Grimsby – agent trop spécial ★★★☆

Vous aimez l’humour gras ? les blagues scato ? Benny Hill (seuls les plus de quarante ans comprendront) ? Vous adorerez Grimsby !

Rien n’arrête Sacha Baron Cohen. Après Borat, Brüno et The Dictator, il dynamite le film d’espionnage. Il ne le fait pas avec l’élégance d’un Colin Firth (Kingsman) mais avec la vulgarité tordante d’un Mike Myers (les trois Austin Powers).

Deux orphelins trop tôt séparés se retrouvent à l’âge adulte. L’un (Sacha Baron Cohen) est devenu un prolo caricatural (match de foot, bière et allocations familiales), l’autre (Mark Strong) le meilleur agent du MI6. L’intrigue importe peu qui, comme tous les James Bond, fait le tour du monde de l’Afrique du Sud au Chili (pourquoi diable le Chili ?). Ce qui compte, c’est l’accumulation des gags, tous plus énooooormes les uns que les autres… jusqu’à un final en feu d’artifice !

Bien sûr il ne faut pas être trop « cul serré » – c’est le cas de le dire – ni trop intello pour apprécier cet humour de corps de garde – et de cour de récré. Je le suis sans doute un peu qui ai eu du mal à me dérider. Mais une fois les zygomatiques décontractés et les neurones définitivement déconnectés, j’ai ri aux éclats devant cette surenchère de mauvais goût assumé.

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Les Ardennes ★★★☆

Deux frères cambriolent des villas pour se payer leur came. L’aîné tombe, refuse de donner son cadet et prend quatre ans de prison. À sa sortie, il espère retrouver sa compagne… qui entre-temps a refait sa vie avec le cadet.

Voilà quelques années que nous viennent des Flandres des films diablement intéressants – alors que bizarrement la production néerlandaise reste désespérément plate. Michaël R. Roskam (Bullhead), Felix Van Groeningen (Alabama Monroe, Belgica), Erik Van Looy (La Mémoire du tueur) ont administré la preuve que le cinéma belge ne se réduisait pas aux frères Dardenne et à Benoît Poelvoorde – que j’adore.

Le premier film de Robin Pront a des airs de déjà-vu. Quelque part entre le film de voyous (deux frères entre pulsions violentes et désir d’insertion), la chronique sociale (des Flandres grises et paupérisées), le drame familial aux accents shakespeariens (Dave cache à Kenneth sa relation avec Sylvie pour ne pas le blesser). Mais à mi-parcours le film prend le chemin des Ardennes – d’où son titre – et bascule dans le polar testotéroné. Pour se conclure par un twist totalement imprévisible et parfaitement logique. On se retrouve dans le film noir pur et dur façon Frères Coen première période (Sang pour sang, Miller’s Crossing).

Les Ardennes a deux qualités rarement conjuguées : une mise en scène tendue signée par un réalisateur prometteur et un scénario remarquable écrit à l’origine pour la scène.

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13 Hours ★★☆☆

Le 11 septembre 2012, des miliciens du groupe Ansar al-Charia proche d’Al-Qaïda, attaquent l’enceinte diplomatique américaine de Benghazi en Libye et tuent l’ambassadeur qui y était en visite. Dans un second temps, ils s’attaquent à un autre site américain en ville, une base secrète de la CIA. Les combats durent toute la nuit. Un livre écrit par le journaliste Mitchell Zuckoff raconte l’assaut du point de vue de six des membres des forces de sécurité.

Pas de publicité mensongère. Les spectateurs de 13 Hours savent à quoi s’en tenir. L’affiche explosive et la présence de Michael Bay derrière la caméra annoncent la musique : un film de guerre, testotéroné et manichéen. Par conséquent, on aurait mauvaise grâce de critiquer le dernier film du réalisateur des Transformers et de Armageddon pour son manque de subtilité.

