Alaska ★★☆☆

Noyé parmi les dix-neuf autres films sortis cette semaine, programmé dans deux salles parisiennes seulement, éreinté par la critique, Alaska risque de passer inaperçu. Ce serait dommage.

Nadine est une banlieusarde de vingt ans qui n’a pour elle que son joli minois. Elle rencontre, à l’occasion d’un casting dans un grand hôtel parisien, Fausto, Rital charmeur. Mais le destin les sépare douloureusement. Fausto part en prison tandis que Nadine devient top model.

Leur histoire s’étendra sur de nombreuses années, emplissant sans peine les plus que deux heures que dure le film. De Paris à Milan, les succès de Nadine coïncideront avec les revers de fortune de Fausto. Et réciproquement.

L’histoire de cette passion destructrice est filmée par le scénariste de Gomorra. On y retrouve l’ambiance nocturne et pluvieuse qui caractérise cette école italienne et dont Suburra constituait récemment une réalisation encore plus convaincante. Comme chez Matteo Garrone, le réalisateur de Gomorra, le thriller est le prétexte à une critique sociale plus radicale. Ici, celle d’un capitalisme qui exploite les corps et asservit les âmes.

Les deux principaux protagonistes sont de belles révélations : Elio Germano, poids mouche nerveux, et Astrid Bergès-Frisbey, grande brune sensuelle. De même, Roschdy Zem est magistral dans un (trop bref) second rôle.

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Les Innocentes ★★★☆

La filmographie de Anne Fontaine est aussi éclectique que revigorante. Nettoyage à sec (1997) racontait la vie d’un couple de provinciaux bouleversée par l’arrivée d’un jeune garçon séduisant. Entre ses mains (2005) décrivait l’attraction d’une femme pour un homme qu’elle suspectait d’être tueur en série. Perfect Mothers (2013) exposait la relation quasi incestueuse de deux amies quarantenaires avec leurs fils respectifs. Chacun de ces films a en commun d’ausculter une rencontre inattendue et bouleversante.

« Les Innocentes » désignent probablement – le film n’en dira rien – ces bénédictines polonaises violées et engrossées par la soldatesque soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une jeune doctoresse française travaillant pour la Croix-Rouge est appelée à leur chevet.

L’affiche du film joue sur la ressemblance avec « Ida » récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger. Même époque, mêmes couleurs hivernales, mêmes questionnements métaphysiques.   Et il est probable que les spectateurs qui avaient aimé le beau film de Pawel Pawlikowski – ils furent nombreux – aimeront celui de Anne Fontaine.

Le cauchemar vécu par ces femmes nous est montré à travers les yeux de Mathilde, cette jeune Francaise communiste engagée dans la Résistance. Elle ne partage pas leur foi et ne comprend pas qu’elles ne l’aient pas perdue. Elle essaie de leur apporter les soins et le réconfort dont elles ont besoin en dépit de l’hostilité des troupes d’occupation et de sa propre hiérarchie.

Le rôle de Mathilde est interprété par Lou de Laâge qui confirme les espoirs placés en elle. Nommée en 2014 et en 2015 dans la catégorie des Meilleurs Espoirs féminins, elle mériterait de l’emporter l’an prochain.  Avec la bouche la plus sensuelle du cinéma français et des faux airs de Jeanne Moreau, elle a tout d’une grande.

On pourrait reprocher au film son classicisme sage, sa narration platement chronologique.  Mais un épilogue surprenant et bouleversant gomme ces rares défauts.

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Experimenter ★★☆☆

Vous connaissez – ou pas – l’expérience menée  ‎par Stanley Milgram en 1961-1962. Sous l’autorité d’un expérimentateur, un professeur administre des décharges électriques de plus en plus fortes à un élève soi-disant pour stimuler ses capacités d’apprentissage. En vérité les décharges électriques sont fictives et l’expérience vise à mesurer le niveau d’obéissance du professeur aux ordres immoraux de l’expérimentateur.
Menée alors que se tenait à Jérusalem le procès Eichman et qu’Hannah Arendt développait la théorie de la banalité du mal dans les colonnes du New Yorker, l’expérience Milgram provoquait une double polémique. Par ses résultats, la plupart des cobayes acceptant d’infliger les punitions les plus cruelles dès lors que la responsabilité en était assumée par l’expérimentateur. Par ses méthodes qui furent très vite accusées de violer l’éthique de la recherche en sciences sociales.

Michael Almereyda raconte cette expérience sur un mode quasi documentaire. Décors théâtraux, dialogues face caméra, reconstitution minimaliste. Son souci de la pédagogie n’a d’égal que son refus du romanesque. Rien ne le fait dévier de la présentation clinique de cette expérience, de ses conclusions terrifiantes et de la polémique qu’elle a suscitée. Pas même le personnage de Sasha, l’épouse de Milgram, jouée par Winona Ryder (qui a pris un sacré coup de vieux).

