L’Ascension ★★★☆

En 2008, Nadir Dendoune, un enfant du 9-3, a escaladé l’Everest sans aucune expérience de la haute montagne. Cette histoire vraie a inspiré un livre, joliment tiré « Un tocard sur le toit du monde », puis un film qui sort aujourd’hui dans les salles.

« L’Ascension » – un titre bien plus plat que celui du livre – prend deux libertés avec les faits réels dont il est inspiré. La première est d’inventer une histoire d’amour. C’est pour conquérir le cœur de Nadia que Samy se lance à la conquête du géant himalayen. L’alibi est charmant. Il l’est d’autant plus qu’il est joué avec grâce par Alice Belaïdi, une jeune actrice déjà entr’aperçue dans « La Taularde » et « Radiostars ».

La seconde différence est plus polémique. Le jeune alpiniste en herbe n’est pas interprété par un Franco-Algérien mais par Ahmed Sylla. Sans doute la jeune coqueluche de la stand up comedy fait-elle honnêtement le job. Mais pourquoi avoir confié le rôle à un Renoi et pas à un Beur ? N’y en a-t-il aucun qui en aurait été capable ?

Revenons au film et à ce qui en constitue le principal, sinon le seul, intérêt. La haute montagne. J’ai déjà dit ici mon goût pour les cimes enneigées. J’ai déjà évoqué prétentieusement mes ascensions du Kilimanjaro et du Mont Blanc. J’ai beaucoup aimé la description, plutôt réaliste, du périple de Samy : la longue marche d’approche, l’oxygène raréfié du camp de base, le martyre de la dernière ascension, la joie immense, comme on en connaît peu dans sa vie, de la victoire finale. Pour m’avoir fait (re)vivre ces émotions inoubliables, je fais preuve d’une indulgence coupable pour ce gentil divertissement du dimanche soir.

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La Communauté ★★★☆

Thomas Vinterberg a connu, alors qu’il n’avait pas trente ans, une célébrité aussi méritée qu’encombrante pour son premier film, « Festen ». On se souvient de ce huis clos étouffant, de ce règlement de comptes autour d’un dîner de famille. Depuis, le réalisateur danois a tourné une demie-douzaine de films qui souffrent de la comparaison avec ce chef d’œuvre de jeunesse.

Tel est le cas de son dernier film en date. On y retrouve, bien vieillis, quelques uns des protagonistes de « Festen ». Anna (Tryne Dyrholm) et Erik (Ulrich Thomsen) forment un couple cinquantenaire qui, héritier d’une immense demeure en plein centre de Copenhague, décide, pour partager les frais de fonctionnement de la maison et pour combattre l’ennui qui menace leur couple, d’y accueillir quelques colocataires. On est dans les années 70 ; mais la toile de fond historique importe peu et l’action aurait aussi bien pu se dérouler aujourd’hui.

« La Communauté » raconte comment se constitue une communauté, comment ses membres se choisissent, comment la vie entre eux s’organise. On aurait pu craindre une approche trop manichéenne : après l’euphorie des commencements, la douloureuse découverte des servitudes du quotidien. « La Communauté » n’est pas si simpliste et, sans rien nier des impasses dans lesquelles l’ultra-démocratie conduit, ne jette pas le bébé avec l’eau du bain.

Mais le film raconte surtout l’histoire d’un couple qui se dissout. Le héros, qui voit sa femme s’éloigner, tombe amoureux d’une jeune et jolie étudiante. Pour éviter de le perdre, sa femme accepte qu’il l’installe dans la communauté. Cette union à trois rencontre vite d’évidentes limites.

L’une des plus grandes réussites du film est le personnage de leur fille adolescente qui observe, sans mot dire, l’évolution de ses parents. Tandis qu’elle aussi connaît ses premières amours adolescentes, elle est tour à tour amusée par le joyeux désordre introduit par l’arrivée des colocataires, choquée par les infidélités de son père et effondrée par la réaction de sa mère.

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Live by Night ★☆☆☆

Fils d’un officier de police, Joe Coughlin revient traumatisé des champs de batailles de la Première guerre mondiale. Petit malfrat irlandais à Boston, il verse dans la grande criminalité par soif de vengeance, après la disparition de la femme qu’il aime.

Ben Affleck persiste et… ne signe pas. Après « Gone Baby Gone », « The Town » et « Argo » (Oscar inattendu du meilleur film 2013), il signe probablement son film le moins convainquant.