Michael Bay fait le job et prend son temps pour le faire. 13 Hours dure… deux heures vingt-quatre. Cette durée (excessive ?) lui laisse le temps de définir les personnages : une bande de durs-à-cuire, anciens Marines ou Navy SEALs, vétérans d’Irak, écartelés entre leur vie de famille (ils sont tous mariés et pères de famille) et leur métier rémunérateur mais dangereux.  Elle lui laisse le temps de poser le cadre : la ville de Benghazi, dans l’est de la Libye, où l’État peine à asseoir son autorité face aux milices islamistes. Elle lui laisse le temps enfin de filmer les combats qui s’étirent pendant de longues heures, alternant des déchaînements pyrotechniques et de longues phases d’attente anxieuse.

On sait que les événements de Benghazi ont déclenché une polémique politicienne, Hillary Clinton étant accusée en sa qualité de secrétaire d’État d’avoir sciemment négligé la sécurité diplomatique. Michael Bay – dont le cinéma viril le rapproche plus des républicains que des démocrates – ne cherche pas la polémique et ne creuse pas cette piste. Pour le meilleur et pour le pire, son film reste au premier degré. Dans la veine de Démineurs ou de American Sniper (qui ne méritaient ni l’un ni l’autre le succès qu’ils ont eu), 13 Hours est déjà un film-culte pour les militaires déployés en opérations extérieures.

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La Sociologue et l’Ourson ★★★☆

Parmi la multitude de documentaires qui arrivent sur les écrans, souvent avec des diffusions confidentielles et une durée d’exposition hélas trop limitée eu égard à leur grande qualité, La Sociologue et l’Ourson se distingue pour trois raisons.

La première est le thème traité. Le mariage homosexuel ou « le mariage pour tous » ou, pour reprendre les termes juridiques exacts, la loi du 17 mai 2013 « ouvrant le mariage aux couples de personnes du même sexe ». Nous avons tous notre opinion sur le sujet. Nous en avons tous débattu, en famille ou entre amis, lors de discussions qui furent parfois houleuses mais toujours passionnées. Nous avons tous suivi le débat parlementaire et sociétal en 2012-2013 et gardons en mémoire, pour le meilleur ou pour le pire, les prises de parole de Christiane Taubira et de Frigide Barjot.

La deuxième est la façon de le traiter. Sur un sujet aussi sérieux, on imagine volontiers quelle purge aurait pu nous être administrée. Un docu façon LCP avec des interviews sentencieuses, « face caméra », des pontes du sujet : hommes/femmes politiques, psychanalystes, sociologues… Rien de tel dans ce documentaire familial : Mathias Théry interviewe sa mère. Irène Théry est une sociologue célèbre pour ses travaux sur la famille et la filiation. Filmée par son fils, c’est une femme adorable qui évoque avec clarté les enjeux du débat et les illustre avec sa propre histoire familiale :  son arrière-grand-mère fille-mère, sa grand-mère bâtarde et pressée de se marier, son propre mariage célébré en catimini pour ne pas prêter le flanc aux moqueries de ses amis soixante-huitards…

La troisième, et non la moindre, est le dispositif mis en place. A côté de quelques vidéos en prise réelle, Étienne Chaillou et Mathias Théry ont choisi de bricoler des petits décors en carton, façon Michel Gondry ou Nick Park (Wallace & Gromit), et d’y représenter les différents protagonistes par des figurines. C’est ainsi que Irène Théry devient une charmante oursonne… et Frigide Barjot une éléphante trop maquillée.

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Sky ★☆☆☆

Romy visite l’Ouest américain avec son mari. Mais, loin des clichés touristiques, ce voyage est celui de la dernière chance pour ce couple miné par la stérilité. Une nuit, Richard, ivre, tente de violer sa femme ; Romy résiste, le frappe violemment et le laisse pour mort. Le film semble lancé dans une direction, celle de la cavale, avant de bifurquer vers une autre, celle de la renaissance. Ou pour le dire autrement : on passe de Thelma et Louise à Bagdad Café.