On regretterait presque que son film ne se limite pas à ce seul sujet, voulant embrasser toute la carrière de Milgram jusqu’à sa mort en 1984. Mais on apprend ainsi la contribution de Milgram au concept de « six degrés de séparation » (nous sommes liés les uns aux autres par une chaîne ne comptant pas plus de six maillons) ou à la théorie des « étrangers familiers », ces inconnus que nous croisons constamment.
Oui, le film de Michael Almeyreda est un brin trop scolaire. Oui, il ressemble à une page de Wikipédia mise en film. Mais il le fait avec un tel brio que la leçon nous instruit sans nous raser.

El Clan ★★★☆

Comme son voisin chilien, le cinéma argentin est obsédé par le passé. Kamchatka (2002), L’Œil invisible (2010), Enfance clandestine (2011) plongent dans les souvenirs de réalisateurs qui étaient enfants ou adolescents à l’époque de la dictature. C’est le cas de Pablo Trapero, né en 1971, qui porte à l’écran un fait divers ayant défrayé la chronique en 1985. le clan des Puccio s’était rendu coupable d’une série d’enlèvements crapuleux. Le père était un ancien agent des services militaires de renseignement, mis sur la touche à la fin de la dictature. Le fils était une star de l’équipe nationale de rugby.

El Clan est une plongée terrifiante au sein d’une entreprise criminelle familiale. Une famille bourgeoise, dans un quartier tranquille, séquestrait des innocents dont les cris étaient étouffés par une musique pop qui sature la BO du film. Ce mélange de trivialité – un père de famille aide sa fille à faire ses devoirs, le dîner du soir à la table familiale commence par un bénédicité – et de monstruosité – les victimes étaient froidement abattues une fois la rançon payée pour éviter que la trace des kidnappeurs ne soit retrouvée – glace le sang. C’est Scorcese qui flirte avec Buñuel.

Le film de Pablo Trapero a eu un immense succès en Argentine. Le réalisateur y voit le signe que son pays est désormais prêt à regarder son passé en face. J’y vois le succès mérité d’un film qui tient son public en haleine pendant deux heures et qui laisse une trace durable.

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Le Trésor ★★☆☆

Le cinéma roumain est décidément surprenant. Sans doute n’a-t-il plus atteint les sommets de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, Palme d’or à Cannes en 2007. Mais il nous réserve régulièrement de jolies surprises. Mère et Fils de Calin Peter Netzer ou Le Voyage de Monsieur Crulic de Anca Damian figurent parmi les meilleurs films que j’ai vus ces dernières années.

Dans la jeune garde roumaine, Corneliu Porumboiu s’était distingué avec deux films hors norme. Le premier, 12 h 08 à l’est de Bucarest, était un vrai-faux documentaire rassemblant des témoignages sur la chute de Ceaucescu. Le second, Match retour, filmait le père du réalisateur commentant le match de football qu’il avait arbitré, en 1998, sous une neige épaisse, entre deux équipes roumaines.

Le Trésor
est d’une teneur plus académique, même s’il conserve le parfum de bizarrerie de ses précédentes réalisations. Persuadé que son arrière-grand-père a laissé un trésor dans son jardin, un homme convainc son voisin de louer un détecteur de métaux pour le déterrer.

On imagine que le film est une métaphore. Celle d’une société roumaine qui peine à solder ses comptes avec son passé ? Ou qui se réfugie dans des espoirs chimériques pour fuir un présent ingrat ?

Rien de tout cela ! Le Trésor filme – longuement – deux hommes en train de creuser un trou. Le suspense fonctionne assez bien, évitant de trouver le temps trop long et le trou trop profond : que vont-ils découvrir ? Rien ? Quelque chose ? Et s’ils déterrent un trésor que vont-ils en faire ?
Très intelligemment – ou très stupidement – les réponses à ces questions sont frustrantes. C’est là ce qui fait l’originalité du film – ou, si on est mal luné, son absence d’intérêt.

