Creed – L’Héritage de Rocky Balboa ★☆☆☆

Apollo Creed, l’adversaire de Rocky, devenu son ami, avait un fils naturel qui a hérité de son père ses dons pour la boxe. Il demande à Rocky de l’entraîner.

« The new Creed » est le septième Rocky joué par Sylvester Stallone. Le premier remonte à quarante ans déjà. Il est devenu culte. Nous en connaissons tous la musique et les plans les plus célèbres : l’entraînement de Rocky à base d’oeufs gobés, la montée quatre à quatre de l’escalier monumental de l’hôtel de ville, le combat final de Rocky et son cri d’amour à Adrian…

« Rocky » eut des suites en son temps. Je me souviens d’avoir vu tout gamin « Rocky III » et « Rocky IV » au cinéma et d’avoir vibré et applaudi aux victoires de Rocky.

En 2006, Stallone a tourné « Rocky Balboa ». Ce dernier film, très réussi, n’avait de sens qu’à condition de conclure la saga. « Creed » est l’épisode de trop. Ne pouvant plus décemment remonter sur le ring à 69 ans, Stallone s’y fait remplacer par plus jeune que lui. Le jeune Creed n’est plus avide de reconnaissance sociale comme l’était son coach, mais veut se faire un prénom. À cette différence près, son parcours sera le même que celui de son mentor. L’entraînement, le match et même son résultat à la Pyrrhus au son du thème archi-célèbre de Bill Conti sont copiés sur le Rocky de 1976.

Entre l’original et la copie, je préfère l’original.

La bande-annonce

Toto et ses soeurs ★★★☆

Toto est un petit Rom de dix ans. Ses soeurs, Andreea et Ana, en ont quinze et dix-sept. Leur mère est en prison, leur père aux abonnés absents. L’appartement qu’ils occupent est devenu un squat de drogués.

On se croirait dans un drame social. C’est pourtant un documentaire que Alexander Nanau, un réalisateur roumain aujourd’hui installé en Allemagne, est retourné filmer à Bucarest. Pendant quatorze mois, il a suivi cette fratrie abandonnée à elle-même qui évoque les orphelins de « Nobody knows ». L’aînée glisse doucement dans la drogue. La cadette, à quinze ans à peine, remplace la mère absente. Toto révèle des dons étonnants dans un stage de hip-hop. Que la vie puisse lui sourire, alors qu’elle semblait jouée d’avance, est le plus beau des cadeaux que nous offre ce documentaire plein d’espoir.

La bande-annonce

Gaz de France ☆☆☆☆

Un président de la République, fraîchement élu, voit sa cote de popularité dégringoler. Il convoque une réunion de crise pour préparer le discours qui redorera son blason.

Ainsi pitché, « Gaz de France » avait de quoi faire saliver. J’imaginais un « House of Cards » à la française,  « Un temps de président » (l’excellent docu de Yves Jeuland sur les coulisses de l’Élysée) fictionnalisé. Je me trompais lourdement.

Car « Gaz de France » n’est pas réaliste.  Et n’a aucune ambition de l’être. Le premier film de Benoît Forgeard est une pochade surréaliste qui louche du côté de Groland et de Buñuel. Cette analyse fait beaucoup d’honneur à un film raté qui au bout de trente minutes a déjà épuisé son sujet : critique de la politique-spectacle, des entourages présidentiels,  de la dictature de l’apparence, du storytelling. Rien ne vient sauver de l’ennui visqueux dans lequel le film s’installe. Pas même la brochette de seconds rôles qui composent le panel censé rebooster la communication présidentielle.

Le film est sorti dans une seule salle à Paris. Je m’en suis étonné après avoir lu les longues critiques que lui ont consacrées avant-hier Le Monde et Télérama. Mais j’en ai compris la raison hier.

La bande-annonce

Bang Gang : Une histoire d’amour moderne ★☆☆☆

Je le confesse : c’est alléché par une bande-annonce racoleuse que je suis allé voir, le jour de sa sortie, le film de Eva Husson.
Qu’en attendais-je ? Soyons franc : du cul.
Et je n’ai pas été déçu. « Bang Gang » filme des partouzes décomplexées d’ados pas bégueules qui, après quelques bières et quelques pétards, s’envoient gaiement en l’air en se taggant sur Internet.
Mais, j’aurais tort de me faire plus « petit cochon » que je le suis (beaucoup trop) déjà.