Diane Kruger incarne Romy (allusion à Romy Schneider ?). Elle était l’héroïne des deux précédents films de Fabienne Berthaud. Mais ces trois films, qui n’ont pas grand-chose en commun sinon leur réalisatrice et leur interprète principale, ne forment pas une trilogie.

« Sky » est un road-movie américain à la française. Guillaume Nicloux en a réalisé un l’an passé dans la même région des États-Unis avec Isabelle Huppert et Gérard Depardieu.

On peine à comprendre et à partager les motivations de l’héroïne. Romy décide de quitter Richard, de rester aux États-Unis, d’y refaire sa vie. On se doute que sa quête sera parsemée de belles  rencontres. Et on n’est pas déçu : une showgirl à Las Vegas, des Indiens, un Américain ténébreux. Romy est en mal de maternité. On imagine comment le film se finira. Là encore, on n’est pas déçu. Ou bien si, on l’est un peu.

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High-Rise ☆☆☆☆

En 1975, J.G. Ballard a écrit High-Rise, vite devenu un classique de science-fiction. Quarante ans plus tard, celui-ci est enfin porté à l’écran. Une immense tour d’habitation est un condensé d’humanité : les plus pauvres s’entassent dans les premiers étages, les classes moyennes dans les étages intermédiaires et les plus riches dans les penthouses des derniers étages. Mais les règles qui régissent son organisation cèdent à l’anarchie.

High-Rise vaut surtout par le parti pris de son directeur artistique qui a choisi, pour les costumes et les décors, de conserver l’esthétique des seventies. Mais, passé les vingt premières minutes, l’histoire prend un tour si extravagant, si incohérent qu’on en décroche sans espoir de retour. Le film devient un grand n’importe quoi (scènes d’orgie,  de meurtre) que les spectateurs qui n’ont pas déserté la salle regardent mi-amusés mi-navrés.

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Truth : le Prix de la Vérité ★★★☆

En 2004, CBS News révèle que George W. Bush a réussi à éviter d’être enrôlé au Vietnam. Mais l’authenticité des documents à l’origine de ces révélations est bientôt mise en doute obligeant le présentateur vedette Dan Rather (Robert Redford) et sa productrice Mary Mapes (Cate Blanchett) à mettre fin à leurs carrières.

Deux mois après Spotlight, Truth, adapté de l’autobiographie de Mary Mapes, est un film tout aussi réussi sur le journalisme.

Spotlight racontait l’enquête menée par les reporters du Boston Globe pour dénoncer le silence coupable de la hiérarchie catholique qui avait couvert les actes pédophiles commis par des prêtres. Sujet manichéen – mais excellemment traité.

Le sujet de Truth est autant sinon plus intéressant. Car Truth ne dresse pas le panégyrique d’une journaliste courageuse dont les révélations auraient été discréditées par la censure d’État. Truth, plus subtilement, explore les failles d’une investigation journalistique : l’équipe de Mary Mapes, pressée par les délais de bouclage, ne s’était pas entourée de toutes les assurances lui permettant de garantir l’authenticité des documents en sa possession.

Du coup c’est paradoxalement l’histoire d’une enquête qui tourne mal, d’un tuyau percé, qui est à la base d’un film à la gloire du journalisme. C’est pour avoir fait leur travail à 99 %, pour ne pas avoir satisfait les critères ô combien exigeants d’un métier qui ne laisse rien au hasard, que Mary Mapes sera licenciée et Dan Rather poussé à la retraite. Le destin des vaincus n’est pas moins édifiant que celui des vainqueurs.

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East Punk Memories ★☆☆☆

Jeune étudiante aux Arts déco, Lucile Chaufour avait franchi le Mur au début des années 80 pour aller filmer les punks de Budapest. Trente ans plus tard, elle est retournée en Hongrie, a retrouvé les protagonistes de ses vieux films en 16 mm et les a interviewés. Unis hier dans une même exécration du système communiste, ils ont suivi des chemins bien différents. Les uns se sont parfaitement intégrés au système capitaliste, les autres sont restés des marginaux accrochés à leurs rêves nihilistes.