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Les Délices de Tokyo ★☆☆☆

Le cinéma japonais – ou du moins celui qui s’exporte en France – se divise en quatre genres aux caractéristiques bien marquées. Le premier est le dessin animé dans la veine des chefs-d’œuvre de Miyazaki et du studio Ghibli. Le deuxième est le film de yakuza que Takeshi Kitano a porté à son apogée avec Sonatine avant d’en détourner les codes. Le troisième est le film d’horreur qui, depuis Ring et Dark Water, est en perte de vitesse. Le quatrième est le drame familial contemporain invoquant les mânes de Ozu et flirtant parfois avec le fantastique : Notre petite sœur de Kore-eda ou Vers l’autre rive de Kurosawa pour ne citer que deux titres sortis l’an passé.
Les Délices de Tokyo appartient évidemment à cette dernière catégorie. Il est l’œuvre de Naomi Kawase, réalisatrice reconnue pour La Forêt de Mogari ou Still the Water.‎ Dans ses précédents films, elle campait des personnages cabossés par la vie cherchant à se reconstruire et y parvenant grâce à une philosophie de l’acceptation.
Elle utilise les mêmes ressorts dans son dernier film. Ses deux héros sont le patron d’un restaurant, dont le mutisme revêche cache un lourd secret, et une adorable mamie qui va l’aider à relancer son commerce en dépit de la maladie qui la ronge. 
C’est MasterChef à la sauce Paulo Coelho : pour confectionner des dorayakis, une pâtisserie japonaise sucrée à base de haricots rouges confits, devinez quel est l’ingrédient secret !? L’amour évidemment !

Anomalisa ★☆☆☆

Charlie Kaufman is back! Il avait signé au tournant du siècle les scénarios les plus déjantés, les plus étonnants de Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich, Adaptation) et de Michel Gondry (Human Nature, Eternal Sunshine of the Spotless Mind) avant de sombrer dans l’oubli, englué dans une succession de travaux inaboutis.

 Les miracles du crowdfunding et la rencontre de l’animateur Duke Johnson lui permettent de co-réaliser Anomalisa, un film d’animation en stop motion (image par image) aussi fascinant que décevant.

Fascinant, Anomalisa l’est assurément qui raconte la nuit que passe Michael Stone à l’hôtel Fregoli de Cincinnati à la veille de la conférence qu’il doit y donner. Rien de bien intrigant dans cette histoire sinon qu’elle est filmée dans un univers aseptisé où tous les personnages que croise le héros, depuis le chauffeur de taxi jusqu’à une ancienne maîtresse, ont le même visage androgyne et la même voix.‎ Cette homogénéité angoissante ne connaît qu’une seule exception, qu’une seule anomalie : Lisa, une télévendeuse pas jolie ni même intelligente que Michael rencontre dans un couloir et dont il tombe amoureux.

Dans sa première moitié, Anomalisa fascine par son parti pris stylistique radicalement différent de tout ce qu’on a vu jusqu’à présent et par la description cynique et tellement réaliste de la vie si terne du col blanc occidental en mission (que celui qui ne s’est jamais ébouillanté en tentant de faire fonctionner les robinets de sa douche d’hôtel parle maintenant ou se taise à jamais).

 Mais dans sa seconde moitié, Anomalisa déçoit de plus en plus. L’effet de surprise du stop motion cesse de faire effet. Les décors marronnasses, les démarches empesées des personnages, leurs masques‎ artificiels lassent plus qu’ils ne fascinent. Plus grave encore, le scénario prend un tour banalement décevant. Michael réussit à convaincre Lisa de l’accompagner dans sa chambre. Je ne dirai rien de ce qu’il adviendra de ces amants d’un soir au petit matin si ce n’est que leur histoire est d’un glauque achevé. 

 Entre leur coucher et leur lever se déroule une scène de sexe décrite par la critique comme la plus réaliste et la plus romantique qui soit. Alors là je proteste et m’insurge ! J’ai rarement vu scène de sexe si plate, si dénuée d’intérêt ! L’avantage, c’est que l’opinion que je me faisais de mes performances sexuelles s’en trouve soudainement boostée ! Merci Charlie Kaufman !

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Steve Jobs ☆☆☆☆

Autant le dire sans détour : j’ai détesté Steve Jobs. J’ai même réussi à m’y endormir. Pourtant, sur le papier, le dernier film de Danny Boyle (dont le méconnu Millions compte parmi mes films préférés pas très loin devant Slumdog Millionaire ou 28 jours plus tard) écrit par Aaron Sorkin (The Social Network, les sept saisons de West Wing) avait tout pour me séduire.

Steve Jobs n’est pas une cradle to grave story, un biopic platement chronologique « du berceau à la tombe ». Sorkin a explosé la biographie de Walter Isaacson pour lui donner plus d’unité. Il a résumé la vie de Steve Jobs à trois épisodes : le lancement du Macintosh en 1984, du NeXT en 1988 et de l’iMac en 1998.

Du coup, la biographie devient pièce de théâtre. La vie de Jobs se résume à ces quelques minutes d’hystérie qui précédent le lancement d’un nouveau produit dont le succès ou l’échec décideront de sa gloire, de son come-back ou de sa consécration. Sorkin s’en donne à cœur joie en rédigeant des dialogues follement intelligents. On y retrouve la froideur géniale de The Social Network qu’il avait scénarisé et la maestria de Birdman – qui s’était tourné sans lui.