Pourtant l’affiche avait de quoi mettre l’eau à la bouche. Une adaptation de Dennis Lehane, le romancier peut-être le plus populaire à Hollywood (« Mystic River », « Gone Baby Gone », « Shutter Island »). Un film à costumes au temps glorieux de la Prohibition, sur les traces revendiquées de « Il était une fois en Amérique », Les Incorruptibles », « Boardwalk Empire ». Et une pléiade de jeunes stars prometteuses autour de Ben Affleck : Elle Fanning, Zoe Saldana, Siena Miller.

Difficile de reprocher grand chose à l’acteur-réalisateur qui fait honnêtement son travail. La reconstitution des années 20 est fastueuse. Le scénario est bien rythmé. Les acteurs sont impeccables. Mais malgré toutes ses qualités, « Live by Night » ne fonctionne pas. Il ne suscite aucune émotion, aucune empathie pour ses personnages, aucun intérêt pour ses situations.

La responsabilité en revient paradoxalement à la matière, trop riche, du roman de cinq cent pages de Dennis Lehane. Il aurait fallu une mini-série de plusieurs heures pour en tirer toute la substance. Ben Affleck – qui signe également le scénario – a voulu le faire tenir en deux heures et huit minutes. Pari impossible qui condamne « Live by night » à survoler trop rapidement quinze années de la vie d’un gangster irlandais, des faubourgs de Boston aux quais de Tampa, à traiter chaque épisode comme autant de vignettes (la poursuite en voitures, le trafic d’alcool, la rivalité entre gangs) et à négliger, faute de temps, des personnages secondaires riches de potentialités.

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La La Land ★★★★

Couronné de sept Golden Globes et bientôt probablement d’au moins autant d’Oscars, « La La Land » arrive mercredi sur nos écrans précédé d’une critique élogieuse. Première a annoncé la couleur : « Le meilleur film de l’année »  – ce qui le 20 janvier frise le canular … mais Première a raison et risque d’avoir raison jusqu’au 31 décembre, et le jury des Golden Globes aussi. « La La Land » est un chef d’œuvre.

Il est impossible de voir la bande-annonce de « La La Land » sans succomber immédiatement au charme de la musique, des costumes, d’Emma Stone et de Ryan Gosling et de courir acheter un ticket.

Je ne suis pas totalement objectif. J’adoooooore les comédies musicales et place au firmament de mes films préférés « Les Parapluies de Cherbourg » – que je revois chaque année avec un lot de Kleenex à portée de mains – classé ex aequo dans mon panthéon avec « West Side Story ».

« La La Land » est un film inoubliable. Un film qui fait rire (Ryan Gosling est hilarant dans deux scènes auto-parodiques) et pleurer. Un film qui nous transporte. Un film qui rend la vie plus belle. La démonstration en est faite, le temps d’un prologue aussi étonnant qu’enthousiasmant, filmé sur une bretelle d’autoroute embouteillée, le lieu a priori le moins poétique qui soit. Cette seule séquence suffit à donner un sourire, une énergie et un plaisir qui ne nous quitteront pas pendant deux bonnes heures qui passent comme un songe.

Alors qu’on croyait la comédie musicale définitivement passée de mode – comme les vieux films et le jazz – Damien Chazelle et ses producteurs ont eu le culot d’en réaliser une. Et avec quel brio ! La bande musicale, en tête des charts aux États-Unis, est déjà un classique. Le thème de Mia et Sebastian est d’un romantisme échevelé à faire pleurer un roc. « Another day of sun » donne la danse de Saint-Guy. Je vous défie de l’écouter sans avoir les pieds qui frétillent.

« La La Land » crée un univers, à la foi réaliste et onirique. Les costumes rétro-réalistes de Mary Zophres y sont pour beaucoup. Emma Stone porte au moins quarante robes – et presqu’autant de paires d’escarpins – toutes plus seyantes les unes que les autres. Quant à Ryan Gosling, j’essaie désespérément de jongler avec un chapeau – et de jouer au piano – comme lui.

Comme « Les Parapluies de Cherbourg » et comme « West Side Story », « La La Land » nous parle d’amour. Un coup de foudre entre Mia, l’actrice qui rêve de percer à Hollywood, et Sebastian, le pianiste qui rêve d’ouvrir sa boîte de jazz. Bien sûr, les esprits chagrins reprocheront au scénario son ingénuité, ses facilités. Mais c’est oublier qu’il peut se lire à plusieurs niveaux. « La La Land », ce n’est pas seulement une histoire d’amour. C’est aussi l’histoire de deux personnages à la poursuite de leurs rêves. C’est l’histoire des compromis inévitables ou haïssables qu’il faut accepter pour les réaliser.

