Her Job ★★☆☆

De nos jours, à Athènes, Panayiota est femme au foyer. Son mari, frappé par la crise économique, est au chômage. Sa fille aînée est une adolescente obèse et insupportable.
Pour améliorer l’ordinaire, Panayiota décide de répondre à la petite annonce passée par un centre commercial sur le point d’ouvrir ses portes. Elle y rejoindra l’équipe chargée de l’entretien. Ses responsabilités ne sont pas bien grandes ; mais ce travail lui ouvrira des horizons inconnus.

Her Job (pourquoi ce titre anglais à un film grec ? pourquoi pas « Son travail » ?) traite de sujets difficiles. Il a pour toile de fond la crise économique grecque, qui fragilise les ménages et détériore les relations de travail. Le sort qui est réservé à la malheureuse Panayiota, dure à la tâche, émouvra le plus insensible des capitalistes.

Mais son sujet principal est ailleurs. Her Job ne quitte pas son héroïne dont il nous montre la triple aliénation : à l’égard de son mari, de sa fille et de son employeur. Panayiota est une mère courage des temps modernes, une figure tragique, une victime consentante des maltraitances qu’elle n’a même pas conscience de subir.

L’histoire d’une émancipation. Pour autant Her Job n’est pas unanimement pessimiste. Sans doute, qu’elle fasse le ménage chez elle ou dans un centre commercial, Panayiota passe-t-elle d’une aliénation à une autre. Mais, ce faisant, elle élargit son univers jusqu’alors réduit aux quatre murs de son appartement exigu, où règne un mari aussi paresseux que patriarcal. Dans son nouveau travail, elle apprend à conduire, se fait des amies, gagne de l’argent. Pour la première fois de sa vie, elle atteint une certain stade d’autonomie. Pour la première fois de sa vie, elle ose s’affirmer et se rebeller.

La bande-annonce

Cœurs ennemis ★☆☆☆

Hiver 1945. Bombardée, défaite, l’Allemagne est en ruines. Les Anglais occupent Hambourg. Le colonel Lewis Morgan (Jason Clarke) est logé dans une superbe résidence qui appartenait à Stefan Lubert, un veuf allemand (Alexander Skarsgård). Sa femme Rachel (Keira Knightley) le rejoint, lestée d’un inconsolable chagrin et pleine de préjugés contre les Allemands.

Comme son affiche d’un autre âge l’annonce, Cœurs ennemis joue sur la corde du mélo et de la reconstitution historique. Keira Knightley y est au centre. Elle semble abonnée aux films en costume : Colette, Imitation Game (la biographie sur Alan Turing), Anna Karenine… Immanquablement, on sait qu’une romance improbable se nouera entre elle et le bel architecte qui l’héberge.

Le roman dont ce film est tiré s’intitulait The Aftermath – qui peut se traduire par « les conséquences », « la suite », « après »… Le paradigme autour duquel il était construit était autrement plus subtil que celui sur lequel repose le film. The Aftermath (intitulé La Maison de l’autre à sa publication en France) questionne l’ensuite : y a-t-il une réconciliation possible entre ennemis de guerre ? y a-t-il un deuil à un inconsolable chagrin ?

Pesante fresque mélodramatique, Cœurs ennemis souffre de sa mièvrerie. Il tenait un sujet original – la dénazification – et se focalise à tort sur le trio rebattu du mari trompé, de la femme déchirée et de l’amant séduisant. James Kent aurait pu nous épargner une scène de sexe inutile et embarrassante. Tout comme il aurait pu faire l’économie de l’intrigue secondaire qui se noue entre la fille de l’architecte et un jeune résistant allemand.

La bande-annonce

Cinquante nuances plus claires ☆☆☆☆

Après bien des aventures, revoici Anastasia et Christian Grey pour le troisième tome de leurs aventures. Pour qui l’ignorerait, ils se sont mariés à la fin du deuxième et nagent désormais en pleine félicité.
Double gageure pour E.L. James, l’auteure des romans dont la saga est inspirée : quels jeux érotiques inventer pour de jeunes mariés ? quels rebondissements dans la vie sans histoire d’un couple heureux ?