J’attends d’un film autre chose.
Et c’est cet autre chose qui manque cruellement à « Bang Gang ».
Quel est le message du film ? Il tient dans son sous-titre d’une subtilité pachydermique : les jeunes ont beau avoir des comportements sexuels de stars du X, ils n’en sont pas moins romantiques et recherchent au fond l’amour. George (pourquoi diable avoir donné à l’héroïne un prénom épicène ?) a beau devenir la participante la plus entreprenante aux bang gangs organisés par Alex, cette quête effrénée de sexe n’est au fond qu’une façon pour elle de conquérir son amour.
Outre que ce ressort est d’une navrante simplicité, il me semble gravement manquer de crédibilité. J’ai de mon adolescence le souvenir – et de celle de mes ados l’expérience – d’une période exaltante et compliquée. Nous étions – ils sont – traversés de sentiments et de désirs contradictoires. Celui de perdre sa virginité au milieu de camarades de classe hilares en train d’immortaliser la scène sur leur téléphone portable ne faisait pas partie de mes fantasmes, même les plus débridés.

Que le sujet du film ait été inspiré d’une histoire vraie – en 1999 aux États-Unis une bande d’ados issus de la classe moyenne avaient pris l’habitude de se retrouver pour organiser des gang bangs – ne le rend pas pour autant plus crédible. Là où Abdellatif Kechiche (« La vie d’Adèle ») ou Larry Clark (« Kids ») nous rendaient palpables et émouvantes les premières amours adolescentes, Eva Husson se contente d’aligner de belles images de jeunes garçons et de jeunes filles aux corps sans défaut. Passée l’euphorie de l’orgie, la descente est brutale et exagérément moralisatrice.

A noter toutefois une scène. Une seule presque hors sujet mais bouleversante d’humanité : un adolescent qui, surpassant son dégoût,  assiste son père tétraplégique à prendre sa douche et le regard du père humilié et reconnaissant.

PS : seconde confession : j’ignorais ce qu’était un prénom épicène avant d’écrire ce billet !

Janis ★☆☆☆

Je m’installe dans la salle. Je regarde autour de moi. Que vois-je ? Des retraités caqueteurs, renifleurs et éternueurs. Je me dis que je me suis trompé, qu’on m’a vendu un ticket pour un film avec Jean Rochefort ou Michel Piccoli. Pas du tout ! C’est bien « Janis » qui va commencer, un documentaire sur l’icône des sixties, bisexuelle et morte d’une overdose à 27 ans seulement en 1970.

Et je réfléchis (si ! si !). Mes voisins de cinéma ont le même âge que Janis Joplin ! Ils sont nés en 1943, avaient vingt-cinq ans en mai 1968, ont peut-être partouzé dans le grand amphi de la Sorbonne en fumant des joints (OMG!) … et se déplacent aujourd’hui avec un déambulateur !

Ce paradoxe, risible et parfaitement logique hélas, éclate derrière la caméra de Amy Berg qui interroge les témoins de la courte vie de la jeune Janis : ses frère et sœur, ses amis, ses amants, les membres de son groupe sont aujourd’hui de cacochymes septuagénaires pour certains rangés des voitures, pour d’autres arborant encore les signes extérieurs de leur jeunesse rebelle (cheveux longs, tatouages …).

Sans beaucoup d’originalité, ils sont sollicités pour raconter le parcours de cette adolescente sans grâce, dotée d’une voix hors norme. Une nouvelle Aretha Franklin. Une Noire dans un corps de Blanche. Mais aussi – c’est un passage incontournable du biodoc – un cœur d’artichaut qui cherchait désespérément dans la musique et dans les paradis artificiels les marques d’une affection dont elle n’était jamais sevrée.

Narrant un destin similaire, « Amy » m’avait autrement ému l’été dernier. « Janis » ne m’a pas touché.  La faute à une réalisation trop conventionnelle ? Ou à une époque, une esthétique, une musique que je trouve hideuses ?

La bande-annonce

Les 8 salopards ★★☆☆

Il est de bon ton de vouer aux gémonies le huitième film de Quentin Tarantino. Avec la satisfaction de moucher un gamin précoce et turbulent. Avec la joie mauvaise de le rappeler à l’ordre, de le ramener dans le droit chemin pour lui faire payer les voies de traverse dans lesquelles il s’était trop longtemps complu.

Ce premier paragraphe est censé en annoncer un second dans lequel je dirais tout le bien que je pense de ces huit salopards. Sauf que je n’en pense pas beaucoup de bien. Mais ce premier paragraphe étant plutôt bien troussé, je n’ai pas le courage de le rayer d’un trait de plume.