Et les réserves qui pourraient émerger au fil du film seront inévitablement balayées par un final d’anthologie. Un final qui fait écho à « Midnight in Paris » et plus encore à « Un Américain à Paris ». Un final qui, sur le fond, est remarquable d’intelligence et de subtilité, évitant aussi bien les pièges du happy end mielleux que le pathos de la tragédie. Un final qui fait immédiatement de « La La Land » un film culte. Un film culte pour les fans de jazz, pour les amateurs de vieux films visionnés dans des salles à moitié vides, pour les amoureux de Emma Stone et de Ryan Gosling, pour les amoureux de Los Angeles et de Paris. Un film culte pour moi. Un film culte pour vous.

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Musique dans les ténèbres ★★☆☆

Dengt Vylbeke, un aristocrate, perd la vue durant son service militaire. Abandonnée par sa fiancée, il est soigné par Ingrid, sa bonne, qui tombe amoureuse de lui. Mais l’amour de celle-ci n’est pas payé de retour car l’écart de classe est trop grand.
Après avoir échoué au concours du conservatoire, Bengt trouve un emploi de pianiste dans un hôtel. Il retrouve Ingrid qui s’est entretemps fiancé.

« Musique dans les ténèbres » est une réalisation de jeunesse de Ingmar Bergman. Venu du théâtre, le réalisateur, âgé de trente ans à peine, n’a pas encore trouvé ses marques. Il tourne des films de commande qui louchent du côté du réalisme français de Renoir, Carné ou Duvivier. Rien n’annonce le tournant que prendra son œuvre, pour le meilleur et parfois pour le pire, lorsqu’elle traitera à bras le corps les sujets de la foi, de l’amour, d’un monde sans Dieu.

Inspiré d’un roman de l’écrivaine suédoise Dagmar Edqvist, le scénario de « Musique dans les ténèbres » est à la limite de la mièvrerie. Il a néanmoins offert à Bergman son premier succès critique et public.

Aujourd’hui, l’intérêt du film est ailleurs. Il réside dans l’approche documentaire de Bergman, qui ne connaît, à ma connaissance, aucun autre exemple dans le reste de son œuvre. Le réalisateur est allé filmer à l’institut des jeunes aveugles de Stockholm (Jim Jarmusch a fait la même chose à Paris avec Béatrice Dalle dans l’un des sketch de Night on Earth en 1991) et il y a pris un vif intérêt dont le film, quasi-documentaire, porte la trace.

Corniche Kennedy ★☆☆☆

À Marseille, sur la Corniche Kennedy, des jeunes des cités défient leur peur en se jetant à l’eau. Suzanne les regarde, les envie, les approche.

Les adaptations des romans de Maylis de Kerangal se suivent… et ne se ressemblent pas. Autant j’avais adoré « Réparer les vivants », autant j’ai été déçu par « Corniche Kennedy ».

De quoi s’agit-il ? D’une métaphore : celle du plongeon dans le vide. Du vertige et de la gravité qu’on défie. De la peur qu’on ressent du haut du plongeoir. Du plaisir qu’on éprouve à l’avoir vaincue une fois dans l’eau.

Le plongeon dans le vide, on l’aura compris, c’est le passage de l’adolescence à l’âge adulte pour ces jeunes et pour Suzanne qui révise mollement son baccalauréat.

Le scénariste a dû trouver que ce sujet était trop ténu pour tenir la durée d’un film. Du coup, il lui a donné de la chair en y greffant une histoire policière. Un des jeunes plongeurs, Marco, est acoquiné avec un caïd local que la police criminelle cherche à faire tomber en convainquant Marco de le « balancer ».

Le film « Corniche Kennedy » a une immense qualité : il est constamment filmé au bord d’une mer ensoleillée et chaleureuse qui illumine chaque centimètre la pellicule. On est bien loin des lumières jaunâtres de French Connection où William Friedkin filmait la deuxième ville de France comme le lieu de tous les trafics. Jamais Marseille n’a été plus lumineuse, plus liquide, plus sauvage, plus belle.

Il a deux immenses défauts. À la notable exception de Lola Créton dans le rôle de Suzanne, les jeunes acteurs jouent horriblement mal. Leur jeu est outré ; leur accent est ridicule. Second défaut déjà mentionné : l’histoire policière greffée à la belle histoire initiatique manque cruellement de crédibilité et dévie le film de ce qui aurait dû rester son seul sujet.

