les dépouillera de leur concept. Il le fait avec un tel bagout, avec une telle efficacité qu’on ne peut pas ne pas tomber sous son charme.

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Diamond Island ★☆☆☆

Diamond Island est un nouveau quartier en plein essor de Phnom Penh, la capitale cambodgienne. Bora, âgé de dix huit ans à peine, arrive de la campagne pour être embauché sur un chantier de construction. Il travaille toute la journée et sort le soir avec ses amis pour draguer les filles.

Le premier film de Davy Chou, un jeune réalisateur franco-khmer, joue sur un paradoxe.

Il refuse tout exotisme. Le Cambodge est filmé sans référence au génocide, comme le serait n’importe quel pays en voie de développement. L’histoire de ses personnages est celle de n’importe quel jeune qui cherche l’argent et l’amour.

Il est puissamment exotique. Dès les premières images, on est au milieu de la jungle tropicale, de sa touffeur, de sa moiteur. Les immeubles en construction, la nuit illuminée, la lenteur des gestes et des intonations diffusent un parfum d’ailleurs.

Davy Chou se perd dans cet entredeux malcommode. Il veut montrer que ces jeunes gens, attirés par les mirages de la ville comme des lucioles, ont des rêves ordinaires. Mais tout dans leur façon d’être – ainsi de la réaction placide de la mère lorsqu’elle apprend au téléphone que son fils aîné a été retrouvé – crée une distance avec le spectateur occidental qu’il est difficile de combler.

Le film souffre enfin d’un déficit d’écriture. Dilatée dans ses deux premiers tiers, l’histoire s’accélère soudainement dans les vingt dernières minutes au point de devenir incompréhensible. Dommage.

La bande-annonce