Avant de vous dire tout le mal que je pense de ces huit salopards, arrêtons-nous un instant sur l’oeuvre de Quin-tine. Avez-vous aimé Reservoir Dogs ? Pulp Fiction ? Jacky Brown ? Kill Bill ? Inglorious Basterds ? Django unchained ? Pas moi ! Je reconnais la cohérence de cette oeuvre, sa force, son originalité.  Mais désolé ! Je ne kiffe pas. Pourquoi ? Parce que dans l’oeuvre de Tarantino,  rien ne me touche, rien ne m’émeut. Son hyperviolence stylisée ne m’excite ni ne me révulse. Ses personnages sans psychologie me restent étrangers.  Ses dialogues interminables me font bâiller d’ennui.

Vous allez me dire : pourquoi diable passer tant de temps à nous raconter ce que tu aimes (ou pas !) chez Tarantino ? Contente-toi de nous donner ton opinion sur ces huit salopards ! Nous conseilles-tu d’aller le voir ? Ou pas ?

En un mot comme en cent : « Les huit salopards » est un excellent Tarantino et c’est précisément ce que je lui reproche. Dans sa filmographie sacrément burnée, c’est un film-somme. Une synthèse de son oeuvre. Le huis clos de « Reservoir Dogs » + l’hémoglobine de « Kill Bill » + la guerre de Sécession de « Django Unchained ».

Si vous avez aimé tous ces films, courez voir « Les huit salopards » et prenez votre pied (tiens ! pas de podophilie dans un Tarantino !) dès le générique qui constitue peut-être le plan le plus réussi du film. Si vous n’aimez pas Tarantino, vous vous ennuierez ferme devant ce film trop long.

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Au-delà des montagnes ★★☆☆

Jia Zhang-Ke est souvent présenté comme le plus grand réalisateur chinois contemporain. C’est peut-être vrai.

Son œuvre prend pour héros les exclus du miracle économique chinois : les résidents d’un village bientôt submergé par la mise en eau du barrage des Trois Gorges (Still Life), les locataires d’une cité ouvrière détruite par la construction d’une résidence de luxe (24 City), des habitants de Shanghai qui ne reconnaissent plus leur ville (I wish I knew).

« Au-delà des montagnes » essaie de peindre cette accélération de l’histoire que connaît la Chine contemporaine. Il le fait en racontant l’histoire d’une mère et de son fils que rien ne pourra jamais séparer (c’est le sens du titre chinois, que la traduction en français via l’anglais « Mountains may depart » a perdu en cours de route). Il le fait en trois séquences.  La première en 1999 voit la jeune Tao préférer l’ambitieux Zhang, qui incarne le capitalisme auquel la Chine a décidé de se vouer, à l’honnête Lianzi, incarnation d’un communisme désormais passé de mode. La deuxième en 2014 dresse le constat de la séparation du couple, leur fils, dont son père a obtenu la garde, perdant le contact avec sa mère.  Le troisième en 2025 se déroule en Australie où Zhang a trouvé refuge, son fils cherchant à renouer avec sa mère.

Narré en trois formats distincts (4/3 pour 1999, 16/9 pour 2014, Scope pour 2025), « Au delà des montagnes » se donne des airs d’épopée. Pourtant l’histoire de Tao et de son fils n’est pas suffisamment ample pour justifier un tel dispositif.

La bande annonce sur Allociné

Tangerine ★☆☆☆

J’ai déjà dit ici combien la miniaturisation était en train de révolutionner le cinéma.
« Tangerine » le montre, qui a été entièrement tourné avec trois iPhone 5S (pub !) équipés de lentilles anamorphiques.
On me dit que l’iPhone permet au cadreur d’être plus discret, plus proche des acteurs, de moins les intimider. Je veux bien le croire, mais je m’en fous un peu.
Je remarque simplement que l’image n’est pas mauvaise sauf qu’elle est saturée dans les oranges (tangerine = mandarine) et que c’est la signature graphique du film. Je veux bien le croire… mais c’est quand même très moche.

L’histoire ? Un(e) trans dénommée Sin-Dee Rella ( = Cinderella = Cendrillon !!) sort de prison. Il/elle n’a plus un radis et dépense ses dernières économies en mangeant un donut avec son/sa meilleur(e) copain/pine, Alexandra, qui lui apprend que son mec/mac le/la trompe. Circonstance aggravante, son mec/mac l’a trompé(e) avec une fille cisgenre [cette phrase n’a d’autre utilité que de glisser un mot compliqué dans un post par ailleurs dangereusement vulgaire] [cette phrase a une seconde utilité : vous obliger à googler « cisgenre » parce que j’en ai marre de la passivité avec laquelle vous me lisez !!].