La réponse est simple : aucun. Ce qui frappe le plus dans ce film est sa paresse. Le troisième volet se contente de reproduire, en plus fade, les recettes des deux premiers : trois ou quatre scènes de BDSM suffisamment pimentées pour faire rougir quelques  adolescentes et leurs boyfriends un soir de Saint-Valentin mais suffisamment chastes pour ne pas encourir une classification NC-17 aux États-Unis (on voit les seins d’Anastasia et les pectoraux de Christian mais leurs zones génitales sont pudiquement couvertes), un scénario qui ne démarre jamais tout à fait et qui, faute d’avoir une seule idée originale, reconvoque Jack Hyde, l’ancien patron d’Anastasia.

« C’est Cendrillon qui chouine dans sa guêpière » (copyright Mélanie Benoist). Du coup, Cinquante nuances plus claires se réduit à un long vidéo clip : des images léchées (si on ose dire) sur une musique à la mode. On y voit longuement le voyage de noces du couple glamour et milliardaire en France (so romantic !), leur retour à Seattle où ils ont des occupations de milliardaire : rouler dans des bolides, acheter des demeures fastueuses. Et puis … c’est tout.

On ne sait ce qu’il faut le plus regretter : que ce mom porn (film porno pour mères de famille) ait tant de succès, qu’il donne à penser aux plus jeunes que le BDSM est le mode normal d’une relation amoureuse (oui ! je sais ! je suis un vieux ringard rétrograde) … ou qu’un quatrième volet soit en cours de réalisation.

La bande-annonce

Tremblements ★★☆☆

Pablo fait partie de la haute bourgeoisie guatémaltèque. Très proche de ses parents, de son frère aîné, de sa sœur, il a une femme, deux enfants, un bon travail. Mais Pablo entretient une relation avec Francisco que sa famille très pieuse ne saurait tolérer. Elle lui met un marché en main : se « guérir » de son homosexualité par une cure rigoureuse pratiquée par son Église ou renoncer à tout jamais à voir ses enfants.

Le second film du réalisateur guatémaltèque Jayro Bustamante fait froid dans le dos. Comme La Servante écarlate, comme Boy Erased, il dénonce les dérives d’une religion fanatisée en croisade contre l’homosexualité. On ne peut évidemment qu’être choqué par la cruauté de ces « thérapies de conversion » et solidaire du héros, brinquebalé entre sa famille qui le renie, son amant, si doux, et la cheffe glaçante de cette Église dévoyée.

Le scénario repose sur un parti pris audacieux. Il choisit de nous plonger dans le cœur du sujet dans une première scène impressionnante où l’on voit Pablo confronté à sa famille, sommé de faire un choix. Le scénario aurait pu suivre un cours radicalement différent. Il aurait pu lentement nous montrer la vie bourgeoise de Pablo, ses joies mais aussi ses failles, puis sa rencontre avec Francisco, son trouble, ses hésitations. Il y avait de quoi remplir intelligemment un bon tiers de film. Le parti retenu est tout autre. Il a l’avantage de nous haper, l’inconvénient de tomber, passée cette première scène, dans un trou d’air dont on ne ressortira qu’à la conclusion du film particulièrement surprenante.

La bande-annonce

Jessica Forever ☆☆☆☆

Jessica (Aomi Muyock révélée par Love de Gaspar Noé) est une grande prêtresse, une chevalière des temps modernes, une grande sœur et une maman asexuée pour une bande d’une dizaine d’orphelins, des jeunes gens sans feu ni lieu, coupables d’avoir commis des crimes qui leur valent d’être poursuivis par de mystérieuses « forces spéciales ».

Les jeunes réalisateurs Caroline Poggi et Jonathan Vinel creusent un sillon bien à eux : celui d’un cinéma ultra-formaliste, stylisé, qui louche du côté du jeu vidéo, de l’heroic fantasy et de la science-fiction au risque de tourner de l’œil. Ils avaient déjà réalisé l’un des trois courts-métrages d’Ultra Rêve, véritable manifeste anti-naturaliste du jeune cinéma français.