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Fuocoammare, par-delà Lampedusa ★☆☆☆

C’est l’hiver à Lampedusa, une île rocailleuse, à mi-chemin de la Sicile et de l’Afrique, point d’arrivée en Europe des migrants qui tentent leur chance dans des embarcations de fortune. Les bateaux se succèdent, avec leurs lots de passagers hagards. Les équipes médicales et la police de l’immigration les prennent en charge selon une froide mécanique.
Pendant ce temps, Samuele mène la vie banale d’un enfant de douze ans. Il fabrique une fronde, révise ses leçons d’anglais avec sa grand-mère, va en mer avec son père. Un docteur prodigue les premiers soins aux migrants malades et fait aussi office de médecin de famille pour Samuel. L’animateur de la radio locale diffuse des vieux airs de musique sicilienne à la demande de ses auditeurs.

Par-delà Lampedusa – L’objectif de Gianfranco Rosi était « de trouver un autre point de vue sur Lampedusa », cette petite île italienne qui concentre l’attention médiatique le temps d’une catastrophe humanitaire, puis retombe dans l’oubli jusqu’à la suivante. Il a décidé de prendre le temps d’aller à la rencontre de l’île et de ses habitants, à l’époque de l’année où on la connaît le moins bien. Son film est hivernal, sous un ciel menaçant, face à la mer immense et glacée dont surgissent régulièrement des esquifs surchargés.

Il s’attarde surtout sur l’attachant Samuele, un gamin débordant d’énergie, ficelle à l’heure de faire ses devoirs scolaires mais diablement dynamique quand il s’agit de courir la garrigue. Le problème est que sa vie n’a aucun lien avec celle des migrants qu’à aucun moment il ne croise : ni sur la mer à bord du petit bateau de pêche de son père, ni sur la terre où jamais il ne s’approche de leur centre de rétention.

On comprend que le sujet du documentaire de Gianfranco Rosi est l’étanchéité qui sépare ces deux mondes. D’un côté celui des migrants pris en charge par une organisation administrative à la fois efficace et inhumaine. De l’autre celui des habitants de Lampedusa qui n’ont aucun contact avec les migrants. Sans doute le documentariste veut-il par là nous suggérer que cette étanchéité prévaut également dans nos vies confortables où, mises à part quelques informations sporadiques et dramatiques, nous n’avons aucun contact avec la détresse de ces populations.

Le problème est que l’étanchéité n’est pas facile à filmer ! Pendant près de deux heures, on suit un gamin qui tire sur des étourneaux avec sa fronde. C’est charmant. Et puis on embarque à bord d’une frégate italienne qui transborde des migrants. C’est poignant. Et puis c’est tout.

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Le Ruisseau, le pré vert et le doux visage ★★★☆

A Belqas, une petite ville du delta du Nil, Yehia est l’heureux propriétaire d’un commerce florissant : il organise tous les banquets de la ville avec l’aide de ses fils, Refaat, un cuisinier surdoué, et Galal un coureur de jupons invétéré. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si l’autocrate local ne s’était mis en tête d’exproprier Yahia de son commerce et de le transformer en fast-food.

Le cinéma égyptien ne cesse de nous étonner. Longtemps résumé au seul Youssef Chahine, il démontre, depuis une dizaine d’années qu’il ne se limite pas à la seule œuvre de son réalisateur le plus célèbre. Le cinéma y est devenu un instrument politique pour documenter les évolutions contradictoires que le pays connaît depuis les révolutions arabes. J’ai déjà parlé ici des films de Mohamed Diab (Clash, Les femmes du bus 678). Yousry Nasrallah a signé en 2012 Après la bataille qui a pour héros un des chameliers, instrumentalisé par la police de Moubarak, qui avaient chargé en février 2011 les jeunes révolutionnaires de la place Tahrir.

Le Ruisseau, le pré vert et le doux visage fonctionne selon un tout autre principe : celui du comte oriental. Avec ses héros et ses méchants, ses histoires d’amour et ses meurtres iniques. Mais il n’en dit pas moins sur la société égyptienne, étouffée par une corruption endémique et des interdits religieux qu’elle réussit, avec un malin plaisir, à contourner.

Car le dernier film du Yousry Nasrallah est un pied-de-nez audacieux à la censure. Cette fable épicurienne est un hymne à la nourriture, à l’amour, à la musique et à la danse. Quelque part entre Bollywood et La La Land, Yousry Nasrallah nous fait danser au rythme de la pop égyptienne.

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Your Name ★★★☆

« Your Name » a été le premier film au box office japonais en 2016. Vu par près de quinze millions de spectateurs, ce dessin animé a reçu un accueil aussi enthousiaste que les chefs d’œuvre de Miyazaki. C’est donc son succès qui nous interroge, autant que son contenu. Comme le succès de « 1Q84 » de Murakami, celui de « Your Name » est riche d’enseignements sur le Japon contemporain.