Furieu(x)se, la donzelle monte sur ses grands chevaux et part à sa recherche. Comme vous l’imaginez, cher lecteur, chère lectrice, cher lecteur/lectrice transexuel(le), elles/ils feront en chemin bien des rencontres. Notamment un chauffeur de taxi arménien qui, pour lutter contre l’ennui d’une morne conjugalité, taille des pipes dans des car washes à de jeunes filles/hommes tarifé(e)s [quel bonheur de pouvoir écrire des trucs bien sales sans craindre la censure de Facebook !].

Dit comme cela, ça a l’air marrant. Mais en fait, ça ne l’est guère.
Les saynètes s’enchaînent. J’allais écrire « sans queue ni tête »; mais c’eût été un peu facile.
A la fin, tout le monde se retrouve pour une grande explication. On dirait « Femmes au bord de la crise de nerfs » filmé par Spike Lee – alternativement j’aurais pu écrire « Jungle Fever » filmé par Almodovar. Sauf que ça fait hélas aussi penser à « Ma femme s’appelle Maurice ».

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My skinny sister ★☆☆☆

Volontairement ou pas, le titre du film et son affiche miroitent (et je ne dis pas cela parce que Rebecka Josephson se regarde dans la glace !). Le titre annonce une sœur maigrichonne ; l’affiche nous montre une fille rondelette. Alors ? Erreur d’indexation ?
Oui et non. Comme « Mistress America », « My skinny sister » n’a pas une mais deux héroïnes.
D’un côté, Stella, 12 ans, qu’on voit sur l’affiche, dont la couleur des cheveux et la débrouillardise rappelle sa compatriote Fifi Brindacier (cette référence risque d’être totalement hermétique à toute personne née après 1970 !).
De l’autre, Katja, 16 ans, championne en herbe de patinage artistique, a la grâce et la sveltesse que sa jeune sœur envie.
Sauf que cette grâce, cette sveltesse a un secret que sa petite sœur découvre : Katja traverse des phases de boulimie et d’anorexie qui mettent sa santé en danger.

La réalisatrice suédoise Sanna Lenken, qui vécut la même expérience, réalise un film sur l’anorexie. La fraîcheur de ses héroïnes ne réussit pas à en faire oublier le didactisme pesant et la morale simpliste : l’anorexie est une maladie grave que seule l’amour d’une famille unie permet de vaincre. Un film à thème pour « Les Dossiers de l’écran » (lecteur né après 1975, ne t’inquiète pas de ne pas comprendre cette référence-là non plus !)

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Mistress America ★★☆☆


Pendant la première demi-heure du film, un doute m’a envahi. M’étais-je trompé de salle ? Avais-je pris ma mauvaise paire de lunettes pour ne pas reconnaître Greta Gerwig ?

Qui d’elle ou de Tracy (Lola Kirke), jeune étudiante fraîchement arrivée à New York et désespérant d’y mener enfin la vie urbaine trépidante dont elle avait rêvé, est la « Mistress America » du titre ?

Le mystère s’est dissipé au tiers du film lorsque Brooke (Greta Gerwig), New-Yorkaise caricaturale, au débit de mitraillette, entre enfin en scène.

Sans qu’il soit fait ici état des sites SM intéressants que la recherche sur Google de Mistress+America m’a conduit  à découvrir, « Mistress America » est un mauvais titre et une très bonne affiche.

Que voit-on sur l’affiche ? Non pas une mais deux actrices.

Le titre nous dit que le film tournera autour d’un personnage. L’affiche le contredit.

Et le film aussi qui ne lâche pas Tracy et qui ne nous montre Brooke qu’à travers son regard, tour à tour fasciné et séduit.

Vous me direz que le procédé n’est pas nouveau, que « Le choix de Sophie » ou « Moby Dick » avaient en vérité pour héros Stingo et Achab. Mais bon. Même si Noah Baumbach est un réalisateur plein de promesses, que j’ai beaucoup aimé « Frances Ha » (avec Greta Gerwig) et « While we’re young » (sans Greta G.), il est encore un peu tôt pour le comparer à Styron ou à Melville.

Vous me concéderez alors ce point, pour rajouter aussitôt qu’il n’y a pas de quoi en chier une pendule.

Et vous aurez raison.

Parce qu’une fois qu’on a compris que « Mistress America » ne parlait pas d’une New-Yorkaise hystérique et superficielle mais d’une jeune étudiante en mal de modèle, on repart sur de bons rails.

Sauf que ces rails sur lesquels on chemine durant le deuxième tiers du film ne mènent pas à grand-chose. Le troisième tiers se termine en effet par un huis clos vaudevillesque, dans une villa futuriste, sur une colline du Connecticut. Nourri à l’énergie de New York, le film de Noah Baumbach s’en prive suicidairement. Victime d’une panne sèche, il s’éteint après quelques hoquets embarrassants.

La bande-annonce