Il y a deux façons d’accueillir Jessica Forever.
La première est de se laisser gagner par son romantisme intégral, sa poésie, sa beauté formelle, son refus des concessions.
La seconde est, une fois assouvie la curiosité que sa bande-annonce avait suscitée, de s’ennuyer ferme devant autant d’artificialité, de naïf lyrisme et de pompeuse solennité… et de quitter la salle comme l’a fait l’unique autre spectateur présent avec moi.

La bande-annonce

Matar a Jesús ★☆☆☆

Paula est étudiante en arts. Sa vie à Medellín, dans la moyenne bourgeoisie intellectuelle colombienne, est sans nuage jusqu’au drame qui la frappe : son père, professeur d’université, est assassiné sous ses yeux par deux tueurs à gages en moto.
L’enquête s’enlise. La police, débordée et corrompue, ne fait rien. Paula, qui s’est jurée de venger son père, croise par hasard l’un des sicaires qu’elle a eu le temps de reconnaître. Jesús est un jeune voyou des mauvais quartiers, un chien fou aussi inquiétant qu’attachant.

« Qu’il est joli garçon, l’assassin de Papa ». En un vers plein d’ironie, Georges Fourest résumait l’intrigue du Cid. Il aurait pu résumer celui de ce drame colombien largement autobiographique, la réalisatrice Laura Mora ayant vu mourir sous ses yeux son père assassiné dans les rues de Medellín en 2001.

Le pitch de Matar a Jesús est stimulant. Hélas, le film ne fonctionne pas ; car on ne croit pas une seconde au « couple » improbable que forment Paula et Jesús. Comment la jeune femme peut-elle être à la fois écrasée de douleur après la mort de son père et attirée par son assassin ? Comment peut-elle dans le même mouvement fomenter une sanguinaire vengeance – dont on sait pertinemment qu’elle n’aura pas le cran de la mettre en œuvre –  et sillonner les rues de Medellín blottie derrière lui sur sa moto ?

On me répondra que c’est précisément cette ambiguïté, cette schizophrénie qui font tout l’intérêt du personnage de Paula. Certes. Sauf que ça ne fonctionne pas.

Reste la description naturaliste de la deuxième ville la plus peuplée de Colombie, de ses quartiers pauvres où la violence sociale nourrit la violence physique, loin des fresques lyriques consacrées à la vie de Pablo Escobar.

La bande-annonce

Buñuel après « L’Âge d’or » ★★☆☆

Après le scandale provoqué par son film L’Âge d’or, interdit par la censure, le jeune réalisateur Luis Buñuel se retrouve ruiné et déprimé. Un coup de chance lui offre une opportunité : son ami le producteur Ramón Acín gagne à la loterie une somme qui lui permet de financer un nouveau film.
Il s’agira d’un documentaire tourné dans une région reculée de l’Estrémadure.

Tiré du roman graphique de Fermín Solís, Buñuel dans le labyrinthe des tortues, le film de Salvador Simó inaugure un genre : le making-of d’un documentaire en dessin animé.
Pourquoi pas ? On voit depuis quelques années l’animation, comme le montre la richesse de la programmation du festival d’Annecy qui vient de se conclure, envahir tous les genres. Le temps n’est plus où elle se cantonnait aux comptines trop sucrées pour enfants. L’animation raconte des histoires aux adultes. Elle constitue désormais un sous-genre du documentaire historique. En témoignent des œuvres telles que Funan sur le génocide cambodgien, Another Day of Life sur la guerre d’indépendance de l’Angola ou Adama sur les tirailleurs sénégalais enrôlés durant la Première Guerre mondiale.

Buñuel après l’âge d’or évoque une page méconnue de la vie et de l’œuvre de Luis Buñuel. Le réalisateur espagnol, expatrié à Paris, n’a pas trente ans. Il fréquente André Breton et Salvador Dali. Il vient de tourner Un chien andalou et L’Âge d’or, deux œuvres profondément subversives qui marqueront l’histoire du surréalisme, mais qui souffrent d’être déconnectées du réel. Le documentaire Terre sans pain marque une rupture dans sa carrière. Pour la première fois, Buñuel se coltine avec le réel – même si, comme le montre le film, il n’hésite pas à le re-fabriquer. Indirectement politique, son cinéma le devient directement.

