McQueen ★★☆☆

Enfant terrible de la mode, Alexander McQueen a gravi à toute allure tous les échelons.
D’origine modeste, il a commencé en apprentissage dans les ateliers de Saville Row, se forme à Milan – sans parler un mot d’italien – puis à l’école Saint Martins de Londres. Il est remarqué par la journaliste et fashionista Isabella Blow qui avait déjà lancé Philip Tracy et qui restera son amie jusqu’à son suicide en 2007.
En 1995 sa collection « Le Viol de l’Écosse », où ses mannequins défilent dans des vêtements lacérés et déchirés, fait sensation. Bernard Arnault l’embauche pour succéder à John Galliano à la tête de Givenchy. Lee McQueen – qui s’était entre temps rebaptisé Alexander – et la troupe d’artistes bohèmes qui l’entourent y font sensation. La greffe ne prend pas et McQueen retraverse la Manche cinq ans plus tard.
Bourreau de travail, s’imposant à lui-même et imposant aux autres une tension hystérique, il multiplie les collections. Chacun de ses défilés, de plus en plus macabres et provocateurs, fait sensation.
Mais Alexander McQueen s’enfonce dans la drogue et dans la dépression. Sa carrière ressemble à celle de Amy Winehouse ou de Whitney Houston auxquelles des documentaires viennent d’ailleurs d’être consacrés. Très proche de sa mère, il ne supporte pas sa mort des suites d’une longue maladie. La veille de ses obsèques, il se pend.

Deux Britanniques, Ian Bonhôte et Peter Ettedgui, lui consacrent un documentaire. Sa facture est très classique. Les images d’archive alternent avec les interviews des proches de McQueen. La musique de Michael Nyman, aussi riche soit-elle, est un peu trop envahissante. Les créations de McQueen sont éblouissantes, notamment l’incroyable robe du Cygne en 1999 peinte par deux bras articulés entourant le modèle tournant sur une plateforme. Un happening délirant dont la vision suffit à elle seule à retenir l’intérêt d’un documentaire qu’on peut volontiers regarder en coupant le son.

La bande-annonce

A Thousand Girls Like Me ★★☆☆

Depuis l’âge de dix ans, Khatera a été violée par son père. De cet inceste, pas moins de six enfants ont été conçus. Le premier est abandonné par son père dans le désert. Khatera avorte des quatre suivants. Le dernier naît à terme.
En 2014, âgée de vingt-trois ans, Khatera témoigne à la télévision afghane des violences qu’elle subit. Son père est arrêté. La réalisatrice Sahra Mani la filme pendant trois ans avec sa mère et sa fille. Khatera est encore enceinte. Elle va accoucher.

A Thousand Girls Like Me ne documente pas le sort des enfants victimes d’inceste en Afghanistan. Mais il suit pendant trois années une victime qui a eu le courage de briser la loi du silence. Si les violences qu’elle a subies sont terribles, leur révélation publique n’améliore guère son sort. Elle se heurte à un appareil judiciaire inerte, corrompu et patriarcal qui met en doute sa parole et la traite plus en coupable qu’en victime. Les tests ADN sont rares et chers en Afghanistan et tardent à démontrer la paternité de son enfant. Les oncles de Khatera défendent leur frère et harcèlent Khatera. Fille mère, sans travail, sans emploi, elle peine à trouver un logement, est contrainte à d’incessants déménagements dès que ses voisins découvrent son identité et est condamnée à passer ses journées dans des pièces minuscules avec la seule compagnie de sa mère et de ses enfants turbulents.

Il est des sujets qui bâillonnent la critique. A Thousand Girls Like Me est de ceux-là. Le sort de Khatera est si effroyable qu’on aurait mauvaise conscience de dire du mal du documentaire qui en est tiré, dont on imagine sans peine les difficultés qu’il a rencontrées pour être tourné et monté. Que sa réalisation ne brille pas par sa virtuosité n’a guère d’importance. Le drame qu’il relate est si déchirant, le courage déployé par la souriante Khatera sur le long chemin de la reconnaissance de ses droits si admirable que A Thousand Girls Like Me mérite en tout état de cause d’être vu.

La bande-annonce

Funan ★★☆☆

Lorsque les Khmers rouges prennent Phnom Penh en avril 1975, Chou, son mari Kuon et leur fils Sovanh sont, comme la plupart des habitants de la capitale, jetés sur les routes. Dans une bousculade, le petit garçon disparaît laissant ses parents dévastés de chagrin. Emprisonnés dans un camp, condamnés par l’Angkar à travailler jusqu’à épuisement, ils resteront pendant quatre longues années dans l’ignorance du sort de leur fils.

