
Grace (Jennifer Lawrence) et Jackson (Robert Pattinson) s’aiment d’un amour fou. Ils décident de quitter New York pour s’installer dans un coin perdu du Montana dans la ferme que l’oncle de Jackson leur a laissée. Grace tombe bientôt enceinte et accouche d’un ravissant bambin. Mais Grace s’enfonce dans un baby blues dont rien ne semble pouvoir la sauver.
Disons-le tout de go : le visionnage de Die My Love a été pour moi une épreuve pénible, au point que j’ai failli, fait rarissime, quitter la salle en cours de route. Pourquoi une telle irritation ? Parce que Die My Love raconte la lente et inexorable plongée d’une femme dans l’abîme noir de la dépression.
Le sujet est pénible, asphyxiant. Die My Love est-il pour autant un mauvais film ? Cela se discute.
Je considère en effet que le cinéma n’a pas vocation à faire du bien. Je déteste la mode actuelle du feel-good-movie qui se nourrit de la prémisse, à mon sens fallacieuse, que la vie est dure et que le spectateur cherche avant tout à se détendre. « Mais non, Jojo, la vie n’est pas si dure ! Tu pourrais être né au Sud-Soudan ou en Somalie dans un shtetl polonais en 1895 ou en pleine épidémie de peste noire au XIVe siècle ! ». Et à quoi bon aller au cinéma pour se détendre ? Pour se détendre, il y a le yoga, l’alcool, la fumette… Le cinéma, ça peut servir à bien d’autres choses : s’évader, s’émouvoir, pleurer, rire, s’instruire, s’indigner, questionner ses préjugés….
Je m’égare….
Posons donc que le cinéma n’ait pas pour unique fonction de délasser. Faut-il être à ce point masochiste pour y aller et s’y faire du mal ? C’est une question à laquelle je dois bien concéder qu’il est difficile de répondre par l’affirmative.
La question en cache une autre, plus cinématographique. Le visionnage de Die My Love m’a-t-il été pénible parce que son sujet est désagréable ou parce que Die My Love est un mauvais film ? On peut faire un bon film sur un sujet déplaisant. Lynne Ramsay, la réalisatrice, en a déjà fait l’expérience en adaptant le livre extraordinaire de Lionel Shriver, We Need to Talk About Kevin. Je commençais ma critique de ce roman en écrivant : « Voici peut-être l’un des meilleurs livres que j’aie jamais lus ; pourtant j’ai détesté chacune de ses pages. »
Les plus grands réalisateurs ont filmé la dépression : Ingmar Bergman avec Persona, Roman Polanski avec Répulsion, Sam Mendes avec Revolutionary Road, Lars von Trier avec Melancholia… Des films plus récents s’y sont frottés : Un heureux événement adapté d’un (mauvais) roman d’Eliette Abecassis, Tully avec Charlize Theron ou, il y a quelques mois à peine, le catalan Salve Maria. En sélection officielle à Cannes l’an dernier, dont il est revenu sans la moindre récompense, Die My Love apporte-t-il quelque chose à cette longue généalogie ? Hélas non. Son scénario n’a rien de bien original. Son duo d’acteurs tellement bankables est son seul atout. Robert Pattinson a l’élégance de s’effacer devant sa partenaire. Jennifer Lawrence donne de sa personne et fait le pari (dé)culotté de la nudité intégrale. Un tel engagement hélas sent un peu trop la performance. Elle espérait un Oscar ; elle n’a même pas été nominée.
Comme toujours j’apprécie vos critiques, malgré votre belle plume je n’ai pas compris ce qui vous a dérangé ? La dépression vous serait -elle étrangère? ou est-ce parce qu ‘elle touche un moment de la vie sensé être le plus heureux ?
J’irai de ce pas et j’aurai l’outrecuidance s’il est mal joué de vous faire part de mon avis, et à priori les acteurs bankables apportent rarement un plus si la « nature » du film est trop différente de ce qu’ils sont « capables » de faire .
Vous avez raison : je n’ai été pas assez explicite dans ma critique sur les motifs de mon irritation.
Il provient en premier lieu de ce que le sujet a déjà été maintes et maintes fois traité dans plusieurs films.
Il a été suscité en deuxième lieu par la performance excessive et trop explicitement oscarisable de Jennifer Lawrence.
Je rajouterai un troisième point que j’avais omis : le caractère très linéaire du scénario qui pousse son héroïne dans une seule direction : la spirale de la dépression port-partum.