Terre sans pain est un témoignage anthropologique – qui n’est pas sans rappeler dans cette veine Nanouk l’Esquimau de Robert Flaherty tourné dix ans plus tôt. Le dessin animé nous en montre les séquences les plus emblématiques. On y découvre des populations misérables, arriérées. Le documentaire de Buñuel n’était pas tendre avec les animaux : on y voyait un coq étêté, une chèvre précipitée du haut d’une falaise, un âne agonisant sous la piqûre d’un essaim d’abeilles. Le dessin animé, quatre-vingt dix ans plus tard, a l’audace de braver les oukases de la SPA et du parti animaliste et de nous remontrer ces images.

Seul défaut : on aurait volontiers fait l’économie des cauchemars de Buñuel qui le mettent en présence d’un père avare de tendresse dont le réalisateur quémande la reconnaissance.

La bande-annonce

Noureev ★☆☆☆

Rudolf Noureev (Oleg Ivenko) est la star du ballet du Kirov en tournée en Europe en 1961. Accueilli à bras ouverts par le danseur Pierre Lacotte (Raphaël Personnaz), par la belle-fille d’André Malraux, Eva Saint (Adèle Exarchopoulos), le jeune danseur est vite fasciné par la vie parisienne. Mais le KGB, qui ne le quitte pas d’un chausson, voit d’un mauvais œil ses fréquentations.

J’ai couru voir le soir de sa sortie ce biopic, dont la bande-annonce fiévreuse tournait en boucle depuis quelques semaines. Tout m’y faisait envie : la Guerre froide racontée à travers l’histoire du plus célèbre danseur russe depuis Nijinsky, la reconstitution aussi soignée qu’élégante du Paris du début des années soixante, la si sensuelle Adèle Exarchopoulos, le toujours parfait Ralph Fiennes…

Hélas tout sonne faux dans ce pensum de plus de deux heures qui transpire l’ennui. Il tisse trois fils narratifs. Le premier, couleur sépia, est l’enfance misérable de Noureev dans l’hiver permanent d’Oufa, au cœur des monts Oural. Le deuxième est sa formation à Leningrad auprès du célèbre maître de ballet Alexandre Pouchkine, interprété par un Ralph Fiennes neurasthénique. Le troisième, le plus intéressant, celui sur lequel on nous vend le film, et celui qui hélas n’en constitue qu’un (gros) tiers se passe dans un Paris d’opérette, acrobatiquement cadré pour éviter qu’on en voie la tour Montparnasse ou le centre Pompidou. Le film est construit autour d’un faux suspense qui peine à tenir en haleine ceux, sans doute nombreux, qui connaissent déjà la destinée de Noureev.

On pardonnera Oleg Ivenko de mal jouer. C’est un danseur professionnel, catastrophique dès qu’il a une ligne de texte, sublime dès qu’il s’élance sur le plateau. En revanche, Noureev réussit à vider Adèle Exarchopoulos de toute sensualité. Et ça, c’est impardonnable.

La bande-annonce

L’Adieu à la nuit ★★☆☆

Muriel (Catherine Deneuve) dirige un centre équestre dans les Pyrénées orientales. Son petit-fils Alex (Kacey Mottet Klein) vient lui rendre visite. Il a perdu sa mère, la fille de Muriel ; il est en froid avec son père qui a refait sa vie en Guadeloupe ; il vient d’abandonner ses études.
Il annonce à sa grand-mère son désir de partir au Canada. Mais ses projets sont tout autres. Au contact de Lila (Oulaya Amamra), une amie d’enfance musulmane, et intoxiqué par ce qu’il a lu sur le Net, Alex s’est converti et s’est radicalisé. Il a l’intention de gagner la Syrie et de participer au jihad.

La radicalisation est décidément un thème qui inspire le cinéma : La Désintégration, Made in France, Les Cowboys, Le ciel attendra, Mon cher enfant, Exfiltrés, Le Jeune Ahmed… Les films qui en parlent sont chaque fois ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. Ils dessinent un paysage que pourrait présenter un séminaire ou un article : « La radicalisation au prisme du cinéma ». Chacun de ces films explore un pan du sujet. La sociologie : qui se radicalise ? La psychologie : pourquoi se radicalise-t-on ? L’action : comment se radicalise-t-on ?