Diplômé de l’école des Gobelins, Denis Do est né en France en 1985. Sa mère a connu l’enfer des camps khmers rouges. Il a voulu en témoigner en s’inspirant de son expérience et de celle de ses proches. Porté par les voix de Bérénice Béjo et de Louis Garrel, Funan a reçu le Cristal du long métrage au dernier festival du film d’animation d’Annecy.

Les massacres de masse commis par les Khmers rouges entre 1975 et 1979 – on évitera le terme « génocide » dès lors que ces crimes visaient indifféremment tous les Khmers sans cibler un groupe ethnique, racial ou religieux – n’ont guère inspiré le cinéma. Ils sont au centre du très hollywoodien La Déchirure tourné dès 1984. Ils ont inspiré l’œuvre du réalisateur cambodgien Rithy Panh et notamment son documentaire S21, la machine de mort khmère rouge sorti en 2003.

Denis Do choisit une animation très douce nimbée de couleurs vert, bleu et orange, alternant des plans très larges d’une nature somptueuse et des gros plans des visages des protagonistes. Ce parti pris met Funan à portée des enfants, même des plus jeunes, sans risquer de les choquer. Mais il a le défaut d’euphémiser une violence aussi stupide que brutale. Le comparer avec Valse avec Bachir serait lui faire trop d’éloges.

La bande-annonce

Les Étendues imaginaires ★☆☆☆

À Singapour, de nos jours, Wang, un ouvrier chinois, a mystérieusement disparu du chantier de construction qui l’employait. L’inspecteur Lok est chargé de l’enquête.

Le cinéma de Singapour ne s’exporte guère. Tout au plus connaît-on Eric Khoo (Hotel Singapura, La Saveur des Ramen) et Boo Junfeng (Apprentice). Il renvoie de la Cité-État une image diffractée : Hotel Singapura était une variation sur le thème de l’amour, La Saveur des ramen racontait la quête d’un père sur fond de chroniques culinaires, Apprentice mettait en scène un bourreau chargé d’exécuter les condamnés à mort dans la prison centrale de Singapour.

Les Étendues imaginaires rajoute une facette au kaléidoscope. C’est la face obscure de Singapour qui y est décrite, loin des gratte-ciel aseptisés du centre ville. Le titre fait référence à la poldérisation qui permet chaque année à la ville, en manque de terres, de gagner quelques arpents sur la mer. Comme dans Diamond Island, qui se déroulait au Cambodge, comme dans Taste of Cement qui se déroulait au Liban, des hordes d’ouvriers pauvres et souvent en situation irrégulière travaillent à ces travaux titanesques.

Les Étendues imaginaires documente la vie de ces ouvriers cosmopolites venus de tout le continent asiatique, qui vivent dans des conditions misérables, leur passeport confisqué par leurs employeurs, et se retrouvent à la nuit tombée pour communier dans de tristes bacchanales.

Mais Les Étendues imaginaires n’a pas que cette seule ambition. C’est aussi, c’est surtout, un film esthétisant qui, à la manière de In the Mood for Love ou de Mulholland Drive – mais avec autrement moins de talent – vise l’envoûtement. Il entrelace, dans un long flashback onirique, les parcours de l’ouvrier Wang et de l’inspecteur Lok. Un cybercafé et son ouvreuse font le lien entre les deux mondes.

On se laisse un temps fasciner. Et puis bientôt, à force de n’y rien comprendre (Ajit est mort ou pas ?), on décroche inexorablement. Culturopoing.com parle d’un « épilogue magnifique proche de la transe ». Trop assommé pour être touché, je n’y ai rien vu de tel.

La bande-annonce

Celle que vous croyez ★★★☆

Claire (Juliette Binoche), la cinquantaine, professeur de lettres à Jussieu, vient de divorcer. Elle partage la garde de ses deux enfants avec son mari (Charles Berling). Elle a depuis quelques mois un amant plus jeune, Ludo (Guillaume Gouix). Parce qu’il se détache d’elle, elle s’invente un profil Facebook pour le surveiller. Rebaptisée Clara, âgé de vingt-quatre ans, elle entre en contact avec un ami de Ludo, Alex (François Civil). La discussion rapproche les deux internautes. Comment Claire/Clara se sortira-t-elle de son mensonge ?