Le problème est que cette maestria tourne à vide. Noyée sous une musique envahissante, elle n’est pas immédiatement intelligible à ceux qui, comme moi, confondent Steve Jobs et Bill Gates, Apple et Microsoft. On ne nous dit pas en quoi Jobs était génial ni pourquoi ses inventions ont révolutionné le monde. On ne montre qu’une chose : un salaud tyrannique.

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Chocolat ★★☆☆

Au début du XXe siècle un clown afro-cubain a connu le succès à Paris. Roschdy Zem raconte son histoire.

Le sujet est passionnant. Comme « La Vénus noire » qui évoquait la soudaine célébrité acquise par une femme hottentote à Londres au début du XIXe, « Chocolat » interroge le regard porté sur les Noirs par les sociétés coloniales. Un regard effrayé sur le Noir cannibale que joue Omar Sy au début du film. Puis un regard paternaliste sur l’inoffensif Chocolat qu’il est devenu au contact de son partenaire de spectacle, le clown Footit. Dans les deux cas un regard méprisant même si la facilité avec laquelle Chocolat multiplie les conquêtes féminines montre que les Françaises ne partageaient pas les a priori racistes de leurs compatriotes masculins.

Si le sujet du film est captivant, son traitement pèche par son classicisme. L’histoire de Chocolat est platement racontée depuis sa découverte dans un cirque de province, en passant par sa montée à Paris, sa gloire éphémère et sa chute misérable. Le choix d’Omar Sy pour jouer son rôle est une fausse bonne idee. Si Sy (lol) a probablement le sourire le plus photogénique du cinéma français, sa célébrité écrase le rôle. On ne voit pas Chocolat mais le héros de « Intouchables ». La révélation du film, c’est James Thierrée, parfait de bout en bout dans le rôle du clown triste. On savait que le petit-fils de Charlie Chaplin était un comédien de théâtre surdoué ; on découvre qu’il a toute sa place devant la caméra.

Abdellatif Kechiche avait réussi à filmer avec fièvre la Vénus hottentote. En montrant avec une sensualité malsaine ses spectacles, il nous avait fait toucher du doigt la fascination voyeuriste qu’ils pouvaient exercer sur l’auditoire de l’époque. Roschdy Zem, lui, ne nous met jamais mal à l’aise. C’est le principal défaut de son film trop lisse.

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45 ans ★★★☆

70 ans, c’est l’âge où la grande vieillesse approche et où la jeunesse lance ses derniers feux. C’est l’âge où l’on fête, comme Kate et Geoff ses 45 ans de mariage parce qu’un méchant pontage vous a empêchés de fêter vos 40 ans de mariage et que vous n’êtes plus très sûr d’atteindre les 50. 70 ans, c’est un âge que je sens approcher à une vitesse fulgurante (j’ai toujours été très précoce !), ce qui me rend le sujet du film très personnel. D’autant que j’adore Charlotte Rampling que je trouve d’une classe folle et dont les prestations suffisent, à elles seules, à sauver les films les moins réussis (Vers le sud, Sous le sable, Swimming Pool… )

Avec (Sir) Tom Courtenay – un géant du théâtre britannique totalement méconnu de ce côté-ci de la Manche – Charlotte Rampling réussit à la perfection à restituer la routine de jeunes retraités, encore suffisamment ingambes pour maintenir une vie « normale », mais déjà trop vieux pour ne pas l’installer dans un ronron vaguement neurasthénique. Leur couple est parfaitement crédible. Leur complicité n’est guère visible mais bien palpable, produit de près d’un demi-siècle de vie commune.

Ce couple sans histoire en a une. Avant de connaître Kate, Geoff était fiancé à Katya. Durant un voyage en Suisse, celle-ci a disparu dans un accident en montagne. Un demi-siècle plus tard, alors que Kate et Geoff préparent la réception organisée pour leurs 45 ans de mariage, Geoff reçoit de Suisse l’annonce de la découverte du corps de sa fiancée.
Cette découverte suscite chez Geoff une mélancolie poignante et chez Kate une jalousie inextinguible. Cette Katya, au prénom si proche du sien, était-elle la « femme de la vie » de Geoff ? L’aurait-il épousée ? Aurait-il eu des enfants avec elle ? Et si oui, combien vaines et futiles sont les proclamations d’amour que les deux vieux mariés s’apprêtent à se faire l’un à l’autre !

Sans verser dans la psychologie de comptoir ou l’introspection impudique, ces questions se posent à chacun de nous. Sommes-nous heureux en ménage parce que nous avons rencontré notre moitié d’orange ? Ou, comme Tereza dans L’insoutenable légèreté de l’être, avons-nous raté l’homme/la femme de notre vie qui nous attend peut-être quelque part… ou qui, lassé(e) de nous avoir attendu(e) trop longtemps, ne nous attend plus nulle part ?

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