Commençons par le plus évident. Il s’agit d’un dessin animé. Il n’est pas inintéressant de constater que les plus grands succès au box office japonais sont des dessins animés. C’est d’ailleurs le cas aussi en France où Walt Disney et Pixar trustent les premières places. Sauf qu’il s’agit au Japon de réalisations nationales, destinées à un public certes adolescent mais aussi adulte. C’est le cas des réalisations de Miyazaki. C’est aussi le cas de « Your name ». Leur succès n’est pas la conséquence de l’engouement d’un public familial – et nombreux – mais d’une culture de l' »anime » qui traverse toutes les classe d’âge.

« Your Name » est une histoire d’amour entre deux adolescents. Mitsuha et Taki ont dix-sept ans. Le dessin animé japonais touche un public adulte en mettant en scène des enfants. C’est le cas des grandes œuvres de Miyazaki ; c’est aussi le cas de « Your Name ». Infantilisation mièvre d’un public en quête de plaisirs régressifs ? ou recherche de l’expression du sentiment amoureux dans ce qu’il a de plus pur, de plus virginal ?

« Your Name » joue sur la confusion des genres. Il ne s’agit pas d’homosexualité, ni de bisexualité. Le propos est beaucoup plus innocent. Mais, en imaginant que Mitsuha et Taki puissent échanger leurs corps, il remet en cause les frontières de genre : Mitsuha affiche des manières de garçon manqué qui impressionne ses camarades, Taki a une douceur féminine ce qui le rend plus séduisant auprès des filles ! Étrange mélange d’une posture transgressive et d’un discours finalement très conservateur (les filles savent coudre et les garçons ne croisent pas les jambes)

« Your Name » nous parle d’une ville – imaginaire – frappée par une catastrophe naturelle. On pense évidemment au tsunami de 2011 et à Fukushima. On pense aussi à l’attachement des japonais pour la nature, à leur panthéisme, un thème déjà omniprésent chez Miyazaki.

Enfin « Your name » repose sur un scénario compliqué et riche en rebondissements aux frontières du fantastique. La référence qui vient à l’esprit est ici l’œuvre littéraire de Murakami. S’y ajoutent le goût du cinéma américain pour les failles temporelles et les voyages dans le temps de « Retour vers le futur » à « Premier contact » en passant par « Looper » ou « Interstellar ».

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Harmonium ★☆☆☆

Une famille ordinaire en apparence : Toshio et sa femme Akié, Hotaru leur fille de huit ans qui apprend l’harmonium (quel instrument au son hideux dont on se demande par quel sadisme son apprentissage peut être préféré à celui du piano !). Le vernis lisse de ce bonheur tranquille cèdera à l’arrivée de Yasaka qui vient d’être libéré de prison. Un lourd secret le lie à Toshio.

Pas facile de résumer Harmonium sans en dire trop… ou pas assez.
Dire que le film se compose de deux parties que huit années séparent, qu’il se construit autour d’un drame en son milieu, est-ce trop en dire ? Évoquer l’arrivée du fils de Yasaka dans sa seconde partie et les rapports complexes qu’il noue avec Toshio, un père de substitution, et avec Akié, que le remords a broyée, est-ce trop en dévoiler ? Ma foi non… puisque je le fais.

Mais surtout parce que le film de Kôji Fukada ne repose pas sur le suspense. Il ne s’agit pas tant de savoir ce qui va se passer – ou ce qui s’est passé avant le début du film – que de mesurer l’impact que ses événements auront. Le film nous induit en erreur qui nous laisse croire que son principal personnage est le mystérieux Yasaka et le lourd secret qu’il porte. Comme Terence Stamp dans Théorème de Pasolini, Yasaka vient faire exploser une famille, révéler les failles qui la fissuraient déjà et qui n’attendaient que l’occasion de s’élargir.

Le problème dans Harmonium est précisément son ambiguïté. Le réalisateur installe une ambiance oppressante et nous maintient dans l’attente anxieuse d’une explosion de violence. Il y réussit parfaitement. Mais, outre qu’une attente anxieuse n’est jamais très agréable, elle débouche sur … rien. Un vide. Une faille qui s’est élargie. On s’embarquait pour Shokuzai (l’épatante mini-série japonaise de Kiyoshi Kurosawa sur le meurtre non élucidé d’une fillette) ; on a au bout du compte Cris et chuchotements.

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