Celle que vous croyez est le sixième film de Safy Nebbou. C’est l’adaptation d’un livre de Camille Laurens sorti en 2016. Il a pour thème les réseaux sociaux. Ils nourrissent une paradoxale schizophrénie : ils sont à la fois un gage de transparence et un prétexte à supercheries. Qui n’a jamais menti sur Internet ? Qui n’y a jamais été trompé.e ? Ils sont l’occasion de nouer des relations ambigües : le hasard des connexions – ou la recherche assumée via les sites de rencontres – conduit de parfaits étrangers à une intimité aussi artificielle qu’envoûtante.

Mais Internet et ses liaisons dangereuses n’est pas le seul sujet du film. Il y est aussi question du temps qui passe et de cette jeunesse qui s’échappe. Comme tant de femmes – et d’hommes – de son âge, Claire n’accepte pas de renoncer aux jeux de la séduction. Elle aurait pu s’inscrire sur AdopteUnMec – qui, dans une campagne de publicité revendiquait dix millions d’utilisateurs en France – ou sur Meetic – qui refuse de communiquer sur son nombre d’inscrits. Elle rencontre Alex d’une autre façon. Mais peu importe.

Juliette Binoche est parfaite pour le rôle. On connaît son professionnalisme, sa pratique assidue de la danse, la discipline à laquelle elle se soumet pour entretenir son corps et investir ses rôles. L’actrice – qui fête aujourd’hui même ses cinquante cinq ans – est incroyablement séduisante. Serait-on goujat, on parlerait à son sujet de Milf.

Le scénario était casse-gueule. Il risquait de tourner au vaudeville ou au théâtre de boulevard en accumulant les tentatives plus ou moins réussies de Claire/Clara pour cacher son âge avant de se conclure par une rencontre romantique entre les deux amoureux. On n’évite pas quelques scènes, d’ailleurs assez drôles, par exemple quand Claire peine à adopter le langage « jeune » de Clara.

Mais le scénario cosigné par Safy Nebbou et Julie Peyr (scénariste attitrée des films de Arnaud Desplechin) est autrement plus malin. Il ne propose pas une conclusion mais quatre. La première, en haut des escalators de Beaubourg, est la plus poignante et on s’en serait volontiers contenté. Le film dure trente minutes de plus et en propose trois autres. La deuxième est plus lumineuse, la troisième moins facilement crédible. La quatrième est franchement retorse qui suppose l’intervention active de la psychanalyste de Claire interprétée par Nicole Garcia, toujours impériale, double assumée de Juliette Binoche, d’une vingtaine d’années son aînée. Et le dernier plan du film en esquisse même une cinquième qui restera ouverte.

On pourrait reprocher au scénario de nous les livrer en vrac sans avoir fait l’effort d’en choisir une. La critique est recevable ; mais elle n’est pas fondée. Celle que vous croyez en appelle à notre cœur autant qu’à notre intelligence. C’est une qualité suffisamment rare pour être saluée.

La bande-annonce

Nos vies formidables ★★☆☆

Margot (Julie Moulier) est toxicomane. Elle a accepté de se faire soigner. Pendant huit semaines, elle va participer à une cure de désintoxication avec une dizaine d’autres malades.

Fabienne Godet creuse un sillon original à mi-chemin du documentaire et de la fiction. Son premier long-métrage Sauf le respect que je vous dois… tourné en 2005 avec Olivier Gourmet, Marion Cotillard, Dominique Blanc et Julie Depardieu (excusez du peu !) avait pour thème le harcèlement professionnel. Son deuxième Ne me libérez pas, je m’en charge… était un documentaire sur Michel Vaujour, un braqueur multirécidiviste, roi de l’échappée belle. Son quatrième film est consacré à l’addiction et aux moyens d’en réchapper.

Pour tourner Nos vies formidables, Fabienne Godet a utilisé une méthode originale. Sur la base d’un scénario très vague, elle a rassemblé en résidence une troupe de comédiens – parmi lesquels on reconnaît Johan Libéreau ou Bruno Lochet. Elle a leur confié une fiche biographique pour chacun de leurs personnages. Et elle les a laissés improviser.

Le résultat porte la marque de la méthode retenue. Les acteurs forment une vraie communauté qu’on sent unis par une complicité réelle. Chaque personnage est incarné. Chaque situation est crédible.

Mais Nos vies formidables souffre de la comparaison avec les films, décidément nombreux depuis quelques années, consacrés au même sujet. On pense aux récents My Beautiful Boy et Ben is Back. Mais on pense plus encore aux films français tous trois extraordinairement réussis : La Prière (2018), La fête est finie (2017) et Le Dernier pour la route (2009).