Beaucoup traitent le sujet de biais en s’intéressant moins au radicalisé lui-même qu’aux effets de cette radicalisation sur son environnement. C’était l’angle d’attaque des Cowboys, de Mon cher enfant. C’est le sujet de cet Adieu à la nuit dont le héros est moins Alex que Muriel.

On imagine volontiers ce que André Téchiné, la septantaine bien entamée, a pu ressentir en lisant le livre de David Thomson Les Revenants consacré aux Français revenus en France après avoir combattu dans les rangs de Daesh. C’est la question que n’importe quel parent, n’importe quel grand parent pourrait se poser : comment réagirais-je si cela arrivait à mon (petit) fils ?

Pour mettre en histoire cette interrogation, il convoque sa muse : Catherine Deneuve avec laquelle il a déjà tourné sept fois depuis Hôtel des Amériques en 1981. Le problème est qu’il ne sait pas trop qu’en faire. Mamie Nova idéale, aussi aimante qu’allante (à soixante-quinze ans, elle en fait quinze de moins), Catherine Deneuve est bien entendue impeccable. Elle tient parfaitement son rôle ; sauf que son rôle ne tient pas. Elle est d’abord tout à la joie de voir revenir chez elle ce petit-fils trop absent. Puis, elle découvre sa confession à l’Islam, en est tourneboulée, ne sait pas comment réagir entre malaise spontané et respect dû à la liberté de croyance de son petit-fils. Enfin elle comprend son projet djihadiste mortifère et essaie de l’en dissuader.

André Téchiné avait un sujet en or. Aussi surprenant que cela puisse paraître pour un réalisateur de cet acabit, il n’a pas su quoi en faire.

La bande-annonce

Coming Out ★★☆☆

Le monteur français Denis Parrot est allé sur Youtube glaner des vidéos de coming out postées entre 2012 et 2018. On y voit des garçons et des filles du monde entier y annoncer leur homosexualité ou leur décision de changer de sexe.

Il n’y a ni exhibitionnisme ni militantisme dans ces confessions. Leur montage n’a pas cette indécence. Il véhicule un message simple sinon simpliste : l’homosexualité n’est pas un choix mais un état dont on ne devrait pas avoir à faire la révélation. Et ceux qui la font sont autant de sources d’inspiration pour ceux qui n’ont pas encore eu le courage de franchir le pas.

Ce tour du monde du coming out soulève bien des questions et apporte plusieurs réponses. Un témoignage d’un Japonais et d’une Sud-africaine ainsi que celui, poignant, d’un Russe qui vit aujourd’hui au Canada et qui raconte l’homophobie qui règne dans son pays, tissent une géographie très partielle du coming out, sans doute plus facile à faire dans l’Occident libéral que dans les sociétés qui pénalisent l’homosexualité et la transidentité. Posté sur les réseaux sociaux, le coming out s’adresse à tous ; mais il est en général annoncé à une seule personne : la mère beaucoup plus souvent que le père et jamais un ou une amie. Les témoignages proviennent exclusivement de jeunes voire de très jeunes gens. Aucun coming out d’adultes étonnamment : personne ne fait-il son coming out à trente ou quarante ans ? ou personne à cet âge ne le fait-il sur YouTube ?

Dans un cas, le coming out se passe mal. On y entend plus qu’on ne voit les tombereaux d’injures dont un malheureux adolescent dans le Sud des États-Unis est agoni lorsqu’il fait sa révélation. Dans la plupart des cas au contraire, on assiste à des scènes émouvantes d’épiphanie familiale où l’anxiété de celui qui fait son coming out n’a d’égale que l’amour dont lui témoigne en retour la mère ou la grand-mère à laquelle cette confession est destinée.

La scène la plus désopilante, la plus légère et au fond la plus juste est celle où l’on voit sur le même plan le fils et sa mère. « Maman, j’ai une confession à te faire… » dit-il tout tremblant « Oui ? Tu es hétéro ?? » répond sa mère en riant. « Mais non, je suis GAY » confesse-t-il en éclatant en sanglots. « Mais je le savais depuis toujours et je t’aime comme tu es » lui répond-elle en l’embrassant.

La bande-annonce