L’Enfant bélier ★★☆☆

Sara (Zbeida Belhadjamor découverte dans le magnifique Une histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid) et Adam forment un jeune couple aimant qui se font passer pour des réfugiés syriens et espèrent gagner l’exil avec leur bébé Clara. Ils confient leur sort à des passeurs qui les embarquent à bord d’une camionnette qui traverse la Belgique. Leur chemin croisera celui d’une patrouille de policiers.

L’Enfant bélier est inspiré de faits réels qui s’étaient déroulés en Belgique en 2018. Une fillette kurde avait été tuée par un policier sur une autoroute belge après une course poursuite.

Il y avait plusieurs façons de raconter cette histoire. La réalisatrice belge Marta Bergman choisit le polar, en temps quasi-réel, filmé dans une nuit d’encre. On suit en parallèle la bande de réfugiés qui s’entassent à l’arrière d’une camionnette et la patrouille de policiers belges. On sait par avance que les deux se rencontreront inexorablement et on sait aussi, sans en connaître les détails, l’issue fatale de cette rencontre, sauf à être allé voir le film s’en en avoir rien lu. Le suspense en est diminué d’autant.

La mort de Klara intervient aux deux tiers du film. Quelle place donner à l’après ? Le scénario choisit une côte mal taillée. Il aurait pu évoquer le procès – qui s’est soldé en Belgique par la condamnation du policier pour homicide involontaire à une peine de sursis réduite en appel de douze à dix mois et à la condamnation à la prison ferme pour trafics d’êtres humains du chauffeur et du passeur. Il n’en fait rien. Il s’arrête avant et suit deux fils. D’un côté celui de Sara et d’Adam, terrassés par le chagrin et la culpabilité, que l’Etat belge, inquiet du retentissement médiatique de l’affaire, essaie d’amadouer. De l’autre celui de Redouane (Salim Kechiouche vu dans les deux chapitres de Mektoub My Love), l’auteur du tir meurtrier, rongé par la culpabilité.

L’Enfant bélier n’est pas un film très novateur. On a déjà vu, notamment chez les Dardenne, des réfugiés confrontés à des dilemmes moraux. On pense aussi à Welcome de Philippe Lioret ou à Ils sont vivants de Jérémie Elkaïm qui filmaient des réfugiés à Calais en attente d’un hypothétique passage vers l’Angleterre. Il n’en reste pas moins un film juste et fort condamné hélas, faute d’avoir été produit par une chaîne de télévision, faute d’avoir été sélectionné dans un grand festival qui lui aurait donné plus de notoriété, faute d’avoir trouvé sa place en salles, à une quasi-invisibilité. L’équipe du film en est d’autant plus méritante d’avoir hier soir « fait le job » devant un public clairsemé à l’Espace Saint-Michel.

La bande-annonce

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