La bande-annonce

Stan & Ollie ★★☆☆

Dans les années trente, Laurel & Hardy atteignirent l’apogée de leur gloire, éclipsant Charlie Chaplin et Harold Lloyd. Mais, après la guerre, le duo vieillissant n’est plus que l’ombre de lui-même. En 1953, il entreprend une tournée en Grande-Bretagne en attendant de trouver le financement pour un dernier film.

Un nouveau biopic ? Hélas oui dira-t-on. Le filon semble inépuisable. Et il n’est pas une seule célébrité du vingtième siècle qui tôt ou tard ne se verra consacrer son biopic hollywoodien de Winston Churcill à Freddy Mercury, de la reine d’Angleterre à Steve Jobs, de Colette à Pablo Escobar.

Stan & Ollie ne déroge pas à la règle, mais choisit un angle d’attaque inhabituel. Il aurait pu se concentrer sur la rencontre des deux humoristes, leur succès grandissant, la gloire et l’inexorable déclin. Il choisit de se focaliser sur la fin de leurs vies. C’est l’heure des bilans et des regrets : le succès n’est plus là, les rancœurs se sont accumulées, la santé est déclinante.

Stan & Ollie accumule tous les défauts du biopic hollywoodien : mise en scène sans relief, décors et costumes fleurant la naphtaline, acteurs exagérément grimés pour forcer la ressemblance avec les personnages qu’ils sont censés interpréter. Si bien qu’au bout d’une demie-heure, plusieurs spectateurs exaspérés quittent bruyamment la salle.

Pour autant, Stan & Ollie ne mérite pas tant d’opprobre. Il creuse une veine originale : celle de la bromance cafardeuse. Stan & Ollie n’est pas un film comique même s’il est l’occasion de revoir quelques uns des sketches à la drôlerie poétique presque surréaliste des deux humoristes. C’est plutôt un film triste sur l’amitié indéfectible de deux hommes au crépuscule de leur vie.

La bande-annonce

Destroyer ★★☆☆

Erin Bell (Nicole Kidman) fut jadis une jeune policière travaillant sous couverture pour infiltrer un gang. Mais l’affaire a mal tourné et Erin Bell ne s’en est jamais remise.
Toujours détective au LAPD, quinze ans plus tard, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Sa fille Shelby a grandi et s’est peu à peu éloignée d’elle.
Mais le passé ressurgit lui donnant peut-être l’occasion d’exorciser ses démons.

Destroyer est un polar ténébreux filmé sous le soleil écrasant de Los Angeles. Sa réalisatrice Karyn Kusama s’était fait connaître en 2000 en donnant son premier rôle à Michelle Rodriguez. Depuis elle avait quasiment disparu des radars.

Destroyer a l’ambition des films de David Fincher et des romans de James Ellroy. Il a pour héros une femme brisée qui tente, dans un dernier sursaut d’énergie, de racheter son passé. La construction du récit est brillante, entrecoupée d’une série de flash-back et se concluant par un dénouement renversant. Pour autant, l’ensemble ne se distingue pas vraiment du tout-venant hollywoodien, lesté dans sa dernière partie d’une inutile réconciliation mère-fille. Il a d’ailleurs quasiment disparu des écrans parisiens au bout de seulement deux semaines d’exploitation.

Si Destroyer retient l’attention c’est en raison de la prestation de Nicole Kidman. Elle joue aussi bien la jeune Erin Bell, jolie comme un cœur, que la femme mûre détruite par la culpabilité, le chagrin et la colère, les yeux pochés, les traits ridés, la peau parcheminée. Elle a été nommée aux Golden Globes. Les Oscars l’ont boudée. Pas de chance…

La bande-annonce

La Chute de l’empire américain ★☆☆☆

Titulaire d’un doctorat en philosophie, Pierre-Paul Daoust (Alexandre Landry) est d’une intelligence supérieure. Mais loin d’être un atout, cette qualité l’a selon lui empêché de trouver sa place dans la société. Il végète dans un emploi de livreur quand un enchaînement hasardeux de circonstances le met en possession du butin considérable d’un hold-up. Que faire de cet argent tombé du ciel ?

Comme l’annonce son affiche, La Chute de l’empire américain est le troisième volet d’une trilogie commencée vingt ans plus tôt. Si Le Déclin de l’empire américain (1986) avait pour thème le sexe et Les Invasions barbares (2003) la mort, La Chute… parle de l’argent et de son pouvoir corrupteur.