Lucile Chaufour tenait un matériau exceptionnel qui lui permettait de dresser une radioscopie historique de la Hongrie, avant et après la chute du Mur. Ce matériau, elle le gâche par une mise en scène terriblement plate. Avec une régularité métronomique, elle alterne les interviews « face caméra » et les images d’archives. Les interviews sont organisées autour d’une série de questions qui ne ménagent aucune surprise : comment êtes-vous devenu punk ? aviez-vous des motivations politiques ? avez-vous été en butte à l’hostilité du régime ? comment avez-vous vécu la chute du Mur ? quelle vie est la vôtre aujourd’hui ? que signifient aujourd’hui pour vous les valeurs qui étaient les vôtres à l’époque ?

La morale de ce documentaire est désespérante. Les punks d’hier sont devenus des capitalistes cyniques ou des épaves pitoyables. Éloignés les uns des autres dans le cadre asphyxiant où les enferme la documentariste, ils ont perdu l’énergie festive qui embrasait leur jeunesse. Un film sorti en 2012 du documentariste allemand Marten Persiel, Derrière le mur, la Californie racontait l’histoire similaire des skateboarders de Berlin-Est. Si sa conclusion était la même,  sa façon de restituer cette histoire haute en couleur était autrement enlevée.

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A Bigger Splash ★☆☆☆

Rock star aphone, Marianne (Tilda Swinton) se repose avec son jeune amant Paul (Matthias Schoenaerts) sur une île italienne. Leur retraite idyllique est troublée par l’arrivée intempestive de l’ex-amant de Marianne, Harry (Ralph Fiennes), et de sa fille Penelope (Dakota Johnson). Autour de la piscine, Harry tente de reconquérir Marianne tandis que Penelope trouble Paul.

Pourquoi diable être allé tourner un remake de La Piscine de Jacques Deray ? En 1969, Romy Schneider n’a jamais été plus sexy ni Alain Delon plus beau. Et vice versa. Ils formaient un couple mythique. Indépassable. Alors pourquoi diable ?

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Soleil de plomb ★☆☆☆

« Trois décennies.  Deux nations. Un amour ». Sur le papier, Soleil de plomb est terriblement alléchant : trois histoires d’amours impossibles entre un Croate et une Serbe à dix ans d’intervalle. La première à l’été 1991 : la guerre civile dresse l’une contre l’autre des communautés habituées jusqu’alors à vivre ensemble. La deuxième à l’été 2001 : la guerre est finie mais ses stigmates restent bien visibles dans les villes qui peinent à se reconstruire et dans les cœurs qui tardent à se réconcilier. La troisième à l’été 2011 : la Croatie est sur le point d’entrer dans l’Union européenne et les plus jeunes n’ont pas connu la guerre sinon dans les livres d’histoire ; mais les plaies ne sont pas toutes cicatrisées.

Ainsi présenté, Soleil de plomb du Croate Dalibor Matanic pourrait passer pour le grand film sur le conflit en ex-Yougoslavie. Une sorte de Roméo et Juliette serbo-croate. Hélas ce serait lui faire trop d’éloges.

Car il ne s’agit de rien de plus que de trois moyens métrages d’une quarantaine de minutes chacun. Sans doute leur thème est-il le même : il est croate, elle est serbe, mais leur amour est impossible parce que a/ en 1991 leur communauté le proscrit b/ en 2001 le souvenir de leurs morts le leur interdit c/ en 2011 le divorce du Croate, sous la pression de sa communauté qui lui reprochait son union avec une Serbe, l’empêche de renouer les liens. Mais, comme dans tous les films à sketches, la juxtaposition de plusieurs histoires différentes conduit fatalement à les hiérarchiser (la première est ici meilleure que la deuxième elle-même plus inspirée que la troisième).

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