J’ai découvert Denys Arcand adolescent. Je me souviens de mon enthousiasme devant Le Déclin… et, trois ans plus tard, Jésus de Montréal. Tout me plaisait dans le cinéma iconoclaste de ce réalisateur québecois : son refus des convenances, son humour corrosif, sa façon ironique de s’emparer des sujets les plus graves et l’exotisme que possède, de ce côté-ci de l’Atlantique, le vocabulaire fleuri de ses acteurs.

Trente ans plus tard, la recette est éventée. La mayonnaise ne prend plus. Si Denys Arcand n’a rien perdu de sa rage contre les inégalités sociales et contre le capitalisme qui enrichit scandaleusement une minorité et laisse sur le trottoir des hordes d’itinérants (québécisme pour SDF), sa façon de le dénoncer fonctionne à vide.

Il invente une histoire abracadabrante autour du butin échu à Pierre-Paul. Pour écouler cette manne, le livreur-philosophe s’entoure d’un repris de justice (Rémy Girard), d’un avocat véreux (Pierre Curzi) et d’une ravissante escort (Maripier Morin qu’on espère revoir très vite). L’enchaînement des situations vise un double but sans toujours l’atteindre : nous faire rire et réfléchir sur le pouvoir corrupteur de l’argent. Mais le scénario souffre d’un vice rédhibitoire : sous couvert d’épingler une société dominée par l’argent, il fait le paradoxal éloge de sa possession.

La bande-annonce

Marie Stuart, reine d’Écosse ★★★☆

Reine d’Écosse six jours après sa naissance à la mort de son père, Marie Stuart grandit en France où elle épouse à seize ans le futur roi François II. Veuve à dix-huit ans, elle rentre en Écosse en 1561 déterminée à revendiquer la couronne d’Angleterre. Elle conteste à Élisabeth Ière – fille d’Anne Boleyn et de Henri VIII après le divorce non reconnu par le pape du roi protestant – montée sur le trône quatre ans plus tôt, ses droits sur la Couronne.
Mais la rivalité entre les deux reines va tourner à l’avantage de la seconde.
Mal préparée aux intrigues de la Cour d’Écosse, Marie s’aliéna la faction protestante dirigée par son demi-frère James Stuart en épousant en 1865 lord Darnley, un catholique anglais. De cette union malheureuse naquit un fils unique Jacques en faveur duquel Marie est contrainte d’abdiquer en 1567. Défaite militairement, elle est emprisonnée pendant dix-huit ans en Angleterre et finalement condamnée à mort et décapitée en 1587.

Mary Stuart est sans doute la plus célèbre reine d’Écosse dont le destin tragique inspira écrivains et artistes. Donizetti lui consacra un opéra célèbre et Stefan Zweig une biographie. Le cinéma s’empara de cette figure héroïque. Un film Edison de 1894 reconstituant son exécution aurait donné lieu, dit-on, au tout premier effet spécial de l’histoire du cinéma. En 1936, John Ford confia à Katharine Hepburn le rôle de Marie. En 2007, dans le film de Shekhar Kapur, face à la majestueuse Kate Blanchett qui interprète Élisabeth, Marie est jouée par Samantha Morton.

Le film de Josie Rourke a un double mérite. Il ne renonce en rien à raconter dans toute leur complexité les six années passées par Marie en Écosse, marquées par une série de renversements d’alliance qui manquent égarer le spectateur. Il donne simultanément à cette histoire une dimension actuelle en dressant le portrait de deux femmes condamnées à régner sur un monde dominé par les hommes.

La principale qualité de Marie Stuart est de ne pas sombrer dans le manichéisme. L’affiche du film, sa bande-annonce laissent augurer un combat à mort entre les deux héroïnes : la « gentille » Marie et la « méchante » Élisabeth. Le film évite ce face-à-face simpliste. Si la sympathie du spectateur va naturellement vers Marie, à laquelle l’ardente Saoirse Ronan prête ses cheveux roux et ses yeux bleus, il comprend vite la succession d’erreurs qu’elle commet et qui précipite sa chute. Quant à Élisabeth, un rôle ingrat pour lequel Margot Robbie, peut-être l’une des plus belles actrices au monde, a accepté de s’enlaidir, si elle parvient à rester sur le trône pendant quarante-cinq ans, c’est en renonçant à se marier (un époux aurait probablement revendiqué le titre de roi) et donc à avoir une descendance.

Sans doute Marie Stuart ne révolutionne-t-il pas l’histoire du cinéma. Sans doute souffre-t-il de la comparaison avec La Favorite, sorti trois semaines plus tôt, autrement novateur. Pour autant, pour qui aime les films en costumes et les grandes figures dramatiques, il n’en reste pas moins une grande et belle fresque historique.

